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L'Économie politique

2011/3 (n° 51)


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Si Léon Walras se distingue des économistes français de son époque par la méthode, en utilisant l'outil des mathématiques, il s'oppose également à eux sur le fond  [1][1] Ce texte est une version raccourcie de " Léon Walras,.... Loin du libéralisme prôné par ses collègues, il souhaite proposer une synthèse entre le socialisme et le libéralisme, et entre l'individualisme et le communisme. Il prétend désigner sa théorie sous le nom de " socialisme synthétique ou de synthétisme " [Walras, 1896a, p. 206]. En 1909, le jour de la cérémonie de son " Jubilé cinquantenaire d'économiste " à l'université de Lausanne, Walras déclare être finalement parvenu à construire un " socialisme scientifique, libéral et humanitaire " [Walras, 1909, p. 511]. Nous allons donc ici esquisser les contours de ce " socialisme singulier "  [2][2] Sur les caractéristiques du socialisme de Walras, voir....

Le rachat des terres par l'Etat

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Dans ses écrits, Léon Walras rappelle souvent que, sur le plan théorique et économique, la solution de la " question sociale " comporte deux problèmes à résoudre. D'une part, il s'agit de rendre la production de richesse sociale " la plus abondante possible ", et d'autre part, il s'agit de rendre la répartition de cette richesse sociale entre les hommes " la plus équitable possible ". Cette démarche soulève le problème de la concordance (de l'harmonie) entre le principe de l'intérêt ou de l'efficacité économique et celui de l'équité ou de la justice sociale.

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Selon Walras, contrairement à ce pensent les économistes libéraux, l'homme n'existe que dans le cadre de la société, et celle-ci existe indépendamment des individus. L'individu et l'Etat représentent deux " types idéaux " naturels, absolument " équivalents ", qui ont chacun leurs droits légitimes  [3][3] Voir Dockès [1996, p. 69]. On a d'un côté les personnes.... Par ailleurs, à côté de la démarche scientifique proprement dite, utilisée en économie politique pure, qui consiste à partir de " types réels " pour dégager des " types idéaux " qui serviront à la déduction des théorèmes, Walras se sert sur le terrain de l'économie sociale d'une " méthode de conciliation ou de synthèse ". Cette méthode, qu'il ne faudrait pas confondre avec un éclectisme superficiel (qui adopte le " sens commun " comme critère), consiste à analyser de manière critique des théories opposées pour en apprécier à chaque fois les points forts et les faiblesses, puis à opérer " le rejet des parties fausses et la synthèse des parties vraies " [Walras, 1868, p. 152].

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Une telle méthode va être appliquée au socialisme et au libéralisme. En 1868, Walras affirme ainsi : " Nous concilierons le socialisme avec le libéralisme en introduisant la distinction entre la science et la politique. Nous montrerons qu'en fait de science c'est le socialisme qui a raison, qu'en fait de politique c'est le libéralisme " [Walras, 1868, p. 154]. La science est le " monde des idées et de l'idéal ", tandis que la politique ou la pratique est le " monde des faits et de la réalité ", de l'imperfection [Cours d'économie sociale,in Walras, 1996, p. 165 et 167]. La science doit donc déterminer la société rationnelle, l' " idéal social " [Walras, 1867-1868]. Selon notre auteur, sur le plan scientifique, le socialisme a raison contre le libéralisme en affirmant l'importance de la question sociale et en tentant de trouver des solutions ; mais il a tort en ce qui concerne les solutions politiques (autoritaires) proposées. Sur le plan politique, le libéralisme a raison contre le socialisme en défendant la liberté contre les solutions autoritaires ; mais il a tort sur le plan scientifique en niant l'existence ou en sous-estimant l'importance de la question sociale.

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Walras poursuit son argumentation en ajoutant : " nous concilierons aussi le communisme et l'individualisme en introduisant la distinction entre les conditions et les positions sociales " [Walras, 1868, p. 154]. Chaque homme possède sa propre richesse naturelle, c'est-à-dire ses facultés personnelles (son capital humain), et pour respecter l'" inégalité des positions ", c'est-à-dire l'inégalité des situations personnelles, les facultés personnelles, le service du travail qui en découle et les salaires appartiennent de droit naturel à l'individu. En revanche, les hommes doivent posséder en commun, par l'intermédiaire de l'Etat, ce que la nature a donné à tous, les ressources naturelles. Pour respecter l'" égalité des conditions ", c'est-à-dire l'égalité des chances entre les individus, les terres, le service de la " rente " qui en découle et les fermages appartiennent de droit naturel à l'humanité. Tous les individus doivent profiter également des ressources offertes par ce capital naturel. En effet, " Les terres n'appartiennent pas à tous les hommes d'une génération ; elles appartiennent à l'humanité, c'est-à-dire à toutes les générations d'hommes [...]. En termes juridiques, l'humanité est propriétaire, et la génération présente est usufruitière des terres " [Walras, 1896a, p. 189], et le représentant légitime de l'humanité ne peut être que l'Etat.

