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L'Économie politique

2014/1 (n° 61)


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LES INVESTISSEURS SEMBLENT REVENIR VERS LES TITRES DE dettes publiques des pays européens qui ont traversé une lourde crise, tels que l'Espagne, le Portugal ou l'Irlande. Cette dernière a ouvert le bal début janvier en réussissant à emprunter 3,75 milliards d'euros à un taux d'intérêt de l'ordre de 3,5 %. Après les plus de 12 % en moyenne de l'été 2011, elle peut de nouveau emprunter à des conditions raisonnables. Les pays du Sud de l'Europe voient aussi leur écart de taux d'emprunt avec l'Allemagne se resserrer.

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Il faut bien entendu se réjouir d'une telle évolution : en réduisant le coût de la dette publique, les investisseurs pénalisent moins les budgets, ce qui a pour effet de diminuer, non pas la nécessité d'un ajustement des comptes publics, mais l'intensité de celui-ci et le degré d'austérité requis.

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Plusieurs évolutions poussent en ce sens actuellement. La banque centrale américaine commence à réduire ses achats de titres financiers et donc sa distribution de liquidités. Les investisseurs y voient le signe qu'il y aura moins d'argent à bas prix à récupérer auprès des banques centrales, ce qu'ils traduisent collectivement par le fait qu'ils doivent trouver des placements rémunérateurs et pas trop risqués pour les liquidités dont ils disposent encore. Les pays émergents semblant connaître une pause de croissance et pour certains des difficultés (Thaïlande, Turquie...), les titres de dettes publiques des pays du Sud de l'Europe et de l'Irlande apparaissent comme des placements alternatifs rémunérateurs.

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Et ce d'autant plus que les investisseurs ont compris que la BCE est prête à toute forme d'intervention afin de limiter une montée des taux d'intérêt de long terme susceptible de renchérir le coût du crédit dans la zone et d'y fragiliser la timide reprise.

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Mais cela ne veut pas dire pour autant que tous les pays européens se valent. Or, la crainte est désormais que les investisseurs, après avoir surévalué le risque porté par les pays européens en crise, restent dans l'excès et le sous-évaluent. C'est ce qui s'est passé au lendemain de la création de la monnaie unique : après une période de convergence entre 1999 et 2001, les pays de la zone étaient tous considérés comme d'aussi bons emprunteurs que l'Allemagne. Le réveil a été douloureux à partir de 2008, et encore plus à partir de 2010 et des problèmes grecs.

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Les pays de l'Union européenne n'ont pas su gérer les conséquences sur les taux d'emprunt des dettes publiques de trois innovations financières majeures : la création de la monnaie unique, le financement croissant des dettes publiques par des investisseurs étrangers et le développement de produits financiers de spéculation à même de faire gagner beaucoup d'argent à ceux qui jouaient les dettes publiques à la baisse sans même les détenir (les fameux CDS et CDS à nu).

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Le marché des produits de spéculation a considérablement diminué. La monnaie unique est toujours là et la modernisation de l'action de la BCE par Mario Draghi, plus interventionniste, fait désormais supposer - à tort - aux investisseurs que tous les pays de la zone représentent de plus en plus le même risque, ce que traduit le resserrement des spreads, les écarts de taux, avec l'Allemagne. Or, on lit déjà certaines notes d'analystes qui signalent que, compte tenu de sa situation économique et financière, l'Irlande devrait emprunter à 300 points de base au-dessus de l'Allemagne plutôt qu'aux 150 points de base actuels.

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Il va falloir surveiller les taux d'intérêt d'emprunt des pays de la zone et ne pas se réjouir trop rapidement s'ils diminuent trop vite, trop fort. En 2008, les investisseurs étrangers détenaient 37 % des dettes publiques des pays de la zone euro. Aujourd'hui, c'est 45 %. S'ils devaient sous-estimer les risques, se réveiller et fuir à toutes jambes, l'impact pourrait être plus fort que lors de la crise précédente. Attention à ce que la zone euro ne prépare pas sa prochaine crise...

Pour citer cet article

Chavagneux Christian, « Le retour d'une bulle sur les dettes publiques en Europe ? », L'Économie politique 1/2014 (n° 61) , p. 5-6
URL : www.cairn.info/revue-l-economie-politique-2014-1-page-5.htm.
DOI : 10.3917/leco.061.0005.


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