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La pensée de midi

2003/3-1 (N° 11)

  • Pages : 174
  • ISBN : 2742747192
  • Éditeur : Actes sud


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Dans le parc Haïdari, 1995

© Costas Ordalis. Photographie extraite de l’ouvrage Les Athéniens, Kastaniodis, Athènes, 2000.
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Depuis plusieurs décennies, l’art contemporain grec ne cesse de reformuler la querelle des Anciens et des Modernes.

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L’effervescence imposée par les préparatifs des jeux Olympiques 2004 n’épargne aucun mètre carré d’Athènes. Est-ce de cela que naît parmi les responsables culturels une émulation avisée ? Dans l’Antiquité les jeux sportifs s’accompagnaient d’événements artistiques de toutes sortes. Pour renouer avec cet esprit les institutions contemporaines déploient d’heureuses initiatives dont la plus prestigieuse doit être la manifestation intitulée Outlook réunissant des participants essentiels de la création internationale au nombre desquels onze artistes grecs. On regrettera sans doute la programmation restreinte (24 octobre 2003 - janvier 2004) mais d’autres présentations se relaieront tout au long de l’année 2004.

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Comme quelques cités, la ville a vu ces dernières années triompher l’archéologie industrielle qui dessine un paysage alternatif en pleine mutation. Ces friches réorganisées accueillent un certain nombre d’équipements culturels. Trois de ces lieux phares situés sur l’avenue Piréos, l’axe reliant Athènes à la mer, seront investis par Outlook, l’ancienne usine à gaz devenue Technopolis, une usine de textile reprise par l’Ecole des beaux-arts et une industrie caduque de construction automobile qui abritera les nouveaux locaux du musée Bénaki.

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Situé à proximité du centre historique, en face du Céramique, le cimetière de la cité antique, l’usine à gaz depuis son abandon en 1984 a été reprise par la municipalité d’Athènes qui a rapidement initié un projet de réhabilitation. Technopolis voit le jour en 1999, le plus vaste site culturel polyvalent du pays entame sa nouvelle vie.

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Encore au stade de work in progress, il propose régulièrement des expositions d’art contemporain et autres manifestations d’intérêt culturel et scientifique.

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Dans cette même zone post-industrielle et proche de la Voie sacrée qu’empruntait la procession des Panathénées au ve siècle av. J.-C., le centre Athi-nais a trouvé refuge dans les bâtiments d’une fabrique de soieries des années vingt ; partenaire du HCCE (Historic Conference Centres of Europe), la contrée présente en permanence la collection d’art contemporain Pieridis ainsi que sa collection d’antiquités chypriotes.

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Le flâneur curieux du troisième millénaire, en empruntant les nouvelles itinérances ouvertes grâce au projet d’unification des sites archéologiques du centre historique actuellement en cours, traversera les vieux quartiers populaires en passe de devenir le pôle d’attraction le plus actuel et vivant de la capitale, gagnera ces espaces permettant à la fois l’exposition d’œuvres réalisées in situ aussi bien que des performances ou encore celle de facture "traditionnelle" que sont la sculpture et la peinture.