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D'après Walras, " Si la société était un fait conventionnel et libre, les individus contractant pour l'établir pourraient décider un partage égal des terres entre eux " [Walras, 1896a, p. 189]. Or, l'idée d'un contrat social (de Hobbes à Rousseau) est pour lui absurde. Bien au contraire, la société est un " fait naturel ", et donc le système de la propriété privée du sol, aussi bien agricole qu'urbain, constitue une violation permanente du droit naturel. En d'autres termes, " laisser les terres aux mains des propriétaires, c'est perpétuer au sein de la société l'enrichissement indéfini d'une classe parasite ; les remettre aux mains de l'Etat, c'est faire bénéficier la communauté des résultats du progrès social " [Walras, 1896b, p. 411].

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A la suite de son père, Léon Walras se rallie à l'option de la " nationalisation du sol "[4][4] L'expression apparaît sous la plume de Léon Walras.... Mais comment envisage-t-il concrètement l'attribution des terres à l'Etat ? En 1879, en s'inspirant de la théorie d'Hermann Heinrich Gossen, il construit une " théorie mathématique du prix des terres et de leur rachat par l'Etat ". Il n'est pas question selon lui d'exproprier brutalement les propriétaires, et il ne peut donc souscrire à la première revendication du Manifeste du Parti communiste : " Expropriation de la propriété foncière et affectation de la rente foncière aux dépenses de l'Etat " [Marx et Engels, 1848, p. 87]. L'Etat doit racheter progressivement et systématiquement les terres au prix du marché, en commençant par les terrains agricoles et urbains les plus rentables. Mais ne pouvant pas payer cash, il devra émettre des obligations rapportant intérêt. Il va donc emprunter massivement, et les propriétaires seront indemnisés au moyen de ces obligations émises au taux d'intérêt courant. L'Etat devient alors le propriétaire foncier collectif. Que va-t-il faire de ses terres ? Il ne va pas les gérer lui-même, en créant des sortes de " sovkhozes ", mais il va louer par des baux à long terme (quinze, vingt ans ou plus) les terrains agricoles et urbains, ce qui revient à vendre les services fonciers (" service de la rente ") qui en découlent contre des fermages agricoles et des loyers urbains  [5][5] Une partie des terres doit être louée à des " consommateurs....

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Pour le développement de l'agriculture française, Walras voit un avantage considérable dans ce système. En effet, en France, la petite exploitation, avec la confusion dans la même personne entre le propriétaire foncier et l'entrepreneur de culture, prédomine au XIXe siècle  [6][6] Léon Walras déplore que la vente des biens nationaux.... Grâce au rachat des terres, la culture extensive ferait place à la culture intensive, utilisant le progrès technique sur de vastes exploitations, d'où la convergence des règles d'efficacité économique avec les principes de justice sociale.

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Durant un certain nombre d'années, les fermages agricoles et les loyers urbains ne suffiraient pas au versement des intérêts des obligations, et la dette de l'Etat s'accroîtrait. Pour répondre à l'objection, Walras se réfère à la situation nouvelle de l'agriculture avec le passage de l'humanité au stade du " régime industriel et commercial " : " l'agriculture doit s'y effectuer sur le pied d'un très large emploi de capital afin de nourrir une population beaucoup plus nombreuse. Je crois que cette évolution, qui aura pour résultat une plus-value nouvelle de la rente, sans augmentation dans la rareté ni dans la valeur des produits agricoles [...], n'a pu être encore escomptée par les propriétaires. Je crois donc que si l'Etat rachetait les terres avant l'évolution dont il s'agit [...], il trouverait amplement dans la plus-value nouvelle le moyen d'amortir le prix d'achat " [Walras, 1885, p. 325]. L'Etat se trouverait donc dans la situation d'un spéculateur pariant sur la hausse du prix des terres. Dans le même temps, avec l'abondance de capital, le taux de l'intérêt devrait diminuer au cours du temps. Donc, grâce à la hausse des fermages et des loyers urbains et grâce à la baisse du taux d'intérêt, l'amortissement de la dette publique deviendrait effectif. En fait, Walras ne s'aperçoit pas que la marche des économies occidentales au cours du XIXe siècle a démenti complètement ses prévisions ; les prix des terres agricoles et les fermages déclinent, en particulier durant la Grande Dépression (1873-1895).

