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L'Économie politique

2011/3 (n° 51)


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A la fin du XIXe siècle, le débat économique est dominé dans notre pays par ce que l'on appelle l'" école française ". On la présentera en détail ci-après, mais contentons-nous pour l'instant de rappeler que les économistes qui en font partie constituent la référence de l'analyse économique de l'époque, tant par leurs théories que par leurs positions institutionnelles. Considéré, avec le Britannique Stanley Jevons et l'Autrichien Carl Menger, comme l'un des pères fondateurs de la théorie économique dominante d'aujourd'hui, Léon Walras est alors considéré comme un hétérodoxe par rapport aux canons de la " bonne science économique " de son époque, tels que définis par l'école française. Il va de ce fait développer une attitude ambivalente vis-à-vis de ce réseau, cherchant à s'intégrer dans cette école dominante en prenant part à ses activités... tout en faisant tout pour s'attirer ses foudres, en présentant une approche économique et sociale différente de l'orthodoxie en vigueur.

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Lorsque ses chances de s'imposer en France seront totalement épuisées, il portera alors une haine farouche à ses représentants. A propos de Léon Say, l'un de ses chefs de file, avec qui il a travaillé pendant quelques années, il dira : " Que M. Say ait ou non quelque valeur comme politicien, c'est ce que je ne chercherai point ici ; mais sa valeur comme homme de science est absolument nulle. Jamais il n'a éclairci un point d'économie politique. Il ne dit que des bêtises. Au surplus, que ferait-il de la science ? Sénateur, académicien, président de 96 sociétés, associations, ligues, etc., il passe son temps à rouler en fiacre, d'estrade en estrade, de banquet en banquet, vrai Tartarin de Tarascon entouré de ses chasseurs de casquettes. Et malgré tout, M. Say veut être le pontife de l'économie politique comme Cousin était le pontife de la philosophie " [Potier, 1988, p. 248].

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Le sort de cette bataille entre Léon Walras et l'école française va déterminer pour beaucoup l'avenir de la théorie économique. Il est donc important d'en connaître les faits et d'en comprendre les enjeux. Malheureusement, celui qui s'attache à ce projet constate rapidement le manque cruel d'études sur l'école française, ses réseaux, son pouvoir. Il existe des recherches sur certains de ses économistes pris isolément ou sur quelques-unes de ses institutions, mais aucune mise en perspective.

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Il faut donc commencer par prendre en compte cette école de pensée dans son ensemble, montrer sa cohérence et combien toutes ses institutions fonctionnent conjointement pour former un réseau structuré et incontournable dans la France du XIXe siècle. En s'intéressant à l'économie à partir des années 1858-1859, Léon Walras est obligé de prendre contact avec ce réseau, ses institutions et ses hommes clés. On montrera alors comment il a cherché à s'y intégrer.

L'école française et ses valeurs

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Les économistes de l'école française se rassemblent autour de la défense du libre-échange et de la croyance dans les vertus de la concurrence. Ils ont bâti un ensemble d'institutions prestigieuses qui permettent de développer la notoriété de leur école tant en France qu'à l'étranger. Un groupement d'hommes, peu nombreux, y tiennent les places de pouvoir de manière hégémonique et durable en distribuant les postes à des membres de leur famille, organisant ainsi une orthodoxie parfaite.

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Et ils ont tenu leurs places pendant de nombreuses années : Joseph Garnier enseigne pendant cinquante ans à l'Ecole supérieure de commerce de paris, Paul Leroy-Beaulieu dirige L'Economiste français pendant quarante-deux ans, Louis Wolowski tient sa chaire au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) pendant trente-sept ans, Gustave de Molinari est rédacteur en chef du Journal des économistes pendant vingt-huit ans, etc. De plus, ils bénéficient d'une longévité exceptionnelle ! Gustave de Molinari vivra quatre-vingt-treize ans, Jean-Gustave Courcelle-Seneuil, soixante-dix-neuf ans, Paul Leroy-Beaulieu soixante-treize ans, Léon Say, soixante-dix ans, etc., ce qui leur permet de régner durablement sur l'analyse économique française. A l'origine de ce réseau, il y a d'abord Jean-Baptiste Say.

Jean-Baptiste Say, le fondateur idolâtré

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Jean-Baptiste Say est " le père de l'école libérale française du XIXe siècle " [Breton, 1992, p. 27]. C'est la référence, le fondateur. Son succès commence avec son interprétation des idées anglaises d'Adam Smith. Il indique que La Richesse des nations n'est " qu'un assemblage confus des principes les plus sains de l'économie politique. [...] C'est un vaste chaos d'idées justes, pêle-mêle avec des connaissances positives " [Say, 1803, t. I, p. VI]. Son objectif est alors de clarifier les écrits de Smith et de diffuser ses connaissances. Son introduction du Traitéd'économie politique va dans ce sens. Il indique qu'il a pour mission de " rendre la doctrine tellement populaire que tout homme doué d'un sens droit pût la saisir dans son ensemble et dans ses détails, et en appliquer les principes à toutes les circonstances de la vie " [Say, 1803, t. I, p. XXXIX].

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Son succès ira grandissant avec la stature internationale qu'il obtient en publiant de nombreux ouvrages (cours, traités, etc.), qui reprennent de manière ordonnée les grands principes de l'économie politique et qui sont diffusés dans les pays développés. Il prend part également à des débats avec les grands noms de l'économie politique, notamment avec les économistes anglais. En France, il a été à l'initiative de cours d'économie politique et se trouve également être l'instigateur d'un regroupement d'économistes autour de sa personne (l'école française).

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Lucette Le Van-Lemesle [2004] explique comment les économistes français du XIXe siècle ont mis en avant certaines facettes de son histoire et de sa personnalité et éclipsé les éléments ne correspondant pas à l'image désirée. L'objectif central était pour eux de magnifier l'histoire d'un homme qui a lutté toute sa vie pour le développement et la diffusion de la science. Cette image, Jean-Baptiste Say se la forge pendant sa carrière d'économiste. Il reçoit énormément  [1][1] John Stuart Mill, par exemple, vantera ses mérites..., façonnant progressivement un réseau d'économistes et d'hommes politiques, français et étrangers. Ce réseau s'élargit par l'envoi qu'il fait de ses ouvrages. Ses archives à la Bibliothèque nationale de France (BNF) regroupent les réponses à ces envois, et des noms très prestigieux y apparaissent : Bentham, Hume, Malthus, Sismondi, Laplace, La Fayette, Condorcet, etc. Ces penseurs plébiscitent son travail.

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Grâce à la construction de ce réseau, Jean-Baptiste Say se transforme progressivement en référence absolue de l'économie politique. Ses fils, petits-fils, gendres, etc., vont progressivement financer et participer à la création et à la pérennisation des principales institutions de l'école française, en transmettant une mémoire orale fondée sur ce chef de famille et en assumant les principales tâches nécessaire à la perpétuation du réseau.

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Accompagné d'intellectuels français (Auguste Blanqui, Auguste Comte, etc.) sans qui cette tâche aurait été impossible à mener, le projet va pourtant d'abord avoir du mal à se développer après la mort de Jean-Baptiste Say en 1832. Il va falloir attendre la fin des années 1830 et le début des années 1840, notamment avec la participation de Gilbert Guillaumin et de quelques économistes soucieux de voir se propager l'analyse libérale, pour que ce réseau se structure et devienne une école. Jean-Baptiste Say en devient alors l'icône qui fixe les grandes lignes analytiques à suivre et permet d'éviter toute forme de perturbation, toute personne qui viendrait remettre en cause les principes sur lesquels vont se réunir les économistes de l'école française.

