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AuteurThierry Pouch du même auteur
Revue de philosophie économique, Vuibert, n° 12-2005.
Deux raisons essentielles ont motivé notre souhait de rendre compte de ce numéro de la Revue de philosophie économique. La première a trait au débat qui s’est engagé autour de la problématique des emplois de femme de ménage, entre Sandrine Rousseau, François-Xavier Devetter, deux économistes de l’université de Lille I, et Alain Wolfelsperger, de l’Institut d’études politiques de Paris. Les arguments avancés par les deux enseignants-chercheurs lillois dans leur contri-bution, et ceux contenus dans la réponse produite par Alain Wolfelsperger, sont suffisamment aiguisés et robustes pour mériter un compte rendu dans cette « Revue des revues ». Les positions intellectuelles adoptées de part et d’autre ont certes une tonalité quasi polémique, mais le vocable polémique doit être pris ici au sens grec du terme, c’est-à-dire des échanges soutenus et vifs d’idées struc-turées autour d’une problématique centrale et selon des normes académiques respectées. Il s’agit de postures devenues plutôt rares dans l’Université pour suggérer leur présence dans une « Revue des revues ». La seconde motivation tient à la démonstration établie dans son article par Francis Urbain Clavé, au sujet de la position d’Adam Smith face à Leibniz. Cet article indique à quel point la philosophie et l’économie ont été au XVIIIe siècle des disciplines étroitement imbriquées, se répondant l’une l’autre, et qu’elles se sont ensuite séparées par une sorte de processus de spéciation, la science économique contemporaine ayant rompu avec ses racines philosophiques.
2 Ce numéro contient par ailleurs deux autres articles sur lesquels nous ne reviendrons pas, l’un, signé de Philippe Grill, est consacré à Paul Ricœur, disparu en 2005, l’autre, que l’on doit à Francesco Guala, développe l’idée selon laquelle on assisterait à une implantation de la métaphysique en méthodologie économique notamment, alors que la tradition empiriste qu’incarnait Sir Karl Popper pensait en avoir fini avec la notion « d’argument transcendantal ».
3 De quoi est-il question lorsque l’on évoque les « emplois de femme de ménage » en France ? Le point de départ adopté par Sandrine Rousseau et François-Xavier Devetter dans leur article est apparemment simple : montrer que le chômage de masse en France a conduit les pouvoirs publics à rechercher des gisements d’emplois, en particulier en créant les incitations économiques et financières idoines pour que des « services de proximité » soient en mesure de contribuer à la diminution du taux de chômage. Parmi ces « services de proximité », les « emplois » regroupés dans la catégorie « aide domestique » ont été évalués dans une fourchette comprise entre 270 000 et 650 000 individus. L’objet de l’article est précisément de montrer que ces activités sont en réalité en décalage par rapport aux exigences de justice sociale qu’une société indus-trialisée revendique habituellement. S’appuyant sur les travaux que Nancy Fraser a consacrés à la notion de justice sociale, les deux auteurs indiquent avec une certaine fermeté en quoi les emplois de femme de ménage sont injustes puis-qu’ils sont porteurs d’un « déni de reconnaissance sociale » et d’une distribution des richesses inégale. Ils voient dans ces deux caractéristiques un argument de taille pour jeter le discrédit sur des politiques publiques d’emploi dont on ne peut pas dire qu’elles se soucient des aspects qualitatifs de ces activités de proximité.
4 En découle une charge critique d’une virulence à peine voilée mais passionnante et justifiée, adressée aux analyses produites par des experts attitrés pour évaluer les politiques d’emploi et rendues publiques par le biais des rapports du Conseil d’analyse économique (CAE). Y est dénoncée en effet la vision très néoclassique du travail, selon laquelle ce type d’emploi serait mieux perçu par la société que l’assistanat. En dépit de sa brièveté, l’incursion qu’effectuent Sandrine Rousseau et François-Xavier Devetter dans l’histoire du travail et des conditions de vie apparaît là aussi pleinement justifiée. Il en ressort que les emplois de femme de ménage s’inscrivent selon eux dans un registre que le contradicteur de l’article, Alain Wolfelsperger, qualifie de « moral », mais que nous préférerons pour notre part nommer « disciplinaire », l’État recherchant les instruments destinés à mettre au travail une catégorie de la population française, plutôt que de la voir échapper à des contrôles administratifs variés. Surveiller les pauvres, avant de les punir ? Il y aurait dans l’article des deux lillois des accents finalement très foucaldiens.
5 Mais ce qui retient l’attention du lecteur réside dans la démarche critique qui accompagne la fin de l’article. Cette critique cible les diverses théories de la justice qui négligent et finalement admettent les inégalités propres à ces emplois de femme de ménage, lesquels sont des vecteurs d’une stratification sociale contribuant à l’essor des « travailleurs pauvres » (les deux auteurs pointent habi-lement et dénoncent les lacunes des principales théories de la justice en matière notamment de ce qu’ils nomment la non prise en considération de « l’extension de l’hétéronomie et des inégalités »).
