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L'Économie politique

2011/3 (n° 51)


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Avec la résolution politico-militaire du conflit et ­l'arrivée au pouvoir d'Alassane Ouattara, la Côte-d'Ivoire débute une nouvelle étape de son développement. Les interrogations politiques et sociales sont nombreuses mais elles ne doivent pas nous faire oublier les questions économiques. En particulier, la question de la place du pays dans l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) est posée.

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En s'appuyant sur le processus historique de formation des Etats de l'Afrique de l'Ouest et de mise en place de la monnaie CFA, cette analyse développe la thèse de l'existence d'une instrumentalisation de la question monétaire par les gouvernements successifs ivoiriens à des fins de positionnement politique interne, et d'une collusion tacite entre Abidjan et Paris autour notamment du binôme " cacao/franc CFA ", socle de la zone franc en Afrique de l'Ouest, dont l'affaiblissement progressif serait à l'origine de la crise actuelle. Cette crise, officiellement close le 11 avril 2011 suite à l'arrestation de ­Laurent Gbagbo, pourrait déboucher sur l'implosion de l'UEMOA si les dirigeants de cette zone n'en tiraient pas toutes ses implications ; au contraire, elle pourrait également constituer le ferment d'une reprise en main des destinées de l'Union et constituer ainsi un véritable acte de naissance.

Crises ivoiriennes et crise monétaire, derniers soubresauts de la conférence de Berlin ?

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On ne peut analyser les événements qui ont marqué la Côte-d'Ivoire sans se replonger dans l'histoire séculaire de ce " pays ". Les guillemets sont de rigueur car la conférence de Berlin (15 novembre 1884-26 février 1885), qui a consacré le partage de l'Afrique, a conduit la France, ancienne puissance coloniale, à créer la Côte-d'Ivoire, avec un peuplement singulier que connaissent tous les Etats du Golfe de Guinée, à savoir des populations historiquement et culturellement réparties de façon horizontale obligées de vivre dans des Etats " verticaux " : Nigeria, Bénin (ex-Dahomey), Togo, Ghana, Côte-d'Ivoire. Cette situation a toujours engendré des tensions, dans la mesure où ces nouveaux Etats étaient tout sauf des nations.

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Dans le cas ivoirien, les populations sahéliennes et musulmanes du Nord devaient ainsi cohabiter avec celles, côtières et chrétiennes, du Sud. Tant que l'Empire colonial a pu exercer sa puissance tutélaire, les forces centrifuges se sont tues, donnant même au moment des indépendances, en 1960, l'apparence d'Etat-nation avec tous ses atours : hymne national, drapeau, etc.

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Le boom des prix et de la production du café-cacao, l'ouverture de l'économie aux principes du marché et de la libre entreprise, la volonté affichée par les pouvoirs publics de construire des infrastructures conséquentes, ont permis de faire de la Côte-d'Ivoire des années 1970 la première économie émergente d'Afrique de l'Ouest francophone. Parallèlement, l'aura de Félix Houphouët-Boigny et de Léopold Sédar Senghor (ex-président du Sénégal), anciens députés sous la IVe République en France, leaders incontestés de l'ex-Afrique occidentale française (AOF), a conduit Paris à transférer les signes du pouvoir monétaire de l'Afrique de l'Ouest, la gestion de la zone franc, à ces deux pays à partir de 1977 : à Dakar, le siège de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO), et à la Côte-d'Ivoire, le privilège de choisir le gouverneur de la BCEAO au sein de son élite dirigeante. Vont donc se succéder à ce poste prisé, Abdoulaye Fadiga, Alassane Ouattara, Charles Konan Banny, Philippe-Henry Dacoury-Tabley et Tiémoko Meyliet Koné (depuis le 30 mai 2011), tous de nationalité ivoirienne.

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Ainsi, l'Union monétaire ouest-africaine (UMOA), créée en mai 1962, a toujours fonctionné sur un trépied Paris-Dakar-Abidjan [Nubukpo, 2007]. L'illustration la plus flagrante de cette hégémonie a été donnée au moment de la dévaluation du franc CFA le 11 janvier 1994 : la décision a été concoctée à Paris par les services du Trésor, entérinée par Abidjan  [1][1] La " doctrine d'Abidjan ", encore appelée " doctrine..., qui pleurait le décès de Félix Houphouët-Boigny sur fond de guerre de succession entre Henri Konan Bédié et, déjà, Alassane Ouattara, et enfin exécutée à Dakar dans une atmosphère de psychodrame comme seules les tropiques savent en procurer. La veille, le 10 janvier 1994, fut prise la décision de créer l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), dont le siège sera Ouagadougou (au Burkina Faso), afin d'assurer des fondements économiques solides à la monnaie commune, et dont la présidence sera confiée au... Sénégal.

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Le rôle particulier joué dans cette séquence par Alassane Ouattara mérite d'être souligné. En effet, entré au siège de la BCEAO comme ressortissant de la Haute-Volta (futur Burkina Faso  [2][2] La Haute-Volta, dont les ressortissants s'appelaient...) au mois d'août 1973, et à ce titre titulaire plus tard du portefeuille de vice-gouverneur de la BCEAO (en janvier 1983) - poste statutairement dévolu aux ressortissants voltaïques et nigériens -, M. Ouattara deviendra, suite au décès d'Abdoulaye Fadiga, gouverneur de la BCEAO le 28 octobre 1988 sur proposition de Félix Houphouët-Boigny, au courant de l'ambiguïté relative à la nationalité de M. Ouattara. Jusque-là, tout va bien. Cependant, les tensions internes à la classe dirigeante ivoirienne seront perceptibles au moment de la nomination de M. Ouattara comme Premier ministre de la Côte-d'Ivoire le 7 novembre 1990, par un Houphouët-Boigny en délicatesse avec les institutions de Bretton Woods dont est issu M. Ouattara, dans un contexte d'ajustement structurel justifié par la mauvaise gouvernance et la chute des cours du café-cacao.

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En effet, M. Ouattara a débuté sa carrière d'économiste au Fonds monétaire international (FMI) en avril 1968. Il retournera d'ailleurs par deux fois dans cette institution, d'abord comme directeur du département Afrique en novembre 1984, puis en juillet 1994 comme directeur général adjoint. C'est dire que l'homme que Félix Houphouët-Boigny choisit de nommer en avril 1990 " Président du comité interministériel de coordination du programme de stabilisation et de relance économique ", puis Premier ministre de la Côte-d'Ivoire le 7 novembre 1990, est un familier des arcanes de la conception et de l'exécution des programmes d'ajustement structurel.

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Se posant comme le redresseur de l'économie ivoirienne - et à ce titre successeur putatif d'un Houphouët-Boigny agonisant -, M. Ouattara va se retrouver en butte à un procès de " non-ivoirité " intenté par les caciques du parti au pouvoir, le Parti démocratique de Côte-d'Ivoire (PDCI), au premier rang desquels il convient de citer Henri Konan Bédié, alors président de l'Assemblée nationale. Profitant de l'existence de l'article n? 11 de la constitution ivoirienne, qui prévoyait que, en cas de vacance du pouvoir, la transition devait être assurée par le président de l'Assemblée nationale, M. Bédié prit littéralement le pouvoir en décembre 1993, le soir même de l'annonce officielle du décès de Félix Houphouët-Boigny, au nez et à la barbe de M. Ouattara, obligé de se replier sur Washington comme directeur général adjoint du FMI.

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Il semblerait que l'ambition initiale de M. Ouattara était de retourner à la BCEAO comme gouverneur à la fin de sa mission comme Premier ministre de la Côte-d'Ivoire. De fait, il a cumulé durant trois ans les deux fonctions (1990-1993), se contentant d'un gouverneur par intérim, M. Charles Konan Banny. Ce dernier, dont la famille est une des plus importantes du clan baoulé, aux commandes du PDCI, fut titularisé par le nouveau président Henri Konan Bédié aux commandes de la BCEAO. Il sera, plus d'une décennie plus tard, le Premier ministre de la Côte-d'Ivoire, en charge de mener à bien une transition politique dont les figures de proue seront Henri Konan Bédié, Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo ! Depuis avril 2011, il est président de la commission " Vérité, justice, réconciliation ", nommé par le Président nouvellement élu Alassane Ouattara...?

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Il est utile de remarquer que, dans cette saga politico-monétaire, deux absents de marque peuvent être mentionnés : Laurent Gbagbo et son parti, le Front populaire ivoirien (FPI), d'une part, et d'autre part, le groupe constitué par les sept autres pays membres de l'UEMOA, à savoir, le Bénin, le ­Burkina Faso, la Guinée-Bissau (qui a rejoint l'Union en 1997), le Mali (qui a réintégré la zone en 1984, après l'avoir boudée dès juillet 1962), le Niger, le Sénégal et le Togo (qui l'a intégrée en 1963). Ces absences ne sont pas anodines : elles entérinent une donne constante depuis l'époque coloniale, celle de l'existence d'un couple " cacao/franc CFA ", illustratif de l'axe Abidjan-Paris, qui va se déliter dans le temps avec la perte du pouvoir en Côte-d'Ivoire du clan PDCI (qui a toujours tiré sa légitimité de la rente cacaoyère) ,au profit de Laurent Gbagbo et du FPI, et avec la dévaluation du franc CFA, vécue par les autres Etats de l'UEMOA comme une mesure destinée à ­sauver la seule économie ivoirienne, exportatrice de café-cacao, comme l'attestent les simulations d'impact de la dévaluation effectuées dans les cénacles économiques en 1993 (Trésor français, FMI, Banque mondiale).

L'instrumentalisation de la question monétaire

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L'arrivée au pouvoir en Côte-d'Ivoire de Laurent Gbagbo au cours de l'année 2000 a constitué pour le FPI l'occasion rêvée de casser l'axe Abidjan-Paris, vécu de manière récurrente comme une rémanence de l'Empire colonial. Aux manettes du " Gouvernement des professeurs "  [3][3] Ce " Gouvernement des professeurs " s'est perpétué..., surnom donné au premier gouvernement de Laurent Gbagbo, dont la majeure partie des ministres provenaient des amphithéâtres de l'université d'Abidjan-Cocody, deux personnalités émergent : Paul-Antoine Bohoun Bouabré, maître assistant en économie, ministre d'Etat en charge du Plan, et Mamadou Koulibaly, professeur agrégé d'économie, qui deviendra rapidement ministre de l'Economie et des Finances. Ces deux hommes sont mus par une même détestation, celle du franc CFA, par une même ambition, celle de la création d'une monnaie ivoirienne, et se retrouveront rapidement sur une même liste, celle des Ivoiriens interdits de visa d'entrée dans l'espace Schengen, accusés d'avoir partie liée à l'incendie du lycée français d'Abidjan. Pour ces raisons, Paris posera d'ailleurs son veto en 2008 lorsque Laurent Gbagbo voudra nommer Bohoun Bouabré au poste de gouverneur de la BCEAO.