Les valeurs de rassemblement

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Pour parler d'école, il faut trouver des valeurs de rassemblement. Yves Breton caractérise une école de pensée par " un ensemble d'économistes partageant des idées (politiques, économiques, sociales) communes, se réunissant dans des lieux définis et s'efforçant de diffuser leurs idées dans des revues spécialisées " [Breton, 1992, p. 33].

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Les économistes de l'école française sont bien représentés par ces différents éléments. Quelques hommes influents se retrouvent dans des institutions prestigieuses et publient dans leurs revues. Mais en ce qui concerne le partage des idées, la situation est plus délicate car " les membres [de l'école française] étaient en profond désaccord sur la plupart des points fondamentaux de l'économie politique [...]. Ces doctrinaires n'ont point de doctrine " [Breton, 1986, p. 27] !

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S'il existe bien une chose qui les caractérise, c'est qu'ils ont chacun une approche spécifique de l'analyse économique. Auguste Walras écrira dans ce sens à son fils : " il n'est que trop vrai que les économistes [de l'école française] ne sont d'accord entre eux ni sur l'objet de leurs recherches, ni sur la nature et les limites des questions qu'ils doivent agiter " [Walras, 2005, p. 628].

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En dépit de leurs différences, les économistes de l'école française ont une image assez claire de ce qu'ils veulent représenter pour l'extérieur. La première idée qui les rassemble est celle de la défense du libéralisme économique, même si certains refusent presque toute forme d'intervention de l'Etat (Gustave de Molinari, Jules Dupuit) là ou d'autres considèrent qu'un Etat fort est compatible avec leurs idées économiques (Adolphe Blanqui, Paul Leroy-Beaulieu).

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Avec la notion de liberté économique, les économistes de l'école française prennent comme dénominateur commun la maxime des physiocrates : le laisser-faire, laisser-passer. Bien évidemment, et comme pour l'analyse de la liberté, si tous les économistes de l'école française se reconnaissent derrière cette formule, l'application réelle dans leur analyse économique diverge souvent. Que ce soit pour la liberté ou le laisser-faire, ces concepts sont ambigus car ils représentent des points de ralliement contre les ennemis ou pour fédérer des partisans, mais également des points de divergence lorsqu'il s'agit d'en comprendre réellement les limites et la signification. D'un point de vue extérieur, ce sont des signes de ralliement ; d'un point de vue interne, un objet de divergence.

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Léon Walras, dans sa recherche de reconstruction de l'économie politique, accuse les économistes français de se retrancher hâtivement derrière ces notions pour résoudre tous les problèmes économiques. " Il y a des économistes qui s'en tirent en prononçant ici leur Sésame ouvre-toi, l'éternel et commode laisser-faire, laisser-passer, et qui vous parlent de liberté " [Walras, 1987, p. 387]. Ou encore : " à première vue, nous avons peine à croire que quatre mots puissent contenir la solution de toutes les difficultés économistes et sociales " [Walras, 1874, p. 332].

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Les économistes de l'école française sont généralement regroupés, depuis l'Histoire des doctrines économiques de Charles Gide et Charles Rist [1909], sous le terme d'" optimistes ". Charles Rist, dans un article comparant l'économie optimiste et l'économie scientifique, parlera à leur propos de " cet optimiste vulgaire, politique plus qu'économique, où l'individualisme social et le laisser-faire commercial sont unis au point de se confondre, et qui consiste à tout approuver dans le présent, sans comprendre le passé et sans rien entrevoir de l'avenir " [Rist, 1904, p. 661]. Ces économistes reprennent de fait parfaitement à leur compte la maxime philosophique de ­Voltaire : " tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes ", à partir d'une croyance dans la bonté des lois naturelles qui régissent l'activité économique, et plus particulièrement de la liberté et de la concurrence. Ce qui les pousse à une vision bipolaire. Ils voient le bien dans la liberté et le mal dans le socialisme. Les économistes de l'école française peuvent tolérer des approches méthodologiques, des outils d'analyse différents, mais en aucun cas des penseurs socialistes !

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En s'affichant à plusieurs reprises comme défendant des idées socialistes, Léon Walras va voir les foudres s'abattre sur lui. Son père le met pourtant en garde très tôt. Dès la préparation de son ouvrage sur Pierre-Joseph Proudhon, il lui indique, en parlant de l'approche sociale, que " la question est brûlante " [Walras, 2005, p. 338, lettre de mars 1859]. A la fin de l'année 1859, lorsque Léon Walras est contacté par Henri Baudrillart pour faire un compte rendu dans le Journal des économistes (cf. infra), Auguste lui signale à nouveau de faire très attention à ses idées : " tout ce que je puis te conseiller, d'une manière générale, c'est de ne pas trop t'engager, et de ne point te hâter de t'affubler d'une couleur politique. Il vaut mieux attendre que l'occasion se présente pour soutenir une politique conforme à tes connaissances et à tes convictions, que de t'exposer à multiplier les concessions, les réticences, et quelquefois les dissimulations, pour ne pas blesser le parti avec lequel tu te trouverais engagé " [Walras, 2005, p. 363, oct. 1859].

Les outils d'analyse

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Si aujourd'hui les mathématiques constituent un outil d'analyse fondamental, leur place dans la France du XIXe siècle était beaucoup plus limitée. Les économistes de l'école française ne s'opposent pas systématiquement à leur utilisation mais souhaitent en limiter l'importance. Pour eux, leur travail est le fruit d'une recherche scientifique, et les mathématiques n'ont pas valeur de démonstration. André Liesse, dans l'article " Méthode " du Nouveau dictionnaire d'économie politique, indique ainsi : " En général, les économistes, même ceux qui, par la nature de leur esprit, tendaient le plus vers ce procédé d'analyse, l'ont repoussé, les uns parce qu'il n'apportait pas de découvertes ou tout au moins des résultats nouveaux, certains et appréciables, les autres parce que la difficulté inhérente au maniement du calcul algébrique les rebutait " [Liesse, 1900, vol. 2, p. 267].

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Ce dénigrement presque systématique de la part de l'école française trouve son origine dans les travaux de Jean-Baptiste Say. Ce dernier est assez agacé de voir les Principes d'économie politique de Nicolas-François Canard couronnés par l'Institut en 1801. Yves Breton nous indique qu'il aurait également pu être (négativement) influencé par les travaux d'Alexandre-Théophile Vandermonde, mathématicien et économiste, qui indiquait que " les mathématiques et surtout les statistiques peuvent rendre des services aux économistes " [Breton, 1986, p. 29].

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Les premières références du début du XIXe siècle ne proposent pourtant pas de faire des mathématiques " la " méthode en économie politique. En effet, l'utilisation (simple) des mathématiques ne couvre que le chapitre III de Nicolas-François Canard sur la détermination du prix des choses, soit à peine 10 % de son ouvrage. Mais ces trente pages ont eu le don d'agacer et de bloquer pendant presque un siècle le développement de cette méthode en France. Il faut attendre une trentaine d'année pour voir la première utilisation sérieuse des mathématiques en économie  [2][2] Léon Walras et Stanley Jevons, dans leur article de..., avec la contribution d'Antoine-Augustin Cournot, en 1838, dans ses Recherches sur les principes mathématiques de la théorie des richesses [1838]. Mais comme Jean-Baptiste Say a banni l'usage des mathématiques et que les économistes français suivent ses propos de manière presque doctrinaire, ces derniers ne vont absolument pas faire référence à l'ouvrage de Cournot ; même Adolphe Blanqui, dans sa bibliographie assez complète des ouvrages d'économie, ne le mentionnera pas.