6 En s’engageant sur le terrain de la justice sociale, les deux auteurs ont suscité une réaction critique de la part d’un des membres du comité de rédaction de la Revue de philosophie économique, Alain Wolfesperger. Manifestement, ce der-nier oppose « principe moral », adopté par Sandrine Rousseau et François-Xavier Devetter, et « économie du bien-être », branche bien connue de l’économie orthodoxe (il faut entendre ici économie néoclassique, largement dominante comme on le sait dans le champ de la science économique), ce qui lui permet de reprendre la ritournelle selon laquelle « les individus doivent être considérés comme les « meilleurs juges de leur propre bien-être » (p. 100), installant du même coup la critique dans ce que l’économiste suédois Gunnar Myrdal nom-mait un « absolutisme théorique ». C’est soulever le redoutable problème de savoir si l’État, au travers de sa politique économique, entreprend des actions censées être éclairées par la théorie économique. La critique se transforme en véritable procès lorsque le professeur à l’IEP de Paris précise que les auteurs sont élitistes, profitant de leurs compétences pour indiquer au peuple ce qui est bon pour lui.
7 Sur fond de querelle méthodologique, nous ne sortons finalement pas du clivage qui avait opposé les économistes durant les années trente au sujet du chômage, Wolfelsperger inscrivant sa critique dans une conception néoclassique du marché du travail (il est du coup incité à reprocher aux auteurs qu’il critique de participer au maintien d’un taux de chômage élevé en France, ou d’entretenir comme il le dit à la page 109, la « préférence collective pour le chômage »), alors que la démarche de Rousseau et de Devetter relève explicitement d’une vision social-démocrate de l’économie (la fin de leur article renvoyant en effet au cas suédois). Comme quoi le vieux débat des années trente sur le chômage, ses origines et les remèdes à lui apporter, hante encore les économistes du vingt et unième siècle. Mais l’intérêt de l’article de Sandrine Rousseau et de François-Xavier Devetter réside précisément dans l’articulation qu’il suggère entre éco-nomie et morale, face à la froideur et la brutalité d’un marché du travail tel qu’il est perçu par les économistes orthodoxes. La critique de Wolfelsperger n’avait-elle in fine d’autre motivation que de nier la légitimité d’une problématique hété-rodoxe ? Car qu’Alain Wolfelsperger le veuille ou non, l’économie est formée d’hommes et de femmes, et que toute action de politique économique influence nécessairement leurs conditions d’existence.
8 Alain Wolfelsperger serait en quelque sorte un économiste leibnizien, pour lequel l’économie du bien-être contribuerait à la construction du meilleur des mondes possibles, vision que Adam Smith avait précisément critiquée, comme le rappelle, dans un article passionnant, Francis Urbain Clavé. L’intérêt de l’article réside dans la volonté qu’a eu son auteur de tordre le cou à une légende ayant fait de Smith le père du laissez-faire, avec à l’appui, le concept de « main invisible ». Dans cet article difficile, Francis Urbain Clavé a reconstitué la généalogie de l’économie de Smith, de son système, afin d’aboutir à une réfutation de thèse habituellement développée sur cette grande figure de l’économie politique, selon laquelle il fut, en fondant l’harmonie des intérêts, un auteur optimiste et en ce sens digne héritier de Leibniz et de Malebranche, ces deux philosophes ayant accrédité cette idée que les lois naturelles gouvernant le comportement des hommes seraient identiques à la volonté divine.
9 C’est cette vision optimiste du monde que Smith critiquera dans toute son œuvre, et en particulier dans ses essais philosophiques et scientifiques — Théorie des sentiments moraux et Histoire de l’astronomie —, critique incitant implicitement Francis Urbain Clavé à faire de l’économiste écossais un penseur s’inscrivant dans le voisinage de Voltaire (Clavé rappelant fort justement que les idées circulaient très vite dans cette Europe des Lumières, Smith ayant lu Voltaire et les encyclopédistes). L’essentiel de la démonstration repose sur la posture de Smith face au système de Leibniz. Selon Smith, point de monades qui seraient des émanations du divin, mais des « essences » disposant d’une autorité (d’où le recours chez Clavé au difficile concept anglais de vicegerent), obligeant le penseur écossais à appeler à davantage de modestie dans les réflexions, puisque c’est du domaine des hommes, ce petit domaine, dont il faut se préoc-cuper. Et l’auteur de cet article d’indiquer que, chez Smith, le rôle du marché est bien éloigné de la conception que l’on en a faite dans les manuels d’économie. Le marché serait alors ce dispositif permettant de maîtriser les passions, non seulement à des fins économiques, mais également à des fins morales. Les choses sont de ce point de vue remises à leur place, en particulier la « main invisible », dont on nous rappelle qu’elle apparaît pour la première fois dans Histoire de l’astronomie en 1755 et non comme on le croit dans La Richesse des Nations. Cette fameuse « main invisible » se présente chez Smith comme un instrument, une « norme » dit Clavé, par lequel la faculté de juger de l’homme s’exerce afin de contribuer à l’amélioration de sa condition. De sorte que, dans cet article, la formation de la théorie de Smith ne peut se comprendre que si l’on a effectué une incursion dans les systèmes philosophiques de Leibniz et de Malebranche. En découle que, à bien y regarder, Adam Smith n’est peut-être pas le libéral que l’on croit, dans la mesure où, recherchant à promouvoir le bien public, la bonne société, il fut plutôt le théoricien institutionnaliste que Clavé détecte dans son analyse. Une incursion salutaire dans la philosophie de Smith, philosophie aujourd’hui bien oubliée, et à laquelle les économistes semblent si mal préparés.