La monnaie, enjeu de batailles politiques

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Dans les faits, l'argumentaire anti-franc CFA des deux économistes est fondé sur une lecture libérale de la gestion monétaire. Pour eux, chaque Etat doit disposer de sa propre monnaie, et la concurrence monétaire fera émerger une monnaie " leader " dans la sous-région ouest-africaine. Du fait de son importance économique, il ne fait guère de doute, notamment pour Koulibaly, que cette monnaie " leader " sera la monnaie ivoirienne. Le reste de leur argumentaire, fondé sur l'exigence de la souveraineté monétaire comme signal fort de la rupture (post) coloniale, et comme moyen de sortir de la répression monétaire de l'Afrique, emprunte beaucoup aux travaux de l'économiste camerounais feu Tchundjang Pouemi, qui n'eut de cesse de dénoncer cette " répression monétaire de l'Afrique " [Tchundjang Pouemi, 1979].

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En effet, la BCEAO semble privilégier l'objectif d'un taux de change fort et non compétitif, au détriment de celui de la croissance économique. En cela, elle est une caisse d'émission plutôt qu'une véritable banque centrale, puisqu'elle n'a plus la maîtrise de sa politique monétaire. La question est donc de savoir pourquoi les autorités de l'UEMOA ont fait un tel choix. La réponse est double. D'une part, l'absence d'une véritable gestion de la monnaie et du taux de change autorise une inertie intellectuelle et la domination de la routine, comportements bureaucratiques par excellence [cf. N'Guessan, 1996]. D'autre part, les autorités monétaires de l'UEMOA semblent avoir largement opté pour une logique d'extraversion, en développant un attachement quasi viscéral à l'idée d'un franc CFA " fort ", qui signifierait la bonne santé des économies ouest-africaines et leur conformité à l'impératif international de rigueur macro­économique [cf. Nubukpo, 2007].

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Cette querelle entre, d'une part, les économistes du FPI, qui remettent en cause le bien-fondé de la perpétuation du lien monétaire entre la France et la Côte-d'Ivoire via le dispositif de gestion monétaire de l'UMOA/UEMOA, et d'autre part, l'équipe dirigeante de la BCEAO, avec à sa tête le gouverneur Charles Konan Banny, partisan d'une stricte orthodoxie monétaire, va peu à peu quitter le plan de la saine controverse scientifique et sera instrumentalisée dans le cadre d'une bataille pour la prise de pouvoir en Côte-d'Ivoire.

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De 2000 à 2006, une véritable guérilla s'instaure entre le gouvernement ivoirien (FPI), officiellement nationaliste et anticolonialiste, et le gouverneur de la BCEAO, Charles Konan Banny, sympathisant du PDCI et estampillé " homme de la France ", sur fond de polémiques autour de la suppression des concours au Trésor par la BCEAO, c'est-à-dire le financement des déficits budgétaires des Etats membres par de la création monétaire, et le maintien auprès du Trésor français des réserves de la Banque centrale. En effet, la décision de la BCEAO d'arrêter son soutien financier aux Etats de la zone UEMOA, prise en septembre 2002, apparaît avant tout guidée par un souci d'affichage de " modernité " en matière de gestion monétaire. Cette dernière n'assurera donc plus le financement monétaire du déficit budgétaire, qui était auparavant autorisé à hauteur de 20 % des recettes fiscales de l'année précédente. La BCEAO conseille désormais aux Etats, pour répondre à leurs besoins de financement, d'émettre des titres sur le marché financier de l'UEMOA.

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Il paraît pour le moins curieux qu'une banque centrale de pays en développement parmi les plus pauvres du monde s'interdise de remplir sa principale fonction de banque d'Etat. Là encore, la crédibilité extérieure, celle qui provient des satisfecit adressés par la communauté financière internationale qui voit le mal dans le financement des déficits publics par les banques centrales, s'avère in fine plus importante pour les dirigeants de la zone que la crédibilité intérieure. Mais cette critique ne sera pas celle retenue par les économistes du FPI. En effet, pour eux, la décision de Charles Konan Banny de supprimer les concours au Trésor le mois même du début de la rébellion en Côte-d'Ivoire (septembre 2002) procède d'une volonté délibérée du PDCI et de ses alliés d'asphyxier le gouvernement de Laurent Gbagbo. Pour eux, le gouverneur de la BCEAO n'a fait qu'instrumentaliser le discours et les pratiques de la gestion orthodoxe de la monnaie à des fins de prise de pouvoir en interne. Mamadou Koulibaly déclarera : " Le comportement de Banny, c'est l'histoire de Kunta Kinte. C'est l'histoire du Noir qui vend les Noirs. Le Noir qui met les chaînes aux Noirs "[4][4] Jeune Afrique, n? 2 367, 21 mai 2006. En effet, dans....

