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L'Économie politique

2011/1 (n° 49)


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D'après les derniers chiffres publiés par le Bureau national des statistiques chinois (2009), les mouvements de population en Chine seraient les plus importants dans le monde et dans l'histoire, avec 220 millions de personnes ayant quitté leur lieu de résidence pour trouver un emploi en 2008. Aujourd'hui, un cinquième des travailleurs ruraux ne travaillent pas dans leur lieu de résidence officiel.

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Ces populations migrantes, tirées hors des campagnes par le développement économique inégal de l'économie chinoise, n'ont cessé de croître depuis la fin de l'époque maoïste, à des taux souvent jugés alarmants par les autorités publiques. En 1980, à l'aube de la période de réforme et d'ouverture prônée par Deng Xiaoping, on ne comptait que 2 millions de migrants dans les villes ; aujourd'hui, ce chiffre a été multiplié par plus de 100. L'attrait pour la vie urbaine, de plus mauvaises conditions économiques à la campagne (démantèlement du système collectif agraire) et les opportunités générées dans les coeurs urbains dynamiques du pays continueront d'entretenir le mouvement de cette " population flottante ".

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La crise financière internationale n'a pas épargné l'économie chinoise. La région du delta de la rivière des Perles, spécialisée dans la confection de produits manufacturés destinés à l'exportation, emploie exclusivement des migrants chinois. A elle seule, elle concentre un quart des flux migratoires du pays, selon les estimations du Bureau national des statistiques (2008). Le fonctionnement et le développement de la " plus grande usine du monde " a toujours été fonction de la demande internationale pour ces produits manufacturés à bas prix. La crise financière internationale, suivie par des politiques de repli et d'austérité dans la plupart des économies développées, a entraîné une baisse de cette même demande, engendrant ainsi une vague de faillites d'usines sans précédent dans la région. Au total, le Bureau national des statistiques (2008) a estimé que des millions de travailleurs migrants de la région furent licenciés.

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He Wei, chercheur à l'Académie des sciences sociales chinoise a déclaré (interview réalisée le 10 octobre 2009 à Pékin) : " Lors de ma visite des usines à Dongguan [province de Guangdong] en octobre 2009, j'ai été surpris par la présence de jeunes migrants errant autour des usines, sans argent ni réelles perspectives d'emploi, mais ne voulant tout de même pas rentrer dans leur campagne natale. " Certains chercheurs chinois y virent la manifestation d'une scission entre deux générations de migrants, les " anciens " et les " jeunes " (partis avant et après les années 2000), chacune ayant quitté la campagne pour des raisons toutes différentes. Cette scission entre ces deux générations - désignées comme deux " cohortes " dans le jargon des statisticiens - de migrants fut reprise dans le discours politique. En février 2010, le " Document n? 1 " (définissant annuellement les grandes lignes politique de l'année à venir) place le thème de la " deuxième génération " de migrants au coeur des priorités nationales.

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Les informations sur cette nouvelle génération de migrants sont encore très limitées. S'appuyant sur une enquête réalisée à Pékin entre novembre 2009 et janvier 2010, avec le support de l'Institut de politique et d'économie internationales (Académie des sciences sociales chinoise) dans le cadre d'un master à l'IEP de Paris, le présent article se destine tant à l'étude du phénomène de retour qu'à son application dans le cas des migrations chinoises.

Rappels sur les migrations en Chine

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La situation des migrations chinoises est intéressante de par sa particularité historique et culturelle. Les mouvements de population vers les villes, rejetés et redoutés pendant la période maoïste, furent quasiment nuls, quand bien même le droit de circuler librement figurait dans la précédente constitution de 1954. L'utilisation du hukou, système de recensement pratiqué depuis l'empire des Xia (2100-1600 avant J.-C.) pour le contrôle du rationnement sous le système agricole collectif, permettait de stabiliser de manière superficielle la population dans les campagnes. Entre 1966 et 1976, Mao Zedong, par peur de l'urbanisation massive et du développement d'idées d'opposition dans les universités, envoya des milliers de jeunes étudiants dans les campagnes pour y apprendre les " racines de la culture populaire ". Plus de trente ans plus tard, le concept de " mégavilles " est toujours considéré comme une plaie pour la paix sociale en Chine.

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Scott Rozelle [Rozelle et al., 1999] définit le migrant chinois comme un individu travaillant hors de son lieu de résidence déclaré (souvent la ville natale) pendant plus d'un mois par an, mais qui conserve encore des liens avec ce lieu de résidence en rentrant au moins une fois par an, notamment pour la fête du Printemps (Nouvel An chinois). Les grands centres urbains de la région côtière regroupent la quasi-intégralité de ces flux de migrants, malgré l'émergence récente de nouveaux flux migratoires vers les centres urbains du Centre et de l'Ouest du pays. Les grandes municipalités de Pékin, Chongqing, Shanghaï et la région du delta de la rivière des Perles (situé au sud, dans la région de Guangzhou) concentrent près de 80 % de la population migrante chinoise [Banque mondiale, 2009].