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Les économistes de l'école française ont au moins trois problèmes face à l'utilisation des mathématiques en économie. Le premier réside dans leur formation. Ils ont suivi pour la plupart des études littéraires ou juridiques et ne peuvent saisir la portée et l'avancée des mathématiques en économie. Ils sont, en fait, totalement incompétents dans ce domaine. En plaçant les mathématiques au coeur de son raisonnement, Walras effraie car il propose des conclusions qui reposent sur un langage totalement incompris par ces économistes.

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Leur deuxième problème provient du fait que les mathématiques se réduisent à leurs yeux à des calculs arithmétiques ou à des calculs algébriques élémentaires. Ils ne connaissent pas les nouvelles techniques (calcul infinitésimal, fonctions...) et n'envisagent pas leur apport pour l'analyse économique. En proposant de reconstruire leur science, qu'ils considèrent comme achevée, sur la base d'outils mathématiques dont ils ignorent l'existence, la signification et la portée, Léon Walras s'inscrit sur un terrain très difficile pour s'intégrer dans ce réseau.

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Le troisième problème réside dans la place de l'homme. Ils considèrent en effet l'économie politique comme une science morale, et non comme une science abstraite. Ils ont peur que les mathématiques ne réduisent l'analyse de l'homme à une constante, alors qu'il est sujet aux changements, aux évolutions, et que les variables qui agissent sur son comportement sont innombrables et indéfinissables. Ils craignent qu'avec les mathématiques la liberté de l'homme ne disparaisse. De la même façon, les découvertes de la statistique mathématique et son développement, plus particulièrement à partir des années 1880, ne seront reconnues qu'à partir de la fin de la Première Guerre mondiale. Même si un grand nombre d'économistes français appartiennent à la Société de statistique de Paris (Michel Chevalier, Hippolyte Passy, Louis Wolowski, Léon Say, Paul Leroy-Beaulieu, Clément Juglar, Emile Levasseur en seront présidents), publient dans le Journal de la Société de statistique de Paris (créé en 1860), travaillent au Bureau de la Statistique générale de la France, éditent tous les ans l'Annuaire de l'économie politique (à partir de 1844), qui devient rapidement (en 1847) l'Annuaire de l'économie politique et de la statistique[3][3] Ces ouvrages annuels, dont la publication a été confiée..., édité par Guillaumin, ils garderont une vision très restreinte de la statistique, voyant en elle uniquement un moyen de collecter certaines informations et toujours dans un objectif de démontrer les idées de cette école de pensée.

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Les économistes français, avec une utilisation (très restreinte) des statistiques (et sans mathématiques), pensent être au coeur de l'analyse économique scientifique. Comme ils tiennent toutes les places stratégiques de diffusion du savoir économique, ils vont imposer cette approche. Léon Walras, en proposant de repenser l'analyse économique, d'un point de vue tant idéologique que méthodologique et scientifique, va se trouver confronté à un mur.

L'enseignement aux mains d'une élite

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L'enseignement est vu par les économistes français comme un élément incontournable de l'apprentissage en général et de la science économique en particulier. Pour éduquer la population dans la bonne direction (et non vers le socialisme), les économistes de l'école française ont cherché à tout prix à diffuser leurs connaissances et ont activement contribué à la création des différentes chaires d'enseignement dans la France du XIXe siècle.

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Cette idée provient de Jean-Baptiste Say, qui place l'enseignement au coeur de sa stratégie de diffusion des idées économiques. C'est ainsi qu'il cherche à créer une maison d'éducation dès 1792. C'est au début du XIXe siècle qu'il concrétisera ses rêves en intégrant des chaires prestigieuses. Cette stratégie de diffusion auprès du plus grand nombre repose également sur la recherche d'une réponse à la question sociale : " Enseignons donc l'économie politique, et sachons que c'est d'elle que viendra le salut " [Letort, 1882, p. 286].

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Au début des années 1880, avec les universités et les différentes facultés libres, ce sont une vingtaine de cours d'économie politique qui sont proposés en France. L'apparition de ces premiers cours ne s'est pas faite sans heurts : " Il y avait [pour instaurer un cours d'économie politique] plus d'une prévention à vaincre et plus d'un combat à livrer. A quelque corps qu'on s'adressât, Collège de France, Facultés, Conservatoire des arts et métiers, on rencontrait un conseil de professeurs qui répugnait aux adjonctions, ou ne s'y prêtait que de mauvaise grâce. D'autres obstacles plus sérieux se présentaient. L'esprit des chambres législatives se portait chaque jour avec plus de violence vers un régime de protection et créer des chaires d'économie politique [en raison de la position libérale des premiers professeurs] eût passé pour une trahison " [Reybaud, 1864, p. 952].

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Devant les difficultés que nous allons évoquer, les économistes de l'école française ont tout fait pour que ces chaires soient tenues par leur élite, par le petit groupe d'économistes qui domine le savoir officiel au XIXe siècle. Dans sa recherche de reconnaissance, Léon Walras a bien sûr cherché à accéder aux institutions d'enseignement, souvent prestigieuses. Malheureusement pour lui, il n'arrivera jamais à enseigner en France. Face à ces échecs répétés pour l'obtention d'un poste, il va se montrer hargneux contre l'enseignement de l'économie dans ce pays, dominé par les membres de l'école française. En 1896, dans un article consacré au problème fiscal, il indiquera qu'il s'agit d'une " exploitation en monopole à l'enseigne de la liberté " [Walras, 1990, p. 450].

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Cette position, si elle est à relativiser, comme nous allons le voir, reflète en réalité la déception de Léon Walras de ne pas pouvoir enseigner en France. Pour lui, c'est l'école française qui tient de manière hégémonique les chaires d'enseignement, rendant impossible l'accès aux postes pour les partisans d'une nouvelle science économique (la sienne, bien évidemment !). Du point de vue français, cette position dominante permet : d'être omniprésent dans l'enseignement, qu'il soit théorique, pratique et pour tout public ; d'influencer les élèves, les hommes politiques, les industriels, la population ; de transmettre leur savoir économique ; et de faire perdurer cette approche en accordant la succession des chaires à des hommes de confiance.

Les institutions d'enseignement

L'Athénée royal

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L'Athénée royal est une institution privée d'enseignement supérieur fondée en 1781  [4][4] Les informations sur cette institution sont minces.... L'objectif est d'instaurer une école pratique des sciences pour encourager les découvertes applicables à la vie matérielle. En 1815, l'Athénée royal devient un centre de discussion de la politique libérale et se retrouve ainsi, avec son grand représentant Jean-Baptiste Say, un lieu privilégié pour enseigner l'économie politique  [5][5] Sa place dans cette institution lui permet en partie....

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Le public, qui appartient à la bourgeoisie libérale aisée et cultivée, vient nombreux à ses leçons où, à travers les détails de la vie économique, Say parvient à faire entrer les points de doctrine les plus importants. Deux cents à trois cents auditeurs assisteront à chaque séance, avec un public (l'Athénée est un lieu de réunions mondaines) qui paie pour recevoir cet enseignement.

