L'Homme et la société
L'Harmattan

I.S.B.N.2747555445
202 pages

p. 31 à 40
doi: en cours

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n° 149 2003/3

Quoi de plus actuel, de plus synchrone avec la tendance scientifique du moment que les Cultural Studies ? Sans parler abusivement de mode épistémologique, il n’est sans doute pas exagéré de dire que les Cultural Studies prennent une place envahissante dans les départements de Sciences Humaines anglo-saxons, et plus encore : qu’elles sont la discipline phare des humanités universitaires. Envahissantes, elles le sont bel et bien — en termes d’organisation de la recherche et de capital intellectuel : elles englobent, dans un mouvement centrifuge, toutes les disciplines tendant à penser l’humain en société ainsi que la société de l’humain, étant entendu que la société humaine repose sur un agrégat de pratiques et d’expressions culturelles. De là ce rayonnement dans les cercles scientifiques… Cherchant à ressaisir la totalité des expressions culturelles de l’humain, elles se posent en rivales directes de la sociologie qui, dans le sillage de la philosophie et de l’histoire en leur temps, prétendait il y a un siècle constituer la science universelle ; elles relèvent le flambeau de la pensée et celui de l’exploration de l’humain dans son ethos culturel.
Mais ce phagocytage des départements de sciences humaines et ce rayonnement scientifique ne sont encore que des manifestations et/ou conséquences de l’engouement pour cette nouvelle discipline. S’ils témoignent de l’actualité des Cultural Studies, au sens d’appartenance avérée au paysage scientifique du moment, ils n’expliquent pas ce caractère profondément actuel des Cultural Studies qui assoit leur primauté scientifique et fait que tout chercheur — partisans et détracteurs confondus — se voit pratiquement contraint d’engager un dialogue avec elles. C’est précisément ce dialogue que nous aimerions reprendre et continuer en posant deux questions principielles : dans quelle mesure les Cultural Studies sont-elles une science actuelle ? Et quelles sont les implications épistémologiques et politiques de cette actualité ?
Ce qui nous amènera dans un premier temps à définir les Cultural Studies et, partant, à constater que leur actualité relève d’une congruence avec un cadre historico-sociétal donné et, dans un second temps, à préciser leur spécificité intrinsèque, à savoir leur lien congénital avec l’action. Il nous faudra dès lors statuer sur cette actualité qui n’est pas dénuée d’ambiguïtés.
 
