Une voie de l’“art premier” dans le Japon du xviie siècle
La statuaire d’Enkū, pérégrin de l’Essentiel
Anne Bouchy
La facture unique de sculptures dites « à la serpe », découvertes par milliers dans tout le Japon au milieu du xxe siècle, a déclenché un véritable phénomène de société : l’engouement pour Enkū, leur auteur, ermite pérégrin du xviie siècle dont on ignorait alors quasiment tout. En présentant les problématiques et les matériaux de l’ethnologie et de l’histoire japonaises qui permettent de décrypter le sens d’une telle œuvre dans le trajet particulier d’un pratiquant de l’ascèse des montagnes, l’article propose une réflexion sur les processus techniques et rituels qui sous-tendent la reconnaissance d’une « puissance » à de telles images par ceux qui en font des supports de dévotion, des objets d’appréciation esthétique ou des instruments de construction identitaire.Mots-clés :
Enkū, Japon, sculpture, shugendō, ascèse, shintō-bouddhisme.
The unique craftsmanship of the so-called « billhook carved » sculptures, of which thousands were discovered all over Japan in the mid-20th century, created a phenomenal social reaction – a craze for the artist, Enkū, a 17th-century peregrinating hermit about whom almost nothing was known. Japanese ethnology and history can help us decipher such a work of art’s meaning in the quite special way taken by someone who practiced asceticism in the mountains. What technical and ritual processes underlay the recognition that such images have « power » by those who use them for devotional purposes, as objects of aesthetic delight or as means for constructing a sense of identity ?Keywords :
Enkū, Japan, sculpture, shugendō, asceticism, shintō-buddhism.
• L’homme Enkū et l’univers religieux
• Les “mangeurs d’arbre” ou la voie du “retour aux origines”
• Le sourire sculpté à la “serpe”