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Cette école va être l'un des points d'entrée des futurs grands économistes de l'école française dans le monde de l'enseignement. Le premier à succéder à Jean-Baptiste Say et son " Cours d'économie politique " (1816-1817 ; 1818-1820) est Charles Dunoyer, avec son cours de " Morale et économie politique " (1824-1826). Il est suivi par Adolphe Blanqui : " Histoire de la civilisation industrielle des nations européennes et économie politique " (1827-1829). Le futur enseignant au Conservatoire des arts et métiers laissera la place à Auguste Walras pour l'année 1836-1837, avec son cours d'" Economie politique ". Cette position sera très bénéfique à ce dernier, qui sera reconnu comme un économiste par les grands représentants de l'école française. Cette place lui permettra de s'intégrer sans aucune difficulté dans ce réseau qu'il a fréquenté avec succès. L'expérience lui permettra également de connaître parfaitement les rouages, les attentes, les envies de cette école. Il ne deviendra pas forcément un économiste de l'école française mais un intellectuel respecté. En bafouant ouvertement les valeurs de cette école, Léon détruira le travail initié par son père dès les années 1830.

Les grandes écoles

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Léon Walras a été recalé deux fois de l'Ecole polytechnique et trois fois de l'Ecole des mines. Devant ces échecs, il abandonne les études scientifiques. Lorsqu'il atteindra la stature d'enseignant grâce à sa chaire à Lausanne et qu'il tentera d'enseigner en France, il reviendra sur ces lieux d'enseignement.

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Il tente d'obtenir la VIe section de l'Ecole pratique des hautes études  [6][6] Cette section deviendra au XXe siècle l'Ecole des hautes... en proposant sa candidature en 1879-1880, mais, comme pour l'ensemble de l'enseignement en France, il n'arrive pas aux résultats espérés. L'école a ouvert en 1868 sous l'impulsion de Victor Duruy (ministre de l'Instruction publique). Même si le décret de 1869 prévoit la création d'une section d'économie, celle-ci ne verra pas vraiment le jour. Ce sont les difficultés de mise en place de la chaire d'économie qui auront cette fois le dernier mot. Léon Walras ne cherchera pas à y retourner par la suite.

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Il portera alors un regard assez négatif sur les grandes écoles. Il critique la bipolarité de l'enseignement (soit scientifique, soit littéraire). Il indique par ailleurs que ces formations ne poussent pas à la réflexion puisqu'il s'agit d'une " préparation mnémotechnique et mécanique " [Walras, 1987, p. 413]. Il voit dans ces écoles une formation qui vise à travailler uniquement pendant les années d'études et qui dispense de toute forme de labeur dans le reste de la carrière. Pourtant, ces écoles, souvent à caractère scientifique, ont ouvert un cours d'économie au XIXe siècle. Comme pour l'ensemble de l'analyse économique, ce sont les membres de l'école française qui détiennent ces chaires, qu'ils garderont pendant des décennies et qu'ils transmettront aux leurs.

Les conférences libres et les cours populaires

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C'est le nom de Frédéric Passy, " l'apôtre de l'économie politique " [Letort, 1882, p. 315], qui est associé aux conférences libres qui se sont tenues au début de la seconde moitié du XIXe siècle. Devant les réussites du traité de commerce signé par Michel Chevalier, Frédéric Passy, qui demandait l'autorisation de ces conférences depuis plusieurs années, l'obtient enfin en 1860. Il commence alors sa série de conférences de mars à mai dans la ville où il demeure : Pau.

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La forme est nouvelle (des conférences libres et gratuites) et le public n'est pas étudiant et parisien. Ces conférences permettent ainsi de se faire l'écho de la discipline auprès du plus grand nombre. Ces initiatives vont rapidement se propager dans l'ensemble de la France à partir de la fin des années 1860. Ce sont toujours les mêmes noms qui reviennent à Lyon, Bayonne, Orléans, Reims  [7][7] Pour un aperçu détaillé de ces différentes manifestations,..., etc. Rajoutons également l'autorisation qui a été accordée à Auguste Walras de faire des cours publics à Pau à partir de 1863.

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Léon Walras a également participé à ces tentatives d'enseignement en obtenant une autorisation par le ministère de l'Instruction publique pour faire des conférences, en 1864, sur la question des associations ouvrières. Il propose de faire trois conférences au Cercle des sociétés savantes, en évoquant la consommation, la production et le crédit  [8][8] Ces conférences ont été imprimées par la maison d'édition.... " Il parlera du principe économique de ces associations, de leur organisation financière, de leur constitution légale et des associations en France et à Paris " [Courtois, 1892, p. 24].

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Il profite de côtoyer Léon Say pour entamer de nouvelles conférences au début de l'année 1866 sur le thème des opérations de la Caisse d'escompte des Associations populaires  [9][9] Publié chez Guillaumin, et vol. VI des Oeuvres com.... Léon Walras a donc réussi à participer à ces conférences, qui constituent les seules interventions qu'il fera en France. Même s'il n'attire pas les foules, cela l'incite à poursuivre ses tentatives d'intégration en France.

Les institutions de prestige

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Jusque dans les années 1880, les économistes de l'école française tiennent presque toutes les rênes de l'enseignement économique. Ils posent leur empreinte sur les étudiants et les conférences libres, mais également sur des institutions prestigieuses, en particulier le Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) et le Collège de France. Nous allons nous concentrer sur le second.

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Si Léon Walras a été peu intéressé par l'enseignement au sein du Cnam, au caractère plutôt technique, il en est tout autrement pour le Collège de France, dans lequel il espère trouver en France la place qui est la sienne. Une première tentative d'ouverture d'un cours d'économie politique dans cet établissement avait été proposée en 1819, mais les résistances (notamment dues aux liens entre Jean-Baptiste Say et le monde politique libéral) contre cette nouvelle science en construction et les solutions qu'elle apportait étaient trop vives. Il faut attendre quelques années, en 1831, pour qu'y soit inaugurée la chaire d'économie politique.

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Celle-ci a comme objectif de dispenser les enseignements nouveaux, ouverts sans contrainte de diplôme pour une recherche désintéressée. Le premier à inaugurer cette chaire est bien évidemment le chef de file de l'école française, Jean-Baptiste Say, qui reste à peine le temps d'une année complète puisque sa mort survient en 1832. Le combat fut rude pour lui trouver un successeur entre Charles Comte, gendre de Say, et Pellegrino Rossi  [10][10] Le choix du professeur était effectué par le ministre.... Ce fut le professeur italien qui fut choisi. Ce choix aura des conséquences sur le public car l'enseignement ne sera suivi que par quelques personnes. S'il réussit à répandre le goût pour l'économie politique (notamment avec la parution de son Traité d'économie politique, qui est considéré à l'époque et aujourd'hui encore comme une référence incontournable pour l'étude économique du XIXe siècle), il ne touche, pendant six ans, qu'une élite. C'est Michel Chevalier qui prend la suite de l'enseignement et n'attire pas, lui non plus, grand monde. Cet enseignement dans un site prestigieux n'apporte pas tous les fruits espérés. La chaire est provisoirement supprimée en 1848 pour être rétablie quelques mois après.

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Suite à ce remue-ménage et à certaines volontés d'enlever l'aspect idéologique de l'enseignement, Michel Chevalier laisse provisoirement (entre 1852 et 1864) la place à Henri Baudrillart. Ces successions et ces différentes nominations ont particulièrement touché Léon Walras dans sa reconnaissance institutionnelle française. Il dénonce ce qui est pour lui l'élément marquant de l'école française : ses représentants. Il accuse tout d'abord Chevalier de ne rien connaître à l'enseignement et insinue également qu'il est un piètre homme d'affaires (notamment dans le crédit mobilier) : " Ingénieur en disponibilité et saint-simonien frénétique, Michel Chevalier, quand on le nomma professeur d'économie politique au Collège de France en 1840, n'était ni économiste ni professeur ; il aurait pu le devenir, mais le fait est qu'il est resté tout autre chose [...]. Il serait impossible de dire ce qu'il y a enseigné, ni s'il y a enseigné quelque chose " [Walras, 1987, p. 425].