Journal des anthropologues, numéros 106/107-2006.
10 Ce numéro du Journal des anthropologues est essentiellement consacré au problème des normes alimentaires, y compris celles du boire. En précisant d’emblée que des actes comme boire et manger ne sont pas uniquement du registre de l’individuel, mais s’inscrivent dans des normes sociales et culturelles précises, les coordinateurs de ce dossier ont mis sous les feux de l’actualité le dossier publié sous leur responsabilité. Il y aurait en quelque sorte une perception collective de l’alimentaire, faite notamment d’interactions permanentes entre les producteurs et les consommateurs. L’évolution des productions alimentaires et des pratiques alimentaires a fait que les actes de production — offre — et de consommation — demande — se répondent les uns les autres, au gré des crises sanitaires, des pollutions engendrées par telle ou telle acte productif, de l’affirmation d’identités régionales, des exigences de certains groupes sociaux en matière de consommation alimentaire, au point de façonner les normes du boire et du manger. C’est tout l’intérêt de ce numéro que de présenter au lecteur une série de travaux originaux sur ce thème, série assortie d’une approche ethno-graphique très diversifiée.
11 Cette diversité ethnographique composant le numéro s’ouvre sur une analyse de la controverse qui accompagne le processus de certification des fromages, des saucisses de foie de porc et de farine de châtaignes en Corse. L’auteur de l’article, Philippe Pesteil, rappelle d’entrée de jeu que les produits alimentaires corses participent de l’identité culturelle de cette région, laquelle se heurte à l’essor du tourisme sur l’île, essor nécessitant une politique de valorisation des productions locales par l’émergence de produits d’Appellation d’origine contrôlée (AOC) ou d’Indications géographiques protégées (IGP). L’auteur montre toutefois que ces procédures de certification, souvent administrativement complexes, apparaissent finalement moins valorisantes pour les produits alimentaires traditionnels puisqu’elles répondent à une exigence de modernité consubstantielle de la montée du tourisme. En découle une certaine inquiétude chez les producteurs charcutiers et de farine de châtaignes, qui voient dans ces procédures administratives de certification un risque de standardisation de leurs produits et de leur savoir-faire, préjudiciable à l’image de ces produits culinaires corses. L’actualité de l’article ne fait pas de doute car l’auteur indique bien en quoi ces certifications répondent en quelque sorte à une demande sociale de sécurité sanitaire des aliments consécutive aux crises — parmi les plus mar-quantes — de la « vache folle », de la « dioxine dans le poulet », alors que les fabricants émettent des craintes de voir se multiplier les contrôles.
12 L’article qui suit s’inscrit également dans une actualité agricole d’autant plus importante que les secteurs agricoles européen et singulièrement français, dans le cadre de la Politique agricole commune, cherchent à définir de nouvelles mé-thodes de production, assorties de mesures destinées à préserver l’environnement (voir par exemple le contenu de la réforme de la PAC de 2003, réforme entrée en application en janvier 2006, et qui cherche à valoriser des activités regroupées dans ce que l’on appelle désormais le « second pilier »). L’agriculture biologique entre dans cet objectif de restructuration des systèmes productifs agricoles euro-péens. Le déploiement d’une agriculture biologique se heurte toutefois, comme l’indique l’article de Benoît Leroux, à des contraintes telles que ce type de production demeure encore marginal dans le paysage agricole français. L’une de ces contraintes a trait au comportement des industries agroalimentaires et à la distribution, lesquelles entendent contribuer au développement du « bio » mais en le ramenant aux exigences de rentabilité fixées par le marché.
13 Le travail de Benoît Leroux apporte par ailleurs un éclairage historique inté-ressant dans la mesure où il rappelle que le « bio » a une histoire, qu’il est apparu en France à la fin des années cinquante avec le GABO (Groupe des agriculteurs biologiques de l’Ouest). La date est lourde de signification car c’est à cette époque que se met en place une dynamique de modernisation de l’agriculture européenne dont le fil conducteur fut le recours à la chimie et à la mécanisation, alors que le projet du GABO était précisément de participer à la formation d’une agriculture « organique », « naturelle » ou « écologique », bref une agriculture du vivant. D’où la subtilité établie entre le « bio » (mode de production agricole particulier au sein d’un ensemble productif adapté aux critères de l’économie capitaliste), et la « bio », renvoyant à la réhabilitation du vivant, et à la produc-tion agricole comme « art de vivre ».