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La différence entre lieu de résidence déclaré et lieu de travail revêt une importance cruciale dans la vie des migrants chinois. En effet, l'accès aux services publics les plus élémentaires - scolarisation des enfants, prestations sociales en cas de perte d'emploi ou de retraite, services juridiques publics et soins médicaux - est corrélé à la possession d'un statut de résidence permanente, d'un hukou local. Ce système de résidence est donc à la racine d'inégalités criantes en milieu urbain entre locaux et migrants. Ces inégalités d'accès aux services publics fragilisent les migrants, peu protégés contre les excès de leurs employeurs et souvent exposés à des risques considérables de par leur activité professionnelle. L'accès aux emplois qualifiés est également considéré comme un privilège pour les urbains, les migrants se dirigeant vers les professions caractérisées par les " trois D " : dirty, dangerous et demeaning (sale, dangereux, dégradant).

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En conséquence, le mécontentement grandissant engendré par ces inégalités a été perçu comme très néfaste par les autorités. Afin de calmer les revendications des migrants, l'annonce de l'abolition du système de contrôle fut donc prononcée à maintes reprises. Cependant, la décentralisation du système, qui est aujourd'hui contrôlé par les pouvoirs locaux au niveau provincial, est un frein supplémentaire à une réforme de fond. Les régions d'accueil des migrants, craignant en effet une montée des dépenses liées à l'accès aux services publics, ont en conséquence durci leurs politiques d'accès aux permis de résidence ou aux hukou locaux.

Deux explications

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Dans le cas chinois, les travaux sur les migrants démontrent que le taux de retour est bien plus élevé que dans d'autres pays où les migrations internes sont tout aussi courantes. Rachel Murphy [2002], dans un ouvrage dédié à la question du retour en Chine, montre que l'analyse de cette question doit se faire dans un contexte politico-social unique, du fait des normes conventionnelles sociales et culturelles ainsi que de la présence d'un système régulateur de contrôle de résidence incarné par le hukou. Les régions émettrices de migrants sont également très actives dans la promotion du retour, à travers des réunions annuelles au moment du Nouvel An chinois encourageant l'investissement et la création de petites entreprises, et invoquant les devoirs envers la famille comme envers la terre natale. Les travaux empiriques et théoriques sur la question demeurent très rares, et la question du retour est d'autant plus opaque que l'on manque de données disponibles et de recherches.

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Les théories néo-classiques et celles de la nouvelle économie du travail et de la migration (NELM), influentes dans le débat, proposent deux approches différentes pour expliquer le choix de retour des migrants. Pour les néo-classiques, l'interprétation de la théorie de Harris et Todaro [1970] sur les déterminants de la migration à l'échelle de l'individu fait apparaître le retour comme le résultat d'un échec. A contrario, les tenants de la NELM [Stark, 1996] soutiennent que le retour est perçu comme une partie intégrante, logique et rationnelle de l'expérience migratoire et de la stratégie du ménage découlant d'une prise de décision commune. Appartenant à cette même école de pensée, l'économiste Bimal Ghosh affirme que la décision de retour est " largement influencée par la motivation initiale pour migrer, ainsi que la durée de séjour dans la région de destination, et particulièrement par les conditions dans lesquelles la décision de retour prend forme " [Ghosh, 2000]. Autour de ces deux principales idées s'est construit un éventail de théories justifiant le retour, mêlant déterminants macro comme microéconomiques et changements sociaux et culturels dans le milieu d'origine et de destination.

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L'ensemble de ces théories perçoit la décision de retour (et de migrer) de manière linéaire dans le temps et dans l'évolution personnelle des migrants. L'âge est souvent considéré comme un déterminant essentiel du retour, mais la question est couramment traitée de manière intuitive. Le sociologue américain Norman Ryder écrivait, en 1965 : " Les changements à l'échelle d'un individu dans le déroulement de sa vie sont distinguables des changements dans la population à laquelle il appartient " [Ryder, 1965]. A la lecture de ces travaux, l'effet âge dans la décision de rentrer après l'expérience migratoire peut s'expliquer par deux éléments :

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  • un élément cohorte : l'occurrence d'événements ou de changements sociaux, économiques et culturels durant une période donnée peut influencer le choix d'une population dans sa décision. Ryder [1965] définit la cohorte comme un " ensemble d'individus ayant fait l'expérience d'un événement commun (souvent la naissance) dans une même période de temps donnée " ;

  • un effet âge dit " pur ", avec une probabilité de rentrer non linéaire à l'échelle de la vie du migrant.

Cohortes de migrants ou effet âge ?

