La psychiatrie de l'enfant
P.U.F.

I.S.B.N.2130539270
300 pages

p. 5 à 27
doi: 10.3917/psye.461.0005

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Volume 46 2003/1

2003 La psychiatrie de l'enfant

Contribution des nouvelles données scientifiques à la perspective psychanalytique  [1]

Bernard Golse  [2] Service de PédopsychiatrieHôpital Necker-Enfants malades149, rue de Sèvres75015 Parise-mail : b.golse@svp.ap-hop-paris.fr
Après avoir rappelé la modernité persistante du cadre épistémologique de la psychanalyse plus de cent ans après son invention, et après avoir souligné trois apports théoriques majeurs dans le champ des connaissances actuelles (théorie des catastrophes, théorie de l’auto-organisation et théorie du chaos), l’auteur recense ensuite toute une série de données scientifiques récentes qui s’avèrent d’une compatibilité intéressante avec la perspective psychanalytique (théorie moderne de la mémoire et théorie de l’après-coup, processus de perception, rêve et mémoire, les différents types de communication et l’amnésie infantile). Il apparaît finalement que les développements actuels de la science n’imposent pas à la psychanalyse un changement radical de ses référentiels, mais qu’ils permettent plutôt une reformulation en termes scientifiques récents d’un certain nombre d’acquis de la métapsychologie.Mots-clés : Métaphores, Psychanalyse, Science, Transdisciplinarité. After having demonstrated the persistant modernity of the epistemological framework of psychoanalysis more than one hundred years after its invention, and after having underlined three major theoretical contributions in the current field of knowlege (the theory of catastrophes, the theory of self-organisation and the theory of chaos), the author then lists a whole series of recent scientific data which prove to have an interesting compatibility with the psychoanalytical perspective (modern memory theory, deferred action theory, perceptual processes, dream and memory, various types of communication and infantile amnesia). It appears, in the final run, that new scientific developments and data do not necessitate a radical change in the reference system of psychoanalysis but rather, they allow for a reformulation of a certain number of metapsychological concepts using current scientific terms. Después de recordar la persistente modernidad del encuadre epistemológico psicoanalítico cien años después de su invención y después de insistir en tres aportes teóricos principales en el campo de los conocimientos actuales (teoría de las catá strofes, teoría de la auto-organización y teoría del caos) el autor recopila toda una serie de aportes científicos recientes que de forma interesante, se revelan compatibles con la perspectiva psicoanalítica (teoría moderna de la memoria y teoría del “ après-coup ”, procesos de percepción, sueño y memoria, distintos tipos de comunicación, amnesia infantil...).
Los desarrollos actuales de la ciencia no imponen al psicoaná lisis un cambio radical de sus referencias, sino que favorecen un nueva formulación en términos científicos recientes de adquisiciones de la metapsicología.
La question de l’impact des nouvelles données scientifiques sur la perspective psychanalytique est fascinante et importante, car la psychanalyse est née principalement sous le sceau de l’hydraulique et de la thermodynamique de l’époque (disciplines ayant marqué par exemple la conception des résistances et le point de vue dynamique de la pulsion) et qu’il est donc légitime de se demander si l’évolution des connaissances et des idées scientifiques a, ou non, une influence sur le corpus métapsychologique actuel. Il va de soi que cet impact éventuel ne se joue sans doute pas au niveau de la méthodologie de la cure-type elle-même, mais bien plutôt au niveau de la perspective psychanalytique, c’est-à-dire au niveau des concepts psychanalytiques qui peuvent peut-être être compris et appréhendés aujourd’hui dans une dimension renouvelée.
 