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Il est intéressant de noter que cette thèse de l'instrumentalisation de la question monétaire à des fins de positionnement interne à la Côte-d'Ivoire peut être retournée contre les économistes du FPI, et ce d'autant plus que la lecture du fait monétaire par Mamadou Koulibaly, ultralibéral s'il en est, paraît en totale discordance avec le positionnement idéologique du FPI, parti dont il est pourtant le " maître à penser " en matière économique. En effet, membre de l'Internationale socialiste jusqu'aux élections présidentielles du 28 novembre 2010, le FPI a toujours revendiqué, sur le plan économique, une action volontariste des pouvoirs publics en matières budgétaire et monétaire, aux antipodes de l'ultralibéralisme de Mamadou Koulibaly [cf. Koulibaly, 1992] ! Il y a donc pour le moins contradiction entre la nature de la critique portée par les économistes du FPI, pour justifier la sortie de la Côte-d'Ivoire de la zone franc, et le projet économico-politique du parti auquel ils appartiennent. Il s'agit ici clairement d'une posture, celle du nationalisme monétaire, utilisée pour faire un procès aux adversaires politiques, qualifiés de " partis de l'étranger ", en particulier le PDCI.

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Il faudra attendre l'année 2008, avec la nomination par Laurent Gbagbo de Philippe-Henry Dacoury-Tabley, réputé proche du FPI (et de la même ethnie bété que Laurent Gbagbo), au poste de gouverneur de la BCEAO, pour voir les différends s'aplanir entre l'Institut d'émission de la monnaie CFA en Afrique de l'Ouest et la principale économie de la zone UEMOA (plus de 30 % du produit intérieur brut [PIB] de la zone et presque 60 % de la masse monétaire CFA y circulant).

Deux têtes économiques

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Néanmoins, deux faits importants méritent d'être relatés, qui contribuèrent à envenimer les relations entre la BCEAO, l'UEMOA et le Gouvernement ivoirien. Il s'agit en premier lieu de l'" affaire Sia Popo Prosper ", du nom du braqueur de l'agence principale de la BCEAO d'Abidjan le 27 août 2002, qui a pu s'emparer de plus de 2 milliards de francs CFA quelques semaines avant le début de la rébellion armée au nord de la Côte-d'Ivoire, puis du casse par les rebelles de l'agence de Bouaké (centre du pays) au mois d'août 2003, en toute impunité, avec la complicité avérée de soldats français (jugés plus tard en France) censés assurer la sécurité des locaux. Pour Koulibaly, " depuis que les rebelles ont pillé la BCEAO, Banny n'a rien fait. Il n'a engagé aucune enquête. Pourtant, il s'agit de l'argent de la communauté ouest-africaine tout entière. Et c'est lui qui vient nous dire qu'il combat l'impunité, qu'il veut la bonne gouvernance "[5][5] Le Courrier d'Abidjan, n? 886, 11 décembre 2006.. L'" affaire Sia Popo Prosper " a envenimé les relations entre la BCEAO et le Gouvernement ivoirien dans la mesure où, pour M. Gbagbo, le produit du braquage de l'agence de la BCEAO a servi au financement de la rébellion du Nord de la Côte-d'Ivoire, en particulier à l'achat d'armes.

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En second lieu, il s'agit du constat effectué par les autorités ivoiriennes d'une prospérité des économies de l'UEMOA sur le dos d'une Côte-d'Ivoire en crise. Pour Koulibaly, véritable idéologue du régime de Laurent Gbagbo, " avant la tentative de coup d'Etat des houphouëtistes, aidés en cela par la France, contre Laurent Gbagbo, les performances économiques des pays de l'UEMOA suivaient, avec un retard plus ou moins marqué, les performances de la Côte-d'Ivoire qui traçaient alors la tendance globale de l'Union. La Côte-d'Ivoire était donc leader, mais depuis le début de la rébellion armée, qui occupe une partie de notre pays, les tendances sont plus contrastées. La plupart des pays limitrophes de la Côte-d'Ivoire qu'elle influençait par sa croissance économique ont pris leur envol en solitaire depuis que ce pays fait de la croissance faible ou négative. Ils croissent en PIB réel alors que la Côte-d'Ivoire décline. Ces pays ne font-ils pas de la croissance au détriment de la Côte-d'Ivoire ? En clair, les pays voisins de la Côte-d'Ivoire, et qui font de larges frontières avec elle, profitent fortement de la crise ivoirienne. Il y a déplacement d'activités et déplacement de productions des zones occupées de la Côte-d'Ivoire par les rebelles au profit des pays frontaliers. Nos malheurs leur profitent et leurs perspectives de croissance sont basées sur des hypothèses de durabilité des données actuelles de la Côte-d'Ivoire. L'UEMOA ne suit plus aussi systématiquement, positivement ou négativement, la Côte-d'Ivoire. Elle suit maintenant les nouveaux leaders qui exportent une partie de la production ivoirienne et la comptabilisent à leur propre profit. La Côte-d'Ivoire fait figure de leader détesté alors qu'elle est la plus riche, la plus ouverte et la plus généreuse de tous les pays de l'Union "[6][6] Fraternité Matin du 21 juillet 2006. Il convient cependant....