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L'influence de l'âge dans la décision de rentrer peut être étudiée dans une perspective de cycle de vie, avec différentes étapes de développement personnel au cours desquelles l'individu change de priorités et d'aspirations. Rodgers [1962] décompose ce cycle de vie en dix étapes successives, présentant potentiellement de fortes implications dans la décision de rentrer : le passage de l'approche centrée sur l'individu à celle centrée sur le foyer apparaît comme importante, avec notamment la naissance d'un enfant, sa scolarisation, le départ des enfants du foyer ou encore le début de la vieillesse et la perte du conjoint. Wortzel [1977] met l'accent sur la scission occasionnée par le mariage et la naissance d'un enfant, l'individu étant précédemment plus enclin à faire des choix fondés sur ses propres aspirations et désirs, et valorisant les expériences enrichissantes et le développement personnel.

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Le contexte culturel et social chinois exacerbe cette scission et l'importance de ces différentes étapes de vie dans la décision de rentrer. Le devoir de support (financier, familial, au quotidien...) des parents dans leur vieillesse et l'attachement à la terre natale conditionnent les migrants à l'idée de retour après un âge plus avancé. La présence de barrières d'accès aux services publics se révèle également beaucoup plus contraignante pour une famille : la scolarisation des enfants de migrants est en théorie possible, mais les frais de scolarité sont souvent trop élevés pour eux. Le passage du baccalauréat à la fin du lycée est également effectué dans le lieu de résidence de hukou, si bien que les parents sont obligés de renvoyer leurs enfants dans les campagnes à l'âge de 12 ans pour y suivre le reste de leur scolarisation. De plus, les allocations vieillesse ou pauvreté sont attribuées exclusivement aux locaux, les migrants étant d'autant plus vulnérables aux âges plus avancés de la vie. Dans l'ensemble, la difficulté des conditions de travail et l'instabilité financière et familiale ne favorisent pas leur installation permanente en ville.

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Certains auteurs considèrent néanmoins qu'au-delà de ce simple effet âge, la différence entre les aspirations des jeunes et celles des anciens migrants peut être expliquée par une scission entre cohortes. Murphy [2002] montre que les anciens migrants ont baigné dans un discours politique prônant le retour dès le début de leur expérience migratoire, et migré dans un contexte social et culturel traditionnel et conservateur. La banalisation du phénomène de migration, principalement dans les provinces où le taux d'émigration est élevé, a également changé la perception et l'aspiration de retour pour les communautés émettrices.

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Les changements législatifs nombreux, en particulier ceux de 2001, ont en outre créé des conditions de migration toutes différentes entre les deux générations. La réforme du système de nongzhuanfei (changement de statut agricole) de 2001 fut en effet souvent présentée comme l'une des plus importantes dans l'histoire du hukou [Chan et Buckingham, 2008]. Le nongzhuanfei renvoie au système de transfert de hukou (d'une localité donnée a une autre, généralement d'une localité rurale vers la ville) pour les migrants remplissant des conditions restrictives (comme l'obtention d'un contrat de travail permanent avec des entreprises publiques, le recrutement dans les forces armées, le mariage, ou la provision de soins et le support à un parent ayant un hukou local). Face aux pressions engendrées par l'afflux massif de migrants dans les villes, le système commença à s'éroder dès le début des années 1990. Ce n'est qu'en 2000 que les provinces décidèrent progressivement de supprimer ce système restrictif, processus qui prit fin en 2001 avec l'entier abandon du nongzhuanfei. Les critères de transfert furent donc remis aux mains des autorités provinciales, qui entreprirent à divers degrés des politiques d'assouplissement.

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L'année 2001 fut aussi marquée par un optimisme croissant dans la sphère publique sur le sujet des migrations. Un document publié par le Conseil d'Etat en mai 2001 annonçait déjà une volonté de réforme en profondeur du système pour lutter contre les inégalités, en commençant par une réforme de la scolarisation des enfants non titulaires d'un hukou local. Dans les grandes villes de Pékin et Shanghaï, une nouvelle politique de migration accueillit les migrants sous le slogan " Widening the gate, raising the price " (ouvrir les portes tout en augmentant le prix), rendant le hukou accessible aux " talents " et aux migrants les plus fortunés pouvant attester d'un logement et d'un capital minimum en ville [Huang et Zhan, 2005]. Les villes de taille moyenne, en dehors des provinces côtières, entreprirent également un assouplissement des conditions de transfert pour attirer une main-d'oeuvre plus motivée en leur proposant de meilleures conditions de travail. Enfin, le gouvernement central définit une nouvelle politique de développement plus équilibrée entre les campagnes et les villes et reconnut pleinement la contribution des migrants dans le développement des grands centres urbains modernes du pays.

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Ces divers changements ont marqué une réelle séparation entre deux générations de migrants ayant fait l'expérience d'un départ pour la ville bien différent d'une période à une autre. Cette ligne temporelle pourrait nous permettre de saisir une transformation profonde des migrations entre les deux périodes, à l'origine de deux cohortes aux perceptions de leurs expériences et aux aspirations bien différentes.