14 Il ressort d’ores et déjà de ces deux articles que le capitalisme agroali-mentaire, sous sa forme industrielle et « distributionnelle », est en train de phagocyter toutes les tentatives visant à faire émerger un ou des paradigmes productifs alternatifs en agriculture. Des tensions émergent entre producteurs optant pour l’un ou l’autre de ces systèmes de production, dans la mesure où les industries de la transformation et la grande distribution peuvent créer leurs propres normes alimentaires, jouant sur la méfiance qu’expriment les consom-mateurs vis-à-vis des produits locaux. Ces normes industrielles, accentuées par la grande distribution, entraînent de véritables mutations dans les comportements alimentaires, bouleversant les traditions culinaires dont la fonction était de préserver la santé de la famille et des jeunes enfants en particulier, et favorisent la montée de l’obésité juvénile comme dans l’île de la Réunion, ainsi que le montre l’article convaincant de Laurence Pourchez.
15 L’article de Florence Bergeaud-Blackler s’inscrit dans une problématique voisine, puisqu’elle entend démontrer en quoi le développement des marchés halal en France a engendré des clivages entre d’un côté une activité économique représentative d’une idéologie communautariste musulmane, et de l’autre une institutionnalisation des marchés halal dont l’objectif est précisément de rompre avec cette idéologie communautariste.
16 Deux articles abordent quant à eux les rapports que peuvent entretenir les individus avec la nourriture. Anne Lhuissier revient sur les difficultés à lutter contre l’obésité, en particulier dans des régions fortement exposées au chômage et aux inégalités sociales. Outre qu’il est complexe de lutter contre des croyances alimentaires, l’auteur montre de façon convaincante que les dispositifs publics visant à rééduquer les familles en matière de comportement alimentaire sont souvent ressentis comme trop généralistes, peu adaptés aux situations sociales concrètes. En tentant d’établir une normalisation des comportements alimentaires familiaux, ces dispositifs passent manifestement à côté des véritables enjeux sociaux qui sont à l’origine de l’obésité, infantile notamment. D’où ce contraste entre les attentes immédiates des individus pour maigrir et l’objectif des pouvoirs publics de construire une norme alimentaire dans la cellule familiale. Le détour-nement individuel des normes institutionnelles imposées par la société se vérifie par exemple au Mexique ainsi que l’indique l’article de Karine Tinat. Dans le cas des jeunes filles anorexiques au Mexique, c’est non seulement les normes institutionnelles qui sont contestées mais aussi celles dictées par la famille. L’objectif avoué de ces adolescentes est d’affirmer leur liberté et la maîtrise de leur corps, même si cette revendication se transforme rapidement en aliénation, ne serait-ce que parce qu’elle répond en réalité à une identification au modèle occidental du mannequin.
17 L’imposition des normes culinaires occidentales, où, si l’on préfère, la mondialisation de ces normes, se heurte toutefois à des résistances intéressantes à comprendre. L’article d’Esther Katz s’inscrit dans cette perspective. Les com-portements alimentaires des paysans Mixtèques sont tournés vers la préservation d’une identité agricole elle-même caractérisée par le souci des origines des aliments, et par la prépondérance des produits végétaux dans la nourriture absor-bée. Mais surtout, l’auteur revient sur l’importance que ces paysans mexicains accordent au rôle des normes qu’ils ont historiquement et socialement établies dans la santé des individus (point sur lequel les occidentaux feraient bien de méditer, au regard des intentions des industriels de l’alimentation et des bio-technologies qui investissent dans ce que l’on nomme pompeusement les « alicaments »). L’enquête menée par Claire Lamine au Cameroun montre que ce type de résistance au modèle occidental de l’alimentation est plus qu’une simple résistance économique. En prenant comme champ de son enquête l’huile de palme rouge, la chercheuse de l’INRA amène le lecteur à prendre toute la mesure de la résistance symbolique de cet acte de consommation d’une huile pourtant concurrencée par l’huile d’arachide. Si cette huile rouge constitue un ingrédient peu coûteux de nombreux plats camerounais, elle est aussi au centre de pratiques médicales et rituelles au Cameroun.
18 Pour revigorants qu’ils soient, surtout dans un environnement intellectuel où il n’est question que de mondialisation et de compétitivité — que l’on nous présente d’ailleurs comme des processus naturels — ces deux articles suscitent tout de même une question : quelle sera la durée de vie de ces résistances, face à une économie capitaliste capable d’absorber la moindre formation sociale non capitaliste ? La lecture de ce numéro permettrait en tous les cas aux économistes ayant fait de la mondialisation leur bréviaire, de prendre connaissance du monde, constitué d’hommes et de femmes ayant des rapports différents avec la nourriture.
Cahiers internationaux de sociologie, PUF, volume CXX, janvier-juin 2006.