Les Cultural Studies : une science en phase avec son contexte
 
 
Qualifier les Cultural Studies de science, c’est déjà leur conférer une légitimité épistémologique qui n’a rien d’évident. Ou encore : c’est sanctionner d’entrée leur scientificité sans interroger au préalable leurs fondements épistémologiques. Or ces fondements sont pour le moins problématiques compte tenu de l’éclectisme théorique des Cultural Studies… Et c’est en cela, justement, que les Cultural Studies sont profondément actuelles : elles procèdent et témoignent de la relative désorientation des humanités dans la société d’aujourd’hui, humanités dont les domaines d’application mutent rapidement et qui doivent redéfinir en conséquence leur champ d’action : comment penser la diffraction du modèle culturel en un faisceau de sous-cultures ? Comment positionner la culture par rapport aux autres champs d’expression de l’humain dans un monde dominé par le multiculturalisme et l’idéologie capitaliste ? Humanités qui, par ailleurs, sont en butte au relativisme postmoderne… Mais arrêtons-nous donc un instant sur ces fondements et cet éclectisme théorique et demandons-nous si les Cultural Studies ne sont qu’un avatar parmi d’autres de la sociologie culturelle (dans un contexte de dissolution des genres) ou si elles forment bien plutôt le premier projet scientifique postmoderne qui fasse pièce au relativisme.
Pour entrer dans le vif de la discipline, nous dirons que les Cultural Studies se fixent pour objectif principal une compréhension globale de la culture, ou mieux : des cultures contemporaines qu’elles définissent comme des totalités expressives constituées de pratiques sociales, de croyances, de systèmes institutionnels, etc. En d’autres termes, elles abandonnent le versant humaniste de la notion de culture pour tenter une approche sociale des cultures, nécessitant du même coup l’élargissement à des champs culturels marginaux comme la culture populaire, ou bien l’abolition de la distinction entre culture d’élite et culture de masse, et de manière générale la conception de la culture comme une réalité plurielle.
Cet élargissement, on s’en doute, n’est pas sans implications pour le protocole scientifique qu’il leur incombe de mettre en place. Ainsi les Cultural Studies tendent-elles à rapatrier dans leur giron des disciplines aussi diverses que l’anthropologie, la sociologie, l’ethnographie, la littérature, la linguistique, la sémiotique, la psychanalyse, etc. — seule manière de ressaisir la réalité plurielle de la culture. On peut à ce titre parler de décloisonnement des disciplines tant sous l’angle de la pluridisciplinarité que de l’interdisciplinarité et de la transdisciplinarité. Elles définissent, en outre, une méthodologie propre articulée autour des études empiriques et de terrain, des sondages, des démarches ethnographiques, de l’étude des textes et de l’analyse des discours. Ce qui leur attire les critiques des uns et des autres : viabilité douteuse, pragmatisme éhonté, artifices rhétoriques, rien ne leur est épargné. Que nous validions ou pas ces critiques, il est certain que les Cultural Studies font rebondir la question des normes qui président à la constitution des univers scientifico-culturels et que, dès lors, elles peuvent contribuer à extraire les humanités du magma conceptuel et relativiste de la postmodernité.
Ce petit rappel nous permet en tout cas d’entrevoir la face seconde de leur « actualité » : elles sont nécessairement consubstantielles à un cadre historico-sociétal donné. Selon l’un de leurs pères fondateurs, Stuart Hall, « l’identité culturelle n’est pas figée, elle est hybride et découle toujours de circonstances historiques particulières ». Non seulement, les Cultural Studies résultent d’un contexte scientifique et socio-historique déterminé, mais elles produisent une réflexion sur ce même contexte et appréhendent, tout en les théorisant, les mutations, évolutions et tendances diverses qui se