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L’installation récente au centre-ville du Musée d’art contemporain (2000) dans l’ancienne brasserie Fix, tout en situant le départ chronologique de ses collections au tournant des années soixante, réserve une section importante à l’apport des nouvelles technologies et des nouveaux médias. La collection permanente n’étant pas encore accrochée, le fonctionnement du musée se limite aux expositions temporaires – le premier cycle intitulé globalement Synopsis entend explorer trois directions essentielles de la création d’aujourd’hui. L’exposition inaugurale Synopsis I – Communications était consacrée aux artistes ayant choisi le langage de l’informatique ; ils appartiennent à une génération très dynamique et mobile qui se déplace volontiers vers les USA tout en gardant des liens avec la Grèce. Les œuvres des artistes invités Dimitris Kogaris, Sophia Kosmaoglou, Miltos Manetas, Jenny Marketou, Nikos Navridis, Emilia Papafilippou, Danae Stratou, Alexandros Psychoulis, composent avec l’énergie immatérielle de l’industrie télématique et celles des pulsions individuelles, pour exorciser et subvertir les impasses de nos sociétés en proie à la globalisation. Ensuite Synopsis II – Théologies de l’automne 2002 faisait le point sur les rapports de l’art au spirituel et aux rites et Synopsis III – Fictions, Réalités à l’automne 2003 concerne le retour du politique dans la réflexion plastique, en réactivant la problématique de la forme et du contenu dans les contextes sociaux et idéologiques actuels. L’exposition Transcultures prévue pour l’été 2004 invitera les artistes qui travaillent aux interstices différentiels du phénomène culturel.

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En Grèce, l’art contemporain est déterminé par l’acceptation et les avatars du concept de modernité. L’exposition Métamorphose du moderne – L’expérience grecque (Pinacothèque d’art moderne, 1992) a eu entre autres le mérite de mettre en relief les tensions entre modernité et tradition qui traversent la création artistique du pays tout au long du xxe siècle, avec comme apex "la querelle des Anciens et des Modernes" qui marquera le contexte intellectuel des années trente.

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La modernité des années cinquante/soixante est paradoxalement nourrie aux sources d’un passé vécu au quotidien et par les apports innovants d’un art occidental extérieur, celui de l’expressionnisme abstrait américain, qui allait de pair avec le climat politique conservateur américain et pro-américain de cette période de la guerre froide. Plus particulièrement, les artistes grecs avaient à leur disposition les visions d’un modernisme outre-atlantique modéré et souvent filtré par l’exemple parisien, sans référence directe aux antécédents avant-gardistes.

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Pourtant, la tendance traditionaliste était également revendiquée par ceux qui faisaient l’apologie du réalisme socialiste, non pas au nom des modèles néoclassiques mais en recherchant dans les racines byzantines et orthodoxes de l’art populaire la preuve de la pérennité du rapport de l’art et du peuple.

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Se souvenir des propos de Vasari sur Giotto éclaire la délicate question de la subsistance des formules antiques et byzantines dans l’art de l’Occident, suite de ruptures ou de continuités.

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Dans sa biographie du peintre toscan, Vasari, au milieu du xive siècle, écrit que le jeune Giotto non seulement surpassa son maître Cimabue par l’étude de la nature, mais "renversa complètement cette manière grecque maladroite et ressuscita le moderne et bon art de la peinture" Où il faut entendre par "manière grecque" la méthode byzantine – à ne pas confondre avec l’art de l’Antiquité – et par "le moderne et bon art de la peinture", les prémices d’une notation volumétrique des corps et autres objets de la représentation, amplifiée par une sensibilité envers la contemporanéité des événements et des idées.

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L’acte fondateur de la modernité pour la peinture consiste en l’abandon des stéréotypes byzantins au profit d’un regard observateur porté sur la nature et l’homme selon la survivance des modèles de la sculpture antique, que l’événement de la Renaissance allait bientôt étayer.

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Cornelius Castoriadis voit dans le triple attachement de la Grèce moderne à l’Antiquité, à Byzance et à la tradition populaire les causes de son rapport "psychopathologique" avec la civilisation occidentale. Se réclamer de deux systèmes de pensée diamétralement opposés – autonomie versus théocratie, démocratie versus empire, création versus dogmatisme – neutralise, précise-t-il, toute expression originale et paralyse l’esprit de création. Cette attitude "schizophrénique" face à l’Occident résulte d’une rupture. Car pendant la période de formation de la modernité occidentale aux sources redécouvertes de l’Antiquité, la Grèce reste prisonnière de la stérile scolastique byzantine. Ce n’est qu’à partir du xixe siècle qu’elle commença à accéder à une histoire des formes, élaborée de plus hors de ses frontières. "Notre pays erre clos" écrivait, lapidaire, Séferis, à propos des conditions embarrassantes d’être grec et européen à la fois, en quête perpétuelle d’une identité culturelle, tiraillée entre le très ancien et le très actuel.