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Dans ce contexte passablement brouillé, marqué en outre par la vague de privatisations des filières agricoles menées sous l'égide de la Banque mondiale (le cacao ivoirien est désormais exporté par Cargill, un groupe américain), Paris n'aura de cesse de trouver de nouveaux points focaux au sein de la zone UEMOA, en particulier Abdoulaye Wade au Sénégal et Blaise ­Compaoré au ­Burkina Faso. Si le second a fait de la discrétion sa marque de fabrique, et de la médiation dans les conflits internes aux Etats de la sous-région son cheval de bataille, le premier est passé maître dans l'art des déclarations intempestives. Ainsi, très vite, dès son élection à la tête de l'Etat sénégalais, en mars 2000, Abdoulaye Wade va invoquer la volonté d'hégémonie du Nigeria pour repousser aux calendes grecques l'idée de l'instauration d'une monnaie unique pour la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao), préalablement prévue pour 2005 et désormais programmée pour 2020, suite à des reports successifs. En outre, il n'aura de cesse de s'insurger contre la passivité des gouverneurs de la BCEAO à l'égard des réserves de change excessives détenues par la BCEAO auprès du Trésor français  [7][7] Le " Rapport annuel de la zone franc 2009 " (publication....

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Le groupe constitué par les autres Etats membres de l'Union va se replier sur la Commission de l'UEMOA, afin de promouvoir une véritable intégration économique de la zone. Sous la houlette des économies cotonnières (Burkina Faso, Mali, Bénin), va se mettre en place une diplomatie active et agressive, dont l'" initiative Coton " [pour en savoir plus, cf. Pesche et Nubukpo, 2004], aboutissant au blocage de la conférence ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) à Cancún en septembre 2003, constituera le point d'orgue. En effet, fin avril 2003, le Bénin, le Burkina Faso, le Mali et le Tchad déposaient une proposition de négociation à l'OMC intitulée " Réduction de la pauvreté : initiative sectorielle sur le coton ". En septembre 2003, lors de la conférence ministérielle de l'OMC à Cancún, l'Afrique défrayait la chronique sur le dossier coton. Porte-drapeaux de l'Afrique de l'Ouest et du Centre (AOC), les quatre pays soumissionnaires illustraient de manière emblématique les contradictions liées aux conditions actuelles de la production de coton dans le monde, marquées par l'octroi de subventions massives des Américains à leurs producteurs, et, au-delà, les conditions de l'insertion internationale des pays africains dans un monde libéralisé. La disproportion des chiffres et l'iniquité flagrante mise en évidence par leur comparaison ont permis au dossier africain de bénéficier aisément d'une très large sympathie et de nombreux soutiens lors de la conférence de Cancún. (Selon Oxfam International, les subventions américaines ont dépassé 4 milliards de dollars US en 2001-2002, soit deux fois plus qu'en 1992. Cette somme dépasse le PIB du Burkina Faso, ceci pour 25 000 producteurs américains de coton - les trois quarts de ces subventions bénéficiant aux 10 % plus grands planteurs américains.)

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Cependant, les rivalités récurrentes autour de la question du leadership institutionnel dans la zone UEMOA, entre Moussa Touré, de nationalité sénégalaise, président de la Commission de l'UEMOA jusqu'en 2004, et Charles Konan Banny, de nationalité ivoirienne, gouverneur de la BCEAO jusqu'au 4 décembre 2005, ne vont pas permettre de réaliser un policy mix  [8][8] La coordination de la politique monétaire conduite... optimal au sein de la zone. Ainsi, les deux traités constitutifs de l'UMOA (1962) et de l'UEMOA (1994) coexistent toujours, en dépit de leur fusion annoncée et toujours repoussée depuis 1994  [9][9] Le traité instituant l'Union monétaire ouest-africaine.... Pire encore, le traité de l'UMOA vient d'être révisé et le nouveau traité, entré en vigueur le 1er avril 2010, confère désormais à la BCEAO son indépendance vis-à-vis des Etats. Pour la petite histoire, au sein du Comité de politique monétaire désormais créé et en charge de la définition et la conduite de la politique monétaire de la zone, le président de la Commission de l'UEMOA n'y a une qu'une voix consultative, alors même que la France y détient une voix délibérative.

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Face à ce qu'il convient désormais d'appeler le bicéphalisme de la zone UEMOA, c'est-à-dire d'un côté, la BCEAO, et de l'autre, la Commission de l'UEMOA, comment la crise postélectorale en Côte-d'Ivoire rebat-elle les cartes du jeu ?

Crise postélectorale en Côte-d'Ivoire et avenir de la zone UEMOA

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La crise postélectorale en Côte-d'Ivoire renferme les germes de la disparition du franc CFA et de l'UEMOA.

