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L'Économie politique

2010/4 (n° 48)


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Face à une crise financière d'ampleur historique, comme l'a été celle des subprimes, la demande sociale pour une réglementation des banques, des marchés financiers et des paradis fiscaux s'exprime avec force. Les dirigeants politiques, qui le sentent bien, ne sont pas avares de promesses en la matière. Rappelons-nous le discours de Toulon du président de la République, en septembre 2008 : " L'autorégulation pour régler tous les problèmes, c'est fini. Le laisser-faire, c'est fini. Le marché tout-puissant qui a toujours raison, c'est fini. "

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A la fin 2010, trois années après le début de la crise et deux ans après la faillite de Lehman Brothers, son moment le plus dramatique, où en est-on en matière de réglementation financière ? La liste des propositions émanant des régulateurs est impressionnante : nouvelles contraintes de capital pour les banques, qui devront également réduire leur dépendance aux financements de court terme et payer beaucoup plus (en termes de capital supplémentaire ou de taxes) si elles veulent s'engager dans des activités risquées ; enregistrement obligatoire pour les transactions jusqu'ici opaques sur les marchés de produits dérivés et intermédiation par le recours à des chambres de compensation, coûteuse pour les spéculateurs ; nouvel objectif fixé aux banques centrales de lutter contre l'instabilité financière et obligation de rendre des comptes sur le sujet ; suivi des engagements pris par les paradis fiscaux et publication des premiers rapports pointant les progrès ou l'absence de progrès en matière d'échange d'informations internationales, etc.

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On pourrait ainsi continuer à mettre sur la table la liste de tout ce que la crise a poussé les régulateurs à faire : les autorités publiques ne sont clairement pas en reste en matière d'innovations réglementaires financières. Et pourtant, il y a de quoi être déçu. En Europe, la Commission espère que les nouvelles règles seront opérationnelles au mieux en 2013. Les banques ont jusqu'à 2019 pour respecter les nouvelles contraintes. Le Forum mondial sur l'échange d'informations fiscales va mener la revue des pratiques fiscales de ses 95 pays membres jusqu'à la fin 2012 et laissera ensuite à chaque pays le soin, individuellement ou collectivement, de prendre des sanctions éventuelles contre les territoires non coopératifs, sans que l'on sache très bien ce qui sera fait ou pas. Résultat, selon un sondage CCFD-Terre solidaire d'octobre 2010, 84 % des Français pensent que la lutte contre les paradis fiscaux n'est pas efficace.

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Alors, réelles avancées ou grands discours ? Pour certains, la réponse est déjà tranchée : d'un côté, les régulateurs et les dirigeants politiques qui, à les entendre, ont déjà changé le monde ; de l'autre, les pessimistes, les éternels insatisfaits, les contestataires professionnels et la foule des commentateurs qui tirent gloriole de dénoncer les " G vains ". Entre les deux, ceux qui veulent juger sur pièces : un nouveau cadre réglementaire est en train de se mettre en place qui ne croit plus à l'autorégulation des marchés et fait de la stabilité financière un objectif politique ; ce nouveau cadre va encore prendre quelques années pour être complètement en place et on ne pourra examiner qu'alors sa réelle pertinence.

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Une attente frustrante par rapport au choc subi depuis 2007. Mais si l'histoire des crises peut nous enseigner une chose, c'est que la finance ne se change pas d'un claquement de doigts. Au XVIIIe siècle, les crises financières n'ont pas abouti à des transformations radicales de ses activités. Après la panique bancaire américaine de 1907, il a fallu six ans pour que le pays se décide à créer une banque centrale au pouvoir limité. Après la crise de 1929, il a fallu quatre ans pour réguler les banques et plus de quinze ans, après une guerre, pour que les pays coopèrent en la matière. Au regard de cette histoire, la réaction de nos régulateurs apparaît rapide sur la définition de nouveaux principes et lente dans leur mise en oeuvre. Aussi insatisfaisant que cela soit, il nous faut encore attendre avant de les juger. ¦

Pour citer cet article

Chavagneux Christian, « Finance : le temps long de la réforme », L'Économie politique, 4/2010 (n° 48), p. 5-6.

URL : http://www.cairn.info/revue-l-economie-politique-2010-4-page-5.htm
DOI : 10.3917/leco.048.0005


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