Les conditions de l'enquête

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L'étude de l'aspiration au retour porte sur un échantillon de 99 migrants interviewés à Pékin dans les trois grands secteurs d'activité traditionnels pour les migrants : l'industrie, la construction et les services (typologie généralement utilisée pour les flux migratoires en Chine). Le questionnaire est organisé en quatre grandes catégories : caractéristiques personnelles, expérience migratoire et informations sur le lieu d'émigration, informations sur le travail et la vie à Pékin, et intention de retour.

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L'intention de retour est déterminée par les questions suivantes, extraites du questionnaire :

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- " Dans le futur, voudriez-vous vivre et travailler à Pékin, dans une autre grande ville ou dans votre province natale ? Si vous ne voulez pas travailler et vivre dans une grande ville, veuillez expliquer " ;

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- " Si vous pouviez choisir librement, où voudriez vous vivre avec votre famille ? " ;

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- " Vous voyez-vous vivre et travailler, vous et votre famille, dans votre ville natale dans le futur ? ".

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La combinaison des réponses aux trois questions a permis la codification de la variable " intention de retour ", égale à 1 si la personne déclare vouloir rentrer et 0 si elle déclare vouloir rester à Pékin ou aller dans une autre ville. L'absence de réponses incohérentes aux trois questions et dans la partie discussion a permis de codifier sans encombre.

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Cependant, les résultats de cette analyse montrent que le regroupement par cohorte semble plus à même d'expliquer les différences d'intention de retour entre les individus (cf. graphiques ci-dessous).

L'aspiration au retour augmente avec l'âgeIllustration 1
Une deuxième cohorte moins encline au retourIllustration 2
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L'intention de retour pour la première et pour la nouvelle cohorte de migrants est respectivement de 77,3 % et de 26,7 % ; confortant l'idée d'émergence d'une nouvelle cohorte de migrants après les grandes réformes du début des années 2000.

L'intention de retour au coeur du débat

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Rachel Murphy [2002] démontre que les migrants ayant quitté leur campagne dans les années 1990 étaient baignés dans un discours étatique de valorisation des liens culturels et sociaux et des devoirs économiques envers la terre natale. Ainsi, à cette même période, l'idée de retour fut partie intégrante de l'expérience migratoire dans la conscience commune. L'accoutumance au phénomène de migration, accompagnée du relâchement des efforts des provinces dans leurs campagnes d'attraction des migrants du retour, a conduit à un changement de cadre de pensée (à la fois sur les plans culturel, social et économique) dans les campagnes chinoises. L'idée du retour a perdu en importance pour ces nouveaux candidats au départ pour la ville.

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Dans la littérature économique, les théories expliquant le retour font souvent appel au constat d'échec ou d'incomplet succès des individus lors de leur expérience migratoire. Cependant, Rachel Murphy [2002] affirme que les migrants revenus à la campagne à la fin des années 1990 étaient au contraire perçus comme ayant réussi leur expérience (construction de grandes maisons, possession de voitures et d'autres biens de consommation du type habits et bijoux). C'est sur cette vision du retour que les deux cohortes de migrants diffèrent particulièrement : la première percevant le retour comme une occasion de s'installer en famille sous le signe du succès de l'expérience migratoire, et la deuxième cohorte, comme un échec et une solution de dernière instance.

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Au lendemain de la crise financière internationale, en 2009, les embauches d'étudiants diplômés d'université se firent de plus en plus rares. Dans la capitale, des milliers d'étudiants se réunirent dans le village de Tangjialing, à proximité de l'aéroport, dans l'attente d'un emploi. Lian Si, dans un livre consacré à l'étude de ce village atypique, identifia ce phénomène de concentration des étudiants comme une preuve de l'émergence d'une nouvelle cohorte de migrants. Il assimila ce regroupement étudiant à des fourmilières : les étudiants pris individuellement paraissaient petits et " insignifiants " aux yeux des autorités publiques, mais représentaient collectivement une menace potentielle pour la paix sociale.

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Malgré les politiques encourageant les migrations vers l'Ouest du pays, les étudiants sont restés réticents à l'idée de travailler en dehors des grands centres urbains. Le plan de relance formulé en février 2009, intégrant la " Go West policy ", incitait les jeunes diplômés à migrer en dehors de la zone côtière, en proposant des salaires attractifs, une couverture sociale et des contrats de travail moins précaires. Cette proposition ne trouva pas l'écho escompté auprès des jeunes diplômés, qui préférèrent occuper un emploi sous-qualifié et sous-payé à Pékin. Li Na, jeune diplômée travaillant dans un magasin de bijoux dans un quartier chic de la ville, déclarait à ce sujet : " Si je me rends dans ces usines isolées au centre du pays, ils me forceront à rester et je n'aurai rien accompli dans ma vie. " Ces jeunes migrants, pourtant originaires de la campagne et des provinces chinoises, perçoivent leur terre d'origine comme culturellement arriérée, aux valeurs conservatrices et traditionnelles. Cette aversion illustre le fait que l'expérience migratoire (notamment pour les études) fut un moyen pour eux de prendre de la distance avec la campagne natale. Une amie de notre interviewée ajoute : " Dans mon petit village, seules quelques personnes ont eu la chance d'aller à l'université. Si je reviens, ils verront cela comme un échec. Pour réussir, je dois construire ma vie ici. Tous les parents rêvent de pouvoir parler de leur enfant qui s'est installé à Pékin ou Shanghaï. "

