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La pensée de midi

2003/3-1 (N° 11)

  • Pages : 174
  • ISBN : 2742747192
  • Éditeur : Actes sud


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Dupain, c’est une invention, un creuset où se mêlent et se mêleraient toutes les langues du monde, pour de bon et pour de semblant. Il n’est pas anodin que l’enfant Sam Karpiena (d’origine polonaise) “soit” de Port-de-Bouc, la ville sans doute la plus musicale du monde. Parce qu’on ne vient pas de Port-de-Bouc, il s’agit plutôt d’une fièvre d’être, entre acceptation (de la vie) et refus (de celle qu’on veut nous imposer), d’être en rébellion et être entre copains, chanter et danser sa peine dans tous les gestes du monde.

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A Port-de-Bouc se sont croisés en effet les chants du flamenco gitan, la chanson napolitaine et le chaabi algérien, soit non pas le Provençal, le Maghrébin, le Grec, l’Arménien, mais des hommes et des femmes d’univers distants que divers destins avaient poussé, là, pour s’embaucher, pour fonder une nouvelle vie. Tous prolétaires, beaucoup aujourd’hui chômeurs ou gosses de chômeur.

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Sam Karpiena, “petit”, a joué de la guitare, du tambourin, de la mandole, a chanté les coplas et les aubades. Il a formé un trio avec les Gacha Empega, avant de retrouver deux collègues pour créer Dupain : Pierre Lau Bertolino, joueur de samples et de vielle à roue, étrangement ancien et moderne à la fois, et Sam De Agostini, procédeur des rythmes, issu du rock. Un premier album L’Usina explorait les chants ouvriers, offerts par des auteurs marseillais de la fin du xixe siècle et du début du xxe, Felip Mabilly, Josep Sarraire, Joan lo Rebéca, anarchistes ou marxistes.

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Au second album, Sam a libéré sa propre parole. Camina lui fraie un chemin d’auteur. A propos de L’Usina, un fanzine communiste notait que “si l’album donne l’ambiance du site industriel de Marseille à une époque donnée, le tout en occitan, ce n’est pas pour vanter un particularisme local. Au contraire, il est mis sobrement en lumière la triste universalité de la réalité ouvrière, dans le temps comme dans l’espace.” Histoire d’en saisir la portée universalisante.

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Sur le livret, il est indiqué que “ce disque est spécialement dédicacé aux peuples en lutte, aux peuples insoumis à un destin qu’on leur fabrique, au peuple solidaire, celui qui construit son histoire, la subit et la transforme. A l’individu qui tend la main, celui qui lève le poing, celui qui ne renonce jamais, celui qui prend des chemins différents sans jamais oublier ses frères. A la flamme d’espoir qui vacille en chacun de nous”.

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Troubadours, les Dupain ?

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Pour la langue, c’est la même, l’occitan, avec aujourd’hui une valeur de koinè, c’est-à-dire de langue littéraire commune, de la disparition, des thèmes frondeurs, des textes engagés…

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La revendication politique chez Dupain est de choix. C’est une Méditerranée rassemblant tous les suds qui se fédère à coup de chansons, de fêtes, de prises de position. Du Mezzogiorno à l’Albanie, tous ceux qui rejettent la mondialisation, la pensée et la langue uniques se solidarisent autour d’un art du dire et du chanter sa rébellion, son identité, son droit à l’expression et à la liberté.

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Qu’est-ce qui nous fait bouger ? interroge Camina.

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Sur la route j’ai vu parmi le peuple le lien qui nous unit, (…) ce mal qui nous fait aller toujours plus loin.

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Dupain, Camina. Virgin, 2002. Réf. 7243-812-4982-6.

Pour citer cet article

Peillon Catherine, « L'amour Dupain », La pensée de midi 3/ 2003 (N° 11), p. 168-168
URL : www.cairn.info/revue-la-pensee-de-midi-2003-3-page-168.htm.

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