Ce numéro.
Papier et électronique
| La pensée de midi 2000/1 (N° 1) | 12.2 € |
Versions papier et électronique : le numéro est expédié par poste.
Il est également accessible immédiatement en ligne.
Recevez des alertes automatiques relatives à cet article.
S'inscrire Alertes e-mail - La pensée de midi Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezLe “haïku multimédia”
Le haïku multimédia est une petite pièce artistique multimédia. Loin d’être un nouveau concept tendance du petit monde de la cyberculture, le haïku multimédia se veut un principe de travail, une exploration par des artistes et des concepteurs multimédias[1] [1] Les participants des premiers ateliers de création de haïkus...
suite de formes d’expression et de création. Celles-ci prennent corps sur une page web en associant images, textes, sons et paroles, pour proposer une “mise en scène” unique et concise.
2 L’enjeu de cette exploration est triple : poser la question du langage multimédia, de sa capacité à exprimer du vivant, et de sa création / génération / appropriation par l’artiste. Un vaste chantier qui a été mené dans le courant de l’année 1999 dans le cadre de la Controverse d’Avignon organisée par Avignon Public Off[2] [2] Renseignement à Avignon Public Off – 108, boulevard Voltaire...
suite. En effet, la Controverse proposait un espace public de débat sur “la place de l’acteur dans la société” en intégrant l’écriture d’un manifeste. Ce processus de passage de la parole à l’écrit était posé comme essentiel pour laisser des traces pérennes des propos entendus, des débats soulevés. De la place de l’artiste, pouvait être imaginé alors un autre espace de mémoire, à partir de son mode d’expression (la danse, le théâtre, la musique…), un espace de création acceptant de multiples formes, et un langage : la page web.
3 Les principes d’écriture hypertexte et les contraintes de l’Internet permettent d’imaginer de nouvelles formes d’écriture et de scénarisation de contenu, au-delà du simple principe de communication. Il s’agit de mettre en place un espace scénique virtuel en associant les sons et les images, les textes et les liens qui définissent le champ des possibles, les limites de l’aire de jeu. Doreen Vasseur, comédienne du collectif des inter-mutants, définit cet espace comme évident : il y a la scène, la rue, les murs, les haut-parleurs en tout genre, lieu de passage donc lieu d’expo, théâtre en appartement, théâtre en entreprise, des manuscrits, des tapuscrits, du format A4 papier glacé, et puis des friches et l’autre qui enveloppe le Pont-Neuf, des écrans : télé, cinoche… Alors un écran 15’ ou 17’ : bien utile pour les jeux vidéo, pour aller surfer sur le site de Friends, ou pour adhérer à l’Eglise de la scientologie. Pourquoi cet écran qui nous fait des yeux d’albinos en rut, pourquoi ne deviendrait-il pas un lieu d’expression artistique ? Les outils, les techniques multimédias existent ; il faut apprendre à les utiliser, les dompter, les détourner, les déjouer… Les formes d’écriture sont multiples.
4 Le haïku multimédia ainsi défini trouve tout son sens grâce à l’artiste qui l’investit non pour transposer ce qu’il fait en “réel” – sur une scène ou dans la rue – mais pour prolonger les démarches qui l’animent dans une autre scène, avec d’autres moyens. L’image à priori du multimédia, soit pluridisciplinaire – associant dans un même espace physique de la vidéo, du son… –, soit technologique – le réseau Internet, les outils de communication… –, doit être alors modifiée pour laisser se développer des pratiques et non simplement des dispositifs. Des pratiques de création qui nécessitent le déplacement, de l’artiste vers de nouveaux langages, du concepteur multimédia vers d’autres utilisations des outils qu’il maîtrise. La possibilité d’animer plusieurs images dans une même page permet alors, au corps du danseur, par exemple, d’aller au-delà de ses limites : mise en mouvement aléatoire des différentes parties du corps, affichage d’un texte qu’il ne peut dire quand il danse, proposition des liens vers d’autres artistes qui constituent son univers de référence artistique. L’espace de l’écran prend alors, à la fois, les dimensions du corps et de la pensée, du geste et du verbe, du proche et du lointain, du présent et du permanent. Et cela sur n’importe quel écran connecté au réseau.
5 Le haïku multimédia revisite et étend ainsi le champ du spectacle vivant, de sa création, de sa représentation, de sa diffusion, en recherchant quelle nouvelle émotion peut être transmise par les tuyaux numériques. Dans un premier temps, il apparaît tout de même une frustration face à la lourdeur et la lenteur technique – les outils de création et les débits du réseau Internet – qui brident largement les désirs et les ambitions artistiques, sans pour autant modifier les éléments fondateurs du langage multimédia. Le haïku multimédia interpelle aussi les modes de travail entre artiste et concepteur – auteurs ensemble d’un objet artistique –, prenant ainsi une part complémentaire dans l’écriture. Il soulève également les problèmes de droits qui en découlent. Les artistes deviennent de nouveaux usagers du multimédia et les concepteurs, des écrivains apprenant à “travailler avec”. La convergence que le multimédia prépare est aussi, par les modes d’écriture, celle des expressions des pensées et des cultures dans un espace immatériel qui n’a d’unique que le nom, et dans lequel l’artiste a un rôle essentiel à investir : celui qui garantit la pluralité.
Bibliographie
<Voir/lire/écouter> en ligne
Retrouvez les expériences menées sur le site de la Controverse et sur celui des Cultures Urbaines :



Notes
[ 1] Les participants des premiers ateliers de création de haïkus multimédias : Anna Mortley, Catherine Boskowitz, Sabine Macher, Brigitte Cirla, Doreen Vasseur, Virginie Blanc, Jean-François Rivière, Renaud Vercey, Christophe Guilloteau, David Boulouart, Claudine Dussolier, Alix de Morant, Emmanuel Vergès.
[ 2] Renseignement à Avignon Public Off – 108, boulevard Voltaire – Paris 11e, festoff@club-internet.fr
Résumé
Les haïkus multimédias ou la création sonore sur Internet sont quelques expériences et projets menés par des artistes et des concepteurs multimédias qui font de l’Internet un nouvel espace scénique, un nouveau mode d’édition et de médiation culturelle. Inventant des langages et les pratiquant.Nous allons naviguer ici de paroles en actes multimédias, d’artistes-explorateurs en inventeurs d’écriture, de pages web en pages web, sur un “autre” réseau Internet.
POUR CITER CET ARTICLE
« Le “haïku multimédia” », La pensée de midi 1/2000 (N° 1), p. 138-139.
URL : www.cairn.info/revue-la-pensee-de-midi-2000-1-page-138.htm.