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Cependant, Walras pense que lorsque le grand emprunt sera remboursé, le seul montant des fermages permettrait à l'Etat de financer tout à la fois les dépenses courantes et d'investissement. L'Etat disposerait alors de son revenu propre, et il deviendrait possible de supprimer tous les impôts sur les revenus et sur le capital. A ce stade, " L'intérêt social et la justice sociale seraient absolument satisfaits, l'idéal social serait réalisé " [Walras, 1881, p. 305].

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En effet, d'après Walras, l'impôt est un phénomène anormal et injuste. Le travailleur vivant exclusivement de son travail subit l'impôt sur le salaire et se trouve empêché d'épargner, donc de devenir partiellement capitaliste ; il est réduit à l'état de prolétaire, ce qui équivaut presque à celui de serf ou d'esclave. Au nom du droit naturel, Walras repousse tout particulièrement l'impôt sur les revenus, proportionnel ou progressif. Le seul impôt qui trouve grâce à ses yeux est celui sur les fermages, qu'il défendait d'ailleurs dans sa jeunesse, dans une communication au congrès de l'impôt à Lausanne [Walras, 1860] et dans sa Théorie critique de l'impôt [1861]. Pourquoi ? Parce que le principe de l'impôt foncier peut être interprété comme une co-propriété de l'Etat sur les terres. Tant que le rachat des terres ne peut être réalisé, Walras accepte l'impôt foncier, l'Etat partageant avec les propriétaires fonciers la plus-value des fermages [Walras, 1873, p. 378-387 ; 1896b, p. 413 ; 1898, p. 424-425].

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Le " plan " de Léon Walras fera l'objet de critiques par plusieurs économistes. Charles Gide, théoricien de la coopération, s'est exprimé à plusieurs reprises à ce sujet. En 1883, il estime que l'Etat ne pourra jamais équilibrer les recettes des fermages et les charges d'intérêts à venir, et qu'il devra emprunter à nouveau ou lever de nouveaux impôts. De plus, suite aux aléas climatiques, des réductions des fermages seront réclamées à l'Etat et les gouvernements démocratiques devront s'incliner. Gide ne recommande pas de tenter l'expérience en France, où l'on trouve une " armée de paysans propriétaires ", mais suggère plutôt de la tenter en Angleterre et dans les pays neufs et les colonies [Gide, 1883, p. 192-196]. En 1897, il ajoute de nouveaux arguments : le rachat des terres par l'Etat ne peut résoudre la question sociale (les capitalistes ne sont pas concernés) et la suppression des impôts a le double inconvénient de priver l'Etat de ressources suffisantes et de briser la solidarité entre les individus liée au paiement des impôts [Gide, 1897, p. 301-307].

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De son côté, dans Les Systèmes socialistes (1902-1903), l'économiste ultralibéral Vilfredo Pareto, à travers une critique des théories de la nationalisation des terres, vise implicitement Walras. Selon lui, rien ne permet d'affirmer que le prix des terres serait durablement orienté à la hausse. Et, dans l'hypothèse où l'Etat parviendrait à devenir propriétaire des terres, il devra affronter les pressions de l'ensemble des locataires : " On ne conçoit guère comment un gouvernement reposant sur le suffrage universel pourra résister au vote de tous les cultivateurs et de tous les locataires de maisons demandant une réduction de loyer " [Pareto, 1903, p. 311]. On retrouve ainsi une objection de Gide. Par ailleurs, la suppression des impôts est un projet utopique, car les besoins de l'Etat " sont infinis, plus on en satisfait, plus il y en a à satisfaire " [ibid.].

Le principe de la libre concurrence et ses exceptions

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Dans les Eléments d'économie politique pure, la théorie de l'équilibre économique général débute par l'échange pur et se complexifie avec la prise en compte de la production des marchandises. Walras y expose un " régime hypothétique de libre concurrence absolue ", le marché étant envisagé comme un " type idéal " sans frottements, comme en mécanique pure. Mais Walras craint que les lecteurs de ce livre ne le prennent pour un partisan inconditionnel du " laissez faire, laissez passer ". En 1883, il met en garde Wilhelm Lexis à ce sujet : " il m'a semblé que vous me considériez comme un partisan de la libre concurrence absolue (en raison de ce fait que j'étudie très attentivement et très minutieusement les effets de la libre concurrence). Quoi qu'il en soit, je tiens à vous faire savoir que, tout au contraire, c'est plutôt le désir de repousser les applications mal fondées et inintelligibles de la libre concurrence faites par des économistes orthodoxes qui m'a conduit à l'étude de la libre concurrence en matière d'échange et de production " [lettre à W. Lexis, 17 mars 1883, in Jaffé, 1965, vol. I, l. 548, p. 746].

