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La pensée de midi

2009/3 (N° 29)

  • Pages : 234
  • ISBN : 9782742786664
  • Éditeur : Actes sud

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Hildegarde von Bingen a entretenu une très riche correspondance avec les personnalités marquantes de son temps : empereurs, hauts personnages, papes, évêques, moines et membres du clergé séculier... Elle échange des lettres avec le Saint Empereur romain germanique Frédéric Ier Barberousse et Philippe d’Alsace, le pape Eugène III et Bernard de Clairvaux, le grand saint du XIIe siècle. Elle s’adresse avec hardiesse à Anastase IV, tiède successeur d’Eugène III, en ces mots : “Et pourquoi ne tranches-tu pas la racine du mal qui étouffe les herbes bonnes et utiles [...] ? Tu négliges la fille du Roi, c’est-à-dire la justice [...] Le monde est à présent dans la lâcheté [1][1] Lettre à Anastase, pape entre 1153 et 1154....”

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L’abbesse, “petite plume soutenue par le vent qui la transporte à son gré”, comme elle se décrit elle-même, ne craint pas de reprocher au pontife sa mollesse et sa passivité, comme elle n’hésitera jamais à défendre toutes ses causes avec acharnement. Par son implication dans le monde spirituel et temporel, ecclésial et politique, elle représente, comme le dit Bernard Gorceix [2][2] Historien et traducteur (1937-1984)., la conscience spirituelle de ce temps.

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A l’aube du XXIe siècle, le 23 septembre 1994, Lorraine Vaillancourt adressait une lettre à la directrice du Devoir[3][3] Un des grands quotidiens francophones de Montréal. qui commençait ainsi : “Je vous écris en tant que directrice artistique du Nouvel Ensemble moderne (NEM), en tant que chef d’orchestre, en tant que musicienne, en tant que citoyenne. C’est dans un état de désarroi grandissant que je le fais, en constatant le peu de “visibilité” dont jouit la musique en général, et la musique contemporaine en particulier. Il reste dans notre société, obsédée par ses objectifs de rentabilité, abrutie par d’incessants sondages qui ne font que mesurer la médiocrité ambiante, gouvernée par des “hommes d’affaires” bardés de diplômes mais sans culture, qui mesurent la valeur des institutions à leur indice de popularité, bien peu de lieux où la qualité a encore un sens…”

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La chef ne mâche pas ses mots. Depuis toujours, cette femme sensible et pugnace est sur le front. Comme Hildegarde, elle est féminine, gracile et menue, et dotée d’une grande force de caractère. C’est d’une poigne ferme qu’elle dirige le NEM, ensemble instrumental voué à la musique contemporaine, parmi les plus réputés au monde, qu’elle a créé voici juste vingt ans.

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Cette lettre de 1994 suscitera une controverse d’importance dans le milieu musical et artistique québécois, et alimentera pendant plus d’un an un grand débat sur l’éternelle querelle des Anciens et des Modernes, sur la nécessité de la rupture, le devenir et les enjeux de la création contemporaine [4][4] Voir Lorraine Vaillancourt “Lettre (inédite) à Lise....

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Combatives et alertes, l’abbesse compositrice du XIIe siècle et la chef du XXIe le sont toutes les deux. Elles partagent aussi une curiosité sans limite. Quelque chose semble brûler sans cesse à l’intérieur, une flamme persistante. L’exigence aussi, cette forme d’exigence qui n’épargne rien, à commencer chez soi-même, mais qui semble intrinsèquement naturelle. Et la puissance mentale libérée par le désir : “Quand je dirige, la concentration est totale, dit Lorraine Vaillancourt. Le chef pour moi, c’est un musicien placé à l’endroit idéal, là où il reçoit le meilleur. L’époque du maestro dictatorial est révolue. Il faut avoir une grande humilité […]. Convaincre les musiciens, leur prouver que l’œuvre vaut la peine de s’investir, de chercher le meilleur d’eux-mêmes.” Les musiciens témoignent : “C’est une horloge” ; “Elle organise et règle tout” ; “C’est une ancre, une force [5][5] NEM, le Nouvel Ensemble moderne : un parcours contemporain,...”…

