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L'Économie politique

2015/4 (N° 68)


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A peine séchée l'encre de la loi notre, qui redéfinit le périmètre des régions et étoffe leurs compétences, les Français sont appelés en décembre prochain à choisir les nouveaux élus de ces collectivités. Pourtant, on peut parier que les débats de fond portant sur les stratégies proposées et les moyens de leur mise en oeuvre ne seront pas au centre de la campagne électorale. Car l'enjeu majeur de ce scrutin est ailleurs, dans la montée du Front national et sa possible victoire dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie et en Provence-Alpes-Côte d'Azur.

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Au-delà des spécificités régionales, c'est dans la "France périphérique" croquée par Christophe Guilluy [1][1]  La France périphérique. Comment on a sacrifié les..., France du périurbain, des villes petites et moyennes, de la campagne plus ou moins urbanisée, que le FN moissonne les voix. Au contraire, comme le montrent les cartes établies par Jacques Lévy [2][2]  Réinventer la France. Trente cartes pour une nouvelle..., il est beaucoup moins présent dans les grandes villes. De là à dire que les métropoles sont des concentrations de nantis bien installés dans le train de la mondialisation et le reste du territoire peuplé de laissés pour compte subissant de plein fouet les mutations économiques, il n'y a qu'un pas qu'il ne faut pas franchir : des territoires non métropolitains se portent bien et la désespérance sociale touche aussi les grandes villes.

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Pourtant, la géographie du vote FN envoie un signal qui pose de sérieuses questions sur la dynamique de nos territoires.

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La première est celle du pouvoir d'entraînement des métropoles sur l'ensemble du pays. La France est soumise, comme le reste du monde, à la logique de la métropolisation, tendant à concentrer la valeur dans des ensembles urbains de grande taille. Dans l'entretien qu'il nous a accordé, Pierre Veltz revient sur les liens étroits qui unissent mondialisation et métropolisation, et sur les effets de diffusion et de redistribution de la richesse des grandes villes. La redistribution par les dépenses publiques et la mobilité des personnes, mise en évidence par Laurent Davezies, reste puissante en France. Mais, comme partout, la mondialisation des chaînes de valeur limite les effets d'entraînement productif au niveau national.

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La deuxième question est celle des possibilités de développement endogène des territoires périphériques. Le message de la contribution de Frédéric Gilli est à cet égard encourageant : dans une économie où les innovations naissent de plus en plus au contact des usages, tous les territoires, et pas seulement le coeur des grandes métropoles, recèlent un potentiel. Mais ce potentiel n'adviendra que s'il est soutenu et accompagné.

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Ce qui renvoie à la troisième question, celle de la gouvernance territoriale. Or, comme l'illustre la récente réforme territoriale dont Daniel Béhar fait une lecture éclairante, nos gouvernants se focalisent sur l'architecture institutionnelle et la définition des fiefs de chacun. Au détriment de la construction de politiques locales de qualité. Le système allemand, décrit par Henrik Uterwedde, même s'il n'est pas exempt de défauts, est beaucoup plus favorable au développement économique local. Cette réussite est bien sûr affaire de moyens financiers - le budget de la Bavière est dix fois plus élevé que celui de l'Ile-de-France à population équivalente -, mais pas seulement : l'intensité des relations entre tous les échelons du pouvoir et l'accompagnement de proximité des entreprises du Mittelstand sont tout aussi déterminants.

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Car, en définitive, la principale ressource d'un territoire est l'intensité des liens que l'ensemble de ses acteurs, publics mais aussi privés, auront su tisser entre eux, mais aussi au-delà de leur environnement proche - parce que les circuits courts ne suffisent pas à faire un modèle de développement. L'économie contemporaine est relationnelle et c'est aussi vrai pour les fonctions qui animent le coeur des grandes métropoles mondiales que pour les initiatives qui naissent dans les territoires ruraux. Malheureusement, un parti prônant le repli sur soi est encore moins bien placé que les autres pour le comprendre.

Notes

[1]

La France périphérique. Comment on a sacrifié les classes populaires, Flammarion, 2014.

[2]

Réinventer la France. Trente cartes pour une nouvelle géographie, Fayard, 2013.

Pour citer cet article

Moatti Sandra, « Le Front national et la géographie du malaise français », L'Économie politique, 4/2015 (N° 68), p. 5-6.

URL : http://www.cairn.info/revue-l-economie-politique-2015-4-page-5.htm
DOI : 10.3917/leco.068.0005


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