font jour. Il n’est que de revenir à leur point de départ : la situation précaire du jeune boursier anglais (« scholarship boy ») dans les années d’après-guerre, telle qu’elle est théorisée dans les textes fondateurs des Cultural Studies : The Uses of Literacy de Richard Hoggart  [1] et Culture and Society de Raymond Williams  [2]. Il s’agit en l’occurrence de la situation type de l’étudiant qui quitte la classe ouvrière mais n’appartient pas encore à l’élite et qui, de ce fait, évolue dans un « no man’s land culturel » ; tel un apatride, il se sent écartelé entre un milieu d’origine (qui définit sa culture de départ) et l’univers de la science et de la culture auquel il aimerait accéder mais dont il déteste l’arrogance. Pour avoir vécu ce tiraillement, Hoggart et Williams en viennent à remettre en cause la conception morale et humaniste de la culture pour autant qu’elle n’intéresse que des Å“uvres et processus intellectuels ou esthétiques, et à l’infléchir vers une définition anthropologique : la culture relève du vécu quotidien et des pratiques signifiantes dont il est ponctué. On voit bien que la genèse des Cultural Studies s’inscrit dans un contexte particulier : celui des années cinquante, de l’embourgeoisement de la classe ouvrière et de l’émergence d’une nouvelle génération qui pose le problème de l’appartenance à une ou plusieurs cultures.
De même réfléchissent-elles les changements socio-historico-contemporains dans la mesure où elles les répercutent dans leurs topiques et évoluent de façon concomitante. De là leur caractère profondément actuel. Leur thématique glisse ainsi d’un problème de génération à une analyse de la culture populaire, puis, dans les années soixante-dix, à l’étude de la « Modern Jazz Quartet Generation » et de la « Pop Generation », la génération de cette jeunesse révoltée qui forge ses codes culturels en opposition aux codes sociaux bourgeois. Les Cultural Studies font en l’occurrence appel à la sémiotique et l’intègrent dans leurs recherches interdisciplinaires afin qu’elle réalise un décodage des pratiques de la génération pop (le choix des vêtements, les programmes regardés à la télévision, l’enthousiasme pour la musique, la fréquentation des cafés comme lieux communautaires, etc.). Puis les Cultural Studies se penchent, au cours des années soixante-dix, sur le problème des genres et des sexes, sur le féminisme et les conflits politiques ethniques. Notons à cet égard le profil particulier des Cultural Studies aux États-Unis qui recouvrent les études sur les communautés africano-américaines, américano-asiatiques, hispaniques aussi bien que les études ethniques, postcoloniales ou « diasporiques » comme enfin les études sur les sexes et l’homosexualité. Ce faisant, elles s’adaptent au contexte américain des années soixante-dix et surtout des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, marqué par les revendications identitaires des différents groupes socioculturels victimes d’une marginalisation ou d’une discrimination. Les Cultural Studies s’attaquent enfin au problème de la mondialisation et de ses répercussions sur l’expression culturelle d’une part et sur la conception de l’Autre d’autre part : l’exotisme ne se pense plus en termes d’« excentricité », mais d’élément structurel de la nouvelle configuration sociopolitique. Une actualité qui est nôtre cette fois.
Les Cultural Studies représentent donc un changement de paradigme scientifique, selon le terme de Kuhn, dans la mesure où elles émergent du flottement postmoderne et sont le vecteur d’une mutation scientifique en offrant une alternative à l’analyse des formes culturelles. Nous disions qu’elles se posaient là en rivales de la sociologie. Mais il convient de nuancer : le combat ne saurait se disputer à armes égales ni sur le même terrain à partir du moment où les Cultural Studies ont adopté, outre des topiques différentes, une démarche radicalement autre : elles sont une science en actes.
 