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Née avec la musique (sa mère était pianiste, son père chanteur et chef de chœur, et la fratrie tout aussi musicienne), Lorraine ne se souvient pas d’avoir appris à lire la musique. Après des études de piano, elle se tourne vers la direction d’orchestre et part pour Paris afin de compléter sa formation (auprès de Pierre Dervaux). Des rencontres – notamment avec l’assistante d’Yvonne Loriod – la feront entrer de plain-pied dans la création. A cette époque, la vie musicale contemporaine est dense, et la radio produit de très nombreux concerts gratuits, “nourriture abondante et magnifique”.

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Aussi, de retour à Montréal et tout en poursuivant une brillante carrière de pianiste, elle rejoint Serge Garant et Bruce Mather à l’Atelier de musique contemporaine de l’université de Montréal, avant d’en prendre la direction en 1974. De 1978 à 1989, elle participe à l’aventure de la société de musique nouvelle Les Evénements du neuf, qu’elle a fondée avec José Evangélista, John Rea et Claude Vivier. Cet ensemble offre des soirées thématiques et des concerts gratuits chaque neuvième jour du mois et s’inscrit dans l’histoire et l’avant-garde de la musique vivante.

Mais le tournant se fait à la fin des années 1980 avec une expérience inaugurale : “Par un bel après-midi d’automne, en 1987, rentrant chez moi en voiture, j’écoute Radio Canada ; j’y entends une musique d’aujourd’hui, c’est certain, une musique que je trouve belle, et qui me rappelle vaguement quelque chose… J’attends donc la fin… Pour m’entendre dire que je dirige l’œuvre en question [6][6] Discours de réception à la Société royale du Canada,... !” Cet événement va cristalliser sa décision.

La révélation du temps

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Prise de conscience soudaine de la fugitivité et de la fragilité de nos vies et des œuvres, d’une dimension qui va caractériser dorénavant tous ses projets : le temps. Désormais Lorraine Vaillancourt va ordonner son travail autour du temps à retrouver. Elle fonde quelques mois plus tard le Nouvel Ensemble moderne, qui ne ressemble à aucun autre. Les œuvres commandées, créées et jouées sont pourtant très nombreuses. En vingt ans, leur somme est impressionnante. Des grands “classiques” du XXe siècle (Ligeti, Berio, Stockhausen) à ceux qui sont en passe de le devenir (Tristan Murail, Jonathan Harvey, George Benjamin) jusqu’aux nouvelles générations. Des centaines de créations, plus de vingt-quatre disques enregistrés, des résidences… Mais on laisse ici à l’œuvre l’heur de se déployer, d’entamer une relation, une vie intime avec les musiciens. Plusieurs mois avant le concert, les pièces sont lues, explorées, reprises au fil de la saison avant d’entrer vraiment “en production” dans les jours qui précèdent le concert. Les répétitions sont souvent publiques. L’œuvre devient un atelier de réflexion et d’échanges.

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Lorraine Vaillancourt a une formule qui lui permet d’évaluer ses budgets, de se donner un repère, un ratio : une heure de répétition pour une minute de musique [7][7] Il faut savoir que la moyenne est plutôt deux ou trois.... Parce qu’elle a envie de “savoir ce que l’œuvre a dans le ventre, d’aller jusqu’au bout de ce qu’a voulu exprimer le compositeur [8][8] Rencontre avec Lorraine Vaillancourt, Marseille, l...”. Pour elle, c’est au musicien de trouver des solutions quand quelque chose résiste dans la partition, c’est à lui de rechercher un résultat sonore, d’élucider l’œuvre en quelque sorte. C’est de sa responsabilité, de sa créativité. Cette attitude libère du plaisir. “J’ai bien conscience quelquefois de vivre une utopie, mais à une époque où tout le monde court et s’agite, n’est-il pas encore nécessaire d’aller au fond des choses [9][9] NEM, le Nouvel Ensemble moderne : un parcours contemporain,... ?”