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Quand Walras se penche sur le " principe " de la libre concurrence, il se situe sur le terrain de l'" économie politique appliquée ", définie comme la " théorie de la production économique de la richesse sociale ". Selon lui, la libre concurrence représente, dans certaines limites, un " mécanisme automoteur et autorégulateur de production de la richesse sociale " [Walras, 1886, préface, p. 60], mais tout comme pour le soleil, il faut favoriser les effets bénéfiques en se préservant de ses effets nuisibles. Walras explique ici : " Laisser faire ne doit pas signifier ne rien faire, mais laisser agir la libre concurrence. Là donc où la libre concurrence ne peut agir, il y a lieu, pour l'Etat, d'intervenir afin d'y suppléer ; et là où la libre concurrence peut agir, il y a lieu, pour l'Etat, à intervenir afin de l'organiser, d'assurer les conditions et le milieu de son fonctionnement " [Walras, 1880, p. 388]  [7][7] Les soulignés sont de Léon Walras.. La libre concurrence, " organisée " par l'Etat devrait sans doute empêcher les entreprises d'atteindre une trop grosse taille et la formation de monopoles " artificiels ".

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Selon Walras, le principe de la libre concurrence doit normalement régir la production de la plupart des " services et produits d'intérêt privé ", l'Etat étant investi ici d'une mission complexe de législation, de réglementation. Par exemple, concernant le marché du travail, Walras est favorable à l'existence de syndicats, à l'existence d'une législation du travail, car le " laissez faire " conduit à un allongement sans aucune limite de la durée journalière du travail  [8][8] Compte tenu de ses objectifs propres, l'Etat a donc.... Une " entente internationale " entre plusieurs pays permettrait sans doute de résoudre plusieurs questions de réglementation du travail (éviter le dumping social). Walras pense aussi que la libre concurrence s'accompagne logiquement du libre-échange, mais il n'est pas applicable immédiatement et intégralement à des pays comme la France ; en effet, il ne faut pas se focaliser uniquement sur les produits industriels et il faut songer aux produits agricoles exportables. Notre auteur critique ici le dogmatisme des économistes libéraux qui souhaitent l'instauration immédiate du libre-échange. Mais, comme l'avait vu l'Ecole de Manchester, libre-échange et paix universelle sont très liés. En 1895, dans la " Théorie du libre échange ", Walras fait du rachat des terres par l'Etat et de la suppression des impôts la condition préalable du libre-échange absolu, intégral et, par conséquent, de l'instauration de la paix universelle [Walras, 1897a, p. 274-275 et 278-279 ; voir aussi 1909, p. 510-511].

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Mais là où la libre concurrence ne peut agir, il y a lieu, pour l'Etat, à intervenir afin d'y suppléer : c'est la question des " exceptions ".

Les " exceptions à la libre concurrence "

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Tout d'abord, rappelons que, pour Walras, l'Etat doit fournir gratuitement les services publics, au sens ancien du mot : les fonctions régaliennes, telles que l'administration, la justice, la police, la défense nationale, l'instruction publique (secondaire et supérieure), mais aussi la construction des travaux d'infrastructure et des principales voies de communication. Les activités mentionnées ici correspondent à des " monopoles moraux ", car ils sont fondés sur le droit naturel. Pourquoi ?

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D'abord, parce que les services publics correspondent à la satisfaction de besoins collectifs identiques et égaux pour tous les individus. Ils relèvent donc de l'Etat, qui doit préparer le milieu d'accomplissement des destinées humaines en établissant les " conditions sociales générales ". Ensuite, parce que l'utilité des services publics ne peut pas être correctement perçue " dans toute son étendue " par les individus. Enfin, il existe aussi des biens et des services dont l'utilité sociale dépasse les utilités ressenties par les individus (allusion aux externalités).