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En effet, les difficultés sont apparues dès la première quinzaine du mois de décembre 2010, lorsque le gouverneur de la BCEAO, Philippe-Henry Dacoury-Tabley, dont la proximité avec Laurent Gbagbo est soupçonnée, a reporté sine die le conseil des ministres de l'UMOA prévu à Lomé le 15 décembre 2010, au motif qu'il ne saurait choisir entre les deux délégations ivoiriennes annoncées à Lomé pour assister au conseil. Une telle déclaration fut jugée d'autant plus surprenante que la ­communauté internationale, les Nations unies, la Cedeao et donc de facto l'UEMOA (dans la mesure où tous les chefs d'Etat de l'UEMOA siègent à la Cedeao), avaient déclaré ne reconnaître comme légitime que le seul gouvernement nommé par Alassane Ouattara, Président élu de la Côte-d'Ivoire. La levée de boucliers qui s'ensuivit a trouvé son épilogue le 22 janvier 2011 à Bamako, par la destitution déguisée en démission du gouverneur de la BCEAO, lors de la 15e conférence des chefs d'Etat de l'UEMOA. Il convient d'indiquer qu'entre-temps, M. Dacoury-Tabley s'était illustré par sa faible ardeur à appliquer la décision des autorités de l'Union, prise lors du conseil des ministres extraordinaire du 23 décembre 2010, de ne reconnaître que la seule signature de M. Ouattara et de ses ministres pour les opérations impliquant le Trésor ivoirien auprès de la BCEAO.

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Dès la semaine du 24 janvier 2011, le camp de Laurent Gbagbo a annoncé comme nulle et non avenue la démission du gouverneur de la BCEAO et a fait réquisitionner par l'armée ivoirienne restée fidèle l'agence principale de la BCEAO d'Abidjan, avec en prime la nomination d'un nouveau directeur national de la BCEAO pour la Côte-d'Ivoire, dépendant du ministre de l'Economie et des Finances. Ce viol inédit des statuts d'extra-territorialité et donc d'immunité de la BCEAO par le principal Etat membre de l'UEMOA accrédite alors la thèse d'une dégradation accélérée du consensus fondateur de la zone franc, à savoir laisser la monnaie CFA à l'écart des turbulences économico-politiques des Etats de la zone.

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Le transfert par le clan Gbagbo de dizaines de milliards de francs CFA de l'agence principale de la BCEAO d'Abidjan vers une destination inconnue, ainsi que la décision prise fin décembre 2010 par le même Laurent Gbagbo de libérer les protagonistes du scandale financier de la filière cacao de Côte-d'Ivoire, en particulier celle de Lucien Tapé Do, président de la Bourse du café-cacao, véritable gourou de la filière cacao - qu'il a, selon certains, transformée en " vache à lait " de la corruption du régime de Gbagbo  [10][10] Le 13 juin 2008, 23 responsables de la filière cacao... -, n'auguraient rien de bon pour la gouvernance économique de la zone UEMOA.

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Par ailleurs, le Trésor ivoirien, qui n'arrivait plus à faire face à ses engagements sur le marché de la dette publique de l'UEMOA, a pris le risque d'une déstabilisation sans précédent du marché monétaire et financier de l'Union. Pour l'année 2011, les titres publics ivoiriens arrivant à échéance et impayés au mois d'avril 2011 s'élèveraient à 600 milliards de francs CFA, avec un impact dépressif sur la demande dans l'espace UEMOA, la fragi­lisation du secteur bancaire, le dépôt de bilan des entreprises exposées et le blocage du marché interbancaire de l'Union.

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De même, l'embargo sur l'exportation des produits ivoiriens décrété par Alassane Ouattara pour asphyxier financièrement celui qui lui refusait le pouvoir s'est traduit par une diminution drastique des réserves de change de la BCEAO auprès du Trésor français, avec à la clé le spectre d'une nouvelle dévaluation du franc CFA  [11][11] Il convient toutefois de nuancer la portée réelle de.... Enfin, les 20 millions d'euros (environ 13,5 milliards de francs CFA) que verse chaque année l'Etat français à la Commission de l'UEMOA au titre de l'appui budgétaire, pourraient également subir les effets de la crise ivoirienne, dans la mesure où cette " aide " n'est en fait qu'un prélèvement sur les intérêts générés par les réserves de change de la BCEAO détenues auprès du Trésor français. A partir du moment où ces réserves fondent comme neige au soleil, on ne voit plus très bien d'où viendraient ces 20 millions d'euros versés aujourd'hui sans quasiment de conditionnalités.

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Cependant, les aspects économiques et monétaires qui précèdent, ne sont rien au regard du test institutionnel des organes de l'UEMOA provoqué par la crise postélectorale en Côte-d'Ivoire. C'est bien la première fois, depuis la création de l'UMOA en 1962 et de l'UEMOA en 1994, que l'idée de création d'une monnaie ivoirienne (la " monnaie ivoirienne de résistance ", MIR) a pris une telle ampleur. En effet, les deux axes privilégiés par le clan Gbagbo pour pérenniser sa présence à la tête de l'Etat ivoirien furent, d'une part, la mise en place d'une économie de prédation, fondée sur l'accaparement par tous les moyens de francs CFA et de devises pouvant permettre d'assurer la paye des fonctionnaires, la distribution de prébendes pour les fidèles du clan, l'importation de produits de première nécessité, et d'autre part, la création rapide d'une monnaie ivoirienne via le concours de pays émergents pour lesquels l'exigence démocratique n'est pas un facteur bloquant pour le commerce international, notamment l'accès aux matières premières (pétrole, café, cacao).

