L'Homme et la société
L'Harmattan

I.S.B.N.9782296050495
254 pages

p. 155 à 180
doi: en cours

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n° 163-164 2007/1-2

« En haut, il n’y a plus de ciel, en bas, plus de terre ! »

La logique de l’action collective ouvrière dans la Chine contemporaine

Tang Jun
Les entreprises d’État sont engagées dans une phase de transformation du régime de propriété depuis la deuxième partie des années 1990. Ce mouvement a entraîné des pertes tant matérielles que symboliques pour les ouvriers, et ceux-ci ont multiplié leurs actions de résistance. Cet article est basé sur une enquête menée dans la province du Henan à l’occasion de la fusion de deux entreprises. Elle montre que la rigueur des mesures de réforme et la dépréciation du capital symbolique des ouvriers, maintenant licenciés et réduits au chômage, les a engagés à agir collectivement. Cette action a pour fondement théorique une réflexion sur l’économie morale de subsistance et sur l’équité dans la redistribution des ressources, et elle débouche dans la pratique sur un appel à la résistance. Nous y avons trouvé une logique cachée qui est celle des mouvements de subsistance, et la résistance s’est développée en usant à la fois des moyens traditionnels d’organisation au sein de la gestion de l’entreprise et en mobilisant la notion de la propriété collective. Ce cas met en avant la nécessité de reprendre la réflexion sociologique sur la reformulation des rapports entre la société et l’État. Il est aussi une illustration de l’aggravation de la fracture sociale et de la nécessité de mettre en œuvre des mesures systématiques de protection des parties les plus fragilisées de la population et de garantir les droits du travail. « “ Above Us there is No Sky, Below there is No Earth! ” The Logic of Working-Class Collective Action in Contemporary China »
Since the middle of the 1990s, state companies are engaged in a phase of transformation of property relations. This movement has led to both material and symbolic losses for workers, and especially for those who have resisted. Investigations carried out in Hunan province during the fusion of two companies show that the severity of reforms and the depreciation of the workers’ symbolic capital, now fired and unemployed, pushed them to act collectively. This action is based theoretically on a perception of the moral economy of subsistence and the redistribution of resources, and it leads to resistance using both traditional means proper to the company management and a reformulation of the relations between the society and the state. It is also an illustration of growing social conflict and the need to protect living and working conditions.
• I. État de la question
— Les effets conjoints des politiques du “ bol de riz en fer ” et de “ la grande marmite ” : l’absence d’action collective.
— L’action collective comme réponse à la dégradation généralisée du statut des ouvriers
• 2. Un cas de figure : Retour sur les événements
• 3. Les raisons de l’action collective : la spoliation des moyens d’existence
— Le sentiment de spoliation et d’injustice dans l’accès aux ressources
— La spoliation des moyens nécessaires à la production et le sentiment d’insécurité qui en résulte
• 4. Les procédés mis en œuvre dans l’action collective : prendre appui sur les organisations traditionnelles
— Le rôle de l’assemblée des travailleurs
— Le recours à l’ancienne idéologie : la notion de « propriété de tous »
• 5. Reprise théorique des faits
— 1. Explications : les mouvements pour des problèmes de subsistance
— 2. Retour sur les rapports entre la société et l’État


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