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“Observant ma propre vie avec une certaine distance, j’y vois un incroyable fil conducteur : l’amour (pour la musique vivante, la création, l’art qui se fait aujourd’hui) [10][10] Discours de réception à la Société royale du Canada,....” Le NEM est une aventure exigeante, musicale et humaine. D’où l’amour et la fidélité au cœur de cette expérience. Sept sur quinze des musiciens fondateurs du NEM il y a vingt ans continuent assidûment leur chemin, avec toujours la même ferveur, perpétuellement renouvelée, autour de leur chef charismatique. Lorraine Vaillancourt cultive la noblesse avec une modestie non feinte : “Un chef sans musicien est plus misérable qu’un musicien sans chef [11][11] Idem.…” Elle insiste sur la virtuosité, la générosité et l’humilité des musiciens, propres à générer l’énergie pour le service de l’œuvre. Quasi une liturgie.

Une inquiétude créatrice ardente

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Elle décline ce rapport au temps qui dans le fond est la grande histoire de la musique : “Il existe plusieurs temps dans l’interprétation de la musique. Le temps flou est non mesuré, le temps créatif ; il se trouve quelque part entre les barres de mesure et les chiffres indicateurs du tempo dans une partition [12][12] Rencontre avec Lorraine Vaillancourt, Marseille, l’Alcazar/GMEM... !”

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C’est ici, dans ce temps suspendu, ce moment d’indétermination, que se noue la création dans sa dimension presque sacrée, cette transcendance dont parle Romeo Castellucci, qui l’expérimente au théâtre.

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“On atteint cette transcendance recherchée lors d’un spectacle s’il parvient à s’établir dans un moment d’indétermination particulier. Là est le passage. C’est un moment aveugle, qui peut conduire à dépasser la pièce. Mais il est impossible de prévoir ce moment, de le construire. Il advient, ou pas. Comme un évanouissement du sens, une petite mort de la représentation [13][13] Conversation. Pour le Festival d’Avignon 2008, Editions....”

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Le temps s’offre ainsi dans toutes ses dimensions : de la transformation silencieuse, des évolutions lentes, de la croissance jusqu’à son aspect rythmique, métronomique, son énergie intérieure, jusqu’à sa propre transcendance, sa suspension dans l’éternité de l’émotion et de l’expression artistique.

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Ainsi Lorraine Vaillancourt, qui chérit le temps qu’on étire, celui qui fertilise et épanouit, ressent-elle violemment ce paradoxe seulement apparent d’un immense sentiment d’urgence, un dévorant sentiment d’urgence. Pas l’urgence qui électrise nos vies et nous rend dépressifs. Non, l’urgence de vivre et de créer.

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Laissons-lui encore une fois la parole : “Qu’attendons-nous donc d’une œuvre ? De la beauté ? De l’invention ? De la force… De l’énergie ? Un peu d’absolu ? Un moment de grâce… De parfaite harmonie. De l’intelligence… De la cohérence ? De l’impalpable ? De l’indicible ? De la violence, de la folie ? Tout sauf du repos ? Du rêve ? Une ouverture sur le silence [14][14] NEM, le Nouvel Ensemble moderne : un parcours contemporain,... ?”