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Michel Chevalier essaie d'utiliser l'influence qu'Henri Baudrillart a sur Silvestre de Sacy (son beau-père), rédacteur en chef du Journal des débats, pour que celui-ci fasse acheter des draps pour l'armée afin de sauver l'usine qu'il posséde dans l'Hérault. C'est devant son refus qu'il reprend sa chaire  [11][11] Les détails se trouvent dans l'article de Léon Walras.... Léon Walras s'en prend également à ce remplaçant, toujours dans une optique de dénigrer soit l'homme, soit la nature de l'enseignement, soit les deux : " C'est bien la peine d'entourer de précautions minutieuses et de garanties solennelles la désignation d'un professeur pour le laisser, le lendemain de sa nomination, se faire suppléer par le premier venu ! M. Baudrillart ne savait pas un mot, il n'avait pas écrit une ligne d'économie politique [...]. Non seulement il n'a jamais fait un cours suivi d'économie politique, mais les sujets détachés qu'il abordait étaient en quelque sorte à côté et en dehors de la science " [Walras, 1987, p. 428].

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Lorsqu'il s'agit de préparer sa suite, ce n'est bien évidemment pas vers Baudrillart qu'il va se tourner mais vers sa famille, représentée par son gendre : Paul Leroy-Beaulieu. Cette nomination a lieu en 1878. Léon Walras a fait paraître sa première édition des Eléments d'économie politique pure et recherche la reconnaissance officielle de son travail en France. C'est la raison pour laquelle il tente une nouvelle fois de s'intégrer dans le réseau de l'école française. Il porte tous ses espoirs de revenir en France dans cette chaire. La nomination de Paul Leroy-Beaulieu va le briser, et il va alors déployer sa haine contre ce dernier (et bien évidemment envers l'ensemble de l'école française). Il lui reproche tout d'abord son lien de filiation : " Lorsqu'il dut se faire suppléer pour la seconde fois en 1878, Michel Chevalier n'en était plus réduit à obliger les gendres d'amis tous prêts à se croire des droits et à se montrer exigeants, il avait alors lui-même un gendre, et ce fut à ce gendre qu'il remit son cours " [Walras, 1987, p. 430].

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En marge de son manuscrit intitulé " De l'enseignement de l'économie politique ", Léon Walras apporte la mention : " une médiocrité de premier ordre " [Potier, 1988, p. 250]. C'est en effet le second type d'arguments qu'il avance contre la plupart des économistes français : ne pas y connaître grand-chose en économie. De manière plus policée, il indique dans son texte que " Leroy-Beaulieu est un homme intelligent et laborieux que la nature et les études ont fait journaliste fécond et, s'il le fallait, homme politique, mais qui n'a aucune des qualités d'un professeur et d'un homme de science " [Walras, 1987, p. 431].

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Le dernier économiste du Collège de France sur lequel Walras va véritablement déverser sa rancoeur est Emile Levasseur  [12][12] Les auteurs de l'école française ne sont pas aujourd'hui..., qui n'est autre qu'" un homme au-dessous de toute médiocrité qui a réussi à se faire une situation désormais d'apôtre de l'économie politique, en débitant dans diverses villes du Midi, où sa santé l'obligeait à passer l'hiver, à Montpellier, à Pau, de pitoyables leçons d'économie politique pillées dans Bastiat et dans le Dictionnaire d'économie politique et que des auditeurs trop complaisants ont recueillies et publiées " [Walras, 1987, p. 432-433]. Une chaire d'histoire des doctrines économiques est créée en 1872. Les reproches sont alors toujours du même ordre : " Suppléant puis remplaçant de son oncle au Conservatoire, il occupe deux chaires d'économie politique et n'a à peine publié en fait d'ouvrage qu'un petit manuel absolument grotesque " [Walras, 1987, p. 430].

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Léon Walras rajoute dans cette critique l'élément qu'il reprochait également à Leroy-Beaulieu : sa filiation avec Louis Wolowski. L'endogamie est en effet un élément incontournable de l'école française : Emile Levasseur est le neveu par alliance de Louis Wolowski et le neveu d'Hippolyte Passy ; Charles-Edmond Raoul-Duval a épousé une des filles de Jean-Baptiste Say (Octavie) ; Charles Comte est lui aussi gendre de Jean-Baptiste Say ; Paul Leroy-Beaulieu a épousé une des filles de Michel Chevalier ; Joseph Garnier est le beau-frère d'Adolphe Blanqui, etc.

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Bien que Léon Walras ait vivement critiqué cet aspect, notamment ici en rapport avec l'accession aux chaires d'enseignement, il ne faut pas oublier que, s'il a pu avoir des contacts avec l'école française, c'est bien évidemment grâce à son père. Il faut bien voir surtout que, pour obtenir un poste prestigieux, il ne suffit pas d'être un membre de la famille : il faut surtout être quelqu'un qui défend une orthodoxie irréprochable.

L'Université

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Dès 1819, le gouvernement libéral prépare un projet de loi pour créer un cours d'économie (optionnel) à la faculté de droit de Paris. C'est seulement trente-neuf ans plus tard que le décret paraît, et il faut attendre encore quatre ans pour que la première chaire officielle soit créée à Paris. Cette chaire est confiée à Anselme Batbie. Cet homme, qui s'est davantage passionné pour la politique que pour l'enseignement, a très vite laissé son poste (et non sa chaire qu'il gardait) à différents économistes qui avaient pour mission de continuer son travail. C'est d'abord Gustave Boissonade, puis Paul Cauwès et Paul Beauregard qui s'en chargent.

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Les cours se mettent par ailleurs timidement en place dans d'autres facultés. Une chaire est créée avec l'ouverture de la faculté de Lyon en 1875. Six autres chaires sont officialisées en 1876. Le décret du 26 mars 1877 rend obligatoires les cours d'économie politique dans toutes les universités.

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Léon Walras, lui, a obtenu sa chaire à Lausanne en 1870, quelques années avant la généralisation de cet enseignement dans l'Université. Il aimerait profiter de ces créations de poste pour revenir en France. En effet, comme il exerce déjà depuis quelques années, il connaît les rouages de l'enseignement. Il compte également sur l'appui de Jules Ferry, ministre de l'Instruction publique à partir de 1879. Deux éléments vont aller dans le sens contraire. Tout d'abord, Jules Ferry ne s'intéresse pas vraiment aux préoccupations de Léon Walras. De plus, pour obtenir un poste dans les universités françaises, une seule condition est requise : l'obtention d'un doctorat de droit.

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Walras va être totalement bloqué par cet élément administratif. Mais il ne se décourage pas pour autant, et il va même jusqu'à penser à une refonte totale de l'Université, comme en témoigne son article " De la culture et de l'enseignement des sciences morales et politiques " de 1879 [rééd. in Walras, 1987]. Il pense même que la création de facultés de sciences morales et politiques seraient un moyen efficace pour lutter contre " la clique actuellement concessionnaire de l'exploitation de l'économie politique " [cité in Jaffé, 1965, p. 595].