19 On connaît la célèbre métaphore du métro qu’utilisait Pierre Bourdieu lorsqu’il s’en prenait à « l’illusion biographique ». Pour connaître les trajectoires empruntées par les voyageurs du métro, mieux vaut au préalable avoir une vision d’ensemble du réseau et de sa structure. C’est en quelque sorte contre ce discrédit jeté sur les approches des bifurcations individuelles qu’est consacré ce numéro des Cahiers internationaux de sociologie. Les auteurs qui y ont contri-bué ont construit, chacun à sa manière, une critique de la critique de « l’illusion biographique », afin de souligner a contrario la pertinence de ces trajectoires individuelles qui ressortent des enquêtes qu’ils ont menées. En toile de fond resurgit une controverse non moins célèbre relative au caractère prévisible ou imprévisible des phénomènes sociaux, qui s’était momentanément achevée, tout du moins en France avec l’école durkheimienne, sur la victoire de la science sociologique bâtie sur le modèle de la mécanique.
20 C’est sur cette querelle des méthodes que revient Michel Grossetti dans son article intitulé « L’imprévisibilité dans les parcours sociaux ». Il s’agit pour cet auteur de sortir de ce tabou propre à la sociologie française pour qui la contingence et l’imprévisibilité des parcours sociaux sont dénuées de fondement et de légitimité. S’appuyant sur des travaux américains, et en particulier ceux de Everett Hughes, Michel Grossetti réhabilite dans son article la notion de turning point, mais en prenant soin de bien distinguer ces trois notions que sont « l’imprévisibilité, l’irréversibilité et les bifurcations », notions qui appellent un recours au biographique. Mais il prévient que ce projet de réhabilitation des trajectoires individuelles n’est absolument pas destiné à renverser la sociologie française et ses prétentions scientifiques. Il est de compléter une approche par trop « objectivante » du monde.
21 Signé par Claire Bidart, l’article suivant s’inscrit dans le sillage du précédent en ce sens que l’auteur expose les résultats d’une enquête longitudinale qu’elle a menée sur un panel de jeunes entrant dans la vie d’adulte, notamment au travers des changements d’activité professionnelle. L’originalité de la démarche adoptée réside dans l’usage qui est fait de la notion de « crise » (la bifurcation est interprétée dans tous les articles de ce numéro comme une rupture brutale donc nécessairement imprévue, et parfois durable dans l’existence des individus), que l’auteur oppose à celle de transition, perçue comme accordant trop de linéarité dans les parcours des jeunes. Car c’est bien la notion de non-linéarité qui structure l’ensemble des contributions de ce numéro des Cahiers internationaux de sociologie. Celle de la canadienne Johanne Charbonneau qui traite des Réversibilités et parcours scolaires au Québec, l’illustre d’autant mieux que l’expérience québécoise conduit le lecteur à prendre la mesure des bifurcations et donc des réversibilités des parcours que les jeunes se créent.
22 Les deux autres articles sont construits autour d’une méthodologie similaire, puisqu’ils reposent tous deux sur un travail d’enquête auprès d’individus, soit pour souligner l’articulation qu’il y a entre bifurcations professionnelles et santé (article de Valentine Hélardot), soit pour mettre en exergue les mutations occa-sionnées par des changements radicaux de métier (article de Sophie Denave). Il ressort de ces articles qu’un débat de fond peut à nouveau s’engager au sein même de la sociologie sur cette problématique de la contingence et de la réver-sibilité des parcours. C’est tout l’enjeu que de savoir si une part d’autonomie existe pour effectuer ces bifurcations ou bien pour les gérer, alors que la tradition sociologique française tout du moins, évoquait davantage le poids des structures sociales dans la détermination des comportements des individus. En avaient découlé de vives controverses sur la légitimité de notions aussi complexes que celles « d’agent » ou de « sujet ». Verra-t-on du coup, avec ce type de recherches, s’ouvrir quelques frontières ou lignes de démarcation qui s’étaient antérieurement fixées ?
23 Pour finir ce tour d’horizon des Cahiers internationaux de sociologie, signalons l’article réalisé par Raphaël Wintrebert consacré à ATTAC et à la fonction sociale de la critique, publié dans la rubrique Étude critique. Au regard de la crise profonde que traverse l’organisation française critique du néolibéralisme, crise largement relatée dans la presse, il paraissait légitime de s’arrêter sur cet article issu d’une thèse de doctorat en sociologie soutenue en décembre 2004. L’auteur fait d’ailleurs explicitement référence à la crise que traverse ATTAC France, mais l’analyse sous un angle positif en s’appuyant sur la théorie de la sociologie critique (Simmel, Coser, Boltanski), laquelle fait de la critique un instrument de cohésion du groupe critiquant la société, et un vecteur de l’innovation et du changement au sein même du groupe contestataire. Une organisation peut en effet bénéficier du déploiement en son sein d’une critique positive et innovante, dans la perspective à la fois d’un renforcement de sa cohésion interne et de la constitution d’une force propositionnelle vis-à-vis de la société. C’est pourquoi, dit l’auteur, les critiques ad hominem et intempestives élaborées à l’intérieur d’ATTAC n’auront qu’une portée limitée.