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Parle-t-elle de ce silence qui ouvre une brèche sur le monde intérieur ? Celui d’Hildegarde, compositrice, poétesse et mystique…

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Hildegarde naît au tournant du XIe siècle, en 1098 à Bermesheim, en Hesse rhénane, dixième enfant d’une pieuse famille de la noblesse locale du Palatinat. Son père a fait la promesse de la consacrer à Dieu, et elle entre à huit ans au couvent des Bénédictines de Disibodenberg sur le Rhin, dans le diocèse de Mayence, où la supérieure Jutta de Spanheim prend en main son éducation : apprentissage du latin, des psaumes, de la musique. Elle est ensuite confiée au moine Volmar, qui repère très vite ses intuitions spirituelles, devient son ami fidèle et son secrétaire ; il restera sa vie entière auprès d’elle. Elle prend le voile et prononce ses vœux perpétuels à quatorze ans. A la mort de Jutta, Hildegarde a trente-six ans, elle prend la direction du monastère. Elle fonde en 1147 le monastère indépendant de Rupertsberg, qui donnera son nom à un manuscrit fameux de ses œuvres, puis celui d’Eibingen en 1165.

Visions

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A l’âge de quarante-trois ans, elle vit une expérience théophanique décisive. Les visions qui l’ont visitée depuis l’enfance, et qu’elle cachait à son entourage, s’affirment comme une contrainte physique. “Une lumière de feu, d’une extrême brillance, venant du ciel ouvert, fondit sur mon cerveau et tout mon corps, et toute ma poitrine, comme une flamme qui cependant ne brillait pas [15][15] Hildegarde von Bingen, Scivias : “Sache les voies”,... …” Une injonction divine à laquelle elle ne peut se soustraire. Elle commence à noter ses visions ou à les dicter – “Dis donc ces merveilles et écrisles telles qu’elles te sont enseignées [16][16] Ibid.”. Elle reçoit de Bernard de Clairvaux l’assurance que ses visions sont une grâce du ciel, le pape Eugène III l’encourage également continuer à écrire. Elle commence par un recueil de trois livres, un triptyque, le Scivias (du latin sci vias Dei “Connais les voies de Dieu”), qui décrit ses visions dans une langue poétique et symbolique.

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Mais il ne s’agit pas d’éclairs fugitifs ni de visions statiques. La prophétesse est traversée de fulgurances qui se déploient dans une durée à la manière d’un rêve extatique. “Je vis une immense sphère ronde et pleine d’ombre, ayant une forme ovale… […] Une pluie soudaine tomba avec beaucoup de bruit. Et lorsqu’elle fut épanchée, une pluie fine tomba avec un très léger bruissement. Alors un souffle avec ses tourbillons sortit pour se répandre sur toute la sphère. Et au milieu de tous ces éléments était un globe sablonneux… […] Et j’entendis de nouveau une voix du ciel qui disait : « Dieu, qui a fait toutes choses par Sa Volonté, les a créées pour la connaissance et l’honneur de son nom. Non seulement pour montrer en elles des choses visibles et temporelles, mais pour manifester en elles les choses invisibles et éternelles. Ce qui est démontré dans la vision que tu contemples [17][17] Ibid.. »”

La matière des visions

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Elles sont fulgurantes et s’inscrivent dans une durée, elles sont précises et synthétiques tout à la fois. “Et tout à coup, j’avais l’intelligence de l’exégèse des Ecritures, des psaumes, des Evangiles et de tous les autres livres de l’Ancien ou du Nouveau Testament ; mais je ne connaissais ni la signification des mots du texte, ni la division des syllabes, ni les cas, ni les temps grammaticaux [18][18] Ibid., I, troisième vision..”

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Elles se manifestent à travers la faiblesse, Hildegarde laisse couler Dieu à travers elle. Elles sont auditives, retranscription d’un concert céleste plus qu’expérience visuelle. Au centre de la transcription de ces énergies cosmiques [19][19] Hildegarde von Bingen, Le Livre des œuvres divines,..., un mot revient régulièrement : viriditas. En français, viridité désignait autrefois l’état, la qualité de ce qui est vert ; ou la couleur verte. Cette définition a perdu justement de sa viridité, notion qui chez Hildegarde ressemble davantage à la sève et à la vitalité spirituelle et corporelle, proche de l’énergie de la joie de Spinoza ou de la force mystérieuse qui anime la Nature et les Vivants chez Lucrèce.