LE CADRE ÉPISTÉMOLOGIQUE
 
 
Il importe tout d’abord, nous semble-t-il, de rappeler que le cadre épistémologique de la psychanalyse demeure, envers et contre tout, résolument moderne, ce qui montre à quel point, historiquement parlant, la psychanalyse inventée par S. Freud se trouvait en avance sur son temps. Plusieurs points peuvent ainsi être soulignés qui ne visent aucunement à démontrer que tout était déjà dans S. Freud, affirmation qui ne pourrait donner lieu qu’à un immobilisme stérile, mais qu’il existe cependant une certaine continuité entre les fondements de la réflexion métapsychologique et les acquis de la science contemporaine.
Disons d’emblée que le concept freudien de « série complémentaire » (S. Freud, 1916-1917) joue sans conteste comme ancêtre épistémologique du concept de modèle polyfactoriel dont l’importance est centrale en psychopathologie, mais dont la prise en compte est désormais croissante également dans le champ de la médecine somatique où l’on sait par exemple la nécessité d’une constitution HLA [3] particulière pour que s’exprime une sensibilité à tel ou tel agent infectieux externe. Cette conjonction entre facteurs endogènes (points de fixation dans le modèle freudien) et facteurs exogènes (frustration, par ex., dans ce même modèle) ne fait que pointer la logique qu’il y a à considérer que la maturation et la croissance psychiques de l’individu, mais aussi ses troubles, se jouent à l’exact entrecroisement du dedans et du dehors, soit à l’interface de la part personnelle du sujet (et notamment biologique ou génétique) et des effets de rencontre avec l’environnement (environnement relationnel en particulier).
La praxis psychanalytique, qui est à la fois une pratique et une théorie, se fonde – on l’oublie trop souvent – sur le concept de « vérité locale », ce qui signifie que les interprétations et les reconstructions narratives qui émergent dans la cure ne tirent leur efficacité et ne tiennent leur cohérence qu’à se situer dans le champ de la dynamique transféro-contre-transférentielle en jeu dans le processus thérapeutique. Elles ne peuvent être exportées hors de ce contexte spécifique et c’est ce qui permet de réfuter l’accusation d’irréfutabilité énoncée parfois à l’encontre de la psychanalyse en référence aux réflexions de K. R. Popper (1973, 1985). Cette remarque nous introduit d’ailleurs à la notion de cadre.
La notion de cadre est évidemment cruciale. On pourrait soutenir, d’une certaine manière, que la psychanalyse n’est rien d’autre qu’une métapsychologie du cadre, et l’on sait l’importance également de ce concept de cadre au sein des sciences dites expérimentales. D. Houzel (1989, 1995), cependant, nous aide à tracer une ligne de démarcation fondamentale quant à la place du cadre dans l’observation psychanalytique et dans la cure-type d’une part, et dans les observations expérimentales d’autre part. Selon lui, en effet, il existe une différence épistémologique de fond entre les observations de type expérimental et les observations de type psychanalytique.
Les observations expérimentales posent un cadre de l’expérience (protocole) mais elles se centrent ensuite sur les contenus et ceci, de manière prédictive. Il s’agit en général d’infirmer ou de confirmer une hypothèse : si l’hypothèse est correcte, les modifications apportées au milieu de départ déclencheront des conséquences qui se dérouleront comme prévues par l’hypothèse ; si ces conséquences échappent aux prévisions, ou bien une erreur a été commise au niveau de l’expérimentation ou bien l’hypothèse demande à être reconsidérée.
L’observation analytique, quant à elle, que ce soit dans le cadre de l’observation directe ou même dans le cadre de la cure, procède très différemment. Elle se centre sur le cadre ou contenant pour en analyser les transgressions ou les défaillances, elle ne recouvre aucune dimension prédictive et les matériaux (contenus) recueillis par l’observation ne font l’objet que d’une élaboration rétrospective, dans l’après-coup.
Les différences sont donc de taille, mais la notion de cadre s’y trouve évidemment centrale dans les deux cas.
L’impact de l’observation sur la situation observée apparaît également comme une donnée éminemment freudienne. L’analyste est garant du cadre mais il en fait en même temps partie intégrante. Autrement dit encore, l’analyste contient le cadre qui le contient tout à la fois, et la présence de l’analyste ainsi que son travail psychique ne sont, bien entendu, pas sans effets sur le patient et sur ses productions psychiques (W. et M. Baranger, 1969, 1983 ; A. Ferro, 1997).
De la même manière, dans le domaine des sciences expérimentales, on sait désormais qu’il n’y a pas d’observation qui, de fait, ne modifie, peu ou prou, la situation observée et ceci, quelles que soient les précautions prises pour se persuader du contraire. L’observation du vivant rajoute à cette considération l’influence de l’observé sur l’observateur ou sur l’outil d’observation, et ce sont même ces modifications qui permettent d’avoir accès à une compréhension de l’intimité structurale ou fonctionnelle de l’objet de l’observation.
C’est cette dynamique qui fonde, dans le champ de la psychanalyse, l’importance du contre-transfert comme mode d’appréhension de la psyché du patient, mais on voit qu’il ne s’agit en fait que d’un cas particulier de l’influence de l’observé sur l’observateur, influence qu’une conception moderne de la démarche scientifique peut aisément repérer dans d’autres types d’observation du vivant.
L’aspect non tangible du matériel observé par la psychanalyse (émotions, affects, fantasmes, images mentales...) ne peut être retenu comme un argument pour considérer celle-ci comme une démarche foncièrement non scientifique. Dans le domaine de la physique des particules en effet, qui peut se vanter d’avoir observé concrètement des nucléons, des protons ou des quarks par exemple ? D’une certaine manière, sur ce point, les deux approches sont comparables en ce sens que ce ne sont pas les éléments étudiés qui sont directement observés (les matériaux psychiques ou les particules), mais seulement leurs effets indirects provoqués par l’application d’une perturbation au niveau de leur organisation initiale, la perturbation pouvant être le fait d’une interprétation dans le cadre de la cure, ou de l’introduction d’un champ magnétique, par exemple, dans le cadre de la physique nucléaire. L’effet de l’interprétation se mesure alors par le biais des associations qui en découlent, et l’effet du champ magnétique par les modifications du trajet des particules.
Partir du pathologique ou du variant pour en inférer le normal ou l’habituel n’est en rien une démarche qui soit propre à la psychanalyse. On a certes beaucoup reproché à S. Freud d’avoir élaboré son modèle de la normalité en s’appuyant sur des données recueillies chez des sujets névrotiques, et d’avoir ainsi forgé un modèle en quelque sorte névrotique du fonctionnement normal de la psyché. Mais qui reprocherait aux généticiens actuels d’avoir élaboré un modèle pathologique du génome normal ? Et pourtant, eux aussi ne savent et ne peuvent repérer les allèles normaux qu’à partir de leurs formes mutées ou anormales sans lesquelles ils demeurent invisibles et silencieux à l’observation. Le reproche ne tient donc pas et l’homogénéité des démarches est ici frappante.
La dialectique contenant-contenu enfin, qui a pris beaucoup d’importance en psychanalyse, et notamment grâce aux travaux de W. R. Bion, reconnaît désormais une grande extension au sein de nombreuses disciplines telles que la linguistique par exemple qui se réfère, de manière centrale, à l’opposition entre contenants syntaxiques et contenus lexicaux.
Certes, on pourrait avancer que c’est W. R. Bion qui, dans les années 1960, a été sensible aux avancées de la réflexion linguistique, mais en réalité, on s’aperçoit que cette opposition entre contenants et contenus était déjà présente chez S. Freud, notamment à propos des fantasmes originaires (comme l’ont bien montré J. Laplanche et J.-B. Pontalis, 1964) conçus comme de grands moules fantasmatiques de base (contenants) appelés à se figurer chez chaque sujet au travers de représentations mentales particulières et privées (contenus spécifiques).
De la même manière, la distinction opérée par S. Freud (1900) entre le désir comme « entrepreneur » et les restes diurnes ou les souvenirs infantiles comme « matériaux » du rêve renvoie-t-elle, nous semble-t-il, à cette même opposition dynamique entre contenant et contenu, ce qu’un auteur comme M. R. Khan (1972) a poussé encore plus loin en distinguant la « capacité de rêver » (contenant) et le rêve proprement dit (contenu), la capacité de rêver se fondant elle-même sur « le processus du rêve » ( « donnée biologique de la psyché humaine » ) et l’ « espace du rêve » ( « conquête du développement de la personne » ).
Tels sont quelques points de continuité qu’il paraissait d’abord utile de relever entre la méthodologie propre à la psychanalyse et celle propre aux sciences expérimentales et ceci, même si la psychanalyse gagnerait sans doute davantage à se comparer aux sciences dites narratives plutôt qu’aux sciences expérimentales dites « pures et dures ». La psychanalyse n’est en rien impure et molle et elle peut prétendre, nous semble-t-il, à une certaine forme de scientificité dont la modernité persistante est finalement difficile à contester.
 
LA QUESTION DES NOUVELLES MÉTAPHORES
 
 
Lors du Le Congrès des psychanalystes de langue française des pays romans de 1990, G. Pragier et S. Faure-Pragier s’étaient interrogés sur la possibilité qu’avaient, ou non, les nouvelles données scientifiques de fournir à la psychanalyse de « nouvelles métaphores ». Dans cette perspective, trois paradigmes principaux s’étaient vus interrogés : la théorie des catastrophes, le concept d’auto-organisation et la théorie du chaos.
La théorie des catastrophes développée par R. Thom (1983, 1990) apparaît comme fort complexe dans ses formulations mathématiques, mais elle vise au fond à décrire le pouvoir mutatif de tel ou tel événement critique, la notion de catastrophe ne comportant pas ici, comme dans le langage courant, de valence spécifiquement péjorative. Est catastrophique tout ce qui induit un changement d’état et de ce point de vue, on retrouve au sein de cette théorie, la notion de mutation telle qu’elle existe en grec ancien dans le terme de « κρισις ». La question est donc de savoir comment passer d’un état à un nouvel état tout en gardant la mémoire de l’état précédent, c’est-à-dire comment inscrire la catastrophe tout en la dépassant sans reste paralysant, ce qui renvoie bien évidemment à la problématique du traumatisme.
Les théories de l’auto-organisation s’articulent autour de trois concepts fondamentaux qui battent en brèche les postulats admis jusqu’alors. L’instabilité