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L'Économie politique

2012/3 (n° 55)


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Alors que les pays européens viennent de décider le chemin que va prendre leur future intégration, aucun n'a remis en cause l'idée que l'objectif d'une bonne gestion des finances publiques devait être de ramener la dette publique vers les 60 % du produit intérieur brut (PIB).

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Or, ce niveau est loin de faire consensus chez les économistes. Plusieurs études de Carmen M. Reinhart et Kenneth Rogoff ont montré que ce n'est que lorsque la dette publique dépasse 90 % du PIB que les effets sur la croissance deviennent négatifs, et même fortement négatifs. Très critiqué (peu de pays justifiant la démonstration, confusion entre corrélation et causalité, etc.), leur travail vient de faire l'objet d'une remise en cause importante par Alexandru Minea et Antoine Parent  [1][1] " Is high public debt always harmful to economic growth ?....

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En s'appuyant sur une autre série historique de dette publique qui leur permet d'aller plus loin dans le temps, Minea et Parent commencent d'abord par confirmer les résultats de leurs confrères américains : quand le ratio de dette sur PIB d'un pays passe de la tranche 60-90 % à plus de 90 %, ils notent corrélativement une baisse de la croissance moyenne pour les pays concernés. Cependant, là où les pays perdaient plus de 3 points de PIB de croissance chez les chercheurs américains, eux ne trouvent plus qu'un effet négatif de l'ordre d'un demi-point de pourcentage. Pas de quoi fouetter un chat...

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Mais ce n'est pas tout. Leur étude démontre surtout que la relation entre le niveau de dette publique et la croissance d'une économie offre la particularité que, à certains moments, un surcroît de dette publique est associé à moins de croissance, mais que, à d'autres moments, encore plus de dette publique est associé à plus de croissance.

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Ainsi, leur analyse montre que les pays qui dépassent un ratio de 115 % de dette publique sur PIB présentent en moyenne un taux de croissance supérieur à ceux qui sont entre 90 et 115 %. De plus, ce taux de croissance est peu inférieur à celui que connaissent les pays dont le ratio de dette publique est dans la fourchette 60-90 %.

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Ces résultats étant établis sur la période 1945-2009, les deux économistes ont cherché à savoir dans quelle mesure ils tenaient la route sur une période plus longue incluant 1880-1945. Résultats confirmés : sur plus d'un siècle, la Belgique, la Canada, la France, l'Italie, la Nouvelle Zélande et le Royaume-Uni ont connu des périodes associant une dette publique supérieure à 115 % du PIB et une croissance rapide.

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Bien entendu, soulignent à juste titre les auteurs, il ne s'agit pas de dire que les Etats du monde entier doivent laisser filer leur déficit et leur dette sans contrôle. Mais ce travail montre que revenir rapidement vers un ratio de 60 % comme signe de bonne gestion publique est bien trop restrictif. Plusieurs pays ont pu gérer, dans la durée, des niveaux de dette bien plus élevés sans que cela ne soit associé à une croissance en berne. Les dirigeants européens feraient bien d'en tirer quelques leçons pour l'avenir s'ils veulent soigner leur phobie de la dette publique et l'austérité mortifère qui l'accompagne.

Notes

[1]

" Is high public debt always harmful to economic growth ? Reinhart and Rogoff and some complex nonlinearities ", Association française de cliométrie (AFC), working paper n? 8, fév. 2012 (disponible sur www.cliometrie.org).

Pour citer cet article

Chavagneux Christian, « Quel est le bon niveau de dette publique ? », L'Économie politique, 3/2012 (n° 55), p. 5-6.

URL : http://www.cairn.info/revue-l-economie-politique-2012-3-page-5.htm
DOI : 10.3917/leco.055.0005


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