24 La posture de Raphaël Wintrebert est intéressante, en particulier au regard de sa méthodologie et des fondements théoriques sur lesquels il s’appuie, mais il n’en reste pas moins que, concernant ATTAC, l’histoire récente semble avoir invalidé sa démonstration. Attaques ad hominem, divergences de fond sur le contenu et la diffusion de la critique du néolibéralisme, bref autant de facteurs qui ont progressivement précipité la célèbre organisation dans l’abîme du « dysfonctionnement et du danger » pour reprendre les termes mêmes de l’auteur de cette étude.
Actuel Marx, PUF, n° 40, second semestre 2006.
25 D’ATTAC à Actuel Marx il n’y a qu’un pas, dans la mesure où certains membres du comité de rédaction de cette revue figurent dans le Conseil scientifique de la célèbre organisation. Franchissons ce pas comme nous y invite la parution de cet excellent numéro 40 de Actuel Marx consacré à une interro-gation : en raison des nombreuses tensions et crises que traverse depuis près d’un quart de siècle une économie mondiale structurée par l’idéologie néolibérale, assisterait-on au déclin du néolibéralisme ? Insistons sur le fait que ce numéro est suffisamment riche au regard des prises de position de chacun des auteurs pour que toute entrée dans le détail des articles soit rendue impossible. Aussi nous contenterons-nous seulement d’un balayage de quelques contributions.
26 Les articles qui composent ce numéro s’articulent autour d’une probléma-tique centrale : l’analyse du capitalisme que Marx a construite au dix-neuvième siècle est-elle encore en mesure de nous aider à décortiquer les fondements et les ressorts du capitalisme contemporain ? Le lecteur est par conséquent rapidement invité à penser l’histoire présente du capitalisme à la lumière de la pensée de Marx (incidemment, l’année 2007 est celle du 140e anniversaire de la publication du Livre I du Capital). Le déclin de la pensée de Marx et son effacement quasi général de toute réflexion critique au sein d’une science économique tournée vers l’affirmation de la supériorité des mécanismes du marché, ont souvent conduit les économistes — et pas seulement eux d’ailleurs — à faire que l’œuvre de Marx apparaisse anachronique pour comprendre le capitalisme actuel [1] [1] . On peut renvoyer sur ce point au propos introductif du...
suite. C’est sur cette question que s’ouvre le numéro d’Actuel Marx, avec l’article de Gérard Duménil et de Dominique Lévy. Ces deux auteurs entendent montrer qu’au contraire, l’avènement du néolibéralisme à partir des années soixante-dix a rendu aux analyses de Marx, et en particulier à son ouvrage immense mais inachevé qu’est Le Capital, une actualité que certains avaient souhaité lui voir perdre. L’article s’inscrit bien dans cette perspective marxiste de faire du néolibéralisme une étape du système capitaliste, laquelle se distingue par une ré-appropriation du pouvoir par une classe dirigeante qui avait cédé du terrain lors de la grande crise capitaliste des années trente. En découle une thèse qui est en mesure de faire contrepoids aux idées péremptoires avancées par des économistes comme Daniel Cohen, la thèse d’une adaptation permanente de la théorie de Marx aux évolutions du capitalisme.
27 Et ce sont bien de telles évolutions du capitalisme contemporain qui font dire à François Chesnais que Marx demeure un auteur indispensable car toujours actuel pour établir une critique du néolibéralisme et en entrevoir ses dangers immanents pour l’humanité. L’article est sans doute trop riche pour en fournir une recension détaillée. Indiquons tout de même que François Chesnais s’efforce de montrer que, dans le capitalisme, prévaut, comme Marx l’avait écrit dans Le Capital, une tendance à « l’anarchie de la production », laquelle dégénère obligatoirement en concurrence tout autant anarchique. L’ouverture généralisée des frontières dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce, malgré quelques résistances qu’affiche par exemple le secteur agricole, si elle constitue le vecteur de cette concurrence effrénée, engendre de nouvelles formes de con-tradictions dont la rivalité productive et commerciale entre les États-Unis et la Chine apparaît un des exemples flagrants. À la page 72, François Chesnais exprime une idée intéressante qui est de nature à discréditer la notion certes réelle mais trop simpliste de concurrence entre les États-nations : « En fortifiant les positions du capital concentré partout où celui-ci s’est formé et en combattant la tendance à la baisse du taux de profit par des délocalisations importantes vers la Chine, les États-Unis ont aidé un rival potentiel puissant à émerger », pour aussitôt ajouter que c’est surtout le capital lui-même, dans son essence, qui déve-loppe donc ses propres contradictions. Plus précisément « Les fortes tensions dans les rapports entre la Chine et les pays membres de l’ancienne Triade ou encore, à l’OMC, entre les oligopoles exportateurs de l’agro-industrie des pays du “ Sud ” et les pays du Nord protecteurs des mêmes intérêts chez eux n’ont rien à voir avec une quelconque relation Nord-Sud. Ce sont des tensions entre fractions du capital concentré internationalisé, la propriété du capital des oligopoles en conflit pouvant appartenir sous forme de titres au même groupe relativement étroit des fonds de pension et des Mutual Funds les plus puissants » (p. 80). François Chesnais met au jour les conséquences de ce système de prédation, indissociable selon lui de cette anarchie productive et concurrentielle, sur les hommes et sur la nature. Sans un coup d’arrêt radical (le socialisme) à ce système prédateur, il entrevoit, en s’appuyant sur la vision de Rosa Luxemburg repris plus tard par Cornélius Castoriadis, l’avènement de la barbarie (le second article de Duménil et Lévy intitulé « Néolibéralisme : dépassement ou renou-vellement d’un ordre social », va dans le même sens, puisqu’ils voient advenir un renforcement des alliances entre les classes dirigeantes, alliances annonciatrices selon eux d’une dérive « hyper-droitière » de la société). Nous restons toutefois sur notre faim dès lors qu’il s’agirait de penser les conditions politiques d’une telle rupture.