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Comment faire la part des choses entre les motifs populaires considérés comme réceptacles d’une savante authenticité, la rythmicité essentielle des stèles du Céramique, élégiaques et retenues, et l’ascétisme fermé de l’iconographie orthodoxe illuminée par les ors d’une métaphysique de la lumière ? Dans son dernier travail Steven Autonakos (1926), né en Grèce et émigré en 1930 aux USA, glisse des néons colorés et constructivistes des années soixante-dix/quatre-vingt vers la luminosité intérieure, faible mais intense des chapelles et endosse la conscience et le désir d’être de son temps sans pour autant devenir amnésique, de "contextualiser" la tradition, d’être avec Yannis Kounnelis (1936) "un homme antique, un artiste contemporain".

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Le travail de Yannis Spyropoulos (1912-1990), abstrait et solidement construit, consacré par le prix de l’Unesco à la Biennale de Venise de 1960 a propulsé la création de son pays au cœur de la recherche plastique internationale. Désormais la scène artistique locale devait compter avec l’art de son temps qui contrecarre le cours de l’histoire, d’autant plus que certains artistes grecs participent de plain-pied à la naissance de courants artistiques majeurs dans les métropoles occidentales. Vlassis Kaniaris (1928), Nikos Kessanlis (1930) et Danil (1924) en 1964, avec leurs installations interactives au théâtre de la Femce, consomment la rupture avec les codes de la figuration plane et les fantasmes creux de l’héritage du passé. Les mêmes, ainsi que Costas Tsoclis (1930), Chryssa Romanou, Pavlos (1930), dans le sillage des nouveaux réalistes et du Mec Art, et Takis (1925), explorant les potentialités du champ magnétique selon l’esprit des happenings, s’inscrivent dans la révolution artistique parisienne, tandis que Yannis Kounnelis à Rome sera l’un des protagonistes de l’Arte Povera.

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Durant cette période à Athènes, la vie artistique s’organise autour des rues pentues du quartier de Kolonaki, bourgeois et cosmopolite, où les nouvelles galeries occupent les vastes rez-de-chaussée d’immeubles modernes. Manifestations et débats critiques sont largement relayés par une activité médiatique en pleine expansion, révélatrice du brassage des idées et de l’urgence avec laquelle une génération d’artiste s’essayait à brûler les étapes et à maîtriser les clivages idéologiques et esthétiques. L’Ecole des beaux-arts réputée pour son solide enseignement académique hérité de l’école de Munich vers la fin du xixe siècle, teintée timidement de modernisme post-cézannien selon les courants de l’école de Paris dans les années vingt/trente, est progressivement gagnée par l’esprit de renouveau grâce à la participation des représentants de l’abstraction et de l’expressionnisme, avant l’importante réforme des années quatre-vingt.

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Malgré les élections de novembre 1963 qui conduisent au pouvoir Georges Papandréou, président du parti de l’Union du centre, la vie sociale reste secouée d’actes de violence, climat tendu et trouble, fidèlement restitué par le film Z de Costa-Gravas. L’instauration de la junte militaire en avril 1967 gèle momentanément la dynamique des forces vives. Pendant ces années de plomb jusqu’au retour à la démocratie en 1974, l’activité artistique s’est maintenue galvanisée surtout par le message de Mai 68 et l’air de contestation qui soufflait partout. Mais le décalage entre les aspirations des artistes et des intellectuels et les carences de la machine d’Etat a perduré jusqu’aux années quatre-vingt, période de mutation pendant laquelle le pays essayait de se mettre au diapason européen.

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Rétrospectivement, force nous est de constater que les tendances les plus pointues des années soixante/soixante-dix, telles que le minimalisme, l’Op-Art, les installations et les performances, pour la plupart introduites par la galerie Desmos (1971-1993) et explorées par un nombre restreint d’artistes, partagent avec l’écriture expressionniste largement répandue une même sensibilité envers l’objet, la matière et l’espace. Ces qualités semblent faire corps avec l’environnement naturel, âpre et gorgé de lumière, éloigné pendant longtemps des marques du progrès à cause – ou grâce ? – au caractère rural de l’économie du pays.

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Une composante importante du questionnement artistique grec est celle de la réception de l’œuvre des artistes de la diaspora tels que Lucas Samaras (1936), Yannis Kounnelis, Takis, John Christoforou (1921) parmi les plus illustres. En conséquence, l’ouverture systématique induite depuis les années quatre-vingt par la galerie Bernier, sur la présentation d’artistes de renommée internationale, revêt un caractère particulièrement bienvenu, ainsi que les activités du centre d’art Ileana Tounta et de la fondation Deste. La première présentation de l’œuvre de Takis organisée par Alexandre Solas a lieu en 1974 à la galerie Zoumboulakis et la galerie Bernier ouvre en 1977 avec une exposition de Yannis Kounnelis qui, depuis lors, est très souvent présent dans l’actualité artistique de la capitale. La reprise de la rétrospective de Takis au Jeu de Paume en 1993 resserre le dialogue de ce grand créateur du xxe siècle avec les amateurs athéniens. Très récemment, à l’automne 2003, la rétrospective de John Christoforou était une première rencontre du peintre avec son pays d’origine.

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Parmi les courants qui se répandent dans les années quatre-vingt selon des codes visuels qui circulent rapidement au gré des symposiums, biennales et autres foires, la peinture gestuelle et les installations trouvent leur écho dans les recherches des plasticiens grecs, de plus en plus présents lors de manifestations internationales. Les artistes âgés d’une trentaine d’années font le voyage de Paris, de Milan ou de Londres, tandis que le travail de leurs aînés commence à se faire connaître par le public athénien. La programmation de la Pinacothèque d’art moderne s’inscrit dans cette ligne en inaugurant symboliquement avec la rétrospective de Nikos Ghikas (1973) la présentation des grandes figures de la modernité artistique du pays. L’exposition Europalia à Bruxelles en 1982 fut un moment privilégié pour la création grecque avec la participation de soixante-dix plasticiens représentatifs des courants méta-modernes.

Jeunes gens sur la colline des Muses et le monument funéraire de Philopappos

© Fotis Kazazis.
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Le choix d’Athènes comme capitale culturelle européenne en 1985 a initié une série d’événements qui ont permis une large confrontation des tendances plastiques en vigueur. Ainsi au Dracos Art Center étaient exposés entre autres Carl André, Sandro Chia, Lynda Benglis, Donald Judd, Giulio Paolini, tandis que la pinacothèque Piéridis répliquait en présentant les travaux de dix-huit artistes de la jeune génération, parmi lesquels Yorgos Lazongas, Yannis Kottis, Vana Xenon, Edouart Sakayan, Marrolis Polyméris, Vassilik Tsekoura, faisant le point sur la création contemporaine à Athènes. Les pionniers de l’esprit moderne participent à la Biennale de Venise, Tsoclis à celle de 1986, Kaniaris et Kessarilis en 1988. Le cas de Costas Tsoclis est exemplaire de la problématique qui traverse la recherche artistique contemporaine. Se situant de manière personnelle et critique face au discours des avant-gardes, il élabore un dialogue constant avec l’objet prélevé dans la réalité extérieure, englobant aussi le monde du vivant, et fonde un univers singulièrement poétique où l’individuel côtoie ses projections universelles.