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Il est plausible que, si d'aventure le gouvernement de ­Laurent Gbagbo s'était maintenu au pouvoir, eu égard aux déclarations réitérées de ses membres sur les ondes ivoiriennes, la zone UEMOA aurait continué sans la Côte-d'Ivoire, avec des conséquences qu'il est difficile d'imaginer aujourd'hui.

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Enfin, la fracture constatée au niveau des chefs d'Etat de l'UEMOA, entre les " anti-Gbagbo " - au premier rang desquels il convient de mentionner Abdoulaye Wade du Sénégal, Blaise Compaoré du Burkina Faso, dans une moindre mesure Faure Gnassingbé du Togo - et les " pro-Gbagbo " - dont feraient partie Thomas Yayi Boni du Bénin et dans une moindre mesure Amadou Toumani Touré du Mali (accusé de façon récurrente de sympathies pour Laurent Gbagbo) -, risque d'avoir des séquelles profondes sur l'avenir de l'Union  [12][12] Pour plus de détails sur le positionnement des Etats....

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En dépit du fait qu'Alassane Ouattara ait réussi à disposer effectivement du pouvoir en Côte-d'Ivoire, les deux lignes de démarcation exacerbées à l'occasion de cette crise laisseront certainement des traces sinon irréversibles, du moins profondes. D'une part, la fracture " Sud-Nord " de l'UEMOA, avec des populations " côtières " qui n'ont jamais caché leurs sympathies pour leur " frère " Laurent Gbagbo (Bénin, Togo, Sud de la Côte-d'Ivoire) et des populations " sahéliennes " très attachées, de par les liens migratoires séculaires, aux populations du Nord de la Côte-d'Ivoire et, partant, pour Alassane Ouattara (Burkina Faso, Mali, Sénégal, Niger, Nord de la Côte-d'Ivoire). D'autre part, la fracture religieuse entre les chrétiens du Sud, dont les prises de position radicales furent exacerbées par une forte présence des églises charismatiques autour du couple Simone et Laurent Gbagbo, tendant à accroître l'idée d'une " bataille finale " menée " au nom de Jésus ", et les populations musulmanes du Nord, dont le radicalisme se nourrit d'un sentiment de revanche sociale d'autant plus justifié qu'elles n'ont occupé que les seconds rôles dans la vie politique ivoirienne, étant les premières victimes du concept d'" ivoirité ".

Conclusion

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La crise postélectorale en Côte-d'Ivoire, pour dramatique qu'elle ait été pour les habitants de ce pays, peut être analysée comme une " crise de croissance " pour l'Union économique et monétaire ouest-africaine, un véritable test de résilience grandeur nature. En effet, c'est la première fois que l'épicentre de l'Union est touché de façon aussi aiguë, et ce dans tous ses compartiments (économique, monétaire, social, politique, religieux...). De fait, comme toute crise, les leçons tirées de celle-ci peuvent permettre à l'Union d'affronter de manière adulte les vrais défis d'aujourd'hui et de demain. En particulier, elle ne pourra plus éviter la question politique en son sein, la question de ce qui fait réellement lien entre ses Etats membres ; elle ne pourra plus se réfugier derrière la monnaie CFA pour justifier son existence, ni derrière le Trésor français pour expliquer son immobilisme en matière de politique économique, notamment monétaire, dans un contexte international marqué par la remise en cause du paradigme monétariste fondateur des politiques d'ajustement structurel [cf. Chavagneux, 2007]. En décidant de destituer le gouverneur de la BCEAO le 22 janvier 2011, les chefs d'Etat de l'UEMOA ont signifié la fin de l'indépendance qu'ils venaient pourtant d'accorder à la Banque centrale le 1er avril 2010, et par là même repris en main la destinée de l'espace monétaire. Ils n'ont peut-être pas encore pris conscience de cette rupture, mais il convient désormais pour eux d'en assumer toutes ses implications. On pourra alors dire que la crise postélectorale en Côte-d'Ivoire aura été le véritable acte de naissance de l'UEMOA, à la veille du 50e anniversaire de l'Union monétaire ouest-africaine.


Bibliographie

  • Chavagneux, Christian, 2007, Les Dernières Heures du libéralisme. Mort d'une idéologie, Paris, Perrin.
  • Hibou, Béatrice, 1995, " Politique économique de la France en zone franc ", Politique africaine, n? 58, juin, p. 25-40.
  • International Crisis Group, 2011, " Côte-d'Ivoire : faut-il se résoudre à la guerre ? ", rapport Afrique n? 171, 3 mars.
  • Koulibaly, Mamadou, 1992, Le Libéralisme, nouveau départ pour l'Afrique noire, Paris, L'Harmattan, coll. " Afrique 2000 ".
  • N'Guessan, Tchétché, 1996, Gouvernance et politique monétaire. A qui profitent les banques centrales de la zone franc ?, Paris, L'Harmattan, coll. " Bibliothèque du développement ".
  • Nubukpo, Kako, 2007, " Politique monétaire et servitude volontaire : la gestion du franc CFA par la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) ", Politique africaine, n? 105, mars, p. 70-82.
  • Pesche, Denis, et Nubukpo, Kako, 2004, " L'Afrique du coton à Cancún : les acteurs d'une négociation ", Politique africaine, n? 95, oct., p. 158-168.
  • Tchundjang Pouemi, Joseph, 1979, Monnaie, servitude et liberté. La répression monétaire de l'Afrique, Yaoundé ; 2e éd. Paris, Editions Menaibuc, 2000.

Notes

[1]

La " doctrine d'Abidjan ", encore appelée " doctrine Balladur ", fut théorisée et surtout appliquée à partir de 1993 lorsqu'il fut admis qu'aucun pays africain de la zone franc en délicatesse avec les conditionnalités du Fonds monétaire international (FMI) ou de la Banque mondiale ne saurait prétendre à quelque appui financier que ce soit de la part de la France. Pour en savoir plus, voir Hibou [1995].

[2]

La Haute-Volta, dont les ressortissants s'appelaient les Voltaïques, est devenue Burkina Faso (le " Pays des hommes intègres ") le 4 août 1984.

[3]

Ce " Gouvernement des professeurs " s'est perpétué dans la mesure où le dernier Premier ministre de Laurent Gbagbo (désigné début décembre 2010, dans un contexte de crise postélectorale en Côte-d'Ivoire) fut Gilbert-Marie N'gbo Aké, professeur agrégé des facultés de sciences économiques, président à l'époque de l'université d'Abidjan-Cocody.

[4]

Jeune Afrique, n? 2 367, 21 mai 2006. En effet, dans le célèbre ouvrage d'Alex Haley Racines, le personnage principal, Kunta Kinte, a été vendu par les Africains aux marchands européens d'esclaves dans le Golfe de Guinée, puis déporté vers l'Amérique. Ainsi débute l'épopée d'une famille d'esclaves au sein du " Nouveau Monde ".

[5]

Le Courrier d'Abidjan, n? 886, 11 décembre 2006.

[6]

Fraternité Matin du 21 juillet 2006. Il convient cependant de relativiser les propos de Koulibaly car une analyse rigoureuse des soldes annuels d'avoirs extérieurs nets par pays sur la période 1962-2009 permet de constater que la Côte-d'Ivoire profite autant de l'existence de la zone UMOA, sinon plus, qu'elle ne contribue à la pérennité de la zone.

[7]

Le " Rapport annuel de la zone franc 2009 " (publication de la Banque de France), paru en octobre 2010, indique en page 74 que les avoirs extérieurs nets de la BCEAO s'élevaient fin décembre 2009 à 5 171,8 milliards de francs CFA, soit un taux de couverture de l'émission monétaire de 112,3 %, très loin des 20 % requis par les accords entre le Trésor français et la BCEAO en contrepartie de la garantie du taux de change fixe entre l'euro et le franc CFA.

[8]

La coordination de la politique monétaire conduite par la BCEAO et des politiques budgétaires du ressort des Etats, supervisées par la Commission de l'UEMOA dans le cadre notamment de la " surveillance multilatérale ".

[9]

Le traité instituant l'Union monétaire ouest-africaine (UMOA) date de mai 1962, alors que celui instituant l'UEMOA ne date que de janvier 1994. Contrairement aux idées reçues, le traité de l'UEMOA n'a pas remplacé celui de l'UMOA. Les deux traités coexistent, et celui de l'UMOA sert encore de base juridique aux aspects strictement monétaires. Cependant, dans le présent article, nous avons choisi, sauf à de rares reprises, de ne mentionner que l'UEMOA pour faciliter la lecture, le recours au traité de l'UEMOA nous permettant d'évoquer à la fois les aspects réels et les aspects monétaires et financiers. De plus, il est prévu à terme une unification des deux traités.

[10]

Le 13 juin 2008, 23 responsables de la filière cacao ivoirienne ont été inculpés " de détournement de fonds, d'abus de confiance, d'abus de biens sociaux, d'escroquerie, de faux et usage de faux en écriture de commerce et de banque ", selon le communiqué du procureur de la République d'alors, Raymond Tchimou. Faisaient ainsi partie des personnes inculpées Lucien Tapé Do, président de la Bourse du café-cacao, Henri Kassi Amouzou, président du Fonds de développement pour les producteurs de café-cacao, et Angéline Kili, du Fonds de régulation du cacao.

[11]

Il convient toutefois de nuancer la portée réelle de cet impact, car si elle est une grande pourvoyeuse de devises, la Côte-d'Ivoire est également une grande importatrice de biens et services, et à ce titre une grande consommatrice de devises. Or, du fait de l'embargo commercial dans les deux sens (export-import), le solde en termes de réserves de change est inconnu à l'heure actuelle.

[12]

Pour plus de détails sur le positionnement des Etats durant la crise ivoirienne, cf. International Crisis Group [2011, p. 14].

Plan de l'article

  1. Crises ivoiriennes et crise monétaire, derniers soubresauts de la conférence de Berlin ?
  2. L'instrumentalisation de la question monétaire
    1. La monnaie, enjeu de batailles politiques
    2. Deux têtes économiques
  3. Crise postélectorale en Côte-d'Ivoire et avenir de la zone UEMOA
  4. Conclusion

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