L'Homme
Editions de l’E.H.E.S.S.

I.S.B.N.2713220785
596 pages

p. 251 à 278
doi: en cours

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Études et essais

n° 177-178 2006/1-2

La plume et les langues

Réflexions sur le choix linguistique à l’époque moderne

Jean-François Courouau
Aux xvie et xviie siècles, toute activité d’écriture, quelle qu’elle soit, relève d’un choix dont on peut penser qu’il est délibéré de la part de son auteur. La sélection s’effectue au sein d’un ensemble de possibles conditonnés par la hiérarchie des langues en présence dans un espace et un temps donnés. Le latin reste partout une langue dont le prestige est ressenti comme important, mais il doit affronter la concurrence d’un vernaculaire local, forme en gestation d’une langue-standard en émergence. Quasiment partout en Europe, à côté de cette langue vulgaire écrite, existe une (ou des) langue(s) qui pourrai(en)t en théorie être choisie(s), mais ne le sont pas ou le sont peu. Écrire dans une langue de grande diffusion, comme le français, le toscan ou le haut-allemand, n’a pas le même sens qu’écrire en poitevin, piémontais ou bas-allemand. Le choix de la «grande langue» répond à des critères d’ordre social (désir d’ascension), politique (rapport au pouvoir royal) ou économique (marché du livre). Il s’agit pour une élite qui domine une certaine forme de langue, de se reconnaître en elle. Le choix d’une «petite langue», privée de prestige social et littéraire, repose sur un refus du schéma sociolinguistique dominant. Parmi les motivations de ces «auteurs», on ne trouve que très rarement l’attraction du «peuple» et jamais un projet d’ordre politique. Dans la marge laissée à la petite langue, certains découvrent une dimension éthique (sauver la langue) ou esthétique (possibilités d’expression en dehors des normes dominantes).Mots-clés : époque moderne, choix linguistique, diglossie, littérature, Europe. In the 16th and 17th centuries, the act of writing involved a choice that, we assume, writers had thought out. This choice was conditioned by the hierarchy of a set of possible languages available in a given space and at a given time. Though still prestigious, Latin had to compete with vernaculars, the nascent forms of standard languages. Alongside a written vulgar Latin, there were, nearly everywhere in Europe, one or more languages that, in theory, could be but were not (or seldom) chosen. Writing in a language with wide circulation, such as French, Tuscan or High German, did not have the same significance as in Poitevin, Piedmontese or Low German. The selection of a «major» language corresponded to criteria that were social (mobility), political (relations with royal power) or economic (the book market). An elite that dominated a certain form of language recognized itself therein. Selecting a «little» language without literary or social prestige had a refusal of the dominant sociolinguistic paradigm as it grounds. These writers were motivated very seldom by an attraction for a «people» and never by a political cause. In the small room left for «little» languages, certain writers discovered an ethical (to save the language) or aesthetic (freedom of expression outside dominant norms) dimension.Keywords : modern era, choice of language, bilingualism, literature, Europe.
• Vernaculaire versus latin
— La diglossie latin/vernaculaires
— Apparition du vernaculaire : un choix communicationnel et social
— Parler de Dieu
— Pour le roi
— Langue et nation
• Le choix d’une grande langue
— Attraction du prestige littéraire
— L’ascension sociale
— La langue de l’élite culturelle et politique
— Langue et nation: le dallage de l’Europe
— Émergence des centres et marginalisation des périphéries
• Le choix d’une petite langue
— Refus du schéma sociolinguistique dominant
— Pour le peuple?
— Une revendication politique?
— Le choix éthique
— L’esthétique de la langue
• BIBLIOGRAPHIE


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