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En second lieu, l'Etat doit intervenir en ce qui concerne les monopoles naturels et les chemins de fer. A partir du milieu des années 1880, Walras en fait une véritable question sociale à résoudre. L'intervention de l'Etat se justifie ici au nom de l'efficacité économique, de l'" intérêt social ". Concernant les monopoles naturels privés, Walras se réfère en particulier à l'exploitation des carrières, des mines, des sources d'eau minérale, du gaz. Ces activités se caractérisent par l'existence de coûts fixes élevés et par la présence de rendements d'échelle croissants. Une ville ne peut pas autoriser plusieurs entreprises à enfouir leurs tuyaux d'eau. S'il existe plusieurs entreprises, la concurrence acharnée entre elles va conduire à leur disparition progressive et un monopole privé finira par s'imposer. Le monopoleur pratique alors un prix de vente supérieur au prix de revient en services producteurs (réalisant un " bénéfice maximum " au détriment des consommateurs) et se livre à des discriminations tarifaires.

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L'Etat doit intervenir aussi dans des activités relevant à la fois des services publics et des monopoles naturels : il s'agit des chemins de fer. Ce transport offre tout d'abord un service privé (transport de voyageurs et de marchandises). Il offre également un service public avec la défense nationale et la police, mais aussi avec le transport des participants aux congrès scientifiques et aux expositions industrielles ou artistiques (voyageurs " dans l'intérêt de la société "), ainsi que la diffusion de la presse sur l'ensemble du territoire national. Walras est l'un des premiers économistes à s'intéresser, sur le plan théorique, à la distinction entre le réseau ferré (infrastructure) et la circulation, et il estime qu'en pratique les deux questions ne sont pas distinctes l'une de l'autre, car dans les deux cas il s'agit d'un monopole naturel. En effet, l'existence de multiples réseaux représente un gaspillage de ressources ; les entreprises ont besoin de la puissance publique pour exproprier les terrains et l'Etat ne pourra pas autoriser un nombre indéfini d'entreprises à exproprier. Par ailleurs, il n'est pas possible d'autoriser plusieurs compagnies à circuler sur la voie. Sinon, on retrouvera la marche au monopole : la concurrence tue la concurrence.

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Durant les années de la Grande Dépression du XIXe siècle, de fréquents débats s'instaurent en Europe sur le thème du rachat ou non des chemins de fer par l'Etat. Selon Walras, en ce qui concerne les monopoles naturels et les chemins de fer, l'Etat aurait le choix entre plusieurs formes possibles d'organisation : une entreprise privée est titulaire d'une concession de l'Etat, attribuée après une procédure d'adjudication, soit au rabais sur les tarifs offerts à la clientèle, soit à l'enchère sur le fermage à payer à l'Etat [Walras, 1875, p. 213 ; et Cours d'économie politique appliquée,in 1996, p. 512], et dans ce cas, l'entreprise concessionnaire doit respecter un cahier des charges rédigé par l'Etat, indiquant par exemple les tarifs maxima à pratiquer ; la ou les sociétés privées sont " nationalisées ", et l'exercice du monopole est assuré soit directement par l'Etat (une régie), soit par une compagnie fermière.

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En 1875, la solution d'une entreprise privée concessionnaire semble particulièrement appropriée, selon Walras, pour les monopoles naturels et les chemins de fer ; la seconde solution, consistant à faire racheter par l'Etat les mines, les sources d'énergie, les chemins de fer, représente à ses yeux une option possible [1875, p. 213-214]. En revanche, plus tard, dans les années 1896-1898, Walras envisage la seconde solution sous un angle plus favorable, par exemple pour les chemins de fer.

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Toutefois, dans le cas de l'entrepreneur collectif, lorsqu'une entreprise est non seulement la propriété de l'Etat mais est gérée, par exemple, sous la forme d'une régie, elle devrait opérer comme en concurrence, donc à l'enchère et au rabais, en faisant varier son offre en fonction de ses bénéfices et de ses pertes, en visant le bénéfice nul dans la mesure où l'intérêt des particuliers est visé.

Une critique du marxisme

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Dans les années 1895-1898, Walras se livre à une lecture critique du " collectivisme marxiste ". Mais il n'est pas question pour lui de procéder à la manière des libéraux orthodoxes, qui pensent que " le collectivisme doit être et rester absolument impraticable " et qui s'amusent à " supposer l'établissement d'une direction universelle des subsistances publiques, formant un ministère spécial et siégeant dans un monument de Paris, d'où, par un vaste système de tubes d'appel et de renvoi, elle rayonne sur la France entière "[9][9] Léon Walras, page supprimée du manuscrit de la " Théorie... ! En réalité, le collectivisme est possible selon Walras, mais à certaines conditions.

