La psychiatrie de l'enfant
P.U.F.

I.S.B.N.213052317X
304 pages

p. 557 à 591
doi: 10.3917/psye.442.0557

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Méthodologies et techniques

Volume 44 2001/2

2001 La psychiatrie de l'enfant Méthodologies et techniques

Interactions entre une auto-évaluation de la santé mentale, le contrôle interne/externe et l’adaptation scolaire chez des enfants de 6 à 8 ans

Monique Allès-Jardel  [1] Christine Monneraud Régine Prospéri  [2]
Dans l’écosystème de l’enfant, diverses composantes sont en interaction. Cette recherche se propose de mettre en évidence les relations pouvant exister entre la santé mentale et les problèmes d’adaptation scolaire à l’école primaire chez les enfants de cours préparatoire et de cours élémentaire. En effet, l’enfant est appréhendé ici comme participant activement à son développement en relation avec la globalité des dimensions de son environnement.
Notre échantillon est composé de 100 enfants de 6-8 ans issus de milieu socioculturel moyen de deux écoles de la région Provence - Côte d’Azur (PACA). Les facteurs étudiés sont par conséquent chez les enfants des variables relatives à une auto-évaluation de leur santé mentale, ainsi que le contrôle psychologique. Les variables socio-affectives représentées dans cette recherche sont le milieu socioculturel (MSC) et les pratiques éducatives parentales (PEP). Elles sont analysées à partir de questionnaires à l’intention des enfants, des parents et des enseignants.
Nous pouvons donc constater des influences de la santé mentale, du milieu socioculturel et des pratiques éducatives parentales sur l’adaptation scolaire. De plus, nous pouvons dire que MSC et PEP sont liés. La structuration familiale a aussi une incidence sur le type de troubles. Les liens établis sont les suivants : les enfants en bonne santé mentale ont une bonne adaptation scolaire. Ceux qui sont en mauvaise santé mentale ont une mauvaise adaptation scolaire. Parmi ceux qui ont une mauvaise santé mentale, ceux qui ont des troubles “ extériorisés ” présentent aussi une bonne adaptation scolaire. Les enfants recevant une éducation souplement ou rigidement structurée vont développer plutôt des troubles “ intériorisés ” lorsqu’ils sont en mauvaise santé mentale. Ceux recevant une éducation faiblement structurée vont souvent développer des troubles “ extériorisés ”. Le milieu favorisé ou intermédiaire permet une bonne adaptation scolaire. Une éducation souple la permet aussi. De même, en milieu favorisé les enfants reçoivent le plus souvent une éducation souple.
Le questionnaire de santé mentale “ Dominique ” sur CD-Rom que nous avons testé dans cette étude nous semble un outil intéressant permettant de prendre en compte les différentes dimensions de l’enfant dans son écosystème et dans une vision globale de son développement.
In the ecosystem of the child, various components are in interaction. This research proposes to highlight the link between mental health and school adaptation in the child from 6 to 8 years of age, and this through the various interactions of certain factors of influence. Indeed, the child is apprehended here as an active agent of his development in relation to the globality of dimensions of his environment.
The factors studied are variables relating to the child : mental health and school adaptation, as well as psychological control. The socioemotional variables represented in the research are parental educational practices (PEP) and the sociocultural medium (MSC). They are analyzed on the basis of questionnaires for the children, parents and teachers.
We can note the influences of mental health, sociocultural medium and PEP on school adaptation. Moreover, we can say that MSC and PEP are dependant. The family structuring also affects the type of disorders. It appears that : Children in good mental health have good school adaptation and vice versa. Among those who have bad mental health, those who have exteriorized disorders also have good scolastic adaptation. Children who receive a flexibly or rigidly structured education tend to develop interiorized disorders when they are in bad mental health. Those which receive a weakly structured education tend to develop exteriorized disorders. Being in the upper or middle class allows for good school adaptation. A flexible education also permits such adaptation. In the upper classes students are more likely to receive a flexible education.
The questionnaire of mental health “ Dominique ” on CD-Rom which we tested seems to us to be an interesting tool making it possible to take into account various dimensions of the child in his ecosystem and in a global vision of his development.
En el ecosistema del niño participan distintos elementos en interacción. Esta investigación se propone destacar las relaciones existentes entre la salud mental y los problemas de adaptación escolar en la escuela primario en niño de curso preparatorio y de curso elemental.
Se supone que el niño participa activamente en su desarrollo en relación con la globalidad de las dimensiones de su entorno.
Nuestro muestrario se compone de 100 niños de 6 a 8 años de 2 escuelas de la region Provence - Côte d’Azur (PACA) de un nivel sociocultural medio. Los factores estudiados en los niños constituyen variantes relativos a una auto-evaluación de su salud mental, así como de un control psicológico. Las variables socio-afectivas de esta investigación está n representadas por el medio sociocultural (MSC) y las prá cticas educativas parentales (PEP). Se analizan a partir de cuestionarios destinados a los niños los padres y los maestros. Se comprueban la influencia de la salud mental, del medio sociocultural y de las prá cticas educativas parentales en la adaptación escolar. Observamos que el MSC y el PEP está n estrechamente relacionados. La estructuración familiar también incide en el tipo de trastornos. Se deducen las relaciones siguientes : los niños con buena salud mental se adaptan bien a la esculea. Los que tienen mala salud mental tienen mala adaptación escolar. Entre los que tienen mala salud mental, los que tienen trastornos “ exteriorizados ” también se adaptan bien a la escuela. Los niños con una educación medianamente o rígidamente estructurada desarrollan tambien trastornos “ interiorizados ” cuando tienen mala salud mental. Los que tienen una educación poco estructurada desarrollan a menduo trastornos “ exteriorizados ”. Un nivel social favorecido o medio facilita una buena adaptación escolar. Asimismo en los niveles sociales favorecidos los niños reciben la mayor parte del tiempo una educación tolerante.
El cuestionario de salud mental “ Dominique ” en el CD-Rom que hemos utilizado en esta encuesta nos parece un instrumento interesante que tiene en cuenta las distintas dimensiones del niño en su ecosistema y en la visión global de su desarrollo.
 
ÉLÉMENTS POUR UNE PROBLÉMATIQUE DE LA RECHERCHE
 
 
La psychologie de l’enfant a pris naissance le jour où la société a cessé de le considérer comme un adulte en miniature et où la connaissance des traits spécifiques de son psychisme est devenue une priorité. Elle a pris son essor au XXe siècle où l’enfant tient une place prépondérante, les parents se préoccupant avant tout de son épanouissement cognitif, affectif ou social. Sa santé mentale, son adaptation scolaire deviennent des soucis majeurs. Son développement a longtemps été abordé en séparant les différents aspects de sa personnalité : les travaux de Piaget ne prenaient en compte que l’approche cognitive du développement alors que la psychanalyse ne s’intéressait qu’à l’affectivité. Les études les plus récentes, annoncées par Wallon, s’intéressent à l’enfant dans sa globalité affective, cognitive et sociale.
Parallèlement à ces approches, les théories interactionnistes se situent plus ou moins explicitement dans une perspective écosystémique (Allès-Jardel et al., 2000). L’enfant est considéré comme un agent actif de son développement qui module les conditions environnementales et ne les subit pas passivement. Il est au cœur d’un réseau de systèmes interdépendants et qui s’autorégulent. Bronfenbrenner (1979, 1996) situe l’enfant dans son environnement selon ce modèle de développement systémique et écologique. Il prend en compte la complexité et la dynamique du vivant. Il distingue cinq niveaux imbriqués les uns dans les autres, en interaction, qui gravitent autour de l’enfant. L’ontosystème représente le développement du sujet en relation avec les différents microsystèmes. L’enfant est inséré en particulier dès sa naissance dans le microsystème familial puis dans différents milieux de garde et ensuite dans le microsystème scolaire. Il est en relation plus indirecte avec les trois autres systèmes (mésosystème, exosystème et macrosystème) qui décrivent l’ensemble des contextes sociaux culturels et idéologiques.
La famille, par ses pratiques, ses valeurs, sa culture permet à l’enfant d’accomplir ses premières expériences, ses premiers apprentissages. Elle représente aussi son premier bain social. Avec l’entrée à l’école, le jeune enfant franchit une nouvelle étape. Il doit s’adapter aux exigences de la vie scolaire. Cette adaptation, à la fois sociale et scolaire, est le fruit des interactions entre l’enfant et les différents microsystèmes. La qualité de cette adaptation dépend de la qualité de sa santé mentale. En effet, adaptation scolaire et santé mentale chez l’enfant de 6 à 8 ans sont deux concepts indissociablement liés. La santé mentale est à considérer comme une composante de l’adaptation, l’une influençant l’autre et réciproquement. Elles sont elles-mêmes le résultat d’influences réciproques qui agissent entre l’enfant et les milieux de vie dans lequel celui-ci évolue. Dans ce cadre écosystémique, de nombreuses études ont mis en relation des variables sociofamiliales et des variables individuelles. Nous avons choisi pour notre recherche d’étudier les pratiques éducatives parentales (PEP) et le milieu socioculturel (MSC) comme variables sociofamiliales. La réussite scolaire en tant que critère positif d’adaptation scolaire (AS) et le contrôle psychologique interne/externe (contrôle) en tant que trait de personnalité seront retenus comme variables individuelles. Notre souci sera de mettre ces variables en relation avec la santé mentale (SM) ainsi qu’entre elles. Nous tenterons de comprendre la nature des liens et leur sens.
Le test « Dominique », outil de diagnostic des troubles de comportement chez l’enfant âgé de 6 à 11 ans, sous sa nouvelle forme CD-Rom, sera un élément essentiel de la recherche. Son expérimentation apportera un intérêt clinique concernant la détection et la prévention des problèmes de santé mentale. Quant à notre étude, se situant dans une approche écosystémique, elle aura l’intérêt de permettre une meilleure compréhension de l’échec scolaire.
La santé mentale
La santé mentale n’est pas aisée à définir. Elle a pu l’être par rapport à un jugement de valeur, une norme des conduites. Elle pourrait correspondre à un état de bonheur ou encore à une absence de maladie mentale. Le concept de santé mentale est défini dans le Grand Dictionnaire de psychologie comme « l’aptitude du psychisme à fonctionner de façon harmonieuse, agréable, efficace et à faire face avec souplesse aux situations difficiles en étant capable de retrouver son équilibre » (Bloch, Chémama et coll., 1991, p. 686). Cloutier (1966) énonce plusieurs critères pour la définir. Il relève parmi ces critères les attitudes vis-à-vis du moi comme une juste appréciation de la réalité du monde, l’intégration de la personnalité et surtout l’adaptation au milieu avec la nature et la qualité des rapports qui s’élaborent. Au regard de ces définitions, le lien entre la santé mentale et l’adaptation est véritablement étroit. Par des régulations internes, l’individu en bonne santé mentale rétablit un équilibre dynamique entre l’organisme et le milieu. Il peut résoudre ses conflits internes ou externes et résister aux frustrations.
Pour l’enfant, le concept de santé mentale est encore plus compliqué puisque, comme l’affirme Anna Freud (citée par Marcelli, 1996), le conflit est inhérent au développement. Chez l’enfant, des symptômes pathologiques peuvent s’inscrire dans une évolution normale. Des comportements anormaux ne seront pris en compte comme pathologiques que s’ils demeurent permanents à un certain âge et se maintiennent comme anormaux dans le temps. Le lien chez l’enfant entre 6 et 8 ans s’établit le plus fréquemment entre santé mentale et adaptation scolaire comme en attestent les demandes de consultations pédopsychiatriques. Comme le soulignent Pourtois et Desmet (1989), il semblerait que l’école traduise en performances scolaires la qualité du développement de l’enfant. Ces auteurs trouvent en effet une corrélation très élevée entre les deux variables développement et adaptation scolaire.
Dugré (1997) remarque que le terme de santé mentale, communément utilisé au Québec, a une connotation négative en France : l’expression « difficultés psychologiques » semble mieux correspondre à la sensibilité française. Outre-Atlantique, l’équipe québécoise de recherche de l’hôpital Rivière des Prairies, dirigée par le Pr Valla, s’est intéressée au dépistage et au traitement précoce des problèmes de santé mentale pour les enfants entre 6 et 11 ans. Cette équipe a élaboré l’outil de diagnostic de la santé mentale que nous utilisons pour notre étude : le test « Dominique ». Le Pr Valla a sélectionné les troubles les plus fréquents chez l’enfant et les a classés en deux catégories : les troubles « intériorisés » et les troubles « extériorisés ».
Les troubles intériorisés
Les troubles intériorisés seraient la phobie, l’angoisse de séparation, l’hyper-anxiété et l’anxiété généralisée, la dépression majeure et la dysthymie. Ces troubles sont vécus surtout sous forme de souffrance intérieure. Ce sont des conduites silencieuses et non gênantes qui peuvent rester méconnues très longtemps. Ils seraient mieux identifiés par les enfants eux-mêmes, informateurs essentiels sur l’étude de leur propre santé mentale, ayant une vue imprenable sur leur monde intérieur. Mais les limites cognitives des enfants de moins de 12 ans ne leur permettent pas de répondre à certains questions, de comprendre certains concepts, s’ils ne sont pas illustrés d’exemples concrets. Le questionnaire « Dominique » a été conçu afin de remédier à cette difficulté.
La phobie : ce trouble se caractérise par la peur persistante et non justifiée d’un objet ou d’une situation. Entre 6 et 18 mois surviennent les premières phobies, peurs du noir ou de l’inconnu. La manifestation des phobies et leur variété (animaux, orage, école...) est relativement fréquente au cours du développement normal. Si elles ne sont pas trop envahissantes, elles peuvent être considérées comme banales. Dans la majorité des cas, elles s’atténuent vers 7-8 ans. Mais leur persistance, voire leur aggravation pourraient être le signe d’une névrose de l’enfant.
L’angoisse de séparation : ce trouble se caractérise par une anxiété excessive lorsque l’enfant se sépare ou est séparé des personnes auxquelles il est attaché. Cette angoisse, liée à la séparation avec la mère, se manifeste précocement, vers le huitième mois. Elle apporte d’une façon positive la preuve que l’enfant la différencie d’un inconnu. Par la suite, l’enfant peut retrouver cette angoisse à certains moments cruciaux de son parcours d’adaptation. L’entrée à l’école maternelle fait partie des étapes d’adaptation que l’enfant doit franchir et qui peuvent la susciter. Il s’agit la plupart du temps d’une réaction transitoire. Cette angoisse de séparation peut poser problème selon son intensité, sa durée ou l’âge à laquelle elle survient. C’est une angoisse fréquente cependant.
L’anxiété généralisée et l’hyper-anxiété : les deux troubles sont proches. Soit l’anxiété est présente sans justification, soit le sujet montre un souci excessif à propos d’événements futurs, de comportements passés ou de performances. Ces troubles peuvent s’accompagner de symptômes physiques : tension musculaire, sensation de boule dans la gorge...
La dépression majeure et la dysthymie : il s’agit de deux troubles dépressifs. La caractéristique en est, soit une humeur dépressive ou irritable, soit une perte d’intérêt ou de plaisir. « L’enfant de 5-6 ans jusqu’à 12-13 ans peut présenter une symptomatologie recoupée en deux pôles. D’un côté des manifestations liées à la souffrance dépressive avec parfois des conduites d’autodépréciation. D’un autre côté des conduites liées à la protestation et à la lutte contre ces aspects dépressifs. L’enfant utilise alors des troubles du comportement pour camoufler sa dépression. Dans tous les cas, l’échec scolaire est quasi constant. Il accentue la désadaptation de l’enfant à son environnement » (Marcelli, 1996, p. 352.)
Les troubles extériorisés
Les troubles extériorisés, c’est-à-dire les troubles du comportement, seraient quant à eux surtout détectés par les parents ou les enseignants. Ils se manifestent sous forme de conduites qui dérangent et sont facilement observables. Il s’agit de l’hyperactivité avec déficit de l’attention, les troubles d’opposition et ceux des conduites. En ce qui concerne les troubles des conduites, la désirabilité sociale peut amener l’enfant à nier ou diminuer ses comportements antisociaux. Le recours à l’avis, l’identification de ces conduites par l’entourage est nécessaire.
L’hyperactivité avec déficit de l’attention : c’est un grand motif de consultation en pédopsychiatrie, le plus souvent pour les garçons (60 à 80 % des cas selon Marcelli, 1996). La demande émane de la famille, en particulier chez les enfants d’âge préscolaire entre 3 et 4 ans : « Il n’arrête pas, ne tient pas en place. » Un peu plus tard, à l’âge scolaire entre 6 et 10-12 ans, c’est l’enseignant qui incite les parents à consulter en ajoutant l’instabilité de l’attention à celle du comportement : « Il papillonne, il est distrait. » Ces manifestations influencent le comportement social et la performance scolaire.
Les troubles d’opposition : ils sont caractérisés par un ensemble de comportements négatifs, hostiles et provocants sans qu’il y ait violation bien grave des droits fondamentaux des autres. L’opposition peut être active ou passive.
Les troubles de conduites : il s’agit de conduites répétitives et persistantes dans lesquelles sont bafoués les droits fondamentaux des autres ou les normes et règles sociales correspondant à l’âge de l’enfant (mensonges, agressions physiques, vols, fugue...).
L’adaptation scolaire
La santé mentale est davantage envisagée sous son versant négatif (troubles du comportement, de la personnalité), de même l’adaptation scolaire est souvent évoquée en termes d’échec scolaire. L’objectif est, bien sûr, de l’analyser pour y remédier. Cet échec pouvant être abordé sous différents angles, sociologiques (Duru-Bellat et Henriot Van Zanten, 1992) ou psychologiques (Deschamps, 1992).
En sociologie, Forquin (1982) fait le point sur l’approche sociologique de la réussite et de l’échec scolaire, présentant de nombreuses études dont celles de Baudelot et Establet ainsi que celles de Bourdieu et Passeron. Pour les premiers, l’école, en tant qu’institution, est responsable des inégalités et par conséquent de l’échec de certains élèves défavorisés socialement. Les seconds développent la thèse de l’héritage culturel qui incrimine également l’institution. L’échec scolaire peut également être considéré sous un angle psychologique en faisant appel à des déterminants plus individuels : la personnalité de l’enfant, sa manière propre d’appréhender la réussite ou l’échec, sa capacité d’adaptation, sa santé mentale. La psychanalyse, en abordant les difficultés individuelles s’exprimant à l’école, offre une compréhension de la dynamique de la personnalité et de la dynamique familiale qui en est la base. Elle éclaire « les mésaventures » de la construction de la vie affective et de la personnalité ainsi que les réactions psychologiques aux troubles instrumentaux ou aux situations familiales et sociales.
L’approche écosystémique permet de considérer les deux types de variables, sociologiques et psychologiques et leurs interactions : « Confronté à l’inadaptation scolaire, il faut prendre en compte les trois partenaires, l’enfant, sa famille et l’école et tenter d’évaluer leurs interactions réciproques avant d’envisager une aide thérapeutique » (Marcelli, 1996, p. 448). Caglar (1996) présente les composantes de l’adaptation scolaire : les facteurs intrinsèques à l’enfant et ceux qui sont inhérents aux différents milieux dans lesquels il évolue. Parmi les facteurs intrinsèques, elle cite le niveau intellectuel, le développement affectif et l’adaptabilité sociale. En ce qui concerne les facteurs extérieurs, l’école est le lieu d’actualisation et de développement de ses potentialités intellectuelles, affectives, sociales. Elle est aussi le lieu d’acquisition des connaissances exigées par la société dans laquelle il devra finalement s’insérer. Quant à la famille, elle constitue la principale base de construction de la personnalité.
Le milieu socioéconomique et socioculturel
Les caractéristiques socioéconomiques et culturelles du milieu constituent des variables utilisées dans les enquêtes qui portent sur le développement et la scolarité des enfants. Le milieu social comporte à la fois des caractéristiques déterminées par les catégories socioprofessionnelles mais aussi des caractéristiques culturelles déterminées par le niveau d’étude et les diplômes. Les thèses déjà citées du handicap socioculturel et de l’héritage culturel ont souligné l’importance de ces facteurs culturels.
Il est clairement établi par les sociologues que les facteurs sociaux ont une influence décisive sur la réussite ou l’échec scolaire : la durée, la qualité des études de l’enfant va dépendre en grande partie de son origine sociale. Une enquête sur le niveau intellectuel des enfants d’âge scolaire citée par Caglar (1996) montre l’existence d’une corrélation entre la hiérarchie des quotients intellectuels moyens des élèves et la hiérarchie des statuts professionnels des personnes qui entourent l’enfant. Cette différence ne saurait être attribuée à l’hérédité car elle n’existe pas dans les premières années de la vie mais se révèle par la suite, comme en atteste l’étude de Brunet citée par Caglar (1996). Dugré (1997) rapporte des travaux qui mettent en évidence une relation étroite entre le nombre de problèmes de santé mentale et la classe sociale, ainsi que d’autres qui expliquent l’influence indirecte du milieu socioéconomique sur la santé mentale de l’enfant à travers certaines caractéristiques des parents et de la famille. Les conditions de travail des parents et leur niveau de scolarisation détermineraient les pratiques éducatives parentales qui affecteraient à leur tour le développement et la capacité de l’enfant à s’adapter.
L’éducation familiale
Dans une note de synthèse qui traite de l’éducation familiale et de l’état des recherches en ce domaine, Pourtois et Desmet (1989) précisent les relations qui existent et unissent les variables les plus fréquemment prises en compte en éducation familiale. Celles-ci expliquent les disparités du développement intellectuel, cognitif et langagier ainsi que de l’adaptation scolaire et sociale. Ces deux auteurs mais aussi d’autres chercheurs en Amérique du Nord et en Europe montrent que les attitudes éducatives, les représentations des sujets et les comportements parentaux jouent un rôle décisif dans l’évolution cognitive sociale et affective de l’enfant (Allès-Jardel, 1996). Ils décrivent deux sortes de variables : les variables distales agissant indirectement (par exemple : le milieu social) et les variables proximales (par exemple : le comportement de la mère). Selon ces auteurs, les réalités familiales expliquent 84 % de la variable de l’adaptation scolaire des enfants âgés de 7 ans. Ils citent Palacio-Quintin qui liste des facteurs de privilèges : par exemple, un enseignement familial qui encourage l’exploration ou qui oriente la tâche produira davantage de réussite alors que les enfants qui réussissent le moins ont un environnement plus directif qui intervient à leur place. L’école de Chicago met en évidence le fait que la plupart de ces facteurs de privilèges apparaissent dans les milieux socialement favorisés. Eider (cité par Forquin, 1982) établit le lien entre la réussite scolaire et un climat familial libéral.
Les travaux de Lautrey (1984) établissent des relations entre la classe sociale, le système éducatif, le développement de l’enfant et son intelligence. Il met en évidence une variable intermédiaire entre statut social et intelligence qu’il nomme « Structuration éducative familiale ». Cet auteur se réfère à la théorie piagétienne. Il utilise le modèle de l’équilibration. Les caractéristiques de l’environnement familial sont déterminées en rapport avec les différentes perturbations qui interviennent dans le milieu. Il distingue ainsi un milieu faiblement structuré qui comporte de nombreuses perturbations et une absence de régulations, un milieu rigide qui a des perturbations immuables et des régulations impossibles à remettre en cause et un milieu souplement structuré avec des perturbations et des régulations modulables selon les circonstances. L’environnement est d’autant plus favorable au développement intellectuel que le rapport régulation-perturbation est en équilibre, ce qui est le cas dans la structuration souple. Pour lui, il existe un lien entre les différents types de milieux éducatifs et de milieux sociaux : la structuration souple se retrouve surtout dans les catégories socialement favorisées, professions libérales et cadres supérieurs. La structuration rigide, au contraire, se retrouve davantage dans les niveaux sociaux inférieurs tandis que la structuration faible se situerait aux deux extrémités de l’échelle sociale. D’autres auteurs ont défini des types de pratiques éducatives familiales en s’appuyant non plus sur la dimension cognitive à la manière de Lautrey mais sur la dimension affective comme Baumrind (1971) ou encore Oubrayrie et al. (1977).
Du locus de contrôle à la norme d’internalité
Oubrayrie et al. (1996) évoquent le concept de contrôle psychologique. Celui-ci est considéré comme un trait de personnalité, une tendance stable dans le temps à adopter un type d’explication ou de croyances : il y aurait des individus « externes » et d’autres « internes ». Le sujet externe fera référence à des facteurs externes, situationnels qui ne dépendent pas de lui (chance, difficulté d’une tâche, autrui), alors que le sujet interne fera référence à des facteurs internes, dispositionnels qui dépendent de lui (effort, compétence).
Dubois (1991) définit la norme d’internalité comme la valorisation sociale des renforcements et comportements qui accentuent le rôle social de l’acteur. Bressoux et Pansu (1998) font quatre constats à partir des recherches entreprises jusqu’à présent :
  • les explications internes sont désirables socialement ;
  • elles feraient l’objet d’un apprentissage médiatisé par les dispositifs socioéducatifs (parents et enseignants) ;
  • elles seraient plus fréquemment sélectionnées dans les groupes sociaux favorisés ;
  • la norme d’internalité est indissociable de l’activité d’évaluation et renvoie à des attributions de valeur.
Ces recherches ont permis de décrire les liens entre milieu socioculturel (MSC) et contrôle, puis entre adaptation scolaire et contrôle, et enfin entre pratiques éducatives parentales (PEP) et contrôle. Dubois et Le Poultier (1993) cherchent à confirmer le lien entre internalité et pratiques libérales et introduisent le concept de clairvoyance normative que Py et Somat (1991) développent. Pour eux, ce concept renvoie à la perspicacité d’un individu de percevoir ou non la norme sociale. La connaissance d’une règle sociale est indépendante du degré d’adhésion. Il peut donc y avoir des individus non clairvoyants, qui ont intériorisé la norme, et des individus clairvoyants, qui ont conscience de sa valeur sociale et choisissent de l’exprimer sans l’avoir pour autant intériorisée.
 
MÉTHODE
 
 
Cadre hypothétique
Nous faisons l’hypothèse qu’une bonne santé mentale favoriserait l’adaptation scolaire. Quand l’enfant présente des troubles, en particulier de type intériorisé, il aurait néanmoins une bonne adaptation scolaire. S’ils sont extériorisés, il aurait plutôt une mauvaise adaptation scolaire.
Nous pensons que les enfants de milieu favorisé présenteraient moins de problèmes de santé mentale que ceux de milieu défavorisé. Quand il y a problème de santé mentale, nous nous attendons à retrouver plus de troubles intériorisés chez les enfants de milieu favorisé et plus de troubles extériorisés chez les enfants de milieu défavorisé.
Les enfants recevant des pratiques éducatives souples auraient une meilleure santé mentale. Parmi les enfants ayant un problème de santé mentale, ceux recevant des PEP souples auraient plus de troubles intériorisés. Ceux recevant des PEP rigides ou faibles auraient plus de troubles extériorisés.
Les « internes » auraient une meilleure santé mentale que les « externes ». Les troubles intériorisés se trouveraient plutôt chez les « internes » et les troubles extériorisés plutôt chez les « externes ».
Nous faisons également l’hypothèse que certaines variables entretiendraient entre elles des liens susceptibles d’influencer indirectement la santé mentale de l’enfant. Un MSC favorisé serait un facteur de bonne adaptation scolaire. La structuration souple favoriserait aussi l’adaptation scolaire. Un contrôle interne la favoriserait également. Inversement, une bonne adaptation scolaire accentuerait l’internalité.
Un milieu favorisé entraînerait une structuration plus souple. Dans un MSC favorisé, on trouverait plus d’ « internes ». De même, la structuration souple favoriserait l’internalité.
Population
Notre échantillon est composé d’une centaine d’enfants âgés de 6 à 8 ans, filles et garçons sont représentés en proportions égales, issus des Cours préparatoires (CP) et des Cours élémentaires première année (CE1) de la région PACA. En prenant un échantillon important, nous avons voulu éviter l’écueil d’un effectif trop faible qui pouvait conduire à des difficultés de traitement statistique. L’âge correspond à une période sensible : c’est au moment de son passage à l’école primaire et de l’apprentissage de la lecture que l’enfant révèle sa capacité d’adaptation et que des troubles du comportement peuvent être signalés. Le milieu est périurbain : il s’agit de deux petites villes d’environ 5 000 habitants. Les variables « sexe », « âge » et « milieu géographique » sont donc contrôlées. Les écoles n’étant pas situées dans des Zones d’éducation prioritaire, nous nous attendons à y retrouver toutes les catégories sociales ainsi que différents niveaux scolaires. Nous avons fait le choix de ne pas étudier spécialement les élèves en difficulté d’adaptation scolaire, mais de nous intéresser aussi aux élèves dits « réguliers ». Nous avons toutefois testé 10 enfants appartenant à la Classe d’adaptation d’une des deux écoles.
Matériel
Outil d’évaluation de la santé mentale
L’outil utilisé est le questionnaire « Dominique » dans sa version CD-Rom. À l’origine, conçu comme une bande dessinée accompagnée de questions, il adoptait la forme de deux cahiers cartonnés de cinquante pages. Ensuite l’outil « papier » a évolué vers une sorte de jeu vidéo sur CD-Rom, le « Dominique interactif » qui a reçu une validation interne au Québec et qui est en cours de validation en France. Il s’appuie sur le contenu de la classification américaine, le DSM, avec l’édition du DSM-III-R pour la version « papier » et l’édition plus récente du DSM-IV (Association américaine de psychiatrie, 1996) pour la version CD-Rom. Il s’agit d’une classification catégorielle qui répartit les troubles mentaux en critères précis. Le DSM considère en effet chaque trouble mental comme un syndrome psychologiquement et cliniquement significatif.
Ce test attrayant et facile à utiliser s’administre en dix à quinze minutes. Il permet en outre d’obtenir des réponses moins entachées de conformisme social. Le « Dominique interactif » ne remplace absolument pas le travail du clinicien, mais peut le faciliter, car il fournit une vue d’ensemble de la symptomatologie. 104 dessins, accompagnés d’une question, mettent en scène un enfant (au sexe ambigu) seul, avec ses pairs ou avec des adultes, à la maison et à l’école. Les enfants révèlent comment ils réagissent dans des situations de leur vie quotidienne en cliquant sur « oui » ou sur « non ». Le traitement des résultats est immédiat puisque le logiciel détermine instantanément le diagnostic. Les troubles sont évalués en fonction de deux variables : le type de troubles [3] (intériorisés ou extériorisés) et la gravité des troubles [4] (il n’y a pas de problème, il pourrait y avoir problème, il y a un problème). Dans notre expérimentation, nous n’analyserons pas dans le détail la variable « gravité des troubles », mais nous nous centrerons plutôt sur celle « type de troubles » qui nous paraît plus intéressant pour notre étude.
Cet outil, bien adapté à la personnalité et aux compétences cognitives des enfants de 6 à 11 ans, permet donc de dépister les diagnostics les plus fréquents à l’école primaire : dépression, anxiété généralisée, angoisse de séparation, phobies spécifiques (troubles intériorisés) ; troubles des conduites, troubles d’opposition, hyperactivité/déficit de l’attention (troubles extériorisés). Une catégorie a été ajoutée dans la version CD-Rom, appelée bonne santé mentale ou forces et compétences. « Dix dessins présentent des expériences et des réactions positives évaluant quelques-unes des habiletés qui permettent aux enfants de faire de bons choix et d’établir de bonnes relations avec autrui. Ils rendent en outre l’instrument plus acceptable et diminuent le nombre de réponses inexactes par le mélange de situations positives et anormales » (Valla, 1998, p. 8). L’évaluation de cette catégorie ne donne pas lieu à un diagnostic, elle est là pour aider à analyser les autres troubles (détecter les enfants plus à risque, le « non » systématique, les réponses biaisées par la désirabilité sociale, en particulier pour les troubles des conduites).
Grille d’évaluation de l’adaptation scolaire
L’adaptation scolaire étant traditionnellement mesurée en termes de réussite ou d’échec, nous avons utilisé une grille donnée aux enseignants. Elle leur demande d’évaluer leurs élèves selon trois niveaux en fonction des résultats aux évaluations scolaires du premier trimestre (bons, moyens, faibles), ainsi que de préciser ceux qui ont des problèmes avérés de comportement, ceci pour permettre de mieux les cerner. Nous avons appelé les bons élèves « enfants ayant une bonne adaptation scolaire ». Nous avons ensuite rassemblé les moyens et les faibles dans le groupe des « enfants ayant une mauvaise adaptation scolaire ». Ce choix se justifie par le fait qu’au cycle II, et en particulier dans les écoles concernées, le niveau d’exigence est moindre que dans les grandes classes ; un élève jugé moyen est souvent en difficulté d’adaptation scolaire.
Questionnaire sur le milieu socioculturel
Le questionnaire de Lautrey a été adapté pour déterminer trois catégories : favorisé, intermédiaire, défavorisé. Nous postulons que l’appartenance à un milieu socio-économique donné ne correspond pas toujours à l’appartenance au milieu culturel de la même catégorie. Lautrey (1984) utilise trois critères : niveau d’études du père et de la mère, profession du père et de la mère et caractéristiques du logement. Nous avons remplacé le dernier critère par un critère culturel : activités culturelles régulières de l’enfant, activités sportives régulières (question présentée pour éviter les réponses biaisées par la désirabilité sociale), activités en famille pendant les temps de loisirs. Le niveau d’études nous paraissant aussi être un critère culturel, nous avons donc appelé le milieu déterminé milieu socioculturel. Par exemple, pour appartenir au milieu socioculturel favorisé, il faut avoir deux des trois critères suivants : niveau d’études supérieur (père ou mère), profession libérale, cadre, enseignant, chef d’entreprise (père ou mère), au moins deux activités culturelles extrascolaires.
Questionnaire sur les pratiques éducatives parentales
Nous avons utilisé le questionnaire validé de Lautrey adapté pour les jeunes enfants (Allès-Jardel, 1997). Il comporte dix questions qui permettent de déterminer le degré de structuration des pratiques éducatives : structuration faible, souple ou rigide. À chaque question concernant une situation éducative correspondent trois réponses possibles selon leur degré de structuration. Il faut avoir au moins cinq réponses dans une catégorie pour y appartenir. Tous ceux qui n’ont pas pu se situer dans ces trois catégories sont dits indéterminés. Nous considérons en effet leurs réponses comme reflétant une éducation manquant de cohérence.
Questionnaire sur le contrôle psychologique
Le contrôle psychologique a été évalué à l’aide du questionnaire « Olivier » ou « Olivia ». Celui-ci a été élaboré à partir du QIAL de Py et Somat (1991). Il se compose d’un cahier cartonné de 13 planches montrant le dessin d’un personnage (Olivier pour les garçons et Olivia pour les filles) dans une situation de la vie quotidienne. Pour chaque planche, l’enfant a le choix entre deux images proposant une explication causale au comportement du personnage : c’est donc une réponse à choix forcé. Le score est obtenu en faisant le total des explications internes et des explications externes. L’enfant est donc considéré soit « interne » (8 réponses), soit « externe » (8 réponses), soit « tangent » (6 ou 7 réponses de chaque catégorie). Nous avons choisi ce questionnaire malgré la limite du choix forcé car il n’en existe pas d’autre, à notre connaissance, qui soit adapté à la tranche d’âge étudiée (images et situations de réponses précises).
Procédure
Après avoir effectué les démarches d’autorisation puis constitué notre échantillon, les questionnaires ont été administrés en deux séances individuelles de dix minutes espacées d’une semaine. Nous avons en même temps distribué les questionnaires de Lautrey (PEP et MSC) que nous avons ramassés une semaine après.
Il a bien été précisé, aux enfants comme aux parents, que leurs réponses seraient totalement anonymes et n’influeraient nullement sur la scolarité, ceci afin de réduire les effets dus au fait que nous sommes toutes deux enseignantes, voire directrice pour l’une d’entre nous dans les écoles concernées (réticence et désirabilité sociale). Les enfants ont tous bien réagi, étant en confiance. Toutefois pendant la passation du questionnaire « Olivier », nous avons souvent ressenti l’influence du conformisme social sur leurs réponses. Ils ont grandement apprécié l’aspect ludique de la passation sur CD-Rom. En effet, nous craignions que l’enfant s’identifie au personnage, « Dominique », et prodigue les réponses appropriées pour le faire « gagner », comme dans un jeu vidéo : les résultats nous montrent que cela n’a pas été le cas. De plus, le fait d’être isolé devant son écran et non pas face à un expérimentateur a suscité à notre avis des réactions beaucoup plus spontanées.
 
RÉSULTATS ET DISCUSSION
 
 
Analyse des pourcentages de répartition des sujets
Santé mentale
Il y a à peu près autant d’enfants en bonne santé mentale que présentant des troubles. 51 % paraît un taux élevé, mais il faut rappeler que mauvaise santé mentale est le terme utilisé au Québec et que le terme difficultés psychologiques semble être davantage adapté à notre culture européenne. Dans ce cadre-là, il faut relativiser le terme de « troubles » qui ne doit pas être compris comme « pathologie ». De plus, il ne faut pas oublier que le « Dominique » ne peut pas prendre en compte la dimension temporelle (par exemple, concernant la phobie ou l’angoisse de séparation, les enfants de notre échantillon sont à un âge où il est encore normal de l’observer). Le recours au conflit faisant partie du développement normal de l’enfant, il est également naturel d’observer ce type de troubles. Il nous semble important aussi de différencier ceux qui pourraient avoir un problème de ceux qui en ont un d’après les critères du test. En effet, le Pr Valla précise avoir besoin pour ceux-ci de l’avis supplémentaire d’un spécialiste clinicien afin de confirmer l’existence de leurs problèmes. Seulement 22 % des sujets présentent un problème de santé mentale d’après le test, ce qui tempère le taux élevé a priori d’enfants ayant des difficultés psychologiques. Nous nous attendions à trouver une telle répartition, c’est-à-dire des enfants présentant des problèmes, mais d’une gravité moindre que dans d’autres types de populations (par exemple en Zone d’éducation prioritaire).
Tableau 1. — Répartition des sujets

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En regardant la répartition par types de troubles, nous pouvons voir qu’il y a nettement plus de troubles intériorisés qu’extériorisés (31 % contre 10 %). Ce résultat ne nous surprend pas car nous avions noté une augmentation d’enfants présentant ce profil parmi nos élèves : enfant sage, quelquefois inhibé, peureux ou triste, qui se fait oublier et est donc signalé très rarement au psychologue scolaire. Les 10 % d’enfants présentant les deux types de troubles pourraient se trouver dans l’une ou l’autre des deux autres catégories et seul l’avis d’un clinicien trancherait. Mais il se peut aussi que cette catégorie recouvre une réalité dont la nature serait de se répartir sur ces deux pôles, réalité particulière pour des sujets dont le « moi » est en cours de construction. En effet, l’anxiété et la dépression sont fréquemment associées à des troubles extériorisés du comportement : irritabilité, opposition, difficultés de concentration, hyperactivité (Valla, 1998 ; Marcelli, 1996).
Tableau 2. — Nombre et nature des troubles décelés

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Dans l’analyse détaillée par trouble, il y a dans les troubles intériorisés, en ordre décroissant : phobies, angoisse de séparation, anxiété et dépression. En revanche, en considérant uniquement la gravité, l’ordre change : angoisse en tête, puis phobies pour la catégorie « problème », et phobies puis anxiété pour la catégorie « peut-être problème ». Dans les troubles extériorisés, les troubles des conduites dominent globalement, ainsi que dans la catégorie « peut-être problème ». Il est à noter que ces chiffres ne peuvent être mis en correspondance avec les sujets, un sujet présentant très souvent à la fois plusieurs troubles, de type et de gravité différents. Nous rappelons que pour la suite de la recherche, nous avons choisi de ne pas nous intéresser au détail par trouble ni à la gravité des troubles, mais plutôt au type de troubles. En effet, cette démarche nous entraînerait dans des analyses supplémentaires complexes.
Autres variables
Notre échantillon comprend un fort pourcentage d’élèves bien adaptés scolairement (60 %). Il comporte davantage d’enfants issus de milieu favorisé (44 %) et intermédiaire (20 %) et seulement 36 % d’enfants de milieu défavorisé. Nous pouvons nous demander si les enfants de MSC favorisé et intermédiaire (64 %) correspondent aux 60 % de bons élèves, comme les résultats des sociologues pourraient le laisser penser.
Les PEP souples sont davantage représentées dans notre échantillon (33 %). Les PEP rigides ont un taux légèrement inférieur. Les PEP faibles ont le plus petit taux (10 %) : peut-être les parents déguisent-ils leurs réponses pour éviter de donner de leurs pratiques éducatives une image laxiste. Il faut signaler la part nettement importante des PEP indéterminées (31 %). Lautrey a émis l’hypothèse qu’il existerait deux formes de structuration faible. La première correspond à la définition donnée dans le cadre théorique. La seconde concerne « l’incohérence introduite par des contraintes changeantes, qui s’est avérée impossible à cerner par un questionnaire » (Lautrey, 1984, p. 115). Cette forme éducative particulière pourrait correspondre à notre catégorie indéterminée où se trouvent regroupés tous les enfants ayant des PEP qui ne sont pas stabilisées dans une des trois catégories déterminées au départ.
En ce qui concerne le contrôle psychologique, nous constatons un très fort taux d’ « internes » (63 %), un faible taux d’ « externes » (21 %) et 16 % d’enfants n’ayant pas pu se situer dans une des deux catégories ( « tangents » ). Nous expliquons ce fort taux d’ « internes » par la norme d’internalité. À l’âge des enfants de notre échantillon, elle est déjà bien construite. « Les travaux consacrés à cette dimension permettent de rendre compte qu’elle se manifeste relativement tôt, dès l’âge de 5-6 ans, bien que la mise en place soit progressive jusqu’à la fin de l’adolescence » (Oubrayrie et al., 1996). Les enfants perçoivent nettement le caractère socialement désirable des tendances internes. Deschamps explique que « des enfants de 6 à 11 ans, à qui l’on demande de répondre à un questionnaire sur l’internalité/externalité de façon à donner une bonne (ou une mauvaise) opinion d’eux-mêmes à des enseignants ou aux parents, répondent toujours de façon plus interne dans le cas où la consigne demande de s’autovaloriser » (1992, p. 65). Nous pouvons aussi nous demander si les 63 % d’internes correspondent aux 64 % de MSC favorisé et intermédiaire et aux 60 % de bonne adaptation scolaire.
Notre population présente donc les caractéristiques suivantes : milieu périurbain, population « tout venant », forte majorité de bons élèves et d’ « internes », majorité de MSC favorisé et de PEP souples. Ces répartitions correspondent à nos attentes. Il nous faut maintenant voir s’il existe une corrélation entre ces différentes composantes.
Résultats statistiques
Santé mentale et adaptation scolaire
Le lien entre santé mentale et adaptation scolaire est très significatif. Nous pouvons dire qu’une bonne santé mentale favorise fortement la bonne adaptation scolaire et qu’une mauvaise santé mentale augmente les risques de mauvaise adaptation scolaire. Ce résultat est conforme aux données empiriques et aux résultats admis par la communauté scientifique. Il nous faut maintenant comprendre, à partir de l’analyse des résultats qui suivent, en quoi il est la résultante du jeu des interactions entre facteurs d’influence.
IMGIMGIMGIMFFig. 1. — Influence de la santé mentale sur l’adaptation scolaire (en %)
Le résultat est fortement significatif : il y a une relation étroite entre le type de troubles et l’adaptation scolaire, mais qui ne va pas dans le sens de nos hypothèses. Nous pensions que lorsque les élèves étaient mal adaptés, ils auraient plus de troubles extériorisés. Or, nous trouvons qu’ils présentent plutôt les deux types de troubles à la fois. Cette catégorie « intériorisé/extériorisé » pose problème car, sans l’avis d’un spécialiste, il est difficile de savoir quel est le type de troubles qui domine et donc d’en discuter.
Quand un enfant présente des troubles extériorisés, il a plutôt une bonne adaptation scolaire. Ces troubles ne semblent donc pas être forcément un handicap qui entrave la scolarité. Ce résultat surprenant pourrait s’expliquer par les caractéristiques de notre population (tout venant, non-ZEP, peu urbanisée) qui a un faible taux d’ « extériorisés » (10 %), contrairement à celle des milieux dits sensibles, caractérisés par davantage de violence.
L’hypothèse selon laquelle les troubles intériorisés se trouveraient plutôt chez les enfants ayant une bonne adaptation scolaire n’est pas confirmée : il y a autant de bons que de mauvais élèves qui présentent ces troubles. Ce résultat correspondrait aux données empiriques de l’enseignante spécialisée de la Classe d’adaptation qui constate que beaucoup de mauvais élèves présentent des troubles intériorisés.
PEP et santé mentale
Les résultats statistiques ne confirment pas nos hypothèses. Nous pouvons toutefois noter un fort taux d’élèves avec une mauvaise santé mentale qui reçoivent une éducation faiblement structurée. Nous allons examiner dans le détail les types de troubles.
IMGIMGIMGIMFFig. 2. — Influence du type de troubles sur l’adaptation scolaire (en %)
Les deux variables PEP et Type de troubles sont très fortement corrélées. Pour autant, une fois de plus, notre hypothèse ne se confirme pas dans le sens où nous l’avions exprimée. Pour les PEP faibles, cela correspond car, lorsque les enfants ont des problèmes de santé mentale, ils ont surtout des troubles extériorisés. Les PEP souples entraînent surtout des troubles intériorisés, comme prévu. Mais les PEP rigides et les PEP indéterminées aussi.
Les travaux d’Oubrayrie et al. (1997) peuvent éclairer ces résultats. Ces auteurs ont défini quatre styles éducatifs :
  • le style laisser faire qui correspondrait à la structuration faible de Lautrey (1984). Il est caractérisé par une éducation avec « pas de loi et pas de sécurité » ;
  • le style stimulant correspondrait à la structuration souple avec une « présence équilibrée de loi et de sécurité » ;
  • le style rigide comme pour Lautrey, avec « trop de loi et peu de sécurité » ;
  • le style couveur avec « pas de loi et trop de sécurité » pourrait correspondre aux enfants que nous avons classés dans la catégorie indéterminé et qui s’apparenterait à la seconde forme de structuration faible définie par Lautrey.
Dans ce cadre-là, les PEP faibles, caractérisées par l’absence de loi, développeraient plutôt des troubles extériorisés. De plus, l’absence de sécurité liée au manque de protection produirait une carence affective. Bowlby (1951) précise qu’une privation des soins maternels après l’âge de 3 ou 4 ans contribue à la formation de désirs excessifs d’affection et de tendance vindicative excessive, donnant lieu à un état conflictuel aigu, une profonde insatisfaction et une attitude sociale peu favorable. Les troubles extériorisés auraient alors une fréquence plus importante.
Les enfants bénéficiant d’une éducation souple auraient plutôt des troubles intériorisés, car une éducation équilibrée entraînerait moins de conduites asociales. Face aux PEP rigides, nous pensions que, par réaction à une loi trop pesante, ils présenteraient davantage d’opposition et de conduites hors norme sociale, donc de troubles extériorisés. Il semble en fait que ce soient les comportements punitifs des parents qui seraient associés aux troubles extériorisés chez les enfants de 6-8 ans, selon les résultats de l’enquête québécoise citée par Dugré (1997). Il ne faut donc pas associer pratique éducative rigide et comportements punitifs des parents. En fait, trop de loi entraînerait plutôt des conduites d’inhibition. Lescarret et Philip-Asdih (1995) déterminent en effet deux classes de PEP rigides avec un profil d’enfant dépendant, inhibé ou anxieux. Ces enfants développeraient donc des troubles intériorisés. Cette corrélation a été trouvée par ailleurs aussi par Dugré (1997).
MSC et adaptation scolaire
Ici nos hypothèses sont largement confirmées avec un risque d’erreur infime. Les enfants de milieu favorisé ont une meilleure adaptation scolaire que ceux de milieu défavorisé. Comme le soutiennent l’ensemble des sociologues de l’éducation, le milieu socio-économique, et plus précisément pour notre recherche le milieu socioculturel, discrimine très fortement l’adaptation scolaire. Ceci est conforme aux thèses sur le handicap socioculturel. Le fait que nous ayons pris le critère « culturel » pour l’établissement de nos trois catégories accentue sans doute les écarts.
Dans nos résultats, les enfants appartenant au milieu intermédiaire suivent la tendance de ceux du milieu favorisé. Nous remarquons que cette catégorie dont nous n’avons pas tenu compte dans nos hypothèses paraît avoir des règles propres de fonctionnement : elle réagit comme le milieu favorisé pour l’adaptation scolaire, mais comme le milieu défavorisé pour la santé mentale.
PEP et adaptation scolaire
Les résultats confirment nettement nos hypothèses. Les enfants recevant des PEP souples ont une bonne adaptation scolaire et ceux recevant des PEP rigides ont plutôt une mauvaise adaptation scolaire. Les PEP indéterminées favorisent aussi l’adaptation scolaire. Nous rejoignons les hypothèses de Lautrey pour les PEP souples et rigides. Les PEP faibles, qui ne sont pas stimulantes intellectuellement de par leurs nombreuses perturbations et leur absence de régulation, n’ont pas d’incidence sur l’adaptation scolaire de notre échantillon. Les PEP indéterminées entraînent en revanche une bonne adaptation alors que nous pensions qu’elles auraient la même influence que les PEP faibles. Les contraintes changeantes ne semblent donc pas entraver l’adaptation scolaire. Ces résultats mériteraient sans doute des approfondissements.
MSC et PEP
Nous avions fait des hypothèses allant dans le sens des résultats de Lautrey. Elles sont confirmées. Un milieu favorisé développe des PEP souples et un milieu défavorisé des PEP faibles. Dans le milieu intermédiaire se trouve un fort taux de PEP indéterminées. Cela contribue à nous faire penser que le MSC intermédiaire pose question.
 
CONCLUSION
 
 
Synthèse et implications des résultats obtenus
Les liens établis sont les suivants : les enfants en bonne santé mentale ont une bonne adaptation scolaire. Ceux qui sont en mauvaise santé mentale ont une mauvaise adaptation scolaire. Parmi ceux qui ont une mauvaise santé mentale, ceux qui ont des troubles extériorisés ont aussi une bonne adaptation scolaire.
Les enfants recevant une éducation souplement ou rigidement structurée vont développer plutôt des troubles intériorisés lorsqu’ils sont en mauvaise santé mentale. Ceux recevant une éducation faiblement structurée vont souvent développer des troubles extériorisés. Le milieu favorisé ou intermédiaire permet une bonne adaptation scolaire. Une éducation souple la permet aussi. De même, en milieu favorisé on reçoit plus souvent une éducation souple. Il est donc possible de constater que de nombreuses caractéristiques parentales peuvent contribuer de façon positive ou négative au développement de l’enfant et à son adaptation scolaire. Mais, comme l’indique Pourtois (1989), il ne faut pas négliger 1’influence de l’enfant sur les adultes. En effet, tout parent perçoit confusément qu’il tente d’ajuster ses façons d’être et d’intervenir auprès de son enfant en fonction de cet enfant lui-même, de son âge, de son sexe, mais aussi de son caractère, voire d’un handicap éventuel. Cette réalité banale a rarement été prise en compte dans les recherches.
Puisqu’il y a dans la littérature des liens fortement établis entre MSC et PEP, entre MSC et adaptation scolaire, entre PEP et adaptation scolaire ainsi qu’entre contrôle psychologique et adaptation scolaire, nous avons essayé de voir si la santé mentale était déterminée par ces mêmes liens mais nous n’avons pas pu l’établir clairement. Par rapport à notre objectif général, nous pouvons conclure que notre recherche confirme bien les liens déjà établis. Elle révèle en outre une relation forte entre adaptation scolaire et santé mentale. Nous avons également mis en évidence que le type de troubles varie selon la pratique éducative et fait varier la qualité de l’adaptation scolaire. En revanche, le lien existant entre les autres variables et la santé mentale n’a pas pu être démontré. Avec le contrôle psychologique, nous n’avons pu mettre aucun lien en évidence.
Nous présentons ici quatre profils d’enfants qui se dégagent de notre étude.
Tableau 3. — Profils obtenus en fonction des résultats statistiques

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Fig. 3. — Influence des pratiques éducatives parentales sur le type de troubles (en %)

Les deux premiers profils correspondent tout à fait aux résultats décrits dans la littérature. C’est le profil C qui semble être une particularité. Il ne nous étonne pas du tout au regard de la population que nous connaissons bien. Nous savions que nous retrouverions dans nos écoles une catégorie d’enfants de classe moyenne, avec une éducation contrôlée, respectueux des règles, avec beaucoup d’attentes vis-à-vis de l’école, s’attribuant la responsabilité de leurs conduites par clairvoyance, et plutôt anxieux. Le profil D, très proche du profil C, serait très intéressant à analyser si nous pouvions définir précisément ce que recouvre la catégorie indéterminée. Ce travail pourrait être le point de départ de nouvelles hypothèses car ces relations recouvrent certainement une modification des comportements liée aux changements de la société. Il en est de même pour la catégorie intermédiaire concernant les MSC.
Implications méthodologiques   et prolongements possibles
Au terme de cette recherche, nous pensons que d’autres dispositifs pourraient être utilisés. Les situations peuvent sembler trop inductrices pour l’enfant dans le questionnaire « Olivier/Olivia ». La désirabilité sociale joue beaucoup trop à l’école et en particulier à l’âge étudié, d’où l’important taux d’ « internes » observé. Mais cette dimension introduite à titre exploratoire avec des enfants aussi jeunes et surtout grâce à sa mise en relation avec la santé mentale nous semble tout à fait pertinente et intéressante, tant au niveau de l’évaluation qu’au niveau des prises en charge, tout comme l’estime de soi que nous avons mise également en relation avec l’auto-évaluation de la santé mentale par l’enfant.
À propos du questionnaire adapté de Lautrey, nous pouvons faire également certaines remarques. Nous avons en effet trouvé un taux important de structuration indéterminée. Ceci est probablement dû d’une part à un trop faible nombre d’items, ce qui n’a pas permis de catégoriser tous les types de structuration, toutes les dimensions ne semblent pas là être prises en compte. Mais cela est aussi probablement dû au fait de l’évolution actuelle de la structure de la famille et de ses répercussions sur les structurations éducatives familiales. Nous avons en effet constaté au cours d’autres recherches une évolution dans tous les milieux socioprofessionnels vers des pratiques éducatives souples, voire aléatoires. Ce qui peut aussi expliquer en partie que nous rencontrons de plus en plus d’enfants présentant des troubles de comportement extériorisés mais aussi intériorisés.
Concernant l’adaptation scolaire, nous aurions pu choisir de construire nous-mêmes une grille d’évaluation. En effet, nous avons constaté la part de la subjectivité dans les appréciations que nous ont fournies les enseignants sur leurs propres élèves. Leur bienveillance a joué à leur égard. Chaque enseignant a sûrement utilisé des critères différents. Les attentes et les représentations de chacun ont pu influencer les évaluations. En les harmonisant grâce à un outil commun, les effets décrits par les chercheurs en Sciences de l’Éducation auraient été atténués (effet Pygmalion, de contraste, de surprise, de halo...).
Le questionnaire « Dominique » sous forme de CD-Rom nous paraît être un outil bien adapté pour ce type de recherche et pour détecter en particulier les troubles intériorisés. Il faudrait sans doute mettre en cause la pertinence de la différenciation de la gravité des troubles et celle du type de troubles dont l’interprétation nous a paru plus complexe. Il faudrait aussi pouvoir interpréter les résultats de la catégorie forces et compétences, qui modulent certainement les autres résultats. Ce questionnaire est en cours de validation en France. Il sera également susceptible d’être proposé dans l’avenir par exemple aux psychologues, dans le cadre de l’éducation nationale pour les psychologues scolaires et éventuellement pour les conseillers d’orientation psychologues, une version pour adolescents étant actuellement à l’étude. Il permet de révéler des problèmes de santé mentale qui peuvent s’avérer préoccupants et peuvent cependant passer inaperçus, comme dans le cas de troubles intériorisés qui sont moins dérangeants pour le groupe classe. Un entretien avec les parents peut alors permettre de clarifier des situations difficiles ou conflictuelles liées par exemple à une dissociation familiale et de proposer une aide psychologique à l’extérieur de l’école. Ceci montre l’intérêt d’un dépistage des problèmes de santé mentale. Les instituteurs ou institutrices peuvent parfois percevoir des changements d’attitudes à l’égard des pairs mais sans incidence sur les bons résultats scolaires : le succès scolaire n’est pas toujours le signe d’un développement harmonieux, deux enfants du groupe 1 sont dans ce cas. Une validation est également en cours dans plusieurs services de pédopsychiatrie en France mais aussi dans d’autres pays européens. Il pourra apporter une aide importante dans le travail de détection et prévention en complétant les autres outils cognitifs comme le WISC et les questionnaires de personnalité comme le CAT. Il serait d’ailleurs intéressant de le valider par comparaison à ces outils largement reconnus. « Dominique » nous semble en effet un outil pertinent car il permet pour une fois de prendre en compte les différentes dimensions de l’enfant et ainsi d’avoir une vision globale de son développement.
Cette étude nous a permis de confirmer que la santé mentale et le développement de l’enfant dépendent aussi bien de variables individuelles que de variables sociofamiliales (Allès-Jardel, Malbos et Sanhes, 2000). Les recherches sur les enfants en difficultés, en particulier dans certaines zones sensibles (Allès-Jardel et Ciabrini, 2000), devraient nous permettre de mieux cerner les facteurs de risques et de protection. Valla dit lui-même (1996) : « Nos sociétés suscitent davantage de types de problèmes qu’autrefois, en même temps elles sont moins tolérantes pour leurs conséquences (diminution des performances, somatisation, agressivité). »
Hiver 2001
 
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NOTES
 
[1] Maître de conférences, Université de Provence, UFR de psychologie, Laboratoire de recherche Psy Clé : connaissance, langage, émotion. En délégation CNRS au Laboratoire de psychologie environnementale, Université René-Descartes (Paris V).
[2] Professeurs des écoles.
[3] Nous déterminons les catégories intériorisé, extériorisé et intériorisé/extériorisé en fonction des critères suivants :— est considéré comme intériorisé un enfant qui présente au moins un « problème » intériorisé, même s’il a aussi des « peut-être problème » extériorisés ;— est considéré comme intériorisé un enfant qui présente au moins un « peut-être problème » intériorisé et aucun extériorisé ;— les mêmes règles s’appliquent pour considérer les enfants extériorisés.Est considéré comme intériorisé/extériorisé un enfant qui présente au moins un « problème » ou au moins un « peut-être problème » dans un trouble intériorisé et dans un trouble extériorisé.
[4] Trois catégories ont été établies au lieu des deux catégories de sujets normaux et pathologiques habituelles. Des seuils ont été établis par l’équipe de recherche (Valla et al., 1998) en fonction de plusieurs éléments :— le DSM-IV : les seuils du « Dominique interactif » sont différents car il ne peut tenir compte des composantes temporelles (fréquence et durée) et il introduit une troisième catégorie (il pourrait y avoir problème) ;— les considérations cliniques, à partir de 44 dossiers d’enfants évalués dans des cliniques externes de pédopsychiatrie ;— les considérations statistiques, à partir d’un échantillon de données de 297 enfants de 6 à 11 ans provenant de milieux variés de la région de Montréal.
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Maître de conférences, Université de Provence, UFR de psyc...
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[2]
Professeurs des écoles. Suite de la note...
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Nous déterminons les catégories intériorisé, extériorisé e...
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Trois catégories ont été établies au lieu des deux catégor...
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