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La création contemporaine grecque creuse sa différence dans cette appropriation d’un passé des formes non plus symbolique mais sémantique, comme Dimitris Alithinos l’avait déjà signalé en 1974, en disant qu’"à défaut de pouvoir parler de choses nouvelles on peut parler de nouvelles pratiques…". De cette manière, la notion d’identité dépouillée de son orientation idéologique n’est que celle qui désigne sur un document le lieu de naissance d’une personne et par là l’horizon libidinal de son rapport au monde. Tel est le sens des propos de Denys Zacharopoulos, l’un des organisateurs de la Documenta de Kassel en 1992, interrogé à ce sujet par la revue Arti.

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Comme si chaque génération devait se confronter à cette question lancinante d’une cyclique fatalité. En 1997, l’exposition Pro Patria organisée par l’historien Manos Stefanidis visait non sans une pointe d’ironie le bien-fondé de la question auprès des plasticiens grecs depuis les années soixante-dix. Vidée de son intentionnalité idéologique, la hantise identitaire s’est étiolée.

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Les années quatre-vingt-dix aux prises avec un nomadisme culturel postmoderne sont celles d’une diffusion galopante de la création plastique. De nouveaux lieux et institutions se créent et développent un réseau d’expositions largement tournées vers les participations internationales. Art Athina, foire d’art contemporain lancée en 1993, permet le croisement des tendances nationales et internationales par galeries interposées. La présentation de la collection Costakis, un ensemble exceptionnel d’œuvres de l’avant-garde cubo-futuriste, suprématiste et constructiviste russe, focalise l’attention du public et des spécialistes. Le désir et le besoin d’entamer une relecture de l’histoire de l’art dans laquelle la création autochtone trouverait également sa place aimantent les efforts d’une nouvelle génération d’historiens de l’art, critiques et curateurs et voient l’émergence d’une catégorie de collectionneurs avisés et perspicaces. Mais faute de pouvoir fidéliser un public lecteur de publications spécialisées, c’est la presse quotidienne qui offre une tribune à la critique artistique et une importante activité éditoriale propose des traductions d‘ouvrages fondamentaux.

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L’inauguration des nouveaux locaux de l’Ecole des beaux-arts sur l’avenue Piréos, l’ancienne avenue des usines, avec l’exposition Everything that’s inter-resting is new organisée en 1996 par la fondation Deste a eu un impact significatif. Présentant pour la première fois un ensemble important d’œuvres de tendance conceptuelle (Maria Abramovic, Jeff Koons, Pino Paoli, Yorgos Lappas entre autres), cette manifestation a peut-être été aux origines du récent engouement pour les démarches conceptuelles dont témoignent les travaux de nombreux créateurs.

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Un rapide aperçu du travail de certains plasticiens signifie l’appétit de disposer de toutes les pratiques, de tous les savoirs actuels et historiques, de tous les imaginaires, traits typiques de l’iconoclasme postmoderne.

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La démarche picturale de Vana Xenou visite par cycles thématiques l’histoire de la peinture occidentale, pratique qui n’est pas sans rappeler les compositions allégoriques de Tsarouchis des années soixante-dix, scrutant la leçon des Flamands et des Italiens avec liberté et rigueur. Les accents culturels de la peinture de Vana Xenou reconduisent la continuité d’une omophagie [2]  Le fait de manger la viande crue. [2] picturale ouverte aussi à des mystères plus reculés, tels ceux d’Eleusis ou des icônes orthodoxes, comme le montrent ses récents travaux. La prestesse et l’intensité de son écriture s’épanouissent dans un large sentiment d’espace, empli et désempli de graphismes souples et colorés qui situent son travail à la suite des peintres des générations précédentes de Bougianis à Mytaras, et parmi ses contemporains pratiquant la veine expressionniste tels que Kharos, Yannis Fokas, Makis Théophylactopoulos, Yorgos Skyloyannis, Eleni Nicodémou, Catherine Christidi, Chronis Botsoglou, Dimitris Christidis entre autres.

