L'Homme
Editions de l’E.H.E.S.S.

I.S.B.N.2713221279
264 pages

p. 77 à 115
doi: en cours

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

Varia

n° 183 2007/3

Initiation, royauté et féminité en Afrique noire

En deçà ou au-delà de la différence des sexes : logique politique ou logique initiatique?

Alfred Adler
La notion de roi-femme est paradoxale. On a coutume de voir dans l’autorité royale une autorité paternelle et celle-ci se caractérise non seulement par le fait qu’elle s’exerce sur la génération des fils, mais par le fait plus décisif encore, que par le moyen des rites d’initiation, elle donne un fondement dans l’ordre symbolique aux valeurs de virilité et au statut de père ainsi transmis. Il se trouve qu’en Afrique la fonction royale ne coïncide pas nécessairement avec celle de paternité dans sa relation étroite avec les valeurs de virilité. Le roi peut se voir attribuer un statut de sur-initié – ce qui est le cas le plus fréquent –, il peut aussi avoir celui de sous-initié. Ce dernier cas de figure semble donner la clé de la notion de roi-femme. Mais l’institution initiatique n’est pas, tout simplement et tout uniment, une machine à fabriquer des hommes et à donner accès à la fonction paternelle. Nombreux sont les exemples qui montrent qu’elle est de part en part traversée par une logique de l’ambivalence qui a pour effet d’ébranler l’identité sexuelle de personnages que leur statut semblerait a priori protéger le plus sûrement contre un tel danger menaçant l’ordre social et l’ordre politique.
Le remarquable article de Jean Bazin sur les Bambara a été au point de départ de l’analyse et de la critique de la notion de roi-femme. L’analyse de l’ambivalence sexuelle dans les rites d’initiation a pris appui sur l’examen de deux cas très différents : les Worodugu de Côte-d’Ivoire et les Chaga de Tanzanie.Mots-clés : royauté, féminité, initiation, Afrique noire, Bambara, Worodugu, Chaga.
The idea of a « woman-king » is paradoxical. We are used to seeing kinship as a paternal authority characterized both by its being exercised over the sons’ generation and, more decisively, by its laying, through rites of initiation, a foundation for manly values and fatherhood. In Africa, the function of kingship does not necessarily coincide with that of paternity in its tight relation with the values of manliness. The king is usually assigned the status of being « overinitiated » but also, sometimes, that of being « under-initiated » – the latter apparently providing the key for understanding the idea of a woman-king. But initiation is neither simply nor only a process for making men and providing access to fatherhood. Several examples show that it is permeated by an ambivalence that tends to undermine the sexual identity of persons whose status should protect them from such a danger, itself a menace to the political and social order. Jean Bazin’s article on the Bambara has served as the starting point for this analysis and critique of the woman-king concept. To analyze sexual ambivalence in initiation ceremonies, evidence has been drawn from two quite different cases : Worodugu (Ivory Coast) and Chaga (Tanzania).Keywords : kingship, femininity, initiation, black Africa, Bambara, Worodugu, Chagga.
• Le roi bambara et le féminin
• Le féminin dans le Koma des Worodugu (Côte-d’Ivoire)
• Comparaisons : Dìì, Chamba, Moundang
• L’initiation chez les Chaga de Tanzanie
— Différence des sexes, analité, fantasme et fantaisie
• Additif en guise de conclusion
• BIBLIOGRAPHIE


© Cairn.info 2009 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
Cairn.info | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis