2002
La psychiatrie de l'enfant
Documents
Des pulsions érotiques infantiles dans le jeu (prise de position psychanalytique concernant les principales théories du jeu)
[1]
Sigmund Pfeifer (Budapest)
Sigmund Pfeifer (1889-1945), psychanalyste hongrois contemporain de Freud, en terminant son article s’excuse du schématisme de son propos (dû à ses obligations militaires) (sic).
Autre temps. Qui, aujourd’hui, tenterait une exploration aussi minutieuse du jeu du point de vue conquérant de la psychanalyse ? C’est pour cette raison également que nous publions ce document. L’enthousiasme de l’auteur compense quelques na ïvetés et par ailleurs son attention au rythme, à la magie nous convie à des voies de recherche sur le jeu que le sérieux de la pensée analytique d’aujourd’hui néglige parfois.
Sigmund Pfeifer a été tué, ainsi que sa famille, par des fascistes hongrois.
Nous joignons à cette page d’histoire un commentaire critique de Erika Kittler.
En partant des confidences d’une fillette ayant développé un important érotisme uréthral dans son jeu préféré – curieuse de « voir comment sont les plumes quand elles sont mouillées », elle aimait mettre ses oreillers et autres pièces de sa literie sous l’eau : une répétition symbolique du plaisir énurétique sous forme de jeu – j’ai essayé d’appliquer les points de vue et méthodes psychanalytiques aux jeux individuels et typiques. Les études des jeux ont montré qu’ils peuvent parfaitement être interprétés avec les outils de la psychanalyse, de la même manière que les rêves, les mythes, les névroses et autres productions inconscientes du psychisme individuel ou collectif. C’est la nature même du jeu qui fournit la preuve d’une large concordance avec ces dernières du fait que son noyau est construit à partir de l’activité érotique infantile des pulsions partielles de la sexualité.
Cette idée était en fait évidente. En 1909 déjà, dans le Jahrbuch für psychoanalytische und psychopathologische Forschungen, Freud a publié une analyse complète d’un jeu individuel, une activité symbolique aux caractéristiques ludiques du petit Hans (1909, vol. 1, « Analyse de la phobie d’un garçon de 5 ans », p. 63-97), dont je n’ai compris qu’ultérieurement la signification analytique du jeu, à l’occasion de mes propres recherches. C’est également plus tard que j’ai pu reconnaître et apprécier une indication brève mais significative dans Totem et tabou, à savoir que le jeu est « une hallucination motrice ». Il me semble que ces deux bornes découvertes tout au long de mon parcours confirment la justesse de mon choix.
Le petit Hans joue sans cesse avec une poupée en caoutchouc. Il introduit un couteau de poche appartenant à sa mère dans le ventre de la poupée à travers le trou du sifflet, puis lui écarte brusquement les jambes pour laisser retomber le couteau. Ce jeu frappe d’abord par sa nature génératrice de plaisir et par sa répétition. La question de l’origine de ce plaisir issu d’une activité apparemment dépourvue de sens s’impose donc avec force. Dans un premier temps, l’analyse a montré que derrière le contenu manifeste de ce jeu se cache un contenu inconscient, révélateur d’un sens profondément ancré dans l’inconscient du petit Hans, le contenu manifeste étant le résultat d’une déformation. Quand l’analyse permet de lever la déformation, le jeu trahit son contenu inconscient : pour Hans, tombé malade en raison de son complexe incestueux, la poupée représente sa mère et toute cette activité n’est autre que la symbiose avec elle, ardemment souhaitée, fantasmée et réalisée à l’aide de ce substitut, à savoir l’inceste et la naissance qui s’ensuit. Il choisit pour cela l’interprétation en usage chez les enfants du co ït sadique parental qu’il symbolise par la pénétration violente du couteau (un symbole phallique bien connu) dans le ventre maternel. C’est ainsi que Hans prend possession de sa mère et qu’il se met à la place de son père. Le jeu permet également l’expression du fantasme infantile de la naissance qui le préoccupe très fortement et la satisfaction de sa curiosité à ce sujet. En partant de l’hypothèse que le lien associatif dans l’analyse représente le lien causal et affectif dans l’événement psychique – mis en évidence par les recherches sur les rêves, les névroses et la formation des symptômes –, il n’est pas difficile de comprendre que dans ce cas le plaisir ludique est basé principalement sur la libido incestueuse, et que la façon différente de l’utiliser a déclenché chez Hans la maladie névrotique avec son corollaire de symptômes, d’angoisses et de phobies
[2].
L’analyse de ce jeu révèle une source supplémentaire de plaisir, à savoir le plaisir anal érotique manifesté à la fois par la naissance et la défécation, selon la théorie infantile de la naissance anale, ou selon la théorie appelée « Lumpf » par Hans lui-même (ce qui retombe du trou de la poupée mère est à la fois enfant et fèces). La poupée même est « un symbole du Lumpf ». C’est ainsi qu’il relie le plaisir du complexe parental au plaisir anal érotique.
Une troisième source de plaisir est celle du sadisme infantile déjà évoqué, qui se traduit par une conception violente du co ït et de la naissance. Dans le jeu, Hans fait pénétrer violemment le couteau dans le ventre de la poupée pour le faire retomber ensuite par terre
[3]. Le brusque écartement des pieds de la poupée correspond à la conception des enfants de la violence de la naissance (ouvrir avec un couteau le ventre de la mère). Ici, il s’agit également de tenir compte du plaisir voyeuriste des enfants et de leur curiosité à l’égard de la sexualité des adultes (Hans reconnaît lui-même avoir voulu voir la chose qui fait pipi, l’organe génital).
Les moyens employés pour le jeu, c’est-à-dire la poupée, le couteau, le trou, sont des symboles sexuels bien connus. La poupée symbolise avant tout la mère, mais signifie également l’enfant et le
« Lumpf » et, dans une certaine mesure, le joueur lui-même à travers l’identification avec la mère
[4]. L’orifice sur l’abdomen de la poupée est incontestablement un symbole génital à signification maternelle, l’organe génital étant déplacé dans la région du nombril par le mécanisme de « transposition vers le haut ». Mais il revêt en même temps la signification d’ouverture anale. Le couteau figure dans les jeux parmi les symboles phalliques, comme dans les fantasmes, les rêves, les névroses, etc., mais il réunit également les significations : phallus, fèces, enfant. Les symboles évoqués ici des activités et objets libidinaux sont des moyens de déformation du contenu inconscient du jeu, déformation issue de la confrontation entre le contenu manifeste et latent. Les causes de ces déformations du jeu sont à chercher dans les inhibitions morales et sociales interdisant de vivre de façon directe et consciente des sensations de plaisir. Freud a appelé « refoulements » les effets de ces inhibitions qui éloignent de la conscience des émotions sexuelles source de jouissance. Il a montré, dans le cas de Hans, que leur rôle déformant a contribué aussi bien à la formation des symptômes névrotiques qu’aux actions symptomatiques chargées de toutes les caractéristiques du jeu, qui pourrait à la rigueur être un jeu banal de n’importe quel enfant.
Quels sont les autres mécanismes de la déformation du jeu ? En premier lieu le mode symbolique de la représentation. En comparant les deux contenus, on est frappé par le fait que Hans attribue le rôle de la mère à la poupée. En fonction de quelques ressemblances superficielles, nécessaires à la symbolisation, comme par exemple ici le visage humain, l’orifice, le sifflement, la poupée, il identifie un objet inanimé avec la mère bien aimée. Ne pouvant plus orienter sa libido incestueuse vers sa mère en raison du refoulement, il l’oriente vers la poupée. À travers cette identification libidinale, la poupée, symbole maternel dans le fantasme de Hans, devient un être vivant qui lui permet de placer et de vivre
[5] sa libido dirigée sur la mère, sans que la conscience ne puisse s’apercevoir de ce processus.
On peut également constater la transposition de l’intérêt érotique de sa place adéquate dans le monde interne de l’enfant qui joue vers une place accessoire, ou de moindre importance. Ce même processus est également à l’œuvre dans la transposition de l’orifice génital vers le haut. Divers objets et activités du plaisir sexuel sont condensés sous forme d’images symboliques, comme par exemple le pénis, l’enfant « Lumpf » sous l’image du couteau, de la naissance, de la défécation et de l’action de faire retomber (qui correspond dans beaucoup de jeu au « lancer »). Hans s’identifie lui-même à la fois avec le père, la poupée, c’est-à-dire avec la mère et avec le « Lumpf ». L’aveu de Hans que son jeu devait lui permettre de voir « la chose de la poupée qui fait pipi » est marqué par le désir de rationalisation.
Ces mécanismes de refoulement, de transposition, de symbolisation, de condensation, d’identification et de rationalisation correspondent entièrement à ceux des fantasmes, des rêves et d’autres constructions psychiques issues de la vie psychique inconsciente des individus. J’ai trouvé cette concordance dans tous les autres jeux que j’ai analysés.
J’aimerais citer encore quelques exemples de jeux qui mettent en évidence le désir inconscient de retour dans le ventre maternel, de possession de la mère, donc de désir incestueux et de renaissance. Un jeu contient les détails paysagés suivants : un étang entouré de roseaux, au milieu une barque occupée par un rameur qui se dirige vers le côté resserré de l’étang bordé de collines, dans lesquelles sont aménagées des grottes. Dans une de ces grottes se trouve une belle femme d’un certain âge allongée sur un lit. L’analyse a montré que le rameur n’était autre que le dessinateur lui-même. L’étang, les roseaux, la barque, les collines et la grotte ont rapidement révélé leur signification de symboles génitaux et de ventre maternel. La femme allongée sur le lit a également été identifiée avec la mère. C’est ainsi que le caractère incestueux du fantasme sous-jacent de ce jeu a été mis en évidence, au détriment de la signification de distraction ludique de ce jeu et d’autres jeux similaires. Nous connaissons ces images à travers les rêves et les mythes et leur interprétation type en analyse. Cette dernière a encore été renforcée par l’analyse du jeu d’un petit garçon de 8 ans : il construisait des petits monticules avec du sable et du terreau du jardin dans lesquels il creusait des grottes et des galeries souterraines. Dans le fantasme de l’enfant, ces constructions étaient destinées soit à des aventures amoureuses, soit à des mises à feu. Il introduisait des petites tiges dans l’ouverture inférieure des grottes et les allumait. La fumée s’échappait alors par l’ouverture supérieure. Ces constructions servaient également de four à pain. L’analyse du jeu a mis en évidence un résultat similaire à celui décrit plus haut, avec en plus un plaisir érotique anal et uréthral particulier (l’enfant versait souvent de l’eau ou urinait par l’ouverture supérieure pour observer avec jubilation l’écoulement de ce liquide par les prolongements inférieurs – dans l’analyse, les deux cuisses ; il identifiait également l’ouverture avec la cuvette des toilettes). Cette construction ressemble beaucoup à l’édifice construit par une petite fille de 7 ans : il se compose de deux balustrades qui se rejoignent des deux côtés d’un portail en forme de tour. Elle plaçait systématiquement deux poupées de chaque côté de l’édifice. Les poupées étaient nues, jambes écartées et leur position ne laissait aucun doute quant à l’intérêt, à ce moment très brûlant, de la petite fille pour les parties génitales et le corps humain. Un dessin de cette même fillette confirme de façon directe son intérêt érotique pour le corps humain, qui trouve son expression ludique
[6] dans la symbolisation : les façades d’une maison sont représentées par un visage humain. (À la question : « Est-ce qu’il s’agit d’une maison ou d’un bonhomme ? », elle répond : « C’est justement ce qu’on ne peut pas savoir ».) La signification érotique de la maison est représentée par un couple d’amoureux dessiné dans la maison, ce qui devait représenter pour elle, à ce moment-là, le rôle des parents-époux.
Le jeu préféré d’un ami d’enfance, N. J..., entre 4 et 6 ans, était « saigner le cochon ». Il transperçait des anses de vieilles cruches, ou des bouts de bois censés représenter le cochon avec une aiguille de bourrelier. Puis il se mettait dessus à califourchon et criait comme un cochon qu’on vient de saigner. Ensuite, il procédait avec une piété très démonstrative à l’enterrement du cochon exécuté en jouant le rôle du sonneur de cloches ou du porte-étendard. Ce jeu n’a pas pu être analysé, mais nous pouvons remplacer l’analyse par l’étude des conditions familiales du petit joueur. En dehors du fait que la mise à mort d’un animal, suivie d’un deuil, constitue un rituel totémique – dont Freud a mis en évidence le lien avec le désir incestueux et de mort du père –, plusieurs caractéristiques du jeu et de la constellation parentale dans la famille de l’enfant, marquée par une adversité acharnée entre le fils choyé par sa mère et la sévérité du père, démontrent un désir typique, chez l’enfant, de la mort du père. Dans ce cas, l’identification du fils au père est clairement manifestée : ce dernier exerçait la profession de bourrelier et tuait lui-même le cochon en hiver. Il est très frappant dans ce jeu de voir que N. J... effectuait avec l’aiguille les mêmes gestes caractéristiques du bourrelier lorsqu’il saignait le cochon. De même, son père était porte-étendard à l’occasion des processions de la communauté chrétienne locale, notamment lors des cortèges pascals pendant lesquels on sonnait beaucoup les cloches, comme dans le jeu de l’enterrement du cochon où l’enfant jouait visiblement le rôle de son père. Cependant, lorsqu’un enfant se met à la place du père après un meurtre totémique, le personnage enterré de façon solennelle dans un simulacre librement imaginé, loin de toute réalité, ne peut être que le père tué. Il est probable que le père de N. J... a ressenti le sens psychologique de ce jeu, sans le comprendre, car il se précipitait hors de son atelier à chaque fois que son fils « sonnait les cloches » (en tapant sur la clôture du jardin avec un bâton) pour le rouer de coups, alors qu’il n’était pas particulièrement sensible aux bruits. Il est également permis de penser sans risque de se tromper que le jeu « saigner le cochon » symbolise le co ït parental vécu comme sadique. L’exigu ïté de l’appartement devait fournir au garçon de nombreuses occasions d’observation. Il faut ajouter à l’analyse de ce jeu le fait qu’aucune mesure éducative, aussi sévère soit-elle, n’a pu empêcher l’enfant de proférer un gros mot hongrois qui signifie « co ït avec la mère ». À l’entrée dans la puberté, le jeune garçon s’est suicidé d’un coup de feu suite à une histoire d’amour malheureuse. Les expériences analytiques montrent également une forte fixation au complexe incestueux avec désir de mort du père – selon la loi du talion de l’inconscient.
Dans les jeux individuels cités ci-dessus, nous avons pu démontrer par des méthodes analytiques le rôle causal des pulsions et complexes infantiles érotiques (surtout le complexe incestueux) qui ont conduit à la satisfaction des désirs à travers la forme du jeu. Procédons maintenant à l’analyse de quelques jeux collectifs largement répandus et connus, mettant en évidence des éléments communs avec les jeux individuels cités plus haut.
Un jeu très répandu est par exemple « Le Renard dans le trou » (en français « Mère Garuche », ou « La vieille Mère Garuche »
[7] ; en hongrois « Sànta Rôcka »). Un cercle tracé sur le sol représente la maison ou le trou du renard (en français « maison », « camp » ; en hongrois « lyuk »). Le renard – Mère Garuche – se trouve à l’intérieur de la maison (du trou), campé sur ses deux jambes. Il tient dans sa main la « garuche », une sorte de sac à nœuds, ou de fouet, fait d’un mouchoir enroulé et noué à l’extrémité. Le renard sort de son trou et poursuit les autres joueurs en sautillant uniquement sur un pied. S’il attrape un joueur en le touchant ou en le frappant avec son sac à nœuds, ou fouet, ce dernier devient à son tour le renard boiteux-Mère Garuche. Il est poursuivi par les autres joueurs et frappé par eux aussi longtemps qu’il ne se réfugie pas dans le trou qui le met à l’abri des persécuteurs. Le même sort est réservé au renard s’il touche le sol avec les deux pieds pendant qu’il se trouve à l’extérieur de la maison (du trou). C’est ainsi que s’opèrent les changements dans ce jeu qui peut durer pendant des heures.
Si les jeux inventés individuellement puisent leurs forces pulsionnelles les plus significatives dans le réservoir jamais épuisé de la sexualité infantile, nous pouvons imaginer sans risque de nous tromper que la construction de telles activités, génératrices de plaisir, comme le jeu décrit ci-dessus, mobilise les mêmes forces principales que celles mobilisées dans les rêves, les mythes, les contes, les névroses, etc. L’évidence de la symbolique, qui est souvent très surprenante, va également dans ce sens et facilite la compréhension, notamment si nous ajoutons à l’interprétation du matériel analytique comparatif, issu du domaine des actions citées ci-dessus, les émotions sexuelles inconscientes de l’être humain.
Nous sommes tout d’abord frappés par la ressemblance de la « maison », du « trou », avec la maison, le trou, la grotte des jeux individuels
[8] cités plus haut. En comparaison avec le « trou », citons encore le mythe de fécondation de la tribu australienne des Watschandies rapporté par Jung (« Wandlungen und Symbole der Libido »,
Jahrbuch für psychoanalytische Forschungen, IV, vol. 1,) : « Ils creusent un trou en forme de sexe féminin dans la terre et l’entourent de buissons. Ils dansent toute la nuit autour de ce trou en tenant leurs lances devant eux de façon à ce qu’elles rappellent un pénis en érection. Ils dansent autour du trou et poussent les lances dans la fosse en criant : pulli nira, pulli nira, wataka ! (non fossa, non fossa, sed cunnus !). » Si nous appliquons les résultats de l’analyse aux jeux, nous devons également identifier comme symbole génital maternel le trou, la maison, le trou sur le ventre de la poupée, et surtout le giron maternel qui protège l’enfant contre tous les dangers et difficultés du monde extérieur, qui focalise son amour et son intérêt érotique et dont il restera toujours nostalgique. Les contes et légendes font apparaître ce motif le plus souvent sous forme d’un héros qui rentre soit dans une maison très petite, soit dans une immense maison habitée par une vieille femme. Par exemple, Frau Holle à la longue dent, ou la sage-femme au nez en fer d’un conte hongrois. Le nom du personnage principal de la version française, « Mère Garuche », trahit immédiatement son rôle d’imago maternelle. Mais la « garuche », le mouchoir enroulé en forme de serpent, le fouet (tous deux symboles phalliques facilement reconnaissables, similaires au couteau dans le jeu de Hans) constituent des attributs virils, voire paternels, comme le nez en fer de la vieille dans le conte hongrois et la longue dent de Frau Holle dans le conte allemand
[9]. La même constellation est évoquée par le nom hongrois : le renard paralysé (ou boiteux). Le renard, mais également le loup et d’autres fauves des contes et fables d’animaux, symbolise souvent la virilité
[10], ne serait-ce qu’en raison de son agressivité et de sa magnifique queue.
Par ailleurs, le fait de boiter par manque d’un membre indispensable à une démarche normale peut également être interprété comme une particularité féminine. Nous savons par l’expérience analytique que ce membre est le pénis, dont le manque chez la mère et la sœur frappe tellement les enfants. Cette circonstance est considérée par l’enfant comme une infériorité, d’où le fait de boiter dans les jeux, les légendes, etc.
Jusqu’ici, cette constellation n’est rien d’autre que la signification symbolique de la reconnaissance d’un fait sexuel concernant les parents, surtout la mère et ses organes génitaux, qui peut être formulée ainsi : le pénis paternel se trouve à l’intérieur du vagin maternel (giron, trou, grotte). La surdétermination des symboles exprime en même temps deux autres niveaux de reconnaissance de la situation sexuelle : dans l’un, la mère, comme l’enfant lui-même, possède également un tel pénis, du moins dans les fantasmes ludiques de l’enfant amoureux de lui-même narcissiquement ; dans l’autre, le plus souvent suite à une impression de menace de castration, la mère a possédé ce pénis, mais l’aurait perdu d’une manière ou d’une autre par coupure, opération ou accident
[11]. Le plaisir lié à l’intérêt érotique des enfants pour les organes génitaux des parents, que les tendances au refoulement déjà structuré ont relégué dans l’inconscient, ne peut être vécu qu’à travers une forme de représentation qui le rend méconnaissable à la conscience, mais qui trahit quand même son origine inconsciente. À cet effet, la forme de la pensée ou de l’action symbolique ou mythologique que nous connaissons se prête aussi bien aux jeux qu’aux autres productions psychiques, comme les fantasmes, les rêves, la névrose, etc., dont l’origine se trouve dans la vie pulsionnelle inconsciente de l’être humain. C’est la force pulsionnelle elle-même qui contribue à l’extériorisation du plaisir sexuel. Aussi longtemps qu’il n’est pas réprimé, le plaisir n’a pas besoin de déguisement symbolique ou ludique, mais est activé dans les expressions authentiques de la sexualité polymorphe infantile.
Maintenant, nous pouvons franchir un pas supplémentaire dans l’analyse. En comparant le héros boiteux du jeu à des personnages semblables des mythes, nous sommes immédiatement frappés par un motif omniprésent issu du complexe incestueux, à savoir le complexe de castration. Il n’est pas nécessaire d’énumérer ici la multitude de héros souffrant d’un handicap physique, nous pouvons nous contenter d’évoquer Vulcain boiteux, le cyclope Polyphème
[12] rendu aveugle, le roi Œdipe, Pelops à qui manque une épaule et Osiris châtré
[13]. Ils nous montrent la signification latente du membre manquant, ainsi que la signification castratrice de la mutilation. Les analyses des rêves et des névroses ne laissent aucun doute à ce sujet.
Dans les mythes, la castration existe sous deux formes. Dans la plupart des cas, elle est considérée soit comme une automutilation, ou une mutilation infligée par le père en représailles à l’inceste du fils (Œdipe, Osiris), soit le fils jaloux et désireux de prendre la place du père auprès de la mère castre ou tue le père (Zeus, Horus, etc.). Le fait que le fils, en possession de n’importe quel grand symbole phallique, soit endommagé dans une autre partie de son corps constitue déjà une déformation du complexe. Par exemple, Vulcain, lui-même déjà un dédoublement de Zeus châtrant son père, possède un grand marteau comme symbole de pouvoir et de dextérité, mais il boite d’un pied
[14], exactement comme dans notre jeu où le renard, avec le fouet, la garuche, doit sautiller sur un seul pied.
Une fois sorti du cercle, le renard n’a plus le droit de toucher le sol avec son autre pied. Si nous considérons la succession temporelle comme une causalité
[15], nous devons comprendre la claudication comme une conséquence directe du séjour dans le cercle (trou, maison) ; de même, traduit dans le langage de la conscience, la castration comme une conséquence et une punition de l’inceste accompli. Il arrive souvent dans les contes et légendes que le héros, après s’être introduit dans n’importe quel symbole du ventre maternel (château, bosquet, grotte, souterrain), subisse la perte d’une de ses facultés : il est mutilé, pétrifié, morcelé
[16], toutes ces actions ayant la même signification de castration. Également Œdipe : devenu aveugle après l’inceste, il doit quitter sa patrie et errer jusqu’à ce qu’il s’unisse à la mère-terre dans un bosquet sacré à Colonne et retrouve la paix
[17]. (Son pied est également invalide, les valets de son père lui ayant transpercé les chevilles ; son nom signifie « pied enflé ».)
De même qu’Œdipe et d’autres transgresseurs incestueux de la mythologie grecque souffrent d’autoreproches et de remords, incarnés par les Érynnies – une horde de sœurs laides, persécutrices, équipées de flambeaux ou de fouets –, dans notre jeu du renard, le joueur, après avoir touché le sol avec son pied, donc après avoir commis l’acte incestueux, est poursuivi par les autres joueurs jusqu’à ce qu’il se réfugie dans la maison-trou.
De tels refuges, comme la maison-trou dans le jeu du renard, nous sont bien connus à travers l’histoire et la mythologie. Les temples, les églises, parfois des lieux saints, le plus souvent des clairières (Œdipe à Colonne). Bien connu également, le refuge que constituait le site de Rome fondée par Romulus. Pour bâtir Rome et son refuge, il traça avec sa charrue un cercle sur son champ. Il est intéressant de voir, en dehors du contenu incestueux du mythe de Romulus et Remus, que les premiers habitants de la ville de Rome étaient des brigands et des assassins qui se réunissaient dans le Refugium. Storfer (Zur Sonderstellung des Vatermordes) souligne que chez les premiers Romains, le meurtre était appelé « paricidium », parricide, d’après une loi de Numa Pompilius.
Il s’agissait de retenir dans un premier temps l’élément commun aux jeux et aux mythes, à savoir le cercle tracé sur le sol, dont nous avons déjà évoqué la signification de ventre maternel et l’allusion à l’inceste, jusqu’à ce qu’une indication de Storfer
[18] nous rapporte une ressemblance encore plus surprenante. Storfer note dans son travail : « [...] Il faut souligner que la “Mère-Terre” n’est pas uniquement une expression poétique, mais que la “Terre”, selon les preuves rapportées par Bachofen – découvreur génial du droit maternel indo-européen de la préhistoire – doit être considérée comme un symbole de maternité, de l’hétairisme. » Voir également Hitzig
[19] : « On fixe des semelles de bois sous les pieds du parricide pour éviter que ses pas ne profanent la terre. » Le caractère symbolique sexuel de la terre dans la psychologie populaire est facilement reconnaissable. Dans la
Catapatha-Bramana, Prajapati est transpercé par Rudra pendant un acte incestueux. La moitié de son sperme se répand par terre donnant ainsi naissance à la végétation... Il faut également relever l’équation : femme = charrue (par ex., Manu IX, 33, Koran II, 27) et son équivalent, charrue, etc. = pénis (en particulier sur des fresques étrusques). Schrader reconnaît également l’utilisation du terme « semer » dans le sens « accomplir un co ït » (Reallexikon 581). Le fait de fixer des semelles de bois sous les pieds des parricides devient encore plus compréhensible si nous considérons que le pied symbolise généralement le pénis. (D’où le rudiment du
jus primae noctis, le droit apparemment symbolique du seigneur de mettre son pied nu dans le lit nuptial de ses serfs.)
[20] On peut constater la force du moment érotique exprimée par la relation entre le pied et la terre dans la coutume de la Rome impériale d’orner les chaussures d’emblèmes érotiques
[21]. Sartori cite de très nombreuses sources qui démontrent la conception populaire des peuples modernes du pied qui féconde la terre. Tout cela ne laisse aucun doute qu’il s’agit dans notre cérémonie d’exécution d’éviter que le parricide soit en contact avec la « Mère ».
Le fait d’éviter que la terre soit touchée pendant la cérémonie d’exécution du parricide nous indique clairement que nous avons affaire ici à un parallèle entre la psychologie populaire et la claudication dans le jeu « Renard dans le trou », basé sur une motivation sexuelle indéniable. La différence entre les deux, et notamment le fait que le joueur touche quand même la terre avec un seul pied, et qui de plus la piétine, a justement sa raison d’être et sa signification – d’ailleurs une symbolique du co ït et de la fécondation
[22] souvent utilisée dans les contes et légendes : la terre piétinée s’ouvre et engloutit le héros (diable avec un pied de cheval, et autres), ou expulse de son giron ou d’une ouverture quelqu’un ou quelque chose. Le deuxième pied replié et manquant ne fait qu’accentuer l’autre. Avec ce déplacement de l’accent psychique pendant l’ivresse régressive du jeu, le pied en action fonctionne lui-même comme un symbole phallique : il touche de façon rythmique l’imago mère-terre, et le jeu aide le joueur, ne serait-ce que symboliquement, à obtenir la satisfaction recherchée, à laquelle il avait déjà renoncé consciemment. Mais à contrecœur, comme nous le révèle le psychisme infantile et également celui des adultes, à travers la psychanalyse de telles régressions, comme les fantasmes, les rêves, les névroses et même les jeux. On peut remarquer ici que de telles surdéterminations du contenu manifeste dans le jeu, qui réunit des contraires, n’a rien d’inhabituel pour l’analyste. Cette façon de fonctionner, décrite dans ce jeu, est même caractéristique du symptôme névrotique
[23], qui peut être à la fois une mesure défensive contre un désir inconscient et une façon déguisée de satisfaire ce désir.
Une autre particularité est frappante dans les règles du jeu de la claudication : elles pourraient aussi bien être symptomatiques d’une névrose, d’une conversion hystérique, par exemple d’une paralysie hystérique, d’une phobie, etc., que des règles de jeu complètement innocentes. La concordance avec la phobie atteint même les détails : la peur de toucher la terre avec l’autre pied est exprimée par la menace que la transgression de l’interdit risque d’être sanctionnée par les coups de fouet
[24] des autres joueurs. Et si l’accident survient tout de même, le coupable se réfugiera rapidement dans la maison-trou, comme un névrosé accablé de sentiments de culpabilité et de persécution qui se réfugie à la maison, n’ayant pu mettre en œuvre ses règles défensives. Il existe cependant des enfants qui transgressent cette règle de manière impertinente et semblent de ce fait insulter
[25] les autres joueurs, mais la grande majorité se garde bien de poser un pied par terre, même s’ils n’arrivent presque pas à atteindre le trou à force d’épuisement. Certains enfants fatigués, qui avaient touché la terre, se précipitaient dans le trou avec une expression de grande peur, alors que les persécuteurs se trouvaient encore à bonne distance et ne présentaient aucun danger. Par ailleurs, j’ai pu un jour observer un enfant, qui avait posé le pied par terre, devenir confus et attendre ses persécuteurs comme paralysé devant le trou jusqu’à ce qu’une pluie de coups de fouet l’obligea à s’enfuir. Cet incident s’est produit sous l’effet manifeste d’une inhibition névrotique et je ne pense pas me tromper si je situe ici l’origine de l’inhibition (la paralysie) dans le conflit entre le désir incestueux soudainement actualisé qui cherche à atteindre la conscience, et la tendance au refoulement qui cherche à empêcher cela – abstraction faite des pulsions masochiques certainement à l’œuvre, comme dans la névrose.
Le changement de la personne du « Renard » appartient également à la catégorie de la détermination des oppositions. L’enfant du groupe des joueurs (frères) auquel le père-renard a transmis par un coup de fouet magique
[26] le pouvoir de punir ses enfants hostiles
[27] (frères) et de commettre l’inceste, n’endosse ce rôle pas seulement sous la contrainte extérieure, comme pourraient le laisser croire le contenu manifeste du jeu et une observation superficielle. Celui qui a eu l’occasion d’assister aux protestations passionnées, assez fréquentes, des petits à l’égard d’un « renard » qui n’arrive pas à frapper un autre joueur, et donc ne veut pas échanger son rôle contre l’autre plus agréable en apparence, sera vite convaincu que ce rôle en soi ne peut pas avoir que des côtés désagréables pour l’enfant joueur ; il doit même, et de manière inconsciente, exercer la plupart du temps une grande force d’attraction. Une autre issue d’une telle fixation au rôle paternel est constituée par la perte progressive de l’intérêt pour le jeu – ce qui est également le cas dans d’autres jeux – et par le désinvestissement des enfants qui n’ont plus envie de continuer. Ce qui est facilement compréhensible si l’on tient compte de ce qui a été dit plus haut : les enfants ont été privés du puissant moteur de ce jeu, à savoir de la possibilité de vivre symboliquement leur désir incestueux inconscient. Le comportement de « ceux qui restent fixés au trou » est également intéressant. Ils quittent occasionnellement le trou sur leurs deux pieds (quand les camarades se trouvent à distance) pour s’y réfugier immédiatement après. Cela les amuse visiblement. En revanche, les joueurs excitent le renard en introduisant intentionnellement leurs fouets dans le trou pour s’enfuir aussitôt. Le jeu a en commun avec le rêve et la névrose cette opposition entre les motivations manifestes (conscientes) et latentes (inconscientes), ce retournement d’un affect en son contraire favorise le déguisement également dans le jeu.
Une autre caractéristique du jeu nécessite ici une attention particulière, à savoir la répétition continuelle. Elle peut soit concerner la totalité du jeu, comme dans la plupart des jeux, soit des actions particulières, ou même l’apparition de certains personnages. Dans le jeu du renard, ce dernier retourne dans le trou aussi longtemps que possible, puis en ressort. Même le piétinement rythmique de la terre avec le pied qui sautille fait partie, par bien des aspects, de cette répétition. Des répétitions de personnages, comme par exemple celle du persécuteur du « renard », ou d’autres enfants « fils » entre eux, nous sont connues dans la mythologie sous la dénomination « doublures »
[28].
Si nous considérons la constellation père-fils sous l’angle de celle du renard et des joueurs, la répétition d’une séquence de jeu apparaît alors comme un changement de générations. Ce n’est qu’à l’intérieur de deux séquences que le fantasme incestueux est accompli : le fils, en prenant la place du père dans le cercle maternel, acquiert le pouvoir de punir ses enfants. Dans d’autres jeux, l’enfant reprend n’importe quel symbole phallique, symbole du pouvoir paternel, à l’occasion d’un tel changement. Par exemple, dans le jeu hongrois « Kàplàr »
[29], où seul le roi a le droit de se servir du fouet, repris par le futur roi quand ce dernier quitte sa place. Dans d’autres jeux, il s’agit d’un bâton ou d’une épée ; dans le jeu du renard, ce dernier ne récupère que le pouvoir de se servir de ce symbole, le fouet.
Cette répartition de l’inceste sur deux ou plusieurs générations trouve son équivalent dans la mythologie et a même été remarquée par les mythologues sans formation analytique
[30]. Le mythe du destin des Tantales, avec ses incestes et parricides en série, mais également d’autres mythes, comme par exemple la légende de « Appollonius de Tyr »
[31], montrent le même mécanisme que le jeu « Renard dans le trou ». Rank a déjà mentionné que la répartition de l’inceste sur plusieurs générations et sur les doublures des personnages significatifs est au service du refoulement, car elle permet divers déplacements à l’intérieur des rôles des différentes personnes en action et de leur désir incestueux ; ainsi le déplacement de l’affect du père sur sa doublure, sur son oncle ou sur un autre fils (donc père d’une autre génération), de la mère sur la sœur, etc.
[32]. Dans la légende des Tantales, par exemple, Tantale déchire son fils en morceaux et subit lui-même un sort identique dans la troisième génération. Il est ainsi possible de reconstruire l’importance de la signification de l’inceste dans le mythe, qui, en raison du déguisement du destin d’une génération, n’est pas immédiatement repérable. Ces mêmes mécanismes trouvent leur équivalent dans le jeu. Nous avons déjà mentionné le changement des générations, il n’est donc pas nécessaire de revenir sur le même jeu pour souligner la multiplication du fils hostile, de la horde des frères. Dans d’autres jeux, le dédoublement de l’imago paternelle engendre une deuxième horde de frères ayant une même signification paternelle, par exemple dans le jeu de chaîne hongrois : « Roi, donne-moi un soldat. »
[33] La formation en chaîne d’images paternelles et maternelles dans le psychisme humain normal est bien connue depuis les excellentes observations de Freud et de Rank
[34]. Freud décrit une forme de vie amoureuse dans laquelle les individus, dont l’amour était fixé sur la mère dans leur enfance, cherchent sans cesse cette image dans leur vie amoureuse d’adulte. Mais insatisfaits du substitut, ils tournent leur amour à nouveau vers une nouvelle imago maternelle, faisant pour ainsi dire la démonstration de l’impossible satisfaction de leur passion. Le même processus psychique – construction en chaîne d’imagos parentales – a été décrit par Rank du point de vue de la femme
[35]. Dans beaucoup de jeux, nous trouvons des dédoublements ou des chaînes de trous maternels, ou comme nous le verrons plus tard, de trous à signification anale érotique (maison, cercle, coin, champ, pot, etc.).
Le dédoublement peut également s’opérer d’une autre manière. Dans la variante commune du jeu du caporal déjà évoqué, il y a en fait deux personnages qui incarnent le rôle du père : le roi
[36], qui donne des ordres et qui détermine le nombre de coups, et le caporal, qui exécute les ordre en manipulant l’épée, c’est-à-dire le fouet, le sac à nœuds, la garuche. Ici, le caporal, clivé du personnage du roi, joue visiblement le même rôle que Laerte dans les dernières scènes de « Hamlet »
[37], ou que le messager dans « Œdipe ». Sur ordre du roi (père), Laerte retourne son épée empoisonnée contre Hamlet (fils), comme le caporal le fouet, un autre symbole phallique, contre le paysan.
Le clivage avec identification est bien connu en psychanalyse comme un des mécanismes de déguisement (voir, par exemple,
L’interprétation des rêves). Il se différencie du simple dédoublement par le fait que la tendance active, riche en affects, le principe d’efficacité – dans notre cas le pouvoir phallique du père – est présenté comme étant isolé du complexe. L’image secondaire ainsi constituée est du point de vue du fils (le joueur, Hamlet) le représentant de la grande puissance hostile du père (le fouet à nœuds, l’épée empoisonnée de Laerte). Du point de vue de l’analyste, il s’agit également d’une imago paternelle caractérisée par des actions et affects surpuissants et destructeurs dirigés contre le fils et représentés par un symbole phallique : le grand pénis. La lutte entre le père et le fils est exprimée par l’image bien connue de la lutte entre le petit et le grand pénis, un des motifs inconscients le plus fréquent des jeux. Dans certaines variantes du jeu « Renard dans le trou », par exemple, seul le renard a le droit d’avoir un fouet à nœuds, contrairement aux fouets lisses des autres enfants
[38]. Dans le mythe, Laerte possède l’épée empoisonnée du roi, tandis que l’épée de Hamlet est coincée dans son fourreau, la première est donc surpuissante, la deuxième inférieure, l’épée étant un symbole phallique connu. Que Laerte avec son épée ne soit autre qu’un symbole phallique ressort de l’identification du langage : épée = glaive et héros. Le mécanisme de l’identification se sert de l’association, aussi bien dans le mythe que dans le jeu : pénis = enfant ; Laerte, fils de Polonius, une doublure du roi, agit comme le fils du roi. Cette chaîne associative est réactivée dans le jeu : dans quelques variantes du jeu « Renard dans le Trou », « Mère Garuche à cloche-pied » et « Bonhomme », les persécuteurs deviennent « fils » par les coups de fouet, c’est-à-dire des prisonniers, des valets, qui accompagnent le renard dans le trou, le quittent avec lui et le soutiennent dans sa poursuite, avec ou sans fouet. Il est significatif que dans le jeu hongrois la chaîne formée par les enfants est appelée « fouet ». Il s’agit là d’un bel exemple de dédoublement supplémentaire d’un tel clivage. Les deux façons de dédoublement sont très fréquentes dans les jeux et permettent quelques conclusions théoriques très intéressantes que j’aimerais déjà mentionner ici, en raison de leurs liens entre le jeu et d’autres productions psychiques.
Des constructions de substitution d’objets ou d’actions, d’attirance ou de rejet refoulés peuvent se dédoubler, parfois à plusieurs reprises, comme nous l’avons vu, et devenir une chaîne, généralement de plaisir ou de déplaisir refoulé. Nous pouvons même partir d’actions de la composante non refoulée de la
libido sexualis en constatant qu’elles sont souvent caractérisées par l’automatisme, en d’autres mots, elles se répètent aussi longtemps que des raisons externes, ou une sorte de fatigue interne ne mettent un terme au développement libre du plaisir. De telles activités se répètent de manière automatique aussi longtemps que l’organisme dispose de la libido
[39]. Il suffit de penser au plaisir répété de la succion et d’autres activités de plaisir des enfants, ainsi qu’à certaines formes d’onanisme infantile qui ne se terminent la plupart du temps que par l’endormissement. Ces caractéristiques, du fait de leur simplicité, se révèlent le plus clairement au niveau des pulsions partielles auto-érotiques. En cas de fixation ou de régression pathologique, elles se révèlent de façon évidente également à un âge plus avancé, par exemple chez les patients souffrant de démence, où les automatismes marquent la majeure partie de leurs activités. On peut citer comme exemple le grattage de la peau
[40] : cette activité de plaisir de l’érotisme cutané fixée ou augmentée est conduite jusqu’à la limite de la douleur et de la fatigue, et parfois bien au-delà. J’aimerais encore revenir ici sur un moment qui me paraît très efficace dans la répétition ludique d’actions de plaisir. Sont répétées dans des séries interminables presque exclusivement des actions basées sur une pulsion partielle caractérisée par la perte – contrairement à la sexualité développée. Par exemple l’érotisme de grattage de la peau, ou l’érotisme corporel dans la danse, ou musculaire dans le jeu de la claudication. Dans cette perspective, on peut mentionner quelques activités rythmiques qui peuvent provoquer l’ivresse de jeu, cet état de conscience proche de l’hypnose, auquel on peut attribuer un rôle de plaisir préliminaire dans le jeu en raison de son effet d’introduction de plaisir dans le fonctionnement psychique (par exemple, avant et pendant la danse, la musique, les comptines et actions rythmiques avant le jeu. Je reviendrai plus tard sur le rôle du rythme dans le jeu). Ne seraient répétées alors que des actions dont la pulsion serait momentanément un but en soi, mais qui ne pourra jamais être totalement satisfaite, sauf par la participation d’autres acteurs.
Lors de la formation de la pulsion sexuelle au cours du développement de la formation des symboles, que nous pouvons généralement appeler d’après Freud des activités symptomatiques, il est souvent possible d’observer que la pulsion érotique maintient son automatisme, ou même fait justement preuve de son caractère automatique, après que le moteur de ce fonctionnement psychique mystérieux, la pulsion érotique, génératrice de plaisir, eut été dérobée à la conscience à l’aide du refoulement et rendue inaccessible à son influence régulatrice. De tels automatismes sont également répétés jusqu’à épuisement complet, ou jusqu’aux limites de douleurs insupportables, et malgré elles. Les exemples, en particulier dans les pathologies des névroses et psychoses, sont si fréquents qu’il n’est pas nécessaire de les mentionner expressément (spécialement dans l’hystérie et la démence précoce). J’aimerais simplement souligner que les répétitions dans les jeux et activités similaires (par exemple, la danse) jusqu’à l’épuisement, voire l’évanouissement, correspondent dans leurs caractéristiques à de tels automatismes.
La répétition, source de plaisir, est également présente dans la répétition des objets symboliques de la libido refoulée, donc dans le dédoublement ou la formation en chaîne des imagos. Dans ce cas, la pulsion érotique est détournée de son véritable but et amenée vers un autre qui doit remplacer le premier sous une forme plus ou moins masquée. Ce mécanisme permet au Moi de décharger ses pulsions érotiques réprimées, afin de permettre au plaisir d’être vécu sous une forme quelconque et d’éviter au psychisme une tension liée au plaisir. Mais cela entrave la satisfaction totale des pulsions qui ne peut survenir que lorsque la libido a trouvé un lien avec un objet équivalent. Ce moins dans la satisfaction avec l’objet de remplacement et la tension psychique qui lui est liée donnent à certains l’occasion de multiplier les objets
[41], comme les chiffres irrationnels infinis et d’autres séries infinies en mathématique, qui visent une valeur inatteignable en raison de leur répétition. Comme dans les légendes et les mythes, de tels dédoublements sont également fréquents dans les jeux. J’aimerais rappeler ici uniquement les trois formes les plus importantes : le dédoublement des imagos paternelles et maternelles et les imagos anales érotiques.
L’examen de la deuxième forme du dédoublement, la formation en chaîne, issue d’objets refoulés de la libido négative, permet de comprendre le rapport entre le Moi et le refoulement. Si nous prêtons une attention particulière au clivage et à la formation en chaîne de tels objets libidinaux, là où la libido a subi un refoulement très important qui trouve son expression dans le caractère angoissant du symbole, nous pouvons observer – particulièrement dans les jeux et dans les contes, mais aussi dans les mythes et de manière très évidente dans certaines psychoses
(delirium tremens) – que ces symboles présentent plus souvent que les autres une multiplication et une formation en chaîne. Par exemple, les innombrables diables et démons du catholicisme du Moyen Âge, mais aussi dans d’autres religions, comme les hordes de Djinnis dans l’Islam. Dans la religion brahmanique, ces clivages sont représentés de manière plastique sur les images des dieux. Nous trouvons dans un grand nombre de contes des hordes « d’ennemis » dont le nombre fait « légion », comme on aimait appeler le diable – dont Jung a souligné le caractère phallique et Jones le lien avec l’inceste, et dont j’aimerais également souligner la signification anale érotique –, sous la forme du héros qui, au lieu de devoir lutter uniquement contre une imago paternelle, se voit confronté à d’innombrables soldats, enfants, valets, animaux. Dans certains contes, ces ennemis se multiplient au fur et à mesure que le héros parvient à les tuer. On peut également comparer les divers dragons à têtes multiples qui repoussent aussitôt tranchées et qui se dédoublent comme dans le mythe de Héraklès, où le héros doit à chaque fois lutter – le plus souvent trois fois
[42] – contre la multiplication des têtes du dragon. Dans un conte hongrois, par exemple, le fort refoulement du désir incestueux est signifié par de nombreux dangers et difficultés auxquels est confronté le héros – entre autres, le motif de la montagne de verre, impossible à escalader, sur laquelle se trouvent le château et la princesse (salvatrice, imago maternelle) – les soldats se multiplient de plus en plus en dépit du fait qu’il en tue un régiment à chaque coup de son épée magique. C’est seulement quand il se lance avec son destrier magique contre les soldats qu’il aperçoit une vieille femme (la petite mémère au nez de fer, une sorcière ennemie) qui travaille sur un métier à tisser. À chaque mouvement de la navette
[43], une horde de soldats s’échappe de ses côtes. Il doit d’abord tuer la sorcière avant de pouvoir vaincre les soldats. Dans ce conte – que j’ai choisi en fonction de son analogie avec beaucoup de jeux basés sur un cercle maternel, un trou, une maison qui protège un groupe ennemi contre l’intrus – nous trouvons, si nous interprétons la symbolique sexuelle manifeste, au lieu du père hostile qui cherche à empêcher l’entrée dans la grotte maternelle, une chaîne infinie de clivages
[44] de sa personne censée symboliser son pouvoir phallique paternel, mais face à laquelle le fils-héros jouit d’une relative sécurité en raison de sa supériorité non partagée (voir le pouvoir magique de son épée contre des milliers de soldats). Si nous comparons cette imago paternelle hostile, diminuée par son éclatement, avec le symbole assez dangereux, générateur d’angoisse, nous sommes obligés de nous rendre compte que l’inconscient, en se servant du clivage, poursuit un but : éviter le développement de l’angoisse issue de la libido incestueuse excédentaire par cette dilution de l’abréaction dans l’espace et dans le temps – pour parler en langage imagé. Un père qui se laisse tuer des milliers de fois, qui se laisse déchiqueter en autant de morceaux, ne suscite pas la même culpabilité que celle ressentie à la suite du coup meurtrier porté sur La ïos par la main d’Œdipe. À côté du changement des générations, nous trouvons également très fréquemment cette construction en chaîne dans le jeu. Par exemple, le jeu « Renard dans le trou », dans sa variante « Mère Garuche à cloche-pied », où la horde d’enfants se multiplie comme sortant du fouet pour prendre ensuite le rôle du renard, avec ou sans fouet, mais dont le pouvoir est toujours nettement inférieur à celui du renard. L’association fouet-enfant est clairement démontrée dans le jeu hongrois « Le fouet » : ici le fouet est constitué par une chaîne d’enfants
[45]. Dans le jeu « Bâton, sors de ton sac », ou « Sac à nœuds se promène », le joueur est directement identifié avec le bâton ou le fouet. Je mentionne ici déjà la formation en chaîne d’objets de plaisir anal érotique, comme j’ai eu l’occasion de l’observer une fois moi-même lorsqu’un patient souffrant de
delirium tremens a développé à partir d’objets de plaisir de toute évidence anal érotique des hordes de petits animaux noirs, bien connus dans cette maladie, générateurs d’angoisse et de répulsion.
Depuis que nous savons que le refoulement en tant que tel est une réaction défensive du psychisme pour protéger son inviolabilité narcissique toute-puissante contre les mouvements infantiles érotiques qui génèrent du déplaisir en raison de leur répression, nous sommes tenus de considérer ce mécanisme de clivage avec formation en chaîne comme l’un des modes caractéristiques du refoulement, au même titre que le déplacement, la condensation, etc. J’aimerais ajouter en préambule que ce mécanisme – qui m’a particulièrement frappé dans mon étude des jeux – revêt dans l’activité ludique une signification particulière, en plus de celle déjà mentionnée, à savoir qu’il permet au joueur de faire valoir son attitude face à l’inceste et à l’érotisme anal – pour n’en mentionner que les plus importants – sur un mode de transfert et de manière typique face à ses camarades, la horde des frères, mais également plus tard face à ses partenaires, à la société, à la loi, en un mot, face à toute autorité humaine
[46].
Les exemples cités mettent en évidence la plus puissante des émotions infantiles érotiques, à savoir le complexe incestueux comme
primum movens. J’aimerais évoquer brièvement quelques autres parallèles propres aux jeux. En premier lieu quelques variantes du « Renard dans le trou », ou « Vieille Mère Garuche », comme par exemple « La Mouche ». Dans ce jeu, il n’y a pas de claudication signifiant, par un symbole de castration, la punition pour la possession du symbole génital maternel. La castration n’est représentée que par une circonstance identique, c’est-à-dire l’absence du fouet ; là où cette appropriation d’un nouveau membre empêche l’emprisonnement d’un « enfant » (enfant = pénis), elle déclenche l’émergence d’un équivalent de l’angoisse : à partir du moment où un enfant s’approprie « la mouche », les joueurs le poursuivent avec leurs fouets et l’enfant et la mouche se réfugient aussi vite que possible dans la maison-trou protectrice. Que des mouches, guêpes et autres petits « animaux sympathiques
[47] » – qui représentent sans aucun doute la place d’un animal totem comme le renard – soient issus des générations qui les lient aux affects ambivalents et en s’en protégeant par toutes sortes d’interdits (par exemple religieux, ou déclaration de tabou), pour les tuer quand même de temps en temps (un joueur se met à sa place pour mettre fin à son pouvoir phallique), cela est soutenu par les analyses d’Abraham qui a trouvé un véritable totémisme de mouches chez un de ses patients névrotique
[48]. Mais la suite du jeu nous révèle un autre symbole typique de castration pour les mouches. Abraham met en rapport, entre autre, le rôle totem de la mouche et d’autres petits « animaux sympathiques », qui apparaissent et disparaissent rapidement avec des mouvements légers, avec la fonction sexuelle de la vision. Dans les véritables jeux de la mouche, la
« mosca circa » et « la mouche de fer » grecque, donc le célèbre «
Blindekuh (Colin maillard) » allemand, la « mouche » perd justement la fonction de l’œil – duquel nous savons par de nombreuses analyses (
e.a. par Ferenczi, Freud, Abraham) qu’il peut représenter l’organe génital masculin (voir l’autopunition d’Œdipe après l’inceste). Le jeu analyse par lui-même de quoi il s’agit réellement : Bastian rapporte qu’au Siam le foulard est noué autour des yeux de telle façon qu’il pend devant le visage comme la trompe d’un éléphant. La trompe, comme le nez, constitue un symbole phallique encore plus parlant, comme nous l’avons déjà mentionné au sujet du fouet (cette trompe n’est en réalité rien d’autre qu’une « garuche »). Dans le jeu siamois, la trompe
[49] désigne d’une part « le joueur dans le cercle » et, d’autre part, ce qui lui a été enlevé : d’après le contenu manifeste, la vision, avec ses conséquences désastreuses sur le groupe des joueurs et d’après le contenu latent, le pouvoir phallique du père sur ses fils
[50].
Je reviendrai plus tard et de manière plus détaillée sur le rapport entre le regard sexuel interdit et sa punition, la cécité dans le jeu, pour souligner ici le rôle de la non-voyance, de la cécité et de l’obscurité, qu’Abraham a analysé plus en détail dans l’étude d’un autre matériel, à savoir son rôle comme symbole du ventre maternel. En tant que telle, l’obscurité a la même signification que la maison, le trou, le cercle tracé, ou le cercle des joueurs. On pourrait citer par la même occasion les noms anglais et français de « Blindekuh » : « hoodman blind » et « chapifou », qui se réfèrent à la cécité matérialisée par un capuchon qui recouvre la tête ; le caractère phallique de la vision rendue inefficace par le moyen mis en œuvre est également évoqué ici de manière symbolique. (Voir le capuchon, le chapeau comme symbole phallique chez Jung, Freud.) Mais le lien entre « mosca circa » : cercle maternel (cercle des joueurs et obscurité) et pénis enlevé – ou dans sa synthèse : l’inceste accompli, désiré ardemment, et ses signes : la mise à mort, l’émasculation du père et la punition, la castration du fils – représente la même constellation que celle que nous avons trouvée dans l’analyse du nom et de la personne du « Renard boiteux », ou de « Mère Garuche » et qu’on retrouve souvent dans de nombreux cas de jeux semblables. Prenons encore une variante française du jeu « Mère Garuche » : nous avons déjà cité « Le Bonhomme », une variante qui ne se différencie de « La Mouche » que par le fait qu’ici c’est Bonhomme – un père ridicule, une figure de jeu assez fréquente – qui possède la garuche ; en la touchant, elle devient d’abord ses enfants, puis des objets de son ménage. Ces derniers : « ses fils, sa marmite, ses poireaux, ses navets » [en français dans le texte], etc. peuvent facilement être interprétés comme symboles sexuels. Dans cette variante, nous découvrons un élément qui n’est plus tout à fait nouveau, à savoir la taquinerie et la raillerie adressées au père exprimant l’attitude hostile du fils à son égard dans le but de le rendre ridicule. J’ai déjà évoqué plus haut la provocation du renard par l’introduction du fouet dans le trou. Un exemple éclatant de cette prise de position du fils face au père est fourni par le jeu dit du « Grand Khan » [Grossmogul en allemand], qui sera analysé à une autre occasion. Voici son contenu : le « Grand Khan » se met sur un podium pour exécuter toutes sortes de grimaces. Mais les enfants n’ont pas le droit de se moquer de lui : l’enfant qui rit doit donner un gage ou devient lui-même le « Grand Khan ». D’autre part, il serait amusant de comparer le jeu « Le Bonhomme » avec une des nombreuses théories des enfants sur la naissance, par lesquelles ils cherchent à faire croire aux parents qu’ils ignorent tout sur le sujet. Ces jeux mettent également en évidence la signification du fouet et des coups comme symboles de fertilité (par exemple, la fertilité obtenue par le rôle du glaive dans le rite Mythras, ou une de ces nombreuses superstitions censées la garantir, comme la coutume hongroise à l’occasion de la Toussaint, où les filles sont frappées avec une verge en osier pendant que les gens chantent une chanson qui veut dire à peu près ceci : « Deviens fraîche, deviens saine, avec des seins gros comme des cruches ventrues, et un derrière gros comme un four à pain. » Le derrière étant très clairement un déplacement courant de l’intérêt érotique de la matrice sur cette partie du corps).
Les éléments de mouvement et les pulsions non libidinales faisant partie du jeu ne doivent pas être négligés. Groos
[51] souligne en particulier l’instinct de chasse dans le jeu « Renard dans le trou ». Examinons cet aspect d’un petit peu plus près : il n’y a pas de doute que des pulsions innées non libidinales et des instincts peuvent occasionnellement favoriser ou créer des jeux. Les exemples cités montrent d’autre part que l’activité pulsionnelle humaine a développé une puissante surconstruction psychique en raison de l’aspect sexuel dans la construction du jeu, car les pulsions non libidinales ont été trop facilement intégrées, mélangées et élaborées pour pouvoir prétendre être constituées exclusivement d’éléments étrangers à la pulsion libidinale. Groos, qui explique généralement le jeu sous l’aspect biologique, classe le « Renard dans le trou » parmi les jeux de chasse, car il s’agit de fuite et de poursuite. Essayons de simplifier cet exemple par le plus démonstratif des jeux de poursuite, « Le chat et la souris ». Un joueur est poursuivi par un autre, il est rattrapé, touché ou frappé par la main, ce qui déclenche le changement des rôles. Je mentionne ici deux autres règles très simples du même jeu : une, où les rôles ne sont pas inversés, mais où le prisonnier assiste le poursuivant dans sa chasse jusqu’à ce que tous les joueurs soient faits prisonniers, et une autre, beaucoup plus fréquente, où les joueurs se réfugient à un endroit spécialement désigné qui les protège de toute poursuite.
Regardons cette fois-ci sous l’angle de la pulsion et analysons d’abord la pulsion motrice et son rôle dans le jeu. Son matériel est le mouvement rapide, la course, nécessitant un grand effort musculaire. La course est un mouvement issu des réflexes organiques. Son mode pulsionnel est mis en évidence chez les animaux qui suivent leur mère immédiatement après leur naissance. On ne peut pas affirmer que la course soit une activité qui engendre du plaisir. J’aimerais par conséquent la distinguer du jeu, car il s’agit dans ce cas plus d’une détente par rapport à une tension désagréable que de la production d’une sensation de plaisir. En revanche, l’expérience psychanalytique nous a montré qu’un élément de la course, c’est-à-dire l’importante activité musculaire, est souvent accompagnée de sensations érotiques, accentuées encore par l’accélération de la vitesse du mouvement
[52]. C’est ainsi que le plaisir de l’activité musculaire a été découvert comme étant un plaisir sexuel et comme pulsion partielle de la sexualité. En raison de son lien étroit avec les pulsions motrices, il joue un rôle important de médiateur entre les pulsions sexuelles et les autres pulsions partielles de la sexualité.
La conjonction entre l’érotisme musculaire et l’évacuation normale de la pulsion non libidinale peut donner un véritable caractère de jeu à l’activité. Je crois me souvenir que j’ai toujours su faire la différence entre l’aspect ludique de la course et les conséquences de son aspect « débridé », ce qui a été confirmé par d’autres. Il est certain que les frontières ne sont pas totalement nettes, car l’érotisme musculaire réveillé par une telle activité pulsionnelle transforme rapidement ce déploiement de force en véritable jeu. Les garçons qui se précipitent hors de l’école ne courent pas longtemps sans but. La course se transforme après quelques minutes en compétition, en jeu de cache-cache ou en bagarre. La pulsion motrice influence certainement l’état de conscience de l’enfant en lui conférant un sentiment de toute-puissance – aspect que je traiterai plus en détail ultérieurement – en préparant, à travers l’émergence des pulsions infantiles érotiques, le terrain à la prédominance du principe de plaisir. Le niveau pulsionnel du jeu laisse déjà apparaître l’ivresse de jeu, compagne fidèle du sentiment de toute-puissance et du principe de plaisir.
L’expérience psychanalytique nous a fourni de nombreux exemples du caractère sexuel du plaisir par rapport à la vitesse. Stekel
[53], par exemple, a rapporté d’une analyse de rêve que des mouvements rapides avaient été directement mis à la place du co ït en raison des souvenirs infantiles de l’érotisme musculaire. Sadger rapporte des expériences similaires de ses patients. D’autre part, il est bien connu que les mouvements rapides éveillent des sensations de plaisir érotiques chez l’enfant, mais aussi chez l’adulte, spécialement dans le bas-ventre, mais également de manière générale. Par exemple le balancement, le tournoiement, le déplacement au moyen d’un véhicule, la chute libre, etc. Les premiers émois sexuels conscients, les érections, sont souvent liées aux mouvements rapides ou très accélérés (S. Freud,
Drei Abhandlungen).
Nous avons également constaté une contribution des pulsions partielles aux pulsions motrices, là où les biologistes n’ont constaté que l’effet des pulsions du moi. Cette constatation constitue donc la preuve que le jeu doit sa position psychologique particulière à la participation de la sexualité – en particulier la sexualité infantile – et que son caractère est déterminé par elle. Par exemple, il ne serait pas possible d’expliquer complètement la claudication dans un jeu de poursuite sans tenir compte du rôle joué par le complexe incestueux dans la construction du jeu – pour en revenir au « Renard dans le trou » – même en argumentant que la répression de la pulsion intensifie les sensations de plaisir. Cela est certainement le cas, car il est incontestable que la tension désagréable due à la répression de la pulsion – qu’elle soit de nature sexuelle ou non – est subitement déchargée et produit du fait de sa disparition une sensation relative de plaisir. Ce phénomène est fortement exploité par le jeu, ou plus correctement par la tendance à la satisfaction du désir, afin que la pulsion accumulée et devenue irrépressible puisse emporter dans son courant les pulsions érotiques qui tendent littéralement vers la décharge. La pulsion joue ici un rôle équivalent, d’après Freud, à celui des excitations corporelles dans le rêve, où elles aident le psychisme à exprimer ses désirs infantiles érotiques. Malgré l’argument évoqué, qui est certainement justifié, l’explication d’une si forte limitation comme la claudication dans un jeu de poursuite nous laisserait un sentiment d’insatisfaction, en particulier en pensant à la limitation de la vision dans le jeu de « Blindekuh ». Mais comme nous avons pu le constater, le jeu a quand même ses bonnes raisons. Abstraction faite de la signification de castration de telles limitations, elles permettent de dépasser les sentiments de douleur, de fatigue et de crainte qui pourraient se développer en raison de la pulsion sexuelle réprimée. Le rêve présente un mécanisme identique : les sentiments fortuits de malaise corporel ou sexuel sont utilisés pour permettre l’accomplissement des désirs sexuels qui ne seraient pas possibles sans un fort sentiment de déplaisir.
Nous avons déjà évoqué le rôle positif d’anticipation du plaisir à l’égard des activités pulsionnelles agréables – qu’elles soient de nature sexuelle, ou qu’elles mènent vers un sentiment probablement narcissique de toute-puissance. L’anticipation du plaisir modifie l’humeur psychique de telle façon que la disponibilité psychique à l’adaptation à la réalité bascule du côté de la prédominance du principe de plaisir. J’ai pu constater généralement que ce mécanisme est présent dans le jeu, et il me semble également présent dans d’autres constructions psychiques comme une forme particulière des conditions associatives de l’inconscient. Freud l’a d’abord mentionné au sujet de la plaisanterie
[54], donc une forme particulière de jeu qui remplace les pulsions motrices par un travail de réflexion. Ainsi, par exemple, le côté comique du langage, associé aux différentes techniques propres à la plaisanterie – dont Freud a compris le rôle anticipatoire de plaisir et dont la majorité est à classifier dans les expressions de plaisir exhibitionniste et anal érotique –, favorise les pulsions érotiques et les pulsions du moi, base de la plaisanterie. De plus amples recherches devraient démontrer dans quelle mesure ces mécanismes d’anticipation de plaisir peuvent revendiquer une indépendance et une validité universellement reconnue en tenant compte de l’hypothèse de l’inconscient.
De même, les jeux de poursuite – quoique basés sur une véritable pulsion clairement exprimée, comme la pulsion de chasser – ne manquent pas d’un puissant déterminisme psychique. Au contraire, la fuite et la poursuite constituent des motivations que nous rencontrons souvent dans la psychiatrie, la mythologie et même dans les rêves, presque toujours sous forme de complexe incestueux partiel très actif. Dans la mythologie, la fuite apparaît principalement sous deux formes : soit le héros apprend par message surnaturel qu’il tuera son père et épousera sa mère, il prend la fuite pour échapper à ce destin qu’il accomplira d’autant mieux par la suite (Œdipe) ; soit, en cas de refoulement plus avancé, il projette son attitude hostile à l’égard de son père et son attitude érotique à l’égard de sa mère sur cette dernière et prend la fuite, poursuivi par le père hostile (Kyros, Mo ïse, Jésus), ou par la mère folle d’amour (Phèdre, la femme de Putiphar, etc.). La libido incestueuse, qui se transforme en déplaisir sous l’effet de la répression, peut faire émerger l’imago maternelle sous l’image de « la mère terrifiante ». Dans le jeu « Renard dans le trou », les deux formes apparaissent dans la personne du renard et de la « Mère Garuche » ; chez cette dernière l’amour se transforme partiellement en son négatif, la haine (mécanisme parano ïde). La mythologie représente volontiers la peur de l’inceste par de telles « mères terrifiantes » et leur double, comme par exemple les Érynnies, les Sphinges, les filles de Phôrkys, etc.
[55].
Dans les contes, la poursuite a presque exclusivement lieu entre le père et le fils (ou entre la mère et la fille). Il s’agit le plus souvent d’une imago paternelle, le roi jaloux de sa fille (femme) poursuit le fils-héros, le prétendant de sa fille. Une autre fois, la poursuite est matérialisée sous forme de la lutte célèbre entre le petit et le grand pénis, comme par exemple dans « Le valet du diable »
[56]. Ce conte est intéressant en raison des fréquents changements de symboles : le valet-fils, qui s’est introduit sous forme de pigeon dans la maison royale (symbole du ventre maternel, giron maternel) en passant par la fenêtre, est poursuivi par un épervier (les deux étant des symboles phalliques) ; il se sauve dans le giron de la fille du roi (imago maternelle), ou bien se transforme en renard qui arrache avec ses dents la tête du diable représenté par un coq (castration du père) pour épouser finalement la fille du roi
[57]. Mais il arrive également que le poursuivant soit « une mère terrifiante » : une belle-mère, une sorcière, la « commère au nez de fer ». Toutes ces variantes peuvent se manifester dans le jeu ; il s’agit de poursuites simples, comme dans le jeu de cache-cache, ou qui font partie d’autres jeux. Il est intéressant de noter tous les symboles dans les contes : le coq, la poule, le poussin, l’oie, le pigeon, etc. peuvent être poursuivis par le renard, le loup, l’épervier, etc., et même par le linge de toilette et l’anneau dans certains jeux de cache-cache
[58]. De telles régressions, comme dans « Mère Garuche » ou les fils dans « Bonhomme », ne laissent aucun doute quant à la justesse de notre analyse. Dans certains jeux hongrois, par exemple « Madame la Mère (grand-mère) va à l’église », une variante féminine du « Grand Khan » : la mère, ou grand-mère, poursuit ses enfants, le plus souvent ses filles. Dans d’autres jeux, le poursuivant père est remplacé par le grand-père.
Complètement analogue au « Renard dans le trou », il y a la « Maison refuge » dans la variante simple du jeu de cache-cache (voir le conte du « Valet du diable »), dont la signification maternelle, respectivement le symbole du ventre maternel, a déjà été évoquée au début. Une forme intéressante de sauvetage est celle où un joueur traverse en diagonale le champ entre le poursuivant et le poursuivi. Elle rappelle un célèbre motif de la mythologie, la « séparation des parents universels » ; chez les analystes, ce motif est connu comme « sauveur de la mère ». Voici son contenu : en s’introduisant entre les deux parents universels, le fils libère la mère du père et sépare ce qui était uni en deux principes contraires. Ce motif, qui provient également du complexe incestueux (Rank), apparaît également dans le jeu « Roi, donne-moi un soldat » ou encore dans le jeu « La chaîne », où le joueur, en cassant la chaîne des enfants du roi, s’approprie la chaîne des enfants séparés pour les intégrer dans son camp, ennemi du roi. Les enfants ainsi capturés s’adaptent immédiatement à leur nouveau rôle, ce qui est complètement contradictoire avec la théorie de l’exercice préparatoire
[59] à la vie sociale. De plus, la rupture de la chaîne (enfants, queue) du roi revêt une forte signification de castration, comme dans le jeu de poursuite « Chat perché »
[60], où le joueur séparé et capturé devient l’enfant du poursuivant. L’imago paternelle privée de son pénis revêt ici également une signification maternelle, comme dans « Renard dans le trou », qui est exprimée par l’image « sauvetage de la mère ».
J’espère avoir démontré à l’aide de ces exemples que, même dans le jeu simple de cache-cache, le plaisir de l’activité musculaire et pulsionnelle, le principe de plaisir, quelle que soit sa source, sera rapidement récupéré par l’inconscient pour exprimer les désirs infantiles érotiques réprimés. Il s’agit de la même constellation que celle que nous avons affirmée en fonction de nos connaissances psychanalytiques en observant la version plus complexe de ce jeu. Il n’est donc pas nécessaire de souligner une fois de plus que les pulsions et l’érotisme musculaire jouent le même rôle ici que dans « Le chat et la souris ».
Il n’est pas possible de prendre en considération dans cette analyse tous les détails des jeux à caractère incestueux. C’est plutôt la multiplicité des similitudes que ces jeux ont en commun avec d’autres constructions de l’inconscient de l’individu et de l’humanité qui m’oblige à me limiter ici aux exemples cités et à reporter l’analyse d’autres jeux à plus tard, afin de disposer du temps et de l’espace nécessaires à un travail détaillé.
Notre analyse resterait néanmoins incomplète sans l’évocation des autres pulsions infantiles érotiques qui trouvent leur confirmation dans « Renard dans le trou ». Les puissantes tendances sadomasochiques des composantes sexuelles chez l’enfant apparaissent également dans ce jeu. La poursuite et les coups de fouet ne sont pas le fait du hasard, mais constituent une de leurs sources de plaisir. Cela n’est pas confirmé uniquement par des adeptes de la douleur désespérément pervers, mais également par de nombreux cas d’analyse. Les composantes masochiques exploitées dans le jeu absorbent et paralysent la fatigue, la douleur et la crainte représentées par l’angoisse névrotique.
On peut même trouver dans ce jeu incestueux classique des traces de l’érotisme anal, généralement à la base d’une vaste gamme de jeux. Dans une des variantes du jeu, le « renard » ne se sert pas du fouet pour frapper, mais le lance contre le joueur en fuite, les conséquences n’étant pas les mêmes que celles du coup. Sans analyser plus en détail ce jeu centré sur le « lancer », on peut présumer qu’il peut être associé à trois significations : premièrement comme symbole de naissance, conformément à la théorie anale des enfants à ce sujet ; deuxièmement comme symbole du plaisir de la défécation ; troisièmement comme résultat du plaisir de la rétention, équivalent de l’angoisse du complexe incestueux, comme étant une souillure, une honte, une dégradation, un mépris exprimé par la projection, la souillure du symbole des fèces. Dans un premier temps, le lancer avec la « Mère Garuche » est un dédoublement de la sortie du cercle maternel, de sa propre naissance. Le petit Hans a symbolisé cela chez sa mère en laissant tomber un couteau, également un symbole phallique, à travers un trou dans la poupée. L’association pénis-
Lumpf-enfant, dont Freud a récemment souligné une nouvelle fois l’interrelation
[61], est intensifiée dans le jeu par le lancer : en lançant un symbole phallique-fécal
[62], le « renard », la « Mère Garuche » a un enfant. Mais le lancer en tant qu’activité anale sadique-érotique est en soi source de plaisir, ce que nous pouvons déjà observer chez le tout petit enfant. Mais celui qui est touché le ressent comme une honte, une dégradation et les conséquences le reflètent bien : de joueur libre, avec une attitude ambivalente libre face aux imagos paternelles et maternelles, il est forcé de devenir esclave, marqué par son complexe incestueux. L’exclusion du groupe des joueurs sous les coups de fouet n’est qu’une traduction de ce fait dans le langage du jeu, qui était peut-être également celui de la vie et de l’âme populaires
[63] dans l’ancien temps. On lance également des pénis et des selles dans les jeux directs de lancer, par exemple de l’argile, du sable, des cailloux, des os, un ballon, un dé, des petits bouts de bois, des flèches, etc. Un chemin s’ouvre ici pour l’analyse des jeux anaux érotiques, qui en raison de leur importance et de leur multiplicité doivent être traités dans un autre chapitre.
Il n’est pas difficile de mettre en évidence que le jeu analysé ici, comme beaucoup d’autres, représente également les tendances homosexuelles des joueurs, facilitées par une identification simultanée avec le père et la mère, et je ne manquerai pas de consacrer une réflexion détaillée à ce sujet. Mais pour l’instant je me contente de souligner que les racines inconscientes de l’homosexualité dans le jeu – d’après mon expérience – co ïncident la plupart du temps avec celles du complexe incestueux, du sadisme, du narcissisme et de l’érotisme anal que j’ai déjà évoqués plus haut. L’expérience quotidienne de la psychanalyse montre que l’homosexualité déjà ancrée peut apparaître dans sa forme initiale à travers le jeu.
En résumant les résultats de notre analyse des jeux « Renard dans le trou », « Le Renard boiteux », « Mère Garuche », nous avons trouvé qu’ils montrent, en parallèle à leur contenu d’éléments moteurs, un contenu manifeste – une façade ludique – construit à partir d’expressions déformées des pulsions partielles infantiles érotiques de la sexualité. Cette déformation déclenche le même mécanisme que celui décrit par Freud comme instance de censure activée dans le rêve, les névroses, etc. En parallèle avec les contes, légendes et mythes qui, en raison de leur expression ludique de refoulement de la sexualité, sont le plus proche de notre jeu, on pourrait le reconstruire comme suit : le fils du roi est chassé de la maison par un méchant beau-père ou une méchante belle-mère. Dehors, dans le monde, il doit se battre contre divers monstres à têtes multiples ; il perd, on le mutile, on lui jette un mauvais sort, son ennemi s’approprie son héritage ; mais il revient finalement miraculeusement à la vie, il vainc son ennemi, sauve sa mère et regagne triomphalement le château-fort de son père pour régner sur le royaume. Ou, raconter du point de vue des poètes de la mythologie : les titans se révoltent contre le dieu-père. Il y a une bataille avec des armes terrifiantes comme la foudre et des blocs de roche. Un titan s’approprie le pouvoir, le château-fort et la femme du dieu-père, qu’il a mutilé avec son épée. Lors d’une nouvelle bataille, il est frappé par la foudre et vaincu par le dieu-père ; il est émasculé et envoyé en exil aux Tartares. (La forme du conte représente volontairement le point de vue du fils, alors que celle du mythe représente davantage celui du père, mais les deux sont identiques. Cela ne peut pas être autrement en raison de la reconnaissance universelle des tendances érotiques et des changements des rôles du père et du fils dans le jeu.)
Traduit dans le langage de la conscience, le joueur réalise avec sa mère l’inceste désiré, mais déjà refoulé, et écarte le père par mort ou castration. Mais son angoisse de castration est déviée ou recouverte avant d’atteindre la conscience par des sensations physiques douloureuses et pénibles, mais transformées partiellement en sensations sadomasochiques de plaisir. Ce faisant, il savoure le plaisir issu de l’érotisme anal et musculaire, gonfle son Moi, devient grand, magique, tout-puissant et crée un large espace pour la décharge de ses pulsions débordantes du Moi ou du Ça, ou pour son Idéal du Moi narcissique. Il savoure de manière légale le plaisir autrement interdit et évite ainsi des tensions physiques ou psychiques.
La découverte du lien étroit entre le jeu et les pulsions partielles infantiles érotiques permet une compréhension plus approfondie du sens du jeu que les théories de jeu basées sur les aspects psychobiologiques. Dans les exemples analysés, nous avons découvert que le caractère du jeu est déterminé par les produits déniés des pulsions partielles infantiles érotiques et de leurs objets. Sans eux, le jeu ne serait qu’une activité productrice dépourvue de plaisir. Les causes de l’origine du jeu et de sa forme sont à chercher dans la tendance des pulsions infantiles érotiques à s’activer et gagner du plaisir et à refouler et éviter le déplaisir. Ce processus intègre aussi bien les pulsions motrices, d’autres pulsions et instincts produits en surnombre et qui tendent vers la décharge ; elles sont utilisées et élaborées de la manière déjà évoquée et déterminent la construction du jeu.
La compréhension analytique correspond par ailleurs à la plupart des théories de jeu évoquées jusqu’ici :
1 / La théorie de Schiller-Spencer : le jeu ne serait qu’une décharge d’énergies accumulées et excédentaires (overflowing energy) si le rôle important joué par les pulsions infantiles érotiques n’était pas reconnu au même titre que celui des autres sources d’énergie du jeu.
2 / Ladite théorie de récupération, présentée par Lazarus, peut être expliquée très simplement de la manière suivante : le jeu est une récupération par la détente physique et spirituelle des efforts de la vie quotidienne. Cette théorie présage de la primauté du principe de plaisir sur le principe de réalité dans une approche scientifique qui, d’un point de vue exclusif, permet encore une psychologie de la conscience.
Les objections à l’égard des deux théories perdent de leur importance si l’on tient compte du fait que les jeux sont souvent poursuivis jusqu’à épuisement total du joueur, ce qui ne plaide ni en faveur de la théorie du débordement, ni en celle de la récupération, sauf si nous tenons compte ici des pulsions partielles érotiques. Comme nous l’avons déjà mentionné, elles ont la particularité de se répéter automatiquement. Même réprimées, elles préservent leur particularité et se manifestent sous une forme déguisée, se dérobant à l’influence de la conscience. Que ces jeux se déroulent dans un état de conscience modifié est généralement reconnu par les auteurs. Cet état proche du rêve a été appelé « ivresse de jeu », dans lequel nous reconnaîtrons bientôt le fidèle compagnon de la fonction de notre inconscient, avec sa façon régressive d’agir – je serais tenté de dire la sensation générale du principe de plaisir activé. Il se présente sous différentes dénominations dans les diverses productions inconscientes : extase, conscience du rêve, dissipation, étrangeté, charme, divers états de rêveries et la folie (dans le vrai sens du terme) des fous.
Pour expliquer les répétitions dans les jeux, en dehors du besoin impératif de répétition qu’il considère comme une caractéristique de l’organisme humain et qu’il explique, avec Baldwin, comme étant une « réaction circulaire » – qui, elle, de son côté constitue la stimulation à la répétition du même mouvement – Groos se réfère à la réaction différente du psychisme dans la vie quotidienne par rapport à l’état d’ivresse : « Dans la vie de tous les jours, ponctuée par la lutte existentielle, nous sommes constamment préoccupés par un but à atteindre le plus rapidement possible. Nous n’avons donc pas le temps de nous laisser aller à la tendance à la répétition. La situation est complètement différente quand une personne tourne le dos à cette vie laborieuse qui la pousse à avancer. C’est la psychiatrie qui nous fournit des exemples de pathologies. Certaines formes de pathologies mentales se manifestent par des répétitions inlassables du même cri, ou de la même action... les mouvements “automatiques” ou “continus” des personnes hypnotisées appartiennent à ce même domaine. Quelque chose de similaire peut se produire quand un événement très douloureux ou très joyeux nous expulse de notre quotidien pendant un certain laps de temps : la répétition mécanique d’une exclamation ou d’une activité dépourvue de sens peut alors émerger. Le même phénomène se manifeste de manière très évidente dans l’ivresse d’amour des oiseaux : il semblerait que certains oiseaux soient capables de répéter leur chant de séduction jusqu’à ce qu’ils tombent morts de la branche. »
Le jeu est également un échappatoire à la vie quotidienne. Après avoir pris en considération ce qui a été dit ci-dessus, nous ne sommes pas étonné de voir que certains jeux soient répétés jusqu’à épuisement. Cela est particulièrement vrai en ce qui concerne les jeux des enfants, « car l’enfant, se sentant comme un adulte, peut se perdre dans la jouissance pure de l’instant présent ».
3 / La théorie de l’exercice de Groos – à savoir que le jeu constitue un exercice préalable à de telles activités pulsionnelles d’une importance cruciale pour la vie du genre humain en raison de leur caractère préparatoire à la vie réelle des adultes – va dans une certaine mesure dans le sens de la reconnaissance de la base infantile érotique du jeu du fait que les pulsions infantiles érotiques constituent les composantes de la sexualité normale et s’y développent. L’activité ludique contribue certainement de manière importante au développement de la plus puissante de toutes les pulsions humaines qui, selon Freud, est exemplaire pour toutes nos entreprises, mais j’aimerais souligner que dans mon expérience, le choix, c’est.à-dire l’invention ou la préférence de l’un ou l’autre jeu, dépend déjà des pulsions partielles émergeantes chez les enfants. Elles façonnent davantage le jeu à leur image qu’elles ne se laissent guider ou influencer par lui. Cela arrive, bien sûr, mais ne dépasse guère l’influence du milieu que nous connaissons bien en psychanalyse par rapport au développement des perturbations nerveuses. Nous savons que les pulsions sexuelles des enfants provoquent elles-mêmes très souvent et de manière active les événements et traumatismes sensés avoir contribué à leur fixation, ce qui a été démontré en premier lieu par Abraham dans ses écrits
[64].
Mais une autre réflexion devrait être prise en considération ici. Nous savons que la culture humaine s’est constituée à moitié au détriment de la sexualité refoulée qui au cours du développement a perdu avant tout les pulsions partielles. Le désir incestueux, les pulsions sadomasochiques et anales érotiques se déploient pleinement, ou en dépit des inhibitions, sous leur forme déguisée, afin d’être amenées vers des constructions de compromis, de remplacement, de réaction et de sublimation. Si nous considérons ce mouvement comme un processus de développement – des parallèles psychologiques d’ethnographie montrent qu’il est la récapitulation du développement psychique de l’humanité –, nous sommes en droit de penser que le jeu intègre et élabore une grande partie des pulsions pendant toute la période de l’enfance. Il relie les pulsions sexuelles et non sexuelles avec leurs buts et leur apprend à collaborer ensemble ; il favorise la déviation des énergies sexuelles excédentaires vers les pulsions d’autoconservation ; il arrondit les angles des mouvements asociaux et égo ïstes, en un mot, il n’est pas une aire de jeux hasardeuse pour toutes ces pulsions et inhibitions. Il a également comme fonction d’harmoniser à l’aide de constructions de compromis – telles que nous avons pu les observer dans le jeu au niveau du refoulement – les productions de l’inconscient dominées par le principe de plaisir et de les adapter aux données et contraintes de la vie réelle. Il semblerait que l’homme ne possède que la culture, dont il a intériorisé le développement historique. Vu sous cet angle, Groos pourrait avoir raison quand il affirme que le jeu n’est qu’un exercice préparatoire au développement adéquat des pulsions vitales ultérieures. Mais si nous ne tenions pas compte, comme lui, des bases infantiles érotiques du jeu et de leurs buts essentiels, soit le plaisir issu des pulsions infantiles érotiques, la théorie de l’expérimentation et de l’exercice préalables, même appliquée de manière superficielle, nous ferait certainement défaut. Spécialement au niveau des fixations à certains jeux qui ont la même signification dans le jeu que dans les névroses et dans les pulsions infantiles érotiques qui sont à la base des deux, et que nous connaissons comme perversions dans la vie psychique et sexuelle des adultes. Il suffit de penser, par exemple, aux jeux de hasard des adultes qui doivent leur existence et leur pouvoir pernicieux probablement davantage à la fixation au plaisir anal érotique qu’au besoin d’exercice préalable à des actions adéquates. Une critique de la théorie du jeu de Groos nécessiterait une étude plus approfondie, mais je peux déjà mentionner ici la différence fondamentale entre le point de vue de Groos et le mien en illustrant une remarque de Groos
[65] qui dit : « Je considère les jeux d’amour des enfants comme un succès “involontaire” accessoire des arrangements d’une période de la jeunesse. Ils n’ont pas de signification biologique essentielle et viennent loin derrière l’exercice juvénile d’autres instincts. »
4 / De même, les approches de Wundt à ce sujet peuvent être considérées comme fondées sur des critères psychologiques. Le plus précis d’entre eux est le premier : « l’effet de jouissance » du jeu, mais qui ne souligne que le gain de plaisir généralement bien connu. Mes analyses de jeux devraient montrer assez clairement qu’il ne peut être que la face visible – consciente psychologiquement – de la tendance générale du jeu à la satisfaction du désir, la même que celle que Freud décrit comme signification essentielle dans le rêve et qui travaille ici avec des mécanismes similaires à ceux du jeu, c’est.à-dire favorisant la réalisation plus ou moins déguisée d’impressions et de besoins forts – d’instincts et de pulsions – des désirs infantiles érotiques. À la différence d’un recouvrement superficiel par endroits du matériel infantile érotique par du matériel plus coercitif, car le jeu réunit souvent les deux, ainsi que d’un refoulement moins avancé qui permet des régressions plus fréquentes et plus abondantes dans le jeu que dans le rêve. Une autre différence consiste peut-être dans une participation difficilement définissable des pulsions non sexuelles qui, à partir d’observations plus fines – surtout des psychanalystes – d’enfants normaux et névrosés et des connaissances qui en résultent concernant le rôle important des pulsions partielles sexuelles dans le psychisme infantile, ont perdu beaucoup de place et d’importance. Elles ont dans l’avènement du jeu à peu près le même destin que les excitations dans l’avènement des images des rêves. Aussi puissantes et claires qu’elles puissent être, elles sont partie intégrante de la trame imagée du jeu. Ou alors sont appelées directement, afin de créer un espace aux pulsions érotiques du jeu, comme par exemple l’activité de réflexion dans les jeux de l’esprit
[66]. Si un quelconque plaisir est libéré par l’activité de ces pulsions, le principe de plaisir d’origine motrice ou sensorielle s’en sert comme d’un plaisir anticipé, une sorte de prime de séduction, par lequel les pulsions érotiques « contraignent » le psychisme à modifier son attitude, ce qui est indispensable au développement du plaisir d’origine érotique. D’après mes observations, il s’agit d’abord d’un élargissement du sentiment du Moi au sentiment de toute-puissance. Il est fort probable que ce sont alors ces sentiments qui initient la transition au fonctionnement du principe de plaisir et déclenchent l’entrée en action des pulsions érotiques qui attendaient leur confirmation, si elles n’ont pas participé d’emblée à l’évocation de ces états
[67]. Dans mon analyse des différents jeux, j’ai déjà mentionné le rôle préliminaire du plaisir lié aux différentes pulsions partielles.
Je reviendrai sur le deuxième critère de Wundt, « la reconstruction consciente ou inconsciente d’activités opportunes », quand j’évoquerai les jeux de mimiques. Mais je ne mentionnerai pas le troisième critère, « la déconstruction des opportunités primaires en opportunités factices », car il devrait être considéré sous une autre perspective. La version de Wundt souffre de l’unilatéralité des points de vue conscients des psychologues des associationnistes. Mais je peux dire en préambule que le deuxième critère n’a pas une validité générale – ce qui a déjà été signalé par Groos. Le troisième critère, celui de la déconstruction des opportunités primaires en opportunités factices, ne constitue une fois de plus qu’une expression défaillante d’une réalité bien connue et évidente pour les psychanalystes, à savoir que les productions psychiques se composent d’un contenu manifeste et latent – et cela est valable aussi bien dans le jeu que dans le rêve – qui, du point de vue de l’opportunité, exige une autre orientation. La psychologie de Wundt était arrivée à reconnaître que les buts manifestes du jeu n’étaient pas les véritables buts, mais cette explication était réservée à la psychanalyse.
Notre théorie des pulsions étant encore passablement obscure, l’activité ludique des différentes pulsions non sexuelles est ce qu’il y a de plus difficile à interpréter et à classifier dans les théories du jeu. Les opinions concernant leurs significations et leurs effets sont très divergentes. Mais on est en droit de supposer que les premières expressions de ces pulsions, par exemple, le premier geste réussi pour saisir un objet, ou même le jeu d’un jeune chat avec une pelote de laine, n’ont rien en commun avec le caractère psychologique du jeu, car elles ne sont rien d’autre qu’une expression réflexive d’une pulsion. Il leur manque même le critère ludique biologique de l’expérimentation affirmé par Groos, sinon tous les réflexes, y compris les activités dites sérieuses de la vie, devraient être envisagés comme des jeux, du fait que tous peuvent être considérés comme une préparation préliminaire à des activités similaires ultérieures, qu’elles soient physiques ou intellectuelles. Nous savons que lors de certaines interventions gynécologiques chez des parturientes, on différencie les pieds des mains du fœtus par le fait que le pied repousse le doigt qui le touche, alors que la main le saisit. En répétant de tels essais on obtient le même résultat, que le nouveau-né met par ailleurs en évidence. Parler d’activités de plaisir à l’occasion d’activités pulsionnelles similaires n’est possible que dans un sens négatif, à savoir que la répression de ces activités provoque du déplaisir qui peut être constaté à travers le changement d’attitude de l’individu, le plus souvent à travers des symptômes qui semblent indiquer une tension accrue de l’organisme. (Le caractère de plaisir est en revanche indéniable là où le réflexe de la pulsion du Moi est associé à la pulsion érotique. Cela est également démontré par Groos, qui cite un essai de Preyers qui introduit dans la bouche d’un nouveau-né, dont la tête vient tout juste d’émerger du corps maternel, un bâtonnet d’ivoire que le bébé suça avec une expression de grand plaisir. Le caractère de plaisir du réflexe pulsionnel trouve son origine indéniablement dans la partie érogène de la bouche.) Pour que le jeu puisse être source de jouissance, il est nécessaire qu’un élément psychique soit associé pendant ou même avant les répétitions, conférant à l’activité pulsionnelle un caractère de plaisir. D’après les observations de mon propre matériel, mais également d’un matériel étranger, je vois ce plaisir dans l’avènement d’un sentiment de toute-puissance momentané, ou plus exactement non déçu, mais qui, comme je le suppose, trouve sa racine dans la surestimation narcissique du corps propre
[68] en raison de l’activité de plaisir de l’organe. Nous ne sommes pas en mesure d’expliquer actuellement en quoi consiste le caractère de cette relation entre le sentiment de toute-puissance et le narcissisme, jusqu’où va le clivage, quelle est la participation biologique, psychologique ou psychosexuelle à de tels processus, mais le caractère de plaisir inhérent aux jeux primaires semble s’alimenter de toutes ces sources. L’impression générale de ce type de jeux est également différente des jeux initiés plus tard, avec une participation évidente de la sexualité infantile : l’activation du sentiment de toute-puissance leur confère un certain caractère miraculeux, ce qui nous autorise à parler de jeux magiques. Par exemple, le toucher mentionné plus haut rehausse l’expérience faite d’un vécu de toute-puissance particulièrement savouré à travers les répétitions. En partant de cette supposition, la « réaction circulaire » de Baldwin dans le jeu devient plus compréhensible, car chaque action des capacités réalisées ou découvertes accroît le sentiment de toute-puissance et produit le plaisir de répéter l’action, cela probablement du fait que l’expérience agréable, ou son souvenir, est immédiatement traduite en mouvement moteur
[69]. Ici, il n’y a pas d’inhibition interne, mais uniquement externe, sinon une dissipation par la fatigue ou d’autres sensations physiques de plaisir ou de déplaisir. L’enfant qui tape sur la table avec une cuillère, et que personne ne peut arrêter pendant un bon bout de temps, agit selon les principes décrits ci-dessus. Toute répression du sentiment de toute-puissance, par exemple en enveloppant la cuillère avec un chiffon pour diminuer le bruit mais en laissant les autres objets, blesse ce sentiment et l’enfant réagit avec des signes de grand inconfort. En considérant ce niveau de toute-puissance de l’activité dans le psychisme infantile, on est en droit d’attribuer au jeu une fonction de promotion de l’adaptation. Car le jeu renforce et conserve par la satisfaction du désir érotique le sentiment de toute-puissance – sous réserve d’un développement normal – et limite d’autre part l’événement psychique
[70]. La participation du sentiment de toute-puissance à toutes les étapes du jeu donne un aperçu de ce en quoi doit consister un traitement complet du sujet. L’augmentation de l’estime de soi
[71] sous forme d’actions magiques dans le jeu en fait la démonstration. Avec le développement de l’esprit, ils se manifestent non seulement à travers les actions, mais s’étendent également au langage et à l’activité intellectuelle. Le désir de puissance, en particulier si le sentiment de puissance de l’enfant a été limité par l’éducation au sentiment de puissance des parents, issu du complexe parental, devient ceci : je veux devenir grand. Il est aussi général dans le jeu que le désir de dormir dans le rêve.
En opposition à ce premier niveau – magique – du jeu, dans lequel les sentiments de puissance égo ïstes et narcissiques sont les pourvoyeurs principaux du plaisir caractéristique du jeu, de plus amples observations et études concernant leur spécificité et leur lien sont nécessaires. Grâce aux travaux fondamentaux de Freud et de son école, nous disposons d’un meilleur éclaircissement concernant les jeux primaires érotiques d’un autre niveau. Les activités de la zone érogène et des pulsions partielles sexuelles constituent les prototypes du jeu, car aussi longtemps que la répression morale et culturelle n’exerce pas son influence sur cette image, elles feront la démonstration du caractère franc du plaisir. La répression ne saurait tarder, mais ne viendra pas d’un coup. Il va de soi qu’on ne trouvera pas la construction d’une façade de jeu à ce niveau, ni le mécanisme à la base de sa construction, que les auteurs appellent communément « activité fantasmatique », ou « intention fantasmatique », car elle n’est pas encore utile au déguisement d’un matériel refoulé. Mais nous trouvons ici aussi les caractéristiques du jeu, à savoir la production de plaisir, la toute-puissance et l’ivresse de jeu, qui s’annoncent comme une sorte d’orgasme.
Ces jeux du troisième niveau – le plus élevé – avec leur contenu sexuel refoulé, c’est-à-dire la majorité des jeux d’enfants et d’adultes, révèlent dans l’analyse leur dynamique et leur structure communes avec les autres productions psychiques de l’inconscient, démontrant une parenté profonde avec ces dernières. En ce qui concerne les jeux qui font appel à l’activation de l’appareil moteur, où l’érotisme musculaire sert de préambule au plaisir, nous pouvons dire avec Freud que le jeu est une hallucination motrice
[72]. (Il est également possible d’utiliser le terme « rêve » ou « fantasme moteur ».) Ce niveau est en général marqué par un débordement de la sexualité refoulée, en particulier celle infantile érotique, sur toutes sortes d’activités organiques et pulsionnelles. Par exemple, dans le jeu « Renard dans le trou », le plaisir de l’inceste est caractérisé par la course, la poursuite (transmission de l’érotisme musculaire) ; dans les jeux de cache-cache, le voyeurisme par les yeux (transmission de l’œil sur la zone érogène
[73]).
Pour conclure, j’aimerais encore mentionner une particularité du jeu par laquelle il se distingue le plus des névroses, des psychoses et parfois aussi du rêve et des hallucinations. Car c’est son mécanisme même qui conduit vers la satisfaction des désirs sexuels refoulés, sans libérer de l’angoisse. Là où nous avons trouvé dans le jeu des équivalents d’angoisse (par exemple dans « Renard dans le trou » : les coups de fouet et la fuite dans le trou), elle est ici immédiatement mise au service d’une quelconque pulsion partielle de plaisir (se réfugier vers la mère, pulsion sadomasochiste), ou diluée par le clivage au point de ne plus se manifester comme angoisse (par exemple, horde d’ennemis comme doublure d’un père hostile, avec un rayon d’action fortement restreint). Dans le pire des cas, on peut rencontrer des passages dans le jeu qui mettent en évidence l’angoisse issue de la constellation névrotique, comme la douleur physique ou la fatigue, mais qui peuvent d’une part être source de jouissance et, d’autre part, échapper à la conscience en tant qu’angoisse (par exemple, les coups infligés par le fils du paysan en guise de punition dans le jeu du caporal, ou des exercices contraignants dans les jeux à gages). L’angoisse n’est pas le résultat du jeu, mais son matériel, comme dans beaucoup de « jeux centrés sur l’inconfort ». Ici, l’angoisse est appréciée en raison de sa surcompensation narcissique-anale-érotique et de l’activité pulsionnelle sadomasochique qu’elle engendre.
L’avènement des jeux à contenu refoulé co ïncide avec la grande période de refoulement de l’enfance. Il s’agit en particulier de jeux à contenu « mythologique », qui occupent à peu près la période à partir de 3 ans jusqu’à la puberté, marquée par une forte activité ludique. On peut supposer que durant cette période, appelée par Freud « temps de latence », marquée en apparence par un vide dans la vie sexuelle des humains, la sexualité infantile génératrice de plaisir ne disparaît pas, mais est transposée dans le jeu qui confère à l’enfance ses célèbres joies innocentes et un état de rêverie bienheureux. La subordination dans le jeu des pulsions partielles conservées sous la domination des pulsions hétérosexuelles normales cesse avec l’irruption de la puberté dans ce pays de rêve ; les pulsions infantiles érotiques perdent leur autonomie et ne sont activées que pour le strict nécessaire d’une sexualité normale. C’est la raison pour laquelle les jeux à dominante agressive ont la vie longue, tandis que les jeux de gains, les jeux de cartes et de hasard, etc. doivent leur existence opiniâtre probablement à la continuité d’une composante des pulsions anales érotiques fixées dans l’inconscient en raison d’une importante répression précoce.
L’avènement des jeux typiques co ïncide avec la latence et le début des inhibitions et renoncements culturels. Groos
[74] attire l’attention de l’analyste sur le côté psychologique du jeu en disant : « Et il faut finalement souligner que [...] la théorie du rétablissement a une signification psychologique particulière qui est probablement bien connue. Dès que l’individu a suffisamment évolué pour prendre conscience de la contrainte des événements de ce monde (ce qui est tout à fait possible même chez l’enfant d’âge préscolaire), la liberté dans le jeu constitue un repos de cette contrainte. Plus l’homme est exposé à la gravité de la vie, plus il cherchera à s’enfuir dans le royaume du jeu, où il peut s’épanouir complètement dans une activité de simulacre, en dépit des contraintes réelles, afin de se libérer de l’étouffante étroitesse de la vie et de l’angoisse terrestre. »
Le but de ma communication
[75] était d’attirer l’attention sur le fait que le jeu permet un traitement psychanalytique et qu’il en vaut la peine. Il obéit aux lois découvertes par Freud et son école sur l’importance pour notre psychisme de la signification de la sexualité dans le processus d’élaboration de l’inconscient et du règne des principes de plaisir et de réalité. De plus, j’espère avoir démontré que le jeu s’accorde dans une large mesure avec d’autres domaines de recherche des sciences psychanalytiques, en particulier avec les fantasmes, les rêves, les névroses, les psychoses, des fantasmes créant des mythes et des religions, et également avec la vie psychique d’individus primitifs, et qu’il y a beaucoup de chemins prometteurs qui peuvent mener du jeu à d’autres problèmes psychologiques.
J’espère avoir atteint mon but. Mon prochain sera celui d’élargir et d’approfondir l’analyse du jeu à l’aide de mon matériel en cours de préparation, afin de le compléter au mieux et d’établir une théorie précise du jeu en fonction des résultats.
(Traduit de l’allemand par Elke David.)
[1]
Article paru sous le titre « Äusserungen infantil-erotischer Triebe im Spiele. Psychoanalytische Stellungnahme zu den wichtigsten Spieltheorien », in
Imago, 1919, p. 213-283. Republié (dans sa forme originale) in
Kinderanalyse. Zeitschrift für die Anwendung der Psychoanalyse in Psychotherapie und Psychiatrie des Kindes und Jugendalters (Heft 1, 1993, p. 25-64), suivi du commentaire de Erika Kittler.
[2]
Au moment où ce jeu avait lieu, la maladie et la phobie avaient déjà bien diminué. Peut-être pouvons-nous interpréter la diminution du désir incestueux sous sa forme ludique comme un signe précurseur de la guérison.
[3]
Voir un autre jeu, dans lequel Hans fait tomber le cheval, ce qui signifie également la mort du père.
[4]
« Moi aussi j’aurai une Hanna. »
[5]
Ce processus « d’animation » est d’une grande importance dans beaucoup de jeux.
[6]
Pour ainsi dire une construction symbolique, fixée en
statu nascendi.
[7]
En français dans le texte.
[8]
Le renard habite également dans des grottes, des trous, qui sont utilisés dans le jeu comme élément rationnel.
[9]
J’aimerais attiré l’attention sur un renversement qui intervient à chaque rencontre avec ce personnage dans le conte hongrois : le héros la salue : « Bonjour grand-mère » ; la vieille femme répond : « Quelle chance de m’avoir appelé grand-mère, sinon tu serais mort. » Comme dans le mythe du Sphinx. Voir Rank,
Das Inzestmotiv in Dichtung und Sage, S. 256 ff.
[10]
Voir la virilité très démonstrative du héros de Goethe dans « Reinecke Fuchs » : le renard viole la femme du loup, « conseiller » du roi.
[11]
Dans le jeu, ce fait est exprimé par la claudication. Voir les vieilles comptines hongroises, qui datent probablement du temps de l’occupation turque : (traduction mot à mot) « Cigogne, cigogne, pourquoi ton pied est-il couvert de sang ? Enfant turc (ou juif) l’a coupé, enfant hongrois l’a guéri ». Le pied ensanglanté et la tradition de la circoncision chez les Turcs et les Juifs évoque la castration (voir Rank,
Inzest, S. 305) et sous-entend une coupure du pénis. (La cigogne mère qui apporte les enfants.) Cette circonstance s’accorde parfaitement avec le fait de boiter ou avec le pied paralysé dans le jeu.
[12]
Voir chez Abraham la signification phallique de l’œil :
Jahrbuch VI, « Über Einschränkungen und Umwandlungen der Schaulust » ; et chez Ferenczi : « Ideges tüuetek keletkezése és eltünése ».
[13]
Rank,
Das Inzestmotiv in Dichtung und Sage, S. 321 ff.
[14]
D’ailleurs, Vulcain boite à la suite d’une querelle avec son père au sujet de la mère. Dans une autre version du mythe des Dieux, Chronos, au lieu d’être castré, est mutilé à un tendon du pied.
[15]
C’est que l’inconscient n’a pas d’autres moyens pour exprimer la causalité.
[16]
Allatu, la déesse de l’Enfer, maudit l’intrus : « Par une maladie des yeux (Œdipe), des hanches (Jacob), des pieds (Hephaistos, Typhon), du cœur (Don Carlos), de la tête (Hamlet, Oreste) » (D
r H. Schiller,
Weltgeschichte, 1, vol. 1
Quellensammlung, S. 15).
[17]
Dans une des versions.
[18]
A. J. Storfer,
Zur Sonderstellung des Vatermordes, S. 27, Anm. 3, Wien-Leipzig, 1911, Dentike.
[19]
« Tötungsverbrechen »,
Zeitschrift für schweizerisches Strafrecht, IX, 41.
[20]
Schmidt,
Jus primae noctis, 54, 254, 283, 284.
[21]
Mauersberg, Kulturbilder aus dem untergehenden Rom,
Zeitschrift für Kulturgeschichte, VIII, 129.
[22]
Le symbole de fécondation joue un rôle important dans « Bonhomme » [en français dans le texte], une variante française du « Renard dans le trou ». Voir plus loin.
[23]
Je mentionne ici volontairement la névrose ; la divergence est cependant très fréquente dans les mécanismes de l’inconscient.
[24]
À comparer avec la symbolique déjà mentionnée des Érynnies, de l’angoisse, de la vengeance et de la punition.
[25]
Le mécanisme de cette provocation est le même que celui des mots obscènes et des insultes. Voir, plus loin, les jeux de taquinerie.
[26]
Ce type de transfert dans le jeu est généralement basé sur une identification libidinale préexistante de la personne et des affects de la personne qui transfère et de celle qui est influencée.
[27]
Le fait que les joueurs soient les « fils » du renard est confirmé de manière directe dans le jeu « Bonhomme », une variante française du « Renard dans le trou ». Ici, les joueurs touchés ou battus deviennent les « enfants » de Bonhomme, comme dans le jeu du « Chat perché » [en français dans le texte].
[28]
Rank,
Der Mythos von der Geburt des Helden.
[29]
Les rôles de trois personnages, le roi, le caporal et le paysan, sont distribués par tirage au sort : c’est le roi qui détermine l’intensité et le nombre de coups que le caporal doit infliger au paysan.
[30]
Chez Mannhardt, V. Rank,
Inzest, S. 323.
[32]
Voir Abraham, Die Stellung der Verwandtenehen,
Jahrbuch 1.
[33]
Les joueurs forment deux chaînes ; à l’extrémité de chacune sont placés les deux enfants les plus forts, les rois. On fait appel à un certain nombre de joueurs de la partie adverse qui doivent essayer de déchirer la chaîne en se jetant avec élan contre elle. Les enfants ainsi séparés de la chaîne deviennent des prisonniers et intègrent la chaîne adverse. Le jeu continue jusqu’à ce que l’un ou l’autre des rois soit fait prisonnier.
[34]
Freud, « Über einen besonderen Typus der Objektwahl beim Manne »,
Jahrbuch ; Rank,
Das Inzestmotiv.
[35]
Rank,
Das Inzestmotiv, S. 379-380.
[36]
Dans les rêves, les contes et les légendes, le roi est le père.
[37]
La version originale du mythe de Hamlet montre ici le véritable clivage de Laerte, une représentation d’une tendance paternelle. Hamlet, dont l’épée est coincée dans le fourreau, donc inférieure, l’échange directement avec celle du roi en la prenant sur son lit.
[38]
Dans la fable de Goethe, « Reinecke Fuchs », cette lutte entre le renard et le loup (la tendance phallique du fils et du père) est présentée directement comme une lutte pour le pénis. Le renard rend le loup aveugle après avoir violé sa femme ; ensuite il enlève les chaussures des pattes du loup ; ce dernier doit partir sans griffes et en boitant. L’issue de la lutte est décidée par le fait que le renard, auquel le loup cherche à mordre le pied, parvient à attraper le loup et à lui arracher les organes génitaux.
[39]
Freud avait l’impression que l’organisme la produisait comme une matière chimique
(Trois essais sur la théorie de la sexualité).
[40]
« L’onanie cutanée » [en français dans le texte] des dermatologues français.
[41]
Le moment où cette tension s’installe et contribue à la formation en série dépend probablement du rapport de force entre fixation et refoulement.
[42]
Triangulation phallique.
[43]
Le motif du lancer dans le jeu.
[44]
Que ceux-ci signifient simultanément les enfants de la mère terrible, donc également du père, va dans le sens de cette interprétation après tout ce qui a été dit sur l’association pénis-épée-enfant. Voir également ce qui a été dit dans le mythe de Hamlet au sujet du rôle joué par Laerte.
[45]
Dans des jeux français, la chaîne des enfants est appelée « queue » [en français dans le texte], un terme qui correspond bien aux symboles du renard et du fouet.
[46]
Je considère l’exposé de Ferenczi sur les névroses de guerre (accident), paru récemment dans la
Zeitschrift für ärztliche Psychoanalyse comme une confirmation de mon hypothèse. Dans cet exposé, Ferenczi considère également les mécanismes de défense du psychisme comme étant similaires, ou probablement équivalents, mais pour lui, il ne s’agit pas de catégoriser d’importantes émotions libidinales contre la préservation du Moi, mais de l’abréaction d’impressions extérieures bouleversantes qui blessent les sentiments narcissiques. Ces impressions bouleversantes n’ayant pu être élaborées au moment de l’impact, ou seulement sous une forme plus ou moins déguisée – la plupart du temps sous forme de conversion hystérique –, elles doivent toujours être ramenées vers le psychisme en vue de leur élaboration et de leur intégration.
[47]
Voir Abraham, Über Einschränkungen und Umwandlungen der Schaulust,
Jahrbuch VI.
[49]
Voir le jouet évoqué par Abraham : une poupée ; en appuyant sur un troisième œil, un phallus émerge au milieu de son front. Voir également « Beitrag zur Augensymbolik », de R. Reitler, dans la
Internationale Zeitschrift für ärztliche Psychoanalyse, 1. Jahrg., 1913, S. 159.
[50]
Le dieu indien de la sagesse à la tête d’éléphant, Ganesa, est à cet égard un parallèle mythologique qui intéressera particulièrement le psychanalyste, après les explications d’Abraham et de Winterstein concernant les relations entre le regard sexuel et le savoir sexuel.
[51]
Groos, Jagdspiele,
Spiele des Menschen.
[52]
Freud, « Drei Abhandlungen ».
[53]
Jahrbuch für psychoanalytische und psychopathologische Forschungen, I. Bd. Beiträge zur Traumdeutung.
[54]
Freud, « Der Witz und seine Beziehung zum Unbewussten ».
[55]
Que la peur soit en réalité la conséquence de la punition par la puissance phallique du père, cela est évoqué par la présence chez ces personnages de symboles de pénitence fantasmée. Ainsi par le fouet chez la Mère Garuche et les Érynnies, par l’œil et la dent unique chez les filles de Phôrkys, les « commères grises », également la triade phallique, par la dent et le nez long chez les sorcières, etc. Chez les Sphinges, par le phallus au bas-ventre.
Freud a supposé une autre source de peur par rapport à l’accouchement, à l’étranglement et la pression de l’enfant ; elle est évoquée par le nom de cet animal effrayant. Le nom est dérivé du terme envelopper, emprisonner, serrer et par le fait d’être encerclé, emprisonné dans une caverne (symbole du ventre maternel) ; ensuite l’échappée par une voie étroite en mettant en danger la vie, tentations et souffrances étant des motifs très répandus dans les rêves, les contes de fées et les mythes de la renaissance ou de la naissance accomplie. Le jeu « Ouvrez la porte » et les nombreuses variantes du jeu hongrois « Le Pont » sont basés sur une telle symbolique.
[56]
Voir Grimm,
Deutsche Volksmärchen.
[57]
Voir note en bas de page 258 dans « Reinecke Fuchs » sur la lutte entre le renard et le loup. Également chez Ferenczi : Ein kleiner Hahnemann,
Internationale Zeitschrift für ärztliche Psychoanalyse, 1. Jahrg., S. 240.
[58]
« Heiss und kalt », « Steinchen will verstecken ».
[59]
Voir Groos,
Spiele der Menschen.
[60]
« Katze auf dem Baum », un jeu de poursuite où le témoin est représenté par l’ascension d’une quelconque élévation, mais où les pieds ne doivent absolument pas toucher le sol.
[61]
« Über triebumsetzungen insbesondere der Analerotik »,
Internationale Zeitschrift für ärztliche Psychoanalyse, IV.
[62]
Voir le serpent fait de selles dans le mythe d’Osiris, ou le phallus doré fait d’argile dans Faust, partie II.
[63]
Voir les lois des tabous des peuples primitifs. L’exil d’Œdipe suite à la révélation de l’inceste, ou celui d’Oreste suite au meurtre de la mère, sous les coups de fouet des Érynnies, qui de plus rendaient la vie du poursuivi insupportable en mélangeant des selles à sa nourriture.
[64]
Das Erleiden sexueller Traumen als Form infantiler Sexualbetätigung,
Zentralblatt für Nervenheilkunde und Psychiatrie, 1907, Nr. 249 (15. November).
[65]
Voir Groos,
Spiele des Menschen, p. 485.
[66]
Spécifiquement un jeu d’adultes, d’où le remplacement des pulsions du mouvement par l’activité de l’esprit, mais qui émerge progressivement aussi dans les jeux d’enfants.
[67]
Le début de l’ivresse de jeu peut déjà être observé dans cette période de surestimation de soi et de sentiments de toute-puissance. Le processus est sensiblement le même que dans l’intoxication alcoolique, il suffit de comparer l’augmentation de l’estime de soi au début de l’alcoolisation, la diminution des inhibitions, l’accroissement trompeur des capacités physiques et intellectuelles, l’apparition de sensations érotiques et égo ïstes réprimées jusqu’alors, et même de besoins moteurs secondaires.
[68]
Voir Freud, Zur Einführung des Narzissmus,
Jahrbuch VI, 1914, et Ferenczi, Entwicklungsstufen des Wirklichkeitssinnes,
Internationale Zeitschrift für Psychoanalyse, I, 1913, S. 1210.
[69]
Dans ce sens, la fantaisie et la blague appartiennent au jeu et le rêve représente également une réponse régressive à la manière de travailler du psychisme infantile.
[70]
Chez Groos : le sentiment de liberté, le sentiment élargi de puissance.
[71]
Je ne considère pas la division du jeu en niveaux temporels I et II, mais du point de vue du contenu. Dans les jeux du niveau III, les jeux de refoulement, les jeux précédents sont toujours représentés, quoique plus ou moins refoulés.
[72]
Freud,
Totem et tabou.
[73]
Actuellement, nous ne disposons pas de suffisamment d’observations qui permettraient de mettre en évidence la participation des zones érogènes et des pulsions sexuelles aux activités organiques et pulsionnelles.
[74]
Groos,
Spiele des Menschen, p. 503.
[75]
Le côté schématique de cette communication s’explique par mes obligations militaires. Une communication plus détaillée concernant cette matière est en préparation, dans laquelle je préciserai également mes sources, ce qui n’était pas possible ici pour les raisons évoquées.