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O nobilissima viriditas…

O très noble verdeur / enracinée dans le soleil / et brillant sur la roue / dans la clarté sereine, aucune puissance terrestre / ne peut te concevoir. / Les mystères divins / t’ont prise dans leurs bras / Tu rougeoies comme l’aurore / Tu brûles comme la flamme du soleil[20][20] Hildegarde von Bingen, “Symphonie n° 56”, in La Symphonie....

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Hildegarde publiera plusieurs ouvrages, depuis le Liber vitae meritorum (Le Livre des mérites), le Liber divinorum operum (Le Livre des œuvres divines), mais aussi des ouvrages de médecine, des traités de botanique et de géologie. Et des pièces musicales…

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Elle invente une langue, la Lingua Ignota (“langue inconnue”) avec son alphabet spécifique (Litterae ignotae) qu’elle enseigne à ses religieuses. Vrizoil (vierge), inimois (homme), isparie (esprit), scarpinz (muet), zirins (doigt), tizzia (aube), Aigonz (Dieu)… La langue compte plus de mille mots et couvre des champs lexicaux variés : théologie, angéologie, physiologie, anatomie, structures parentales, animaux, pierres, plantes…

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Femme d’engagement, Hildegarde se bat pour que “ses filles” reçoivent une éducation identique à celle des garçons. Elle soutient que l’esprit de l’homme et de la femme sont identiques, opinion scandaleuse à l’époque (et pour bien longtemps encore !).

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C’est donc une littéraire, une femme de sciences, médecin, érudite, visionnaire, mais aussi une compositrice de talent qui écrit durant sa vie soixante-dix-sept symphoniae : hymnes, antiennes, répons, séquences et jeux liturgiques. L’influence du plain-chant et des formules du chant grégorien est présente, la musique est traversée par des audaces de construction et des inventions en rupture avec la tradition. L’ornementation se développe, le rapport au texte est plus serré. L’utilisation symbolique des modes et de grands ambitus résonne de façon singulièrement moderne. Pour Hildegarde, la musique est la forme la plus élevée de toute activité humaine, le miroir de l’harmonie des sphères et des chœurs angéliques. Pour elle, l’âme est une symphonie. “L’âme est symphonique ; de même que la parole désigne le corps, la symphonie manifeste l’esprit, car l’harmonie céleste annonce la Divinité et la parole annonce l’humanité du Fils [21][21] Hildegarde von Bingen, Scivias, I, op. cit..” Le pouvoir de la voix humaine répond au pouvoir de la voix créatrice de Dieu. Dans un jeu d’ombres, de projections, de ressemblances, d’empreintes…

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O voix première
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Adam a perdu sa voix (angélique) dans la Chute. L’homme la cherche à travers le chant “où le corps et l’âme s’unissent [23][23] Hildegarde von Bingen, Scivias, op. cit., treizième...”. A certains sons, timbres, certains effets harmoniques, l’homme soupire, se souvenant soudain de l’harmonie céleste, réminiscence du temps paradisiaque. Les instruments aussi participent de la gloire divine : “la flûte de la sainteté, la cithare de la louange, l’orgue de l’humilité [24][24] Ibid.”.

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Les hommes trouvent dans la louange “une joie de toutes les joies sans fin, en présence de Dieu [25][25] Lettre aux prélats de Mayence.”. “La force intérieure du Père surgit de ce chœur comme un visage [26][26] Hildegarde von Bingen, Scivias, op. cit., treizième....” C’est une musique parousiaque, ontologique. Méditative, elle sera l’objet d’un grand engouement, voire d’un phénomène de mode dans les années 1990 avec la parution des Canticles of Ecstasy[27][27] Hildegard von Bingen, Canticles of Ecstasy, CD audio... auxquels succéderont de nombreux enregistrements. D’une façon générale, le personnage sera exhumé, voire “récupéré”, à la fin du XXe siècle par les différents courants de cultures alternatives, du New Age aux médecines douces. Mais Hildegarde ne se laisse pas réduire à un système de pensée.