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Autrefois dépeinte avec nostalgie, la terre natale fait naître un sentiment plus partagé et complexe pour ces jeunes diplômés. Cette évolution de la perception et du discours n'est pas de leur seul fait. Nous retrouvons des propos similaires chez les migrants de la nouvelle cohorte.

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L'analyse des réponses des participants au sondage montre par exemple qu'un pourcentage plus élevé de migrants de la seconde cohorte a migré seul (41 % des migrants de la nouvelle cohorte, contre 32 % de l'ancienne cohorte). A la question " Quelles sont les raisons qui ont motivé votre décision de migrer ? ", les migrants de la première génération ont évoqué quasi systématiquement la situation financière de leur foyer. La décision, prise à l'échelle du ménage, leur est généralement apparue comme une nécessité. En revanche, les réponses données par les participants classés comme appartenant à la nouvelle cohorte faisaient état d'un éventail plus large de raisons. La motivation monétaire fut certes citée par ces migrants, mais était également complétée par des raisons plus personnelles, comme le désir de faire l'expérience de la vie urbaine et de s'ouvrir à de nouveaux horizons.

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De même, à la question " Comment expliquez-vous ce désir et cette intention de retourner à la campagne ? ", 77 % des participants souhaitant rentrer ont sélectionné la réponse " Ma ville natale me manque " ou " Ma famille et mes amis y résident ", dénotant un fort attachement à leur terre natale et à leur devoir familial, éléments évoqués par les travaux de Rachel Murphy [1999]. En outre, 24 % ont également coché les deux cases " Je n'aime pas la vie dans les grandes villes " ou " Le niveau de vie en ville est bien trop élevé ". La décision de retour serait, dans ces cas, davantage motivée par la contrainte plutôt qu'un choix volontaire.

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Ghosh [2000] liait l'intention de retour aux motivations initiales de migration et aux conditions socio-économiques dans le lieu de départ (et potentiel lieu de retour). Ainsi, l'étude des réponses des participants du sondage nous amène à bien séparer notre échantillon en deux cohortes de migrants, dans lesquelles non seulement l'intention de retour diffère, mais également les raisons initiales de départ.

Attitudes sociales et modes de vie : une comparaison

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La scission entre les deux cohortes de migrants ne s'effectue pas seulement sur la question du retour. Il s'agit de comprendre également l'influence du changement des conditions de migration sur l'attitude sociale et les modes de vie des migrants de la nouvelle cohorte.

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Une comparaison de leurs caractéristiques personnelles montre sans surprise que les migrants de la première cohorte sont généralement plus âgés et mariés (9 % seulement sont célibataires, contre 68 % pour la nouvelle cohorte). Il est néanmoins essentiel de rappeler que la scission entre les deux cohortes s'est effectuée sur le critère du départ de la terre natale avant ou après 2001, et non sur le critère de l'âge seul. En effet, l'âge des participants au sondage classés comme seconde cohorte n'est pas homogène (il varie de 15 à 38 ans). Pour les migrants de première cohorte, 68 % des individus mariés ont migré seul (femmes et enfants restant à la campagne), renforçant l'idée d'une migration temporaire. Les migrants de la seconde cohorte ont généralement un niveau de scolarisation plus élevé, avec en moyenne onze années de scolarisation, soit 2,2 années de plus que l'ancienne cohorte. Le salaire moyen dans l'ancienne cohorte est également inférieur à celui des migrants de la nouvelle cohorte (respectivement 1 253 yuans contre 1 380 yuans). Ce fait est surprenant au vu de la différence d'années d'expérience professionnelle entre les deux cohortes. Cette comparaison du niveau salarial révèle la valorisation moindre de l'ancienneté dans les salaires des migrants, et vraisemblablement une sélection des migrants de l'ancienne cohorte pour les emplois les moins qualifiés et les moins rémunérés (notamment dans le secteur de la construction). Une grande disparité des salaires est également observée chez ces derniers, avec près de 40 % des sondés gagnant moins de 1 000 yuans par mois.