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Notre auteur repousse la théorie de la valeur des marchandises de Marx, dans la mesure où elle consisterait à retenir le prix du travail et à évacuer le prix des autres services producteurs, le " profit " et la " rente ", considérés comme des " exactions " commises au détriment des travailleurs. Un tel système rend impossible l'égalisation entre l'offre et la demande et la fixation du prix de certains biens, qu'il faudra même renoncer à produire, comme par exemple les bouteilles de château-lafite ou de château-margaux ! Dans sa " Théorie de la propriété ", Walras affirme aussi : " Comment, dans le système marxiste, l'Etat-entrepreneur saura-t-il d'avance quels sont les produits qui peuvent figurer sur sa liste, et quels sont ceux qu'il en doit éliminer ? Pour être fixé sur ce point, il lui faudrait non seulement les éléments de l'offre, qu'à la rigueur il peut calculer, mais ceux de la demande, lesquels consistent dans les besoins des consommateurs que ceux-ci ne sauraient lui annoncer par la raison qu'ils peuvent changer d'un moment à l'autre. Cette incertitude sur le rapport de l'offre avec la demande une fois la production effectuée n'a pas d'inconvénient dans le système de la détermination des prix sur le marché, puisqu'on en est quitte pour équilibrer alors l'offre et la demande par la variation du prix " [Walras, 1896a, p. 200].

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Mais si les collectivistes acceptaient de prendre en compte les différents services producteurs et l'équilibration du système économique par la hausse et la baisse de prix, alors une possibilité d'entente avec eux deviendrait possible. En effet, dans la 4e édition des Eléments d'économie politique pure, en 1900 [Walras, 1874-1877, 1900, p. 284], Walras affirme qu'un entrepreneur unique peut, tout comme de multiples entrepreneurs, conduire à l'équilibre de la production en mimant le comportement concurrentiel. Comment ? La fixation des prix sur les marchés des biens et sur les marchés des services fournis par les facteurs de production (les salaires, par exemple) s'effectuerait selon le mécanisme théorique décrit par Walras dans les Eléments d'économie politique pure, inspiré par le système de la criée à la Bourse : si l'offre est supérieure à la demande, réduction du prix (" rabais " à l'initiative du côté vendeur), et si la demande est supérieure à l'offre (" enchères " à l'initiative du côté acheteur), augmentation jusqu'à l'établissement du prix d'équilibre. A l'état d'équilibre de la production, les prix couvrent les différents coûts, sans bénéfices ni pertes.

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Walras propose que l'on organise une " grande expérience " destinée à connaître quelles activités seraient plus efficacement gérées par l'Etat-entrepreneur collectif ou par des entreprises privées. Dans les secteurs où le dynamisme industriel est important, l'initiative privée l'emporterait, tandis que dans les secteurs où la régularité, la fidélité à la tradition sont importantes, l'initiative de l'Etat prévaudrait.

Un défenseur du statut coopératif

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Cependant, on pourrait penser a priori que le " socialisme libéral " de Léon Walras se situe au moins en partie dans les coopératives de production. En effet, dans Les Associations populaires de consommation, de production et de crédit [Walras, 1865], Walras expliquait que le sociétaire d'une coopérative cumule deux fonctions. Comme travailleur, il reçoit un salaire au taux du marché, et comme capitaliste, il reçoit des intérêts en fonction de sa quote-part dans le capital social, et éventuellement une part des bénéfices (ou bien il doit contribuer aux pertes). Comme travailleur, il reste salarié, mais comme capitaliste, il devient associé. Les sociétaires pris ensemble sont à la fois capitalistes et entrepreneur collectif. Les coopératives ne constituent pas un secteur protégé par l'Etat ; elles fonctionnent dans l'environnement concurrentiel. L'administration de la coopérative doit être confiée à un conseil nommé et contrôlé par les sociétaires, mécanisme que l'on peut désigner sous le nom de " self-administration " [Walras, 1865, p. 72-73].

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L'association joue un rôle éducatif important et représente une école de démocratie. Walras n'a jamais renié son engagement dans le mouvement coopératif. Entre 1870 et 1900, il se prononce en faveur de l'association coopérative de production et de consommation à plusieurs reprises [cf. Walras, 1874, p. 242 ; 1879, p. 482 et 484 ; 1896a, p. 205 ; 1897b, p. 261]. Mais les différents courants socialistes français (fouriéristes, proudhoniens...) ont eu le tort à ses yeux de concevoir l'association comme un nouveau " principe d'organisation du travail " et la solution pratique de toute la " question sociale ". En effet, selon lui, la coopération ne relève pas de l'initiative collective, mais de l'initiative individuelle ; son adhésion est facultative. Cependant, elle complète très utilement les deux réformes sociales. Walras, qui ne cache pas sa croyance dans le progrès inévitable à long terme de l'homme et de la société, restera toute sa vie persuadé que le " socialisme scientifique et libéral " fera un jour " sa vendange ".

Conclusion

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Les positions en matière de rachat des terres par l'Etat, de prise en charge de monopoles naturels et des chemins de fer par l'Etat, conduisent Walras à s'opposer aussi bien aux libéraux orthodoxes qu'aux différentes composantes du socialisme.

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Dans l'avant-propos de son livre Le Collectivisme, l'économiste libéral Paul Leroy-Beaulieu n'hésite pas à déclarer au sujet de Walras : " Qui nous délivrera des conciliateurs, ces esprits flottants et vides qui croient que le crépuscule concilie la lumière et la nuit ? Cette manie de vouloir unir et fondre les contraires est le signe le plus caractéristique de la débilité intellectuelle " [Leroy-Beaulieu, 1884, p. VII]. Le jugement de Georges Renard, ami de Walras et successeur de Benoît Malon à la direction de la Revue socialiste, est bien différent de celui de Leroy-Beaulieu  [10][10] Pour faire connaître en France la vie et l'oeuvre de.... Dans son compte rendu de la 1re édition des Etudes d'économie politique appliquée, paru dans La Lanterne du 27 septembre 1898 et réédité dans Discussions sociales d'hier et de demain, il affirme à propos de Walras : " Semi-collectiviste, il veut rendre à la nation la propriété du sol et du sous-sol ; et quant aux entreprises nécessaires à la satisfaction des besoins généraux ou particuliers, tout en admettant qu'elles pourraient être toutes collectives, sans que cela eût rien de contraire à la liberté ni à la justice, il croit préférable qu'elles soient partagées entre l'initiative individuelle et l'intervention ou l'initiative de l'Etat ou de la commune " [Renard, 1909, p. 96].

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A la relecture, vers la fin de sa vie, de ce commentaire, Léon Walras réagit de la manière suivante dans ses " Notes d'humeur " : " L'expression de Renard à mon endroit ("semi-collectiviste") est parfaitement exacte (p. 96). Je suis individualiste pour les facultés personnelles, collectiviste pour la terre, semi-individualiste ou collectiviste pour le capital. Supprimer la propriété individuelle de la moitié du capital (épargné), ce serait supprimer la moitié de l'épargne et du capital "[11][11] Sur fragment d'enveloppe avec cachet postal : " 1er....

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En avril 1905, Léon Walras prend la décision de concourir au récent prix Nobel de la paix, décerné par la Norvège. Il fait parrainer sa candidature par trois amis de l'université de ­Lausanne et prépare sur-le-champ une " notice "[12][12] Léon Walras, " Notice " jointe à la lettre de candidature... sur son oeuvre économique " à la cause de la paix ". Le dossier parvient trop tard pour être examiné en 1905, et le prix sera décerné à Bertha von Suttner. En janvier 1906, Walras prépare une nouvelle tentative et, à partir d'extraits de ses écrits, confectionne un texte intitulé " La paix par la justice sociale et le libre échange "  [13][13] Dans une lettre à Louise G. Renard du 18 juin 1906,.... Cette fois, le prix Nobel 1906 est décerné au président des Etats-Unis, Théodore Roosevelt. Notre auteur ne se décourage pas et il renouvelle la tentative l'année suivante. Mais le prix est décerné en 1907 au juriste français Louis Renault et au journaliste italien Teodoro Moneta. En 1909, encore, à la veille de sa mort, Walras tente d'attirer l'attention du comité Nobel sur ses travaux. Nous avons retrouvé dans ses archives une esquisse de discours qu'il aurait prononcé en cas d'obtention du prix Nobel. Il s'intitule " Conférence à Christiania. La paix ou la guerre "  [14][14] L'existence de ce manuscrit infirme l'hypothèse [Sandmo,.... On peut y lire notamment : " J'ai exposé le système qui prépare et assure la paix : justice sociale, rachat des terres, libre échange. Quant à celui qui mène à la guerre, c'est notre système actuel " [Walras, 2000, p. 621]. Et Walras souhaite que la France prenne l'initiative d'un mouvement pacifiste avec l'appui de petites nations, dont la Suisse. Sept ans avant la Première Guerre mondiale...