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Léon Walras accuse l'école française d'être à l'origine de ce nouvel échec, mais elle bénéficie très peu de ce nouvel enseignement. Les premiers enseignants sont des professeurs de droit passionnés par l'économie politique, à l'image de Charles Gide, mais d'une manière générale peu de professeurs s'y consacrent pleinement. Walras, qui connaît les avancées de la science, est bien conscient de cette situation : " On a d'ailleurs tenu à les confier [les cours] à des agrégés de droit qui ne sont pas économistes et dont les publications nous couvrent parfois de ridicule " [Walras, 1987, p. 424].

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L'économie est largement considérée comme une sous-discipline peu appréciée dans le monde juridique. De plus, pour l'université de Poitiers par exemple, les premiers cours sont rétribués à auteur de 2 000 à 3 500 francs par an, tandis que les cours de droit sont en moyenne rétribués à la hauteur de 10 000 francs  [13][13] Ces chiffres proviennent des dossiers personnels des.... En effet, ces cours sont pour les dix premières années des enseignements complémentaires, qui n'attirent pas les professeurs. Certes, ceux-ci peuvent négocier leurs rétributions (Ducrocq, grand professeur de droit, obtient presque deux fois plus que son successeur Barilleau), mais en général et jusqu'aux années 1920, l'économie n'est pas valorisée.

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Léon Walras avait les connaissances, mais il était confronté au problème du diplôme et d'une institution qui se moquait grandement de cette jeune discipline qui ne servait pas à grand-chose dans le cursus de droit, et encore plus des avancées d'une science mathématique totalement inconnue des juristes. Ce n'est donc pas son hostilité aux idées de l'école française qui lui a fermé les portes de l'Université. Léon Walras sera encore plus enragé lorsque son disciple français Albert Aupetit sera recalé au concours d'agrégation. Etienne Antonelli connaîtra les mêmes échecs dus à la présence, comme président du jury, de Paul Cauwès, qui refuse tout discours en faveur de l'économie mathématique, même s'il n'appartient pas à l'école française (il est l'un des fondateurs de la Revue d'économie politique, concurrente de celle de l'école, et un partisan de l'économie historique).

Les publications et institutions clés

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Pour diffuser son savoir, deux moyens sont disponibles au XIXe siècle : les cours et leçons (professés devant des étudiants ou un public souvent assez restreint), et les écrits. " Le professeur parle seulement à certaines heures devant un nombre limité d'auditeurs, tandis que la presse, qui parle sans cesse à tout le monde, peut ébranler aussi bien que confirmer les vérités qu'il essaie d'inculquer dans l'esprit des auditeurs " [Levasseur, 1901, p. 47]. Les économistes français, en se regroupant autour des idées et des travaux de Jean-Baptiste Say, savent parfaitement que la diffusion d'un savoir théorique et pratique est un élément incontournable pour diffuser au maximum, auprès du plus grand nombre, les avancées de cette discipline.

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Gilbert Guillaumin va constituer l'un des éléments moteurs de cette diffusion, grâce à la maison d'édition qu'il crée pour éditer des ouvrages mais également une revue à caractère théorique : le Journal des économistes. Les économistes français vont être de fins stratèges dans cette politique de diffusion, car ils ne vont pas se contenter d'une revue spécialisée. Ils vont s'orienter également vers la Revue des deux mondes et le Journal des débats pour cibler une population beaucoup plus large que les seuls économistes.

Guillaumin et le " Journal des économistes "

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Les études relatives à Gilbert-Urbain Guillaumin (1801-1864) sont très réduites. Cela s'explique par le peu de traces restant de son oeuvre et par sa volonté de ne pas s'afficher au premier rang. Pourtant, cet imprimeur va jouer un rôle fondamental dans l'institutionnalisation de l'école française. " M. Guillaumin était devenu, depuis bien des années, le centre et le lien de notre école. Il avait dans l'excellence et dans les destinées de l'économie politique cette foi ardente qui triomphe des obstacles et qui mène à faire de grandes choses " [Garnier, 1865, p. 111].

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Il a su rassembler et structurer les successeurs de Jean-Baptiste Say autour de lui et de son activité d'éditeur. C'est l'homme de l'ombre qui est l'un des pionniers dans la constitution de ce que certains commentateurs actuels de l'école française appellent le lobby libéral français. C'est enfin l'homme qui est au coeur de l'intégration dans le réseau.

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Pour ce qui est des questions financières, Guillaumin, empreint de bonne volonté et toujours prêt au travail, n'a jamais connu la prospérité économique personnelle. Or, pour qu'une maison d'édition démarre, fonctionne et perdure, il faut obtenir des capitaux. C'est donc en toute logique qu'il va chercher de l'aide auprès du cercle qui s'est formé autour de Jean-Baptiste Say. C'est auprès de son fils Horace, " le mécène des économistes français " [Letort, 1882, p. 267], et d'un certain nombre d'économistes entourant l'oeuvre de Say qu'il va trouver le financement susceptible de pérenniser son activité d'éditeur. Le 27 janvier 1835 naît ainsi la société d'édition Guillaumin-Levasseur et Cie.

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Guillaumin a permis de mettre en route et de développer les publications qui constituent un élément fondamental de la reconnaissance de l'école française auprès du public. Il est de plus, si ce n'est l'instigateur, du moins la personne qui fait tout pour que perdurent les institutions de l'école française. Il se consacre notamment pleinement au Journal des économistes (JDE), la revue phare de l'école française... et qui vaudra de nouvelles difficultés à Walras.

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Le JDE (décembre 1841-mai 1940) est ainsi créé à l'initiative de Guillaumin  [14][14] La liste des gérants de la revue est disponible dans... et du fils de Jean-Baptiste Say, Horace (le financeur). Après l'échec de la Revue mensuelle d'économie politique (1833-1836)  [15][15] C'était la revue la plus importante avant le JDE. Marco..., initiée par Théodore Fix (1800-1846), les grands noms de l'économie veulent remettre au goût du jour une revue exclusivement économique. Pour cela, ils s'entourent non seulement d'un bon gestionnaire et d'un éditeur à travers Guillaumin, mais également des chefs de file de la discipline (Blanqui, Bastiat, Dunoyer, etc.). La ligne éditoriale est sans ambiguïté puisqu'elle consiste à associer des textes théoriques avec des approches pratiques, le tout augmenté du recensement des publications, des commentaires (idéologiques) de l'actualité et des données (notamment statistiques) nécessaires pour argumenter ces propos.

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Le JDE démarre bien puisque, dès sa première année, il obtient plus de 400 abonnés. Le tirage va alors vite progresser pour se diriger au-dessus du millier : 1 300 en 1857, 1 400 en 1866. La parution du journal se maintient à ce niveau pendant la plus grande partie de la seconde moitié du XIXe siècle. Si cette revue reste majoritairement lue par une classe bourgeoise parisienne à ses débuts, elle arrive rapidement à se diffuser non seulement en province mais également à l'étranger.

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C'est le faible nombre de rédacteurs en chef qui a permis au JDE de maintenir la stabilité d'une doctrine. Adolphe Blanqui commence, jusqu'à ce qu'Hippolyte Dussard prenne la relève en 1843, puis Joseph Garnier en 1845. A sa mort (1881), celui-ci laisse sa place à Gustave de Molinari jusqu'à l'aube du XXe siècle (1911). Baudrillart assurera un intermède dans le travail de Garnier, entre 1855 et 1866. Pendant le XIXe siècle, le JDE n'aura ainsi connu que cinq rédacteurs en chef. Le titulaire de ce poste, en plus de s'occuper des chroniques, trace la politique de la revue, autorise ou refuse les différents articles proposés. C'est le référent pour les publicistes de l'époque.