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Le rapport avec la terre natale peut être observé sous l'angle de divers éléments. Ainsi, pour ce qui est de l'expérience agricole chez les participants du sondage, 59 % de la nouvelle cohorte ont travaillé la terre au moins une fois, contre 71 % pour l'ancienne cohorte. Cette différence significative témoigne néanmoins d'une vision biaisée d'une nouvelle cohorte complètement détachée de ses terres agricoles et ayant refusé tout travail physique dans les champs. La possession de terres en milieu rural est aussi plus importante pour les migrants de la première cohorte, avec 65 % des migrants ayant une terre cultivable (contre 55 % pour la nouvelle cohorte). Ces résultats montrent que la possession de terres, dans le cas chinois, n'est pas une condition satisfaisante pour augurer de l'intention de retour.

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Malgré les conversations téléphoniques et les retours ponctuels (à une fréquence variable), le processus de migration opère une déconnexion pour tous les migrants, qui apparaît plus prononcée chez ceux de la nouvelle cohorte. Un jeune homme travaillant dans une usine de production de papier à Tongzhou, dans la banlieue de Pékin, nous évoque avec ambiguïté sa relation avec sa terre natale. La représentation de son village est empreinte de nostalgie et de regret. Cependant, après trois années de travail à Pékin, il apparaît comme mis à l'écart par ses proches et amis : " Au début, nous parlions pratiquement tous les jours sur QQ [messagerie instantanée chinoise] à mon travail. Ils sont maintenant tous mariés et ne travaillent pas. C'est difficile de partager quoi que ce soit avec eux aujourd'hui. "

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La question du mariage revêt également une importance cruciale dans cette discussion sur le retour : les conventions culturelles traditionnelles préconisent que le mariage s'effectue avec un époux provenant du même village, ou tout au moins de la même province. Cela est d'autant plus difficile pour les migrants ayant quitté tôt leur village natal (après la certification du collège, parfois à l'âge de 16 ans). Fan et Huang [1998] mettent en avant le concept de " migration du mariage " dans le cas chinois, avec des jeunes migrants (généralement migrantes) cherchant un partenaire en ville, dans le rejet du traditionalisme de la communauté dont ils ou elles sont issu(e)s. Enfin, il est intéressant de voir que le pourcentage de migrants effectuant des " remises " financières [1] est comparable dans les deux groupes (en moyenne 72 %), les remises étant généralement de même ampleur (en pourcentage du salaire). Ce dernier constat remet en cause l'image des migrants de la nouvelle cohorte qui seraient plus propices à la consommation de biens et d'activités considérés comme superflus (vêtements, maquillage, achat de plusieurs téléphones cellulaires...).

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Piore [1979] définissait les migrants comme des " oiseaux de passage ", caractérisation particulièrement pertinente dans le cas des migrations chinoises. L'appellation communément utilisée pour désigner les migrants en Chine est waiti, c'est-à-dire " d'une autre terre ". Certains migrants de la première génération (ayant en moyenne dix-huit années de migration derrière eux) nous confient qu'ils se considèrent comme des waiti. Leurs famille et amis ayant le plus souvent choisi de rester au village, ils ne se perçoivent généralement pas comme des urbains, leur " vie " étant dans cette " autre terre ". Leurs possessions en ville sont moindres, puisqu'ils sont logés sur leur lieu de travail ou dans des camps de fortune aux portes de la ville.

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Cette perception de l'expérience migratoire, et l'attitude sociale en découlant, est différente pour les migrants de la deuxième cohorte. 20 % des répondants de la nouvelle cohorte se considèrent comme des habitants de Pékin, un sentiment quasi inexistant pour les migrants de l'ancienne cohorte (seulement 5 %). 22 % des sondés appartenant à la nouvelle cohorte répondent qu'ils se sentent discriminés en ville, contre 32 % pour ceux de la première. Les raisons de ce sentiment de discrimination relèvent généralement du ressenti, les migrants faisant référence à l'arrogance des locaux. Une autre source de discrimination se situe au niveau de l'accès aux services publics et au logement, considérés comme bien trop onéreux et de piètre qualité pour les migrants.

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L'intégration sociale est également mesurée par la question : " Avez-vous des amis à Pékin ? ". 31,7 % des seconds migrants ont répondu " Je n'ai aucun ami à Pékin " ou " Je ne connais pas beaucoup de monde a Pékin ", contre 46,1 % pour les premiers. De plus, un quart des migrants de la seconde cohorte ont répondu avoir beaucoup d'amis de Pékin (locaux), contre seulement 13 % pour notre ancienne cohorte. Cette analyse du cercle amical à Pékin confirme la perception des " oiseaux de passage " pour l'ancienne cohorte, travaillant à Pékin et se retirant après avoir épargné assez d'argent pour rentrer. A la question " Que pensez-vous des locaux [Pékinois] ? ", un migrant de l'ancienne cohorte répondait ironiquement : " Je ne sais pas car je n'ai jamais parlé à un local ici. " L'extension de leur cercle amical, incluant les locaux, pour les migrants de la nouvelle génération, est caractéristique de leur aspiration à considérer Pékin comme plus que leur simple lieu de travail.

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Au-delà de l'intention de retour, des différences notables existent entre les deux cohortes de migrants, tant sur le plan socio-économique que dans leurs attitudes et habitudes en ville. Les changements législatifs et économiques du début de la décennie ont contribué à l'émergence de flux migratoires plus diversifiés et au changement de contexte et d'environnement liés à l'expérience migratoire. L'accoutumance au phénomène de migration et le déclin du discours étatique visant à attirer les migrants dans les campagnes a contribué à altérer l'idée de retour dans la conscience commune.

Un peu de prospective

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Nous avons analysé l'émergence d'une nouvelle cohorte de migrants et identifié des traits caractéristiques de cette dernière. Le concept de seconde cohorte de migrants a commencé à prendre de l'importance dans les débats nationaux, comme en témoigne la publication du " Document n? 1 " par le Conseil d'Etat (février 2010). La gestion d'une population en constante croissance figure aujourd'hui parmi les priorités nationales. L'aspiration de cette nouvelle cohorte de migrants à s'installer dans les grandes villes impose donc un nouveau paradigme dans le débat sur les migrations chinoises, et permettra sûrement de repenser à nouveau la question du hukou, la planification urbaine et le sentier de croissance et de développement des zones rurales, sources des migrants.

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Aujourd'hui, plus d'un jeune sur cinq quitte les campagnes pour travailler en ville. La terminologie de " migrant " pour désigner les individus qui ont fait le choix de quitter leur lieu de résidence déclaré est peut-être dépassée, au vu de l'émergence d'une population croissante aspirant à s'installer en ville de manière permanente. Le " contrat social " entre le gouvernement et les migrants reposait sur l'implicite de leur retour. Les autorités publiques ont pris un soin particulier à afficher une politique d'accueil réformant l'accès à la scolarisation des enfants ou prenant des mesures à l'encontre des pratiques abusives des employeurs. Cependant, la question du logement et de l'installation en ville n'a jamais été abordée dans les débats. L'accroissement de la population migrante dans les villes est susceptible d'altérer cette balance des pouvoirs entre les deux parties.

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Les effets d'une croissance de la population urbaine et le développement de l'idée d'installation permanente ont d'ores et déjà un impact considérable sur le développement des villes. Selon l'Institut d'études démographiques chinois, en 2009, 622 millions de Chinois (soit 46 % de la population totale du pays) résidaient en milieu urbain, un taux d'urbanisation pouvant être porté à plus de 50 % à l'horizon 2020. La capacité d'absorption des coeurs urbains arrive déjà à ses limites, comme en témoigne la multiplication de camps de fortune aux portes de Pékin (au niveau de la 5e boucle de périphérique, comme on les situe généralement), qualifiés de " camps de migrants " mais présentant toutes les caractéristiques de bidonvilles.

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Le cas du village de jeunes diplômés à Tangjialing n'est pas exceptionnel. Avant sa destruction, survenue au mois de juin 2010, 50 000 migrants y résidaient, dans des chambres de 10 à 20 m2 qu'ils partageaient à plusieurs, souvent louées moins de 50 euros par mois. Yu Jianrong, chercheur a l'Académie des sciences sociales chinoise, déclarait dans l'édition du 2 juin 2010 du China Daily [Huazhong, 2010] : " Comme nous l'avons appris a travers l'histoire, les intellectuels populaires représentent potentiellement des turbulences sociales ", pour renvoyer aux réelles raisons de cette destruction. D'ici à janvier 2011, ce village fera place à l'agrandissement de la nouvelle Silicon Valley chinoise. Cette valse entre les migrants chinois et les autorités publiques, qui démolissent en moyenne 50 villages de migrants à Pékin chaque année, demandera des efforts de plus en plus considérables de la part du gouvernement pour mieux intégrer les migrants dans le paysage urbain et faire face à cette demande croissante de logements.

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Enfin, les conséquences sur le développement des zones rurales sont à repenser. La nouvelle politique de développement balancé entre les campagnes et les régions côtières et autres centres urbains a été au coeur des précédents plans quinquennaux. Le 11e plan quinquennal, défini en 2006, réitérait l'engagement des autorités chinoises dans la construction de nouvelles campagnes socialistes (concept de " new socialist countryside "), l'accent étant porté sur le développement des campagnes plus que sur un objectif de croissance économique nationale. Le déclin rapide de l'extrême pauvreté témoigne de cet engagement dans la durée, le nombre de personnes vivant avec moins de 1 dollar par jour ayant été divisé par deux en l'espace de quinze ans (1990-2005).