Les Cultural Studies : une science en actes
 
 
Deux caractéristiques majeures distinguent en effet les Cultural Studies des approches sociologique, économique, sémiotique, littéraire, etc. Elles privilégient le point de vue de la subjectivité et, surtout, elles sont une forme d’analyse « engagée » en ce qu’elles se fondent sur l’axiome que les sociétés sont structurées de manière inégale, qu’il existe divers types (injustes la plupart du temps) d’accès à l’éducation, l’argent, la santé, etc., et qu’elles affichent l’ambition d’Å“uvrer pour les intérêts des moins favorisés et se déclarent les tenantes d’une culture de gauche. Il n’est dès lors guère étonnant qu’elles se réclament de Walter Benjamin, qui a mis en exergue le problème des laissés-pour-compte de la culture et incarne exemplairement la figure de l’intellectuel engagé et indépendant.
Cette seconde caractéristique situe d’emblée les Cultural Studies par rapport au contexte politique, ou mieux : dans un rapport critique au normatif — rapport critique dont la manifestation type consiste en des prises de position publiques et écrites dans la revue Universities and Left Review, l’organe de la Nouvelle Gauche créé en 1957, laquelle théorise à ses débuts le changement de génération dans son rapport au fait culturel, en s’appuyant notamment sur la littérature, le langage, les loisirs, le cinéma (ainsi le « Free Cinema » de Lindsay Anderson et de Karel Reisz), le théâtre (le « Vital Theater » de Shelagh Delanoy ou de Arnold Wesker) et l’éducation. Les débats publics, colloques et réunions universitaires favorisent en outre des prises de position orales qui ont cela de caractéristique qu’elles répercutent presque toujours la « perspective du moi » et la dichotomie « eux/nous ». Une dichotomie littéralement reprise de l’idiolecte ouvrier où le « eux » désigne symboliquement la classe de l’oppression, soit l’élite.
En 1964, Richard Hoggart crée le Centre for Contemporary Cultural Studies à Birmingham (CCCS), sorte d’académie concurrente où des chercheurs issus de disciplines variées travaillent en synergie. D’emblée, ces chercheurs proposent de repenser les contenus de l’enseignement littéraire et en particulier de procéder à une réévaluation des textes canoniques en tant qu’ils véhiculent une certaine idéologie et participent de la culture hégémonique. Ainsi, par leurs discours transgressifs (ceux-là mêmes qu’ils préconisent de déployer à l’université), ils orchestrent le passage des Literary Studies aux Cultural Studies qui incluent désormais, en dehors de la stricte composante littéraire, les dimensions historique, philosophique et sociologique. On assiste alors, dans les années soixante-dix, à un procès de modernisation qui est l’actualisation même des théories énoncées et consiste en une revalorisation des pratiques de la culture de masse comme des formes d’expression légitimes. Ajoutons que ces chercheurs du CCCS, en se référant systématiquement à leur vécu, se présentent comme des intellectuels « organiques » qui sont les témoins d’une culture et, par leur parole injonctive, les acteurs privilégiés du processus de modernisation. Ils se fondent en l’espèce sur l’idée d’une homologie entre les modalités du vécu et les modalités du savoir qui confère aux Cultural Studies leur actualité et les hisse pour ainsi dire au rang de pratique culturelle. Or si les chercheurs, soit les interprètes, sont à la fois sujets et objets des recherches, il est important d’observer que les objets (la nouvelle génération, les exclus de la culture officielle, etc.) ont également la possibilité d’être à leur tour sujets et interprètes en rejoignant le Centre et en s’interrogeant sur leurs propres pratiques. L’autorité de l’intervenant, qui réside dès lors dans la position double et conjointe de sujet et d’objet, légitime pleinement les actes de protestation.
Ainsi, dans les années soixante, l’étude de la pop culture et des formes de manipulation exercées à son encontre conduit à un durcissement des critiques adressées au pouvoir ainsi qu’à un ensemble d’actes contestataires qui se fondent sur les écrits de Gramsci, de Foucault et d’Althusser (qui ont tous trois, et chacun à sa manière, théorisé les rapports de force culturel/normatif). Dans les années soixante-dix, les Cultural Studies entrent dans l’ère de la résistance avec cette formule à la fois programmatique et descriptive de « Resistance through Rituals », qui leur impose de jouer un rôle de médiation entre le pouvoir et les entités culturelles menacées. Et dans les années quatre-vingt, elles poursuivent leur bras de fer avec le pouvoir (entendons par là le thatchérisme et la nouvelle droite) en participant à toute une série d’interviews, télévisuelles et radiophoniques, de talk-shows et de conférences où elles se mettent, à proprement parler, en scène. Ce qui signifie que l’exposé devient une performance, au sens anglais du terme — à la fois spectacle et réalisation d’une grande technicité. Citons pour exemple Dick Hebdige dont les exposés sont un ensemble composite de diapositives, de vidéos, d’échantillons de musique et de passages lus ; dans son cas, l’intellectuel passe indifféremment du pupitre à la table de mixage ! C’est dire que les Cultural Studies sont allées, en cette fin de siècle, au-delà de leur actualité propre. On ne parlera plus ici d’actes, mais de geste démonstrative et symbolique.
Les Cultural Studies sont donc doublement actuelles : actuelles dans leur rapport au contexte et actuelles par leur positivité. Mais pour être effective, leur actualité n’est pas si lisse et confortable qu’il y paraît. Qu’est-ce à dire ? Sinon que cette actualité doit être « (ré)actualisée » pour conserver son caractère d’actualité ; qu’elle se démontre en actes. Les Cultural Studies n’en ont donc jamais fini d’être actuelles… Et second paradoxe : cette actualité constitue à la fois un atout et un handicap pour une science qui cherche à se légitimer.
 