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Le petit nombre de rédacteurs en chef s'accompagne par ailleurs d'un noyau assez restreint (une cinquantaine) d'auteurs (prolifiques  [16][16] Marco, qui a décortiqué les contributions des différents...) de référence, puis d'un noyau beaucoup plus large d'économistes, de publicistes ou de chercheurs isolés souhaitant publier leurs travaux. Léon Walras, auteur pas tout à fait orthodoxe pour l'école française, fera partie de ce dernier noyau d'intellectuels, plus tolérés que plébiscités.

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Les premières collaborations de Léon Walras à la revue furent très bonnes. Il y participe activement dès décembre 1859. Baudrillart le teste tout d'abord en lui confiant le compte rendu de l'ouvrage de Frédéric Passy De lapropriété intellectuelle. Cette première étape est franchie avec succès. Il devient rédacteur en avril 1860. Son succès au sein de l'école française se confirme puisqu'il publie son ouvrage sur Pierre-Joseph Proudhon, qui entre en plein dans la démarche française chez Guillaumin.

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Il continue alors ses publications dans le JDE avec un article en décembre 1860 sur les " paradoxes économiques ". Il devait s'agir d'une série en trois parties présentant de manière " amusante " l'économie politique, à la façon de Bastiat. Walras souhaite déjà commencer à exprimer ses propres idées, mais son père le limite : " Il ne faut pas démasquer d'abord toutes ses batteries ; il faut commencer par de légères escarmouches, établir les points incontestables, démolir les erreurs manifestes et ne semer aucune inquiétude parmi les abonnés. Puisqu'il s'agit d'abord de faire de la science récréative, il faut faire rire le public aux dépens des économistes les plus ignorants et les plus arriérés. C'est, je le suppose, une denrée qui ne peut pas manquer sur la place de Paris. Tu peux donc t'amuser, pendant quelque temps, à leurs dépens " [Walras, 2005, p. 399, avril 1860].

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Les économistes de l'école française, qui souhaitent garder une orthodoxie stricte, se rendent parfaitement compte du ­projet de Léon Walras. Ainsi, les deuxième et troisième volets des " paradoxes " ne paraîtront pas. L'article " L'industrie moderne et l'économie politique " n'aura pas plus de succès. Devant l'expression de ses idées sociales lors du congrès sur l'impôt de 1860 (qui lui permettra d'obtenir son poste à Lausanne), il sent rapidement que sa place n'est plus ici et quitte le JDE en février 1862. Il a alors pour idée de fonder une nouvelle revue, L'Economiste, mais n'en obtient pas l'autorisation.

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Pour assurer sa sécurité financière, il est obligé de trouver un travail et intègre en avril 1862 la Compagnie des chemins de fer du Nord. Pour cela, c'est encore son père qui lui fait une lettre d'introduction auprès de l'un des administrateurs : Léon Say  [17][17] Voir à ce propos la lettre 238 de la correspondance.... C'est donc encore une fois sur ses relations familiales que le jeune Léon parvient à obtenir ses positions.

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Jusqu'en 1862, Léon Walras a publié quatre fois dans le JDE. Avec l'affichage de ses idées sociales, il aurait pu signer l'arrêt de ses contributions dans cette revue, mais il y publiera finalement quinze articles durant sa vie. Pour Breton [1986], ce compor­tement inattendu de la part des dirigeants de la revue provient du rédacteur en chef, Joseph Garnier. Sa place d'enseignant à l'Ecole des mines le pousse à rencontrer et fréquenter des scientifiques qui utilisent couramment les mathématiques. Léon Walras publiera ainsi sans problème jusqu'en 1881, notamment son article sur la " Théorie mathématique du bimétallisme ", qui comporte plus d'une vingtaine de formules. Les démonstrations sont uniquement mathématiques et fondées sur des axiomes et des hypothèses.

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Mais toutes les choses ont une fin, et la mort de Garnier signe l'arrêt de sa contribution au JDE. C'est Gustave de Molinari qui prend la suite de Garnier. Ce nouveau rédacteur en chef va rétablir la pensée orthodoxe  [18][18] Rappelons comment il était décrit lorsqu'il était rédacteur... en proposant une " note de rédaction " sur le dernier article de Walras accepté par Garnier qui en dit long sur le retour de la tradition du journal : " En publiant cet article d'un de nos anciens et savants collaborateurs, nous devons faire nos réserves d'abord sur l'utilité, selon nous fort exagérée, qu'il attribue à l'application de la méthode mathématique à une science d'observation telle que la nôtre, ensuite et surtout sur la reprise de la propriété foncière par l'Etat, motivée par le fait au moins contestable de l'accroissement de la plus-value de la rente foncière dans une société progressive " [Walras, 1885, p. 68).

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Léon Walras proposera une réponse à cette remarque dans la livraison suivante, ce qui constituera ses derniers écrits pour la revue. En effet, Molinari occupera la place de rédacteur en chef jusqu'en 1909, et Walras devra se résigner à abandonner tout rapport avec la revue, qui ne refuse pas seulement l'emploi des mathématiques mais également ses positions pas entièrement orthodoxes.

La Société d'économie politique

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Les publications permettent aux économistes de l'école française de se faire reconnaître auprès des intellectuels français au même titre que les scientifiques ou les hommes de lettres. Mais pour que le réseau fonctionne convenablement, c'est-à-dire pour qu'il puisse diffuser massivement son approche tant théorique que pratique, il faut qu'il soit reconnu de manière officielle. Pour cela, les économistes vont développer plusieurs stratégies, dont la mainmise sur des institutions prestigieuses. La première est une création issue des économistes de l'école française, une société savante encore vivante actuellement : la Société d'économie politique (SEP). La seconde est une organisation officielle : ­l'Institut de France, et plus particulièrement l'Académie des sciences morales et politiques et sa section d'économie politique, dont nous ne traiterons pas ici faute de place.

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La SEP est l'une des plus anciennes sociétés savantes en France. Elle existe encore aujourd'hui  [19][19] La Société d'économie politique compte actuellement..., avec un fonctionnement presque identique : un dîner une fois par mois (le 5), qui permet de discuter des grands thèmes de l'actualité économique. La composition du bureau est assez révélatrice de l'omniprésence de l'école française. En 1845, se trouvent réunis Charles Dunoyer (premier président), Hippolyte Passy (deuxième président), Horace Say (premier vice-président), Charles Renouard (deuxième vice-président), Joseph Garnier (secrétaire), Gilbert-Urbain Guillaumin (questeur).

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Il est fait référence à Léon Walras pour la première fois en 1860, à la séance du 5 août, lorsque Joseph Garnier rend compte du congrès sur l'impôt qui s'est tenu à Lausanne. Ce congrès a lieu du 25 au 28 juillet 1860 dans la salle du grand conseil de Lausanne. Plus d'une centaine de membres y participent, provenant des quatre coins de l'Europe. Garnier y assiste et rend compte des séances, en particulier des idées de Walras. Une première forme de reconnaissance à laquelle tient Walras, qui veut intégrer la SEP. Et il y arrive. En janvier 1865, la SEP indique que Léon Walras " se propose de consacrer trois conférences à l'exposition de la question des associations populaires de consommation, de production et de crédit " [Courtois, 1892, p. 24]. Ce qui laisse entendre qu'il participe à cette réunion de la SEP.