28 Dans le même ordre d’idées, le texte qu’Emmanuel Renault consacre au post-fordisme, au marxisme et à la critique sociale, s’interroge sur ce que l’on pourrait appeler « les cycles du marxisme » dans la pensée critique. Le reflux du marxisme dans les années quatre-vingt a ensuite laissé place à une réhabilitation de cette posture intellectuelle, en particulier à la faveur de l’avènement d’un post-fordisme, lequel définirait les linéaments d’une nouvelle possibilité d’éman-cipation vis-à-vis du fordisme. Emmanuel Renault revient sur cet épisode et expose avec beaucoup d’intelligence les termes d’un débat qui s’était engagé en France autour de l’émergence du capitalisme cognitif, véritable processus, pour les uns, de sortie du capitalisme industriel puisqu’il occasionne une prise en main par les salariés eux-mêmes de leur implication et destinée dans l’entreprise, approfondissement de l’aliénation pour d’autres [2] [2] . Sur ce thème nous renvoyons au n° 39 d’Actuel Marx,...
suite. Fondés sur une approche du General Intellect du Marx des Grundrisse, ces travaux ont vu dans le capitalisme cognitif les signes annonciateurs d’une émancipation des travailleurs sur leurs lieux mêmes de travail, et ont par conséquent procédé à une réhabilitation du marxisme. On aura reconnu derrière ces rappels les vives controverses qui se formèrent contre cette thèse dès la parution des textes de Carlo Vercellone en France, et surtout de Antonio Negri en Italie.
29 Mais cette double réhabilitation du marxisme, que ce soit pour défendre un marxisme « orthodoxe » visant à montrer que le capitalisme aliène et broie les hommes, ou un marxisme « modernisé » que certains croient percevoir dans leur lecture des Grundrisse, n’échappe pourtant pas selon Emmanuel Renault à la difficulté de définir ce que pourrait être aujourd’hui la critique sociale. Selon que l’on adopte la problématique globale à la Negri, dans laquelle la formation d’une théorie critique reposerait sur des notions d’« Empire » ou d’« État mondial », ou celle, plus locale, articulée à des pratiques quotidiennes de résistance à l’ordre néolibéral, la référence au marxisme alimente des débats parfois houleux. Plutôt que de le déplorer, l’auteur n’hésite pas à rappeler que c’est le propre du marxisme que de susciter les confrontations dans la mesure où ce sont d’elles que pourrait resurgir le projet politique véritablement émancipateur que Marx avait tracé.
30 Le problème de l’émancipation est justement au centre de l’article signé par Étienne Balibar. En revenant sur ce qui l’opposait à Nicos Poulantzas sur ce thème de l’émancipation, Balibar suggère de faire retour sur la « vitalité théorique » du philosophe grec, disparu après la publication en 1978 de son ouvrage intitulé L’État, le pouvoir, le socialisme, et sur les perspectives d’éman-cipation qu’il avait tracées. Après avoir rappelé ce que fut la définition de l’État pour Poulantzas, comment il avait placé la lutte des classes au cœur même de l’appareil d’État, et en quoi celui-ci était l’expression d’une condensation des rapports de force entre les classes, Étienne Balibar expose sa vision de l’émancipation dans un capitalisme mondialisé dont il mesure les ravages qu’il organise et est prêt à accentuer pour surmonter la crise tout en approfondissant ses propres contradictions. Cette vision repose sur : une réduction massive des inégalités économiques et écologiques intra et inter-régionales ; l’établissement d’une citoyenneté transnationale ; un dépassement des formes et limites de l’État national social, en libérant la citoyenneté de l’enfermement sociologique. Mais Balibar a pleinement conscience que le capitalisme mondialisé dresse devant l’avènement de la « citoyenneté transnationale » des obstacles redoutables. Au-delà des clivages entre ces deux auteurs sur lesquels il revient, Étienne Balibar réhabilite la pensée de Nicos Poulantzas, et, ce faisant, l’inscrit en quelque sorte au panthéon des « communistes dits de l’intérieur » du vingtième siècle.