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Son puissant esprit analogique, hérité de la tradition philosophique ancienne, lui a fait pressentir ce qu’établiront les lois quantiques de la physique contemporaine. En révélant les accords profonds entre les rythmes célestes, organiques, physiques, elle perce les secrets de la Création et de la relativité du temps. Elle est source d’intuition et d’inspiration pour bien des siècles à venir…

A travers l’art ou le sacré, les rebelles au conformisme et à la mollesse de la pensée cherchent le chemin de la “vie divine”, le “cœur, le centre”.

Notes

[*]

Catherine Peillon est directrice artistique, éditrice, auteur et photographe. Elle fonde en 1989 le label de disques l’empreinte digitale après des études de philosophie et diverses expériences d’écriture. Depuis cinq ans, elle développe de nombreux projets en étroite collaboration artistique avec le compositeur Zad Moultaka.

[1]

Lettre à Anastase, pape entre 1153 et 1154.

[2]

Historien et traducteur (1937-1984).

[3]

Un des grands quotidiens francophones de Montréal.

[4]

Voir Lorraine Vaillancourt “Lettre (inédite) à Lise Bissonnette, directrice du Devoir”, Circuit, volume 7, numéro 1, les Presses de l’université de Montréal, 1996.

[5]

NEM, le Nouvel Ensemble moderne : un parcours contemporain, 1989-2009, Editions du NEM, Montréal, 2009.

[6]

Discours de réception à la Société royale du Canada, 16 avril 1998.

[7]

Il faut savoir que la moyenne est plutôt deux ou trois fois moindre.

[8]

Rencontre avec Lorraine Vaillancourt, Marseille, l’Alcazar/GMEM.

[9]

NEM, le Nouvel Ensemble moderne : un parcours contemporain, 1989-2009, op.cit.

[10]

Discours de réception à la Société royale du Canada, 16 avril 1998.

[11]

Idem.

[12]

Rencontre avec Lorraine Vaillancourt, Marseille, l’Alcazar/GMEM mai 2009.

[13]

Conversation. Pour le Festival d’Avignon 2008, Editions P.O.L, Festival d’Avignon, 2008.

[14]

NEM, le Nouvel Ensemble moderne : un parcours contemporain, 1989-2009, op. cit.

[15]

Hildegarde von Bingen, Scivias : “Sache les voies”, ou Livre des visions, présenté et traduit par Pierre Monat, Le Cerf, 1996.

[16]

Ibid.

[17]

Ibid.

[18]

Ibid., I, troisième vision.

[19]

Hildegarde von Bingen, Le Livre des œuvres divines, traduit par Bernard Gorceix, Albin Michel, 1989.

[20]

Hildegarde von Bingen, “Symphonie n° 56”, in La Symphonie des harmonies célestes, traduction Rebecca Lenoir et Christophe Carraud, Editions Jérôme Million, 2003.

[21]

Hildegarde von Bingen, Scivias, I, op. cit.

[22]

Symphonia 4, in La Symphonie des harmonies célestes, op. cit.

[23]

Hildegarde von Bingen, Scivias, op. cit., treizième vision.

[24]

Ibid.

[25]

Lettre aux prélats de Mayence.

[26]

Hildegarde von Bingen, Scivias, op. cit., treizième vision.

[27]

Hildegard von Bingen, Canticles of Ecstasy, CD audio édité par Deutsche Harmonia Mundi, 1994.

Plan de l'article

  1. La révélation du temps
  2. Une inquiétude créatrice ardente
  3. Visions
  4. La matière des visions

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