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Il réapparaît en tant qu'invité dans la séance d'août 1873 pour sa contribution à l'académie qui se tiendra quelques jours après. Il est simplement présenté comme professeur d'économie politique à l'académie de Lausanne et vient exposer la situation de l'enseignement de l'économie politique en Suisse. Il va même plus loin, toujours dans la recherche de plaire, de persuader, d'être reconnu. Il indique une querelle pacifique entre " les idées et les principes qu'on peut appeler français, ceux de la philosophie spiritualiste, de la morale rationnelle, et les idées et les principes allemands résumés dans la célèbre méthode historique ou expérimentale inaugurée par Savigny et qui règne encore sans partage dans les sciences de droit et aussi dans l'économie politique en Allemagne " [Courtois, 1895, p. 200]. Il indique bien évidemment qu'il appartient à la première et montre par la même occasion combien il connaît parfaitement leurs attentes. Le rapport de la séance indique que les réflexions de Léon Walras lancent une conversation animée dont participe Louis Wolowski, qui fera son rapport quelques jours plus tard et qui prend déjà position contre les propos de Léon Walras : " il ne saurait partager l'opinion émise par M. Walras " sur la place des économistes et de la méthode allemande dans l'analyse économique française [Courtois, 1895, p. 201].

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Léon Walras revient une dernière fois à la séance du 5 octobre 1877, où il est présenté comme membre de la Société. Il est juste spécifié qu'il assiste à cette réunion. Il est toujours désigné comme professeur d'économie politique à l'académie de Lausanne. Nous ne disposons pas d'informations supplémentaires sur cette participation. Même s'il n'est apparemment resté que quelques mois membre de la SEP, il est revenu en tant que ­professeur invité pour faire parler de lui et de ses travaux.

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Dans sa recherche de reconnaissance permanente, Léon Walras n'a pas pu échapper aux réseaux de l'école française. Il a réussi à l'intégrer grâce à son père, qui l'introduit dans ses différents rouages. Il disposait de toutes les clés pour devenir un économiste du noyau dur, influent, qui dispose de chaires d'enseignement ou de places prestigieuses dans les institutions. Mais Léon Walras, qui a compris leurs attentes et leur fonctionnement, ne veut pas se contenter de faire des articles pour plaire aux économistes, pour les distraire (comme les " paradoxes "). Il se place à un niveau supérieur. Il souhaite démontrer ce que jusque-là ces économistes n'ont fait qu'énoncer. En accomplissant cet objectif par l'utilisation des mathématiques et surtout par la prise en compte du socialisme, il se positionne clairement comme un hétérodoxe, dont la postérité a fait un maître à penser d'une pensée économiciste et favorable au pouvoir des marchés. Ce qui a dû le faire se retourner dans sa tombe : " Il m'a semblé que vous me considériez comme un partisan de la libre concurrence absolue (en raison de ce fait que j'étudie très attentivement et très minutieusement les effets de la libre concurrence). Quoi qu'il en soit, je tiens à vous faire savoir que, tout au contraire, c'est plutôt le désir de repousser les applications mal fondées et inintelligibles de la libre concurrence faites par des économistes orthodoxes qui m'a conduit à l'étude de la libre concurrence en matière d'échange et de production " [cité in Jaffé, 1965, vol. I, p. 746]. Décidément, Léon Walras restera toujours un économiste mal compris.


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Notes

[1]

John Stuart Mill, par exemple, vantera ses mérites dans ses Mémoires à propos de ses venues chez les Say.

[2]

Léon Walras et Stanley Jevons, dans leur article de 1878 dans le Journal des économistes sur les ouvrages relatifs à l'application des mathématiques en économie, font référence à huit auteurs.

[3]

Ces ouvrages annuels, dont la publication a été confiée à Maurice Block pendant de nombreuses années (1856-1879), sont divisés en quatre parties qui donnent respectivement la substance des documents officiels sur la France, les informations de la ville de Paris, les informations sur les pays, et enfin des discussions sur des questions d'économie politique.

[4]

Les informations sur cette institution sont minces puisque les archives ont brûlé, et que les traces de l'enseignement en son sein sont très rares. Pour des informations plus détaillées, consulter l'ouvrage de Dejob [1894].

[5]

Sa place dans cette institution lui permet en partie d'accéder au Collège de France.

[6]

Cette section deviendra au XXe siècle l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS).

[7]

Pour un aperçu détaillé de ces différentes manifestations, consulter Letort [1882].

[8]

Ces conférences ont été imprimées par la maison d'édition Guillaumin en 1866 et 1868. Elles figurent dans les Oeuvres complètes, vol. VI.

[9]

Publié chez Guillaumin, et vol. VI des Oeuvres complètes.

[10]

Le choix du professeur était effectué par le ministre de l'Instruction publique (en l'occurrence Guizot) sur présentation d'un ou de deux candidats élus par les professeurs du Collège et les membres de l'Académie des sciences morales et politiques. Cette dernière institution privilégiait Comte, tandis que le Collège proposait Rossi. Ce sont les liens qu'il entretenait avec Guizot et l'admiration de ce dernier pour son talent qui permirent à Rossi d'obtenir la place.

[11]

Les détails se trouvent dans l'article de Léon Walras " De l'enseignement de l'économie politique en France ", réédité dans le vol. VII des Oeuvres complètes.

[12]

Les auteurs de l'école française ne sont pas aujourd'hui tous étudiés à l'aune du regard walrassien. Ainsi, Gilles Palsky, dans un article sur Levasseur, propose un éloge des découvertes et des avancées qu'il a proposées, notamment dans l'analyse statistique.

[13]

Ces chiffres proviennent des dossiers personnels des enseignants de Poitiers conservés aux Archives départementales de la Vienne.

[14]

La liste des gérants de la revue est disponible dans l'ouvrage de Marco et Laurent [1990].

[15]

C'était la revue la plus importante avant le JDE. Marco et Laurent [1990, p. 25] indiquent les différentes revues qui ont disparu et rendu la tâche a priori fort difficile pour Guillaumin.

[16]

Marco, qui a décortiqué les contributions des différents protagonistes, a constaté que 29 % des articles (sur 3 100) étaient écrits par 2 % des auteurs.

[17]

Voir à ce propos la lettre 238 de la correspondance d'Auguste Walras [2005].

[18]

Rappelons comment il était décrit lorsqu'il était rédacteur en chef du Journal des débats : " M. de Molinari était secrétaire de la rédaction ; son accueil était des plus aimables ; il savait conseiller et encourager les jeunes gens avec cet esprit vif et gai que nos lecteurs connaissent et dont ils viennent encore de jouir ; il n'était intransigeant qu'en économie politique, pour le reste très conciliant " [Le Livre du centenaire du " Journal des débats ", 1889, p. 342].

[19]

La Société d'économie politique compte actuellement 300 membres.

Plan de l'article

  1. L'école française et ses valeurs
    1. Jean-Baptiste Say, le fondateur idolâtré
    2. Les valeurs de rassemblement
    3. Les outils d'analyse
  2. L'enseignement aux mains d'une élite
    1. Les institutions d'enseignement
      1. L'Athénée royal
      2. Les grandes écoles
      3. Les conférences libres et les cours populaires
    2. Les institutions de prestige
    3. L'Université
  3. Les publications et institutions clés
    1. Guillaumin et le " Journal des économistes "
    2. La Société d'économie politique

Pour citer cet article

Gallois Nicolas, « L'école française contre Walras, économiste hétérodoxe », L'Économie politique, 3/2011 (n° 51), p. 7-32.

URL : http://www.cairn.info/revue-l-economie-politique-2011-3-page-7.htm
DOI : 10.3917/leco.051.0007


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