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L'Économie politique

2014/2 (n° 62)


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Le président de la République considère que la relance de l'économie française et la baisse du chômage passent par l'allégement des prélèvements obligatoires pesant sur les entreprises. Il a donc décidé de leur supprimer 30 milliards d'euros de cotisations sociales par l'intermédiaire du pacte de responsabilité et de diminuer leur imposition d'une dizaine de milliards supplémentaires par la baisse du taux d'impôt sur les sociétés et la suppression de diverses autres taxes.

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Que feront les entreprises de toutes ces suppressions d'impôts ? La réponse honnête est que personne ne le sait. Le président a déclaré que l'argent du pacte de responsabilité serait versé en échange de créations d'emplois, mais imagine-t-on Bercy réclamer dans quelques années leurs cotisations à des milliers d'entreprises pour création d'emplois insuffisante ?

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Puisque le président et son gouvernement ont décidé un changement structurel de la responsabilité fiscale des entreprises, ils doivent agir pour obtenir en contrepartie une transformation de la responsabilité sociale de ces mêmes entreprises.

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Trois pistes sont possibles. La première est d'engager une politique de dividendes responsables. Dans les années 1980, les entreprises françaises dépensaient en investissements le double de ce qu'elles distribuaient en dividendes ; aujourd'hui, elles distribuent deux fois et demie plus de dividendes qu'elles n'investissent. Au détriment de leur avenir et de leur compétitivité. L'Etat peut à ce propos intervenir de deux façons : par la fiscalité, il peut favoriser les bénéfices réinvestis, par son action en tant qu'investisseur, il peut refuser les distributions de dividendes non raisonnables. Des critères existent, ils sont déjà mis en oeuvre par certains investisseurs publics. Il faut généraliser cette pratique.

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La deuxième piste consiste à renforcer le pouvoir des salariés. Prompts à célébrer le "modèle allemand", les syndicats patronaux oublient souvent de prôner les vertus de la cogestion. Une entreprise est d'autant plus productive et efficace que sa gouvernance est bâtie sur l'association de tous. Le gouvernement a un peu avancé dans ce sens avec la loi de sécurisation de l'emploi qui a fait suite à l'accord national interprofessionnel (ANI) de janvier 2013, mais il doit aller plus loin.

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Enfin, la troisième piste est un rêve. Celui d'un véritable dialogue social où les représentants patronaux négocient les conditions d'une entreprise responsable aux yeux de la société dans son ensemble, et pas seulement à ceux de leurs actionnaires et de leurs dirigeants. Après toutes les mesures prises par le gouvernement en faveur des entreprises, un collectif de chefs d'entreprise a lancé un appel mi-avril pour en obtenir plus et plus vite. Une culture de la surenchère permanente, sans aucun sens du compromis, et de la provocation comme mode de communication (supprimons le Smic, le régime des intermittents, etc.) ne peut tenir lieu de dialogue.

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Ne peut-on donc rien attendre des patrons ? Si, car, fort heureusement, les positions des chefs d'entreprise ne se résument pas à celles de leurs représentants patronaux. C'est vrai aujourd'hui comme cela l'était hier. On peut s'en convaincre à la lecture du discours prononcé en 1972 par Antoine Riboud, l'ancien PDG de Danone (voir page 49 et suivantes). On ne peut être que frappé par son engagement pour une entreprise efficace et humaine, productive et écologique. Pour un patronat responsable devant ses actionnaires mais aussi ses clients, ses salariés et la société dans son ensemble. Qu'en pense le président de la République ? Le Premier ministre ? On ne le saura sans doute jamais. Leur approche purement comptable consiste à diminuer telle ligne (coût du travail) et telle autre (impôt), ce qui est censé, par enchantement, redonner confiance aux chefs d'entreprise et résoudre les problèmes de la France. Le rapport de la gauche aux forces productives reste à inventer.

Pour citer cet article

Chavagneux Christian, « Demander des contreparties aux entreprises », L'Économie politique, 2/2014 (n° 62), p. 5-6.

URL : http://www.cairn.info/revue-l-economie-politique-2014-2-page-5.htm
DOI : 10.3917/leco.062.0005


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