31 Arrêtons-nous pour finir sur la contribution de David Harvey, issue de son dernier ouvrage publié en 2006, A Brief History of Neoliberalism. L’article entend montrer, à l’instar des autres contributions du numéro et au travers du cas de l’économie américaine, que le néolibéralisme produit des contradictions dont le capitalisme ne peut sortir qu’à la faveur de crises financières aiguës et/ou par la violence, comme en témoignent, selon l’auteur, les deux guerres menées contre l’Irak. L’une de ces contradictions, qui pourrait être le déclencheur d’une crise de grande ampleur, est l’accumulation de déficits aux États-Unis, débou-chant sur une explosion de la dette fédérale.
32 David Harvey voit dans le déclenchement d’un « processus hyper-inflationniste » l’un des moyens d’effacer cet endettement américain. Mais la contrepartie serait une forte dépréciation des actifs détenus par les principales économies pourvoyeuses de capitaux, que sont le Japon et la Chine, sans parler des répercussions sur les actifs détenus par les ménages américains. Afin de contourner ces obstacles, David Harvey examine ensuite une alternative possible, à savoir la « déflation prolongée ». Celle-ci aurait le mérite de casser la dyna-mique de la demande intérieure, et donc de ralentir le rythme des importations américaines. L’économiste comprendra rapidement que cette stratégie de sortie de crise, si elle peut être bénéfique pour l’économie américaine, serait préju-diciable pour le reste du monde, qui est depuis plusieurs années dépendant des États-Unis pour l’absorption de l’offre mondiale de marchandises. On sait en effet que les États-Unis jouent en quelque sorte le rôle de demandeur en dernier ressort.
33 L’intérêt de l’article de David Harvey réside dans une réflexion qu’il avance au détour d’une phrase. Quoi qu’il en soit des stratégies de sortie de crise, la question est désormais posée de la pérennité de la position hégémonique des États-Unis dans le monde capitaliste, question à laquelle se greffe une autre interrogation, relative à l’attitude passive ou dévastatrice des Américains eu égard à leur déclin [3] [3] . Dans un précédent livre, David Harvey avait mis en...
suite. En découle selon Harvey un lien qu’il est nécessaire d’établir entre l’économique et le politique, dans la mesure où l’autoritarisme du clan néo-conservateur actuellement au pouvoir aux États-Unis l’incite à penser que la réaction américaine devrait être tout sauf passive [4] [4] . L’article a été bien évidemment écrit et publié...
suite. Le maintien de l’hégémonie américaine se traduit donc selon Harvey par une tendance à la mili-tarisation de l’économie.
34 L’auteur expose ensuite les issues qui seraient selon lui les mieux à même de sortir le monde de ces sombres perspectives. Que ce soit par le biais de luttes massives d’opposition au néolibéralisme ou par celui de l’analyse critique, la cible privilégiée d’une lutte politique doit être « la nature profondément anti-démocratique du néolibéralisme » (p. 52). D’où le titre de son article « Les horizons de la liberté ».
35 En considérant que le néolibéralisme se fissure peu à peu sous le poids de ses contradictions, l’ensemble des articles de ce numéro participe en quelque sorte de l’histoire en train de s’écrire. À lire !
Notes
[ 1] . On peut renvoyer sur ce point au propos introductif du dernier ouvrage de Daniel Cohen, qui indique d’emblée en quoi Marx s’est d’une part trompé, et d’autre part qu’il s’agit d’une pensée très éloignée désormais des réalités du capitalisme du vingt et unième siècle, en jouant sur la ritournelle de la société post-industrielle. Il est avancé, comme pour mieux congédier Marx, que « les dirigeants sont eux-mêmes salariés, et leurs objectifs rejoignent ceux de leurs subordonnés : protéger la firme des aléas de la conjoncture » (p. 11). Si les objectifs sont communs, pourquoi alors continuer à qualifier les « salariés » de subordonnés ? Daniel Cohen, Trois leçons sur la société post-industrielle, éditions Le Seuil, coll. « La république des idées », 2006. 
[ 2] . Sur ce thème nous renvoyons au n° 39 d’Actuel Marx, paru en 2006 aux Presses Universitaires de France, consacré aux « Nouvelles aliénations ». 
[ 3] . Dans un précédent livre, David Harvey avait mis en exergue les principaux indi-cateurs économiques reflétant le déclin réel des États-Unis dans l’économie mondiale. Lire David Harvey, The New Imperialism, Oxford University Press, 2003. 
[ 4] . L’article a été bien évidemment écrit et publié avant le résultat des élections au Congrès de la fin de l’année 2006. 
PLAN DE L'ARTICLE
- Revue de philosophie économique, Vuibert, n° 12-2005.
- Journal des anthropologues, numéros 106/107-2006.
- Cahiers internationaux de sociologie, PUF, volume CXX, janvier-juin 2006.
- Actuel Marx, PUF, n° 40, second semestre 2006.
POUR CITER CET ARTICLE
Thierry Pouch « Revue des revues », L'Homme et la société 4/2005 (n° 158), p. 257-266.
URL : www.cairn.info/revue-l-homme-et-la-societe-2005-4-page-257.htm.
DOI : 10.3917/lhs.158.0257.




