L’anthropologie et le politique, les prémisses
Les relations entre Franz Boas et Paul Rivet (1919-1942)
Christine Laurière
Nouée au retour à la vie civile, en 1919, la correspondance Franz Boas/Paul Rivet (129 lettres) permet de révéler la longue amitié politique et scientifique, la collaboration agissante, entre deux pères fondateurs de l’anthropologie – relation restée jusqu’à présent insoupçonnée. On peut repérer trois temps forts, trois motifs pour lesquels ils firent cause commune, de 1919 à 1942. C’est d’abord leur souci de restaurer au plus vite l’internationalisme scientifique et de ne pas exclure les savants des anciennes nations ennemies qui motive leur rapprochement et leurs premiers échanges. Ils partagent le même intérêt pour la linguistique amérindienne, pour sauver de l’oubli ces langues, ce qui n’empêche pas un désaccord de fond majeur sur la manière de mener cette recherche. Enfin, avec la montée du nazisme et du racisme érigés en doctrine d’État, ils se retrouvent à Paris en 1937, pour affronter les tenants de la raciologie nazie. La présence de Paul Rivet au moment du décès de Franz Boas, au moment où ce dernier lui redit l’impérieuse nécessité de combattre le racisme, est hautement symbolique de la qualité de la relation qu’ils surent nouer.Mots-clés :
Franz Boas, Paul Rivet, internationalisme scientifique, antiracisme, linguistique amérindienne, histoire de l’anthropologie, engagement politique.
The correspondence (129 letters) between Franz Boas and Paul Rivet after the return to civilian life in 1919 sheds light on the long political and scientific friendship and active collaboration between two founding fathers of anthropology. Till now, this relationship has been overlooked. There were three intense periods from 1919 to 1942, three motivations for taking sides together. Their first exchanges were motivated by their wanting to restore as soon as possible the internationalism of science so as to avoid ostracizing scientists from formerly enemy nations. A second motivation was that, sharing the same interest in Native American linguistics, they sought to save these languages, even though this effort did not keep them from deeply disagreeing about how to conduct research. Finally, given the rise of Nazi power and proclamation of racism as a state doctrine, they met in Paris in 1937 to oppose Nazi raciology. Rivet’s presence when Boas died, telling him, once again, how necessary it was to fight against racism, is highly symbolic of the quality of their relationship.Keywords :
Franz Boas, Paul Rivet, scientific internationalism, antiracism, Native American language, history of anthropology, political commitments.
• Le combat pour l’internationalisme scientifique (1919-1925)
• L’intérêt pour la linguistique amérindienne
• Le combat antiraciste
• Bibliographie