Le paradoxe de l’actualité
 
 
Pour user d’une métaphore triviale, nous dirons que l’actualité n’est pas une « rente de situation » en matière d’épistémologie. Les Cultural Studies sont de fait engagées dans un processus difficile où elles peuvent à tout moment se saborder — et cela aussi bien au niveau des actes que sur le plan épistémologique.
Au niveau des actes, certainement. Si l’actualité doit être continuellement redéfinie comme telle par des actes et une posture en phase avec le contexte, les Cultural Studies doivent incessamment se poser la question de la démarche à adopter et des positions à défendre. Elles doivent régulièrement trancher entre diverses options idéologiques et scientifiques qui ne sont pas sans conséquences sur leur intégrité de discipline. Le contexte actuel nous en fournit un exemple probant. Le déclin des systèmes socio-démocratiques à l’heure de la mondialisation génère en effet deux nouvelles formes de Cultural Studies qui donnent lieu à de vifs débats au sein du microcosme complexe des Cultural Studies :
— Une forme économique qui s’interroge sur la manière dont le politique doit attribuer et répartir les allocations nécessaires à la production et à la distribution culturelles, qui donne des conseils et demande des comptes au capitalisme au nom des « laissés-pour-compte ».
— Une forme plus politique qui dérive de l’Å“uvre tardive de Michel Foucault selon laquelle la culture est un mécanisme de transmission des formes de gouvernementalité et d’action sur la manière dont on agit, pense et vit. La tâche des Cultural Studies consiste dès lors à contracter des alliances avec l’État et, par là, à essayer d’influer sur les procès de gouvernementalité.
Formes de compromission qui font courir aux Cultural Studies, en principe critiques et indépendantes, le risque d’une perte d’identité. Le caractère subversif de ces nouvelles formes de Cultural Studies réside premièrement dans leur acceptation de l’État et deuxièmement dans le fait qu’elles produisent une expertise neutre.
On peut encore évoquer un autre type de compromission, lié cette fois à l’extrême médiatisation des Cultural Studies. L’actualité les « sape » pour ainsi dire, puisqu’elles sont mises en demeure de répondre à des sujets d’actualité, de traiter les sujets qui font sensation et non ceux qui relèveraient d’un réel intérêt scientifique. Prises dans la valse des sujets, elles n’ont guère le temps de produire une pensée complète et cohérente et se plient à l’exigence de publicité immédiate. Et que dire enfin de leur « mise en scène » médiatique qui les fait participer au processus de production de la culture ? Peuvent-elles être simultanément engagées dans un processus de réflexion sur la culture qui implique nécessairement un certain recul ?
La situation n’est pas moins épineuse sur le plan épistémologique. Il semble en effet que ce soit précisément cette actualité qui empêche qu’on ne les ressaisisse comme une science constituée. Et comment le pourrait-on dès lors que leur problématique n’est jamais définitivement arrêtée et qu’elles mutent avec le contexte ?
Elles ont par ailleurs brouillé la hiérarchie disciplinaire, bousculé la stricte répartition des rôles en permettant que l’interprète (le décodeur) soit également acteur (encodeur) et que l’acteur soit aussi interprète. Or cette permutation réciproque débouche sur une crise de la faculté de juger. Qui est à même de juger ? Et qui justement est à même de prendre la parole et, plus encore, d’agir ?
Autant de questions qui montrent que le dossier Cultural Studies n’est pas clos et qu’il ne saurait l’être… Précisément parce que les Cultural Studies sont indexées sur l’actualité. Or c’est là toute leur ambiguïté : cette actualité les fragilise certes, mais les rend indispensables.
Il est donc bien malaisé de conclure une question qui demeure résolument ouverte. À moins peut-être de souligner l’absence de conclusion en convoquant l’ouvrage de Rolf Lindner, Die Stunde der Cultural Studies  [3] qui retrace la genèse de la discipline  [4]. Le titre, en effet, entretient délibérément l’équivoque : Rolf Lindner prend acte du caractère actuel des Cultural Studies tout en y mettant un bémol : peut-être cette heure de gloire est-elle en même temps leur dernière heure, leur chant du cygne. Il est vrai que l’actualité ne rime pas avec pérennité et que les Cultural Studies se sont toujours fait fort d’évoluer avec le contexte et de s’y adapter… Alors si le contexte venait à requérir leur disparition… Mais cette heure de gloire est peut-être aussi une promesse pour l’avenir. Peut-être aura-t-on plus que jamais besoin du mode engagé des Cultural Studies, de leur volonté tenace de constituer un moment critique du champ académique et de leur recherche libératoire d’une contre-hégémonie. Voilà bien une question éminemment actuelle !
École pratique des hautes études, Paris
 
NOTES
 
[1]Richard Hoggart, The Uses of Literacy, Harmondsworth, Penguin, 1957.
[2]Raymond Williams, Culture and Society : 1780-1950, Harmondsworth, Penguin, 1958.
[3]Rolf Lindner, Die Stunde der Cultural Studies, Wien, WUV, 2000.
[4]On recommandera tout particulièrement la lecture des deux ouvrages suivants qui, pour l’un, présente les textes fondateurs de la discipline et, pour l’autre, établit une manière de bilan sur une discipline en actes et en devenir : Simon During (ed.), The Cultural Studies Reader, London, Routledge, 1993 ; David Morley and Kuan-Hsing Chen (eds.), Stuart Hall. Critical Dialogues in Cultural Studies, London, Routledge, 1996.
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[1]
Richard Hoggart, The Uses of Literacy, Harmondsworth, Pengu...
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[2]
Raymond Williams, Culture and Society : 1780-1950, Harmonds...
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[3]
Rolf Lindner, Die Stunde der Cultural Studies, Wien, WUV, 2...
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[4]
On recommandera tout particulièrement la lecture des deux o...
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