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Cependant, en 2005, près de 256 millions d'individus en campagne vivaient encore dans l'extrême pauvreté (Bureau national des statistiques, 2006). Une estimation effectuée la même année par la Banque mondiale montrait que la pauvreté (définie au sens monétaire) était un phénomène majoritairement rural et concentré dans les provinces du Centre et de l'Est, où les taux de pauvreté pouvaient atteindre jusqu'à 19 % [Banque mondiale, 2009]. Les migrations de retour et les remises d'argent ont été identifiées comme une source de revenu non négligeable pour les travailleurs ruraux, et comme un vecteur de développement contre la pauvreté [idem]. L'émergence de cette nouvelle cohorte de migrants pourrait potentiellement remettre en question la durabilité de ces vecteurs de développement, et avoir un impact négatif sur le dynamisme économique des régions émettrices. De Brauw et al. [2003] avaient montré que les migrations de retour étaient fortement corrélées à une croissance de l'investissement, entraînant une diversification des stratégies de subsistance vers des activités dans les secteurs tertiaire et secondaire. Au niveau macroéconomique, les modélisations proposées par Thomas Vendryes [2010] montrent que la levée des barrières à l'installation des migrants en ville pourrait avoir des conséquences négatives sur le développement rural : " Une telle politique d'ouverture du marché du travail sans libéralisation complète des migrations, conduit à une probabilité de développement complet et à une vitesse de développement plus élevées, comparé à la situation initiale de séparation pure ou à une politique de complète libéralisation des flux migratoires. "

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Les éléments de réflexion apportés par les nouveaux courants théoriques dans le champ des migrations, au niveau des migrations transnationales, nous permettent désormais de penser le processus à la fois dans les régions d'émigration et d'immigration. Les migrants peuvent jouer un rôle de leadership et dynamiser l'économie des régions sources, de par les remises sociales et financières et leur engagement dans le développement de la communauté. Les migrations ont également toujours été perçues comme un processus à double sens. Cependant, le contexte institutionnel et politique a favorisé l'émergence d'une migration triangulaire entre la terre natale, le lieu de travail et le lieu de résidence ou d'installation. La croissance de villes comme Chengdu ou Kunming a montré que le développement était possible en dehors de la région côtière. Certaines villes, plus petites en taille, attirent aujourd'hui ces nouveaux migrants par des politiques d'installation plus ouvertes et de meilleures conditions de travail. Ce phénomène, peu documenté, est de plus en plus répandu : lors des entretiens réalisés, il transparaissait que certains migrants économisaient dans l'espoir de s'installer et d'acheter une maison dans des villes où la concurrence sur le marché du travail et pour l'accès aux services publics était moins élevée. Le développement des infrastructures routières et ferrées connecte également mieux les villes et pourrait favoriser la diversification géographique des flux migratoires.

Conclusion

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Il est important de rappeler ici le pouvoir explicatif de cette étude par cohorte sur la décision de rentrer. Il convient, néanmoins, de garder à l'esprit les travaux de Norman Ryder [1965], qui rappelait que la fonction du concept de cohorte dans les sociétés n'était pas de percevoir un groupe d'individus comme une entité homogène, mais bien de comprendre comment les caractéristiques individuelles et le contexte socio-économique interagissent dans différentes cohortes. La cohorte ne doit pas être comprise dans son unicité, mais en perspective avec les autres cohortes. La question du retour doit donc également être étudiée sous l'angle des valeurs, aspirations et choix personnels des migrants, de même que sous l'angle de la théorie. L'effet âge pur et cycle de vie ne devrait pas être écarté dans cette étude de la question du retour, en particulier dans le cadre chinois. Ce n'est qu'en combinant ces analyses par cohorte et par cycles de vie que l'on parvient (même partiellement) à comprendre la décision ou l'aspiration au retour.

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De même, l'évolution des conventions, des attentes sociales et de la culture de la migration s'accomplit dans le temps. La coupure entre deux cohortes par une ligne temporelle fixe (année 2001) est une manière artificielle et incomplète de distinguer deux générations. Le recul apporté par les prochaines années permettra à la recherche de mieux documenter les dynamiques de ce phénomène, qui reste aujourd'hui méconnu de la population chinoise et des autorités publiques.

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Jean-Pierre Cassarino [2004], chercheur sur le thème des migrations, définit le phénomène de retour comme le parent pauvre des recherches. Les travaux sur l'émergence d'une nouvelle génération de migrants et l'effet âge dans la décision de retour pourraient à la fois compenser un vide théorique et permettre de mieux saisir l'impact du phénomène de retour sur le développement des sociétés urbaines et rurales en Chine.


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Plan de l'article

  1. Rappels sur les migrations en Chine
  2. Deux explications
  3. Cohortes de migrants ou effet âge ?
  4. Les conditions de l'enquête
  5. L'intention de retour au coeur du débat
  6. Attitudes sociales et modes de vie : une comparaison
  7. Un peu de prospective
  8. Conclusion

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