Bibliographie

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  • Walras, Léon, 1896a, " Théorie de la propriété ", in Etudes d'économie sociale, vol. IX, Paris, Economica, 1990, p. 177-212.
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  • Walras, Léon, 1897a, " Théorie du libre échange ", in Etudes d'économie politique appliquée, vol. X, Paris, Economica, 1992, p. 263-279.
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  • Walras, Léon, 1909, " Ruchonnet et le socialisme scientifique ", in Mélanges d'économie politique et sociale (Oeuvres économiques complètes d'Auguste et Léon Walras, vol. VII), Paris, Economica, 1987, p. 504-514.
  • Walras, Léon, 1996, Cours (Cours d'économie sociale, Cours d'économie politique appliquée, Matériaux sur le cours d'économie politique pure), vol. XII, Paris, Economica.
  • Walras, Léon, 2000, " Notes d'humeur ", in Oeuvres diverses, vol. XIII, 2000, p. 501-622.

Notes

[1]

Ce texte est une version raccourcie de " Léon Walras, un économiste socialiste libéral ", à paraître in Jean-Louis Fournel, Jacques Guillaumou et Jean-Pierre Potier (dir.), Liberté(s), libéralisme(s). Formation et circulation des concepts, Lyon, ENS-Editions, 2011.

[2]

Sur les caractéristiques du socialisme de Walras, voir notamment Pierre Dockès [1994 et 1996].

[3]

Voir Dockès [1996, p. 69]. On a d'un côté les personnes individuelles (individus, familles, associations de toute sorte, de droit privé), et d'un autre côté les personnes collectives (communes, Etats, de droit public).

[4]

L'expression apparaît sous la plume de Léon Walras [voir par exemple, Walras 1896b, p. 407 ; 1898, p. 422].

[5]

Une partie des terres doit être louée à des " consommateurs " (construction d'habitations, jardins...) en ville ou à la campagne. La plus grande partie des terres, cependant, doit être louée à de grands entrepreneurs dans l'agriculture (fermiers), mais aussi à des entrepreneurs des villes dans l'industrie et le commerce.

[6]

Léon Walras déplore que la vente des biens nationaux sous la Révolution ait été une occasion manquée pour faire revenir les terres à l'Etat.

[7]

Les soulignés sont de Léon Walras.

[8]

Compte tenu de ses objectifs propres, l'Etat a donc pour mission légitime de fixer la durée maximale du travail pour les travailleurs adultes. Walras, qui n'est pas hostile à la journée de huit heures, pense que l'Etat doit aussi limiter la durée du travail des femmes et des enfants dans les usines.

[9]

Léon Walras, page supprimée du manuscrit de la " Théorie de la propriété ", in Etudes d'économie sociale, vol. IX, Paris, Economica, 1990, p. 471.

[10]

Pour faire connaître en France la vie et l'oeuvre de Walras, Georges Renard a publié l'étude " Un économiste socialiste " dans La Petite République, le 7 novembre 1893.

[11]

Sur fragment d'enveloppe avec cachet postal : " 1er octobre 1909 ", soulignés de Léon Walras [2000, p. 574-575]. Cependant, en 1896, le vocable de " collectivisme " étant connoté avec le système de Marx, Walras préférait la formule de " socialisme synthétique ou de synthétisme " [1896a, p. 206].

[12]

Léon Walras, " Notice " jointe à la lettre de candidature au prix Nobel de la paix, adressée par E. Roguin, M. Millioud et A. Maurer le 20 juillet 1905 [Jaffé, 1965, vol. III, l. 1595, p. 271-272].

[13]

Dans une lettre à Louise G. Renard du 18 juin 1906, Walras parle d'" un socialisme humanitaire qui conduit par le rachat des terres à la suppression des impôts, et par la suppression des impôts au libre échange absolu, et à la paix universelle (bien entendu pour n'y arriver qu'après une nouvelle période de plusieurs siècles) " [cité in Jaffé, 1965, vol. III, l. 1623, p. 301].

[14]

L'existence de ce manuscrit infirme l'hypothèse [Sandmo, 2007, p. 225] selon laquelle Walras pourrait avoir compris qu'il n'avait aucune chance d'obtenir le prix Nobel

Plan de l'article

  1. Le rachat des terres par l'Etat
  2. Le principe de la libre concurrence et ses exceptions
    1. Les " exceptions à la libre concurrence "
    2. Une critique du marxisme
    3. Un défenseur du statut coopératif
  3. Conclusion

Pour citer cet article

Potier Jean-Pierre, « Le socialisme de Léon Walras », L'Économie politique, 3/2011 (n° 51), p. 33-49.

URL : http://www.cairn.info/revue-l-economie-politique-2011-3-page-33.htm
DOI : 10.3917/leco.051.0033


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