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Au côté de ses recherches gestuelles et expressionnistes un courant plus formaliste est également exploré par des peintres comme Yannis Psychopédis, Nikos Baikas, Apostolos Gheorghiou, Sakayan, Yorgos Rorris.

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Avec ses actions d’enfouissement, Dimitris Alithinos sème depuis une vingtaine d’années de par le monde les traces d’un passé aux limites de la fiction et du document qui règlent de manière inductive notre rapport à la mémoire selon l’optique d’un renversement des codes, en rédigeant le thésaurus d’une archéologie universelle du futur. C’est avec une telle installation que Alithinos prit part à la Biennale de Venise de 1997, aux côtés de S. Antonakos, de Thanasis Totsikas et Alexandros Psychoulis, quatre artistes issus de générations et problématiques différentes. Les démarches de Lagonga, Lydia Venieri, Nikos Tranos, Afroditi Litti, Nikos Alexiou, certaines œuvres récentes de Costas Tsoclis, cheminent sur cette tangente où la dimension culturelle constitue l’écho profond de l’œuvre tandis que les travaux de Yorgos Lappas et Panayotis Tanimanidis s’inscrivent sur le versant ludique des installations et constructions. Les recherches de Maria Klonaris et Catherina Thomadakis mêlant plasticité et image cinématographique appartiennent davantage au domaine du cinéma expérimental.

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Partagées entre Land Art, sérialité néoconceptuelle, mémoire historique et artistique, les propositions plastiques de Georges Hadjimichalis se situent à la rencontre de plusieurs axes. Procédant par projets et focalisations successives, son œuvre recycle la grande et la petite histoire, les configurations géographiques, les signes du langage pictural, tirant à chaque fois le fil rouge qui le rattache à une élaboration mentale.

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La démarche de Maria Papadimitriou se place aussi sur ce terrain de glissement de l’esthétique vers l’anthropologique, en intervenant auprès d’une population rom avec une série d’actions dont le but n’est pas la production d’une œuvre mais le partage des énergies qui concernent le bien-être de ce groupe marginal.

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Le promeneur cosmopolite, tel un jeune Anacharsis de notre temps, sait trouver dans les métropoles qu’il visite le lieu synthétisant la culture de ses habitants. Athènes lui offre cet endroit : laissant derrière lui le pittoresque et très touristique marché de Monastiraki, il remontera la rue Athinas parmi l’animation des commerces qui la bordent jusqu’à la place Varvaki où, selon le trottoir qu’il aura emprunté, il sera saisi par les frais effluves des viandes et poissons émanant de la pénombre des halles couvertes, ou baignera dans les odeurs acidulées des fruits et légumes gorgés de soleil.

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Avant de s’aventurer en contrebas de la place dans le quartier de Psyrri investi les dix dernières années par les galeries d’art contemporain les plus en vue de la capitale tout entier imprégné de ces sensations visuelles et olfactives, il apercevra fermant la perspective de la rue, le rocher de l’Acropole. Vingt siècles d’histoire vont accompagner son parcours dans le dédale de l’art contemporain qui stimule de sa nouvelle dynamique ce territoire de contrastes inconnu et prometteur qu’est l’Athènes du troisième millénaire.

Notes

[1]

Malvina Bombart est plasticienne et historienne de l’art, née à Salonique de père français et de mère grecque. Elle vit et travaille à Paris, où elle enseigne l’histoire de l’art et anime des ateliers d’arts plastiques en milieu scolaire. Parmi ses publications : Metamorphoses of the Morden. The Greek experience, catalogue d’exposition (14 mai – 13 septembre 1992), Galerie nationale, Athènes.

[2]

Le fait de manger la viande crue.

Pour citer cet article

Bompart Malvina, « Athènes : une expérience artistique », La pensée de midi 3/ 2003 (N° 11), p. 110-118
URL : www.cairn.info/revue-la-pensee-de-midi-2003-3-page-110.htm.


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