L'Homme et la société 2009/2-3
L'Homme et la société
2009/2-3 (n° 172-173)
346 pages
Editeur
I.S.B.N. 9782296098459
DOI 10.3917/lhs.0172.0009
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Communisme chinois : socialisme réel et auto-émancipation

Vous consultezRoland Lew

AuteurClaudie WEILL du même auteur



Au moment même des obsèques de Roland s’ouvrait dans la Salle Ernest Gellner de l’université centre-européenne de Budapest un colloque auquel je participais : déçu par l’ouvrage de ce dernier sur Nations et nationalisme qui a pourtant fait date, Roland avait soumis son exemplaire à mon attention : la thèse centrale, celle du nationalisme qui créerait la nation, avait également suscité des réticences de ma part. À l’affût des nouvelles parutions susceptibles d’enrichir ses questionnements, la curiosité boulimique de Roland ne se bornait pas aux ouvrages savants. Ainsi, lorsque nous travaillions Michel Kail, Roland et moi sur les deux numéros de L'Homme et la Société consacrés au sujet qui n’a cessé de le préoccuper, à savoir l’auto-émancipation sociale, nous avons évoqué tous trois nos dilections en matière de BD et ils ont tenté de me convaincre des charmes de Blake et Mortimer dont Roland m’a prété un album.

2 C’étaient surtout les échanges qui le fascinaient : il avait cette qualité, en passe de devenir rarissime, de pouvoir travailler avec ses collègues sans jamais vouloir tirer la couverture à lui. C’est ce dont témoigne la multiplicité des groupes dans lesquels il intervenait et où nos chemins se croisaient souvent, à l’Homme et la Société où j’ai véritablement fait sa connaissance, rue Malher dans le séminaire sur les communismes qu’il animait avec Claude Pennetier, Bernard Pudal, Bruno Groppo, chez les « Russes » qui avaient fait partie en même temps que moi de l’IMSECO puis de l’Irenise et, incidemment, chez les « Chinois » de l’EHESS. Mais il en était d’autres encore que je ne connais pas.

3 Sa réputation l’avait précédé, mais je ne l’ai vu pour la première fois en chair et en os qu’en 1983, lors du colloque Marx organisé principalement par René Gallissot qui m’a fait, quelques années plus tard, entrer à l’Homme et la Société. Mais nous sommes aussi allés ensemble à l’université d’été de la LCR où j’avais été conviée pour débattre de Rosa Luxemburg avec Michael Löwy et Jeannette Habel et où il est intervenu sur l’auto-émancipation. Il venait d’acquérir avec Anne leur « petit paradis » dans la Drôme et arborait son éternel short estival.

4 L’auto-émancipation, sur fond d’une solide connaissance des communismes « réels » et des populismes qui servaient en quelque sorte de repoussoir, était son dernier cheval de bataille, un thème sur lequel il ne cessait de revenir, qui lui donnait bien du fil à retordre et qu’il a insisté pour faire figurer au programme, qu’il a élaboré avec Michel Kail, de la nouvelle formule de l’Homme et la société. C’est là-dessus que j’ai pu observer in situ son mode de raisonnement qui procédait pour ainsi dire en spirale, avec ce qui ressemblait fort à des répétitions aussi longtemps qu’un élément lui paraissait peu clair, comme s’il estimait que la réflexion n’était pas assez aboutie pour lui donner une formulation univoque. Lors de notre travail en commun sur les deux numéros, j’avais attiré son attention sur ce procédé qui m’apparaissait comme alambiqué, en particulier lors de la rédaction de l’éditorial du premier des deux que nous avons signé tous trois. Dans une conversation téléphonique peu avant son décès, il en avait convenu. Michel et Roland m’avaient incitée à rédiger seule celui du deuxième. Un peu par provocation mais aussi parce que je ne sais pas diluer, je leur avais soumis trois toutes petites pages, prestation que Roland avait jugée notoirement insuffisante : j’ai donc consenti à étoffer quelque peu le texte en m’adossant, moi aussi, à l’histoire.

5 « Roland était un programme de recherche » dit Nicole Beaurain chez qui nous nous retrouvions autour d’une table à Montreuil, avec leurs conjoints respectifs, Anne van der Jagt et Juan-Jose Navascues, où les débats étaient toujours animés. Enfin, mais davantage en matière de plaisanterie, notre complicité s’articulait autour de notre judéité commune à laquelle Roland attribuait ce qu’il considérait comme son hypocondrie alors qu’il s’agissait d’une fragilité bien réelle.

 

POUR CITER CET ARTICLE

Claudie Weill « Roland Lew », L'Homme et la société 2/2009 (n° 172-173), p. 9-10.
URL :
www.cairn.info/revue-l-homme-et-la-societe-2009-2-page-9.htm.
DOI : 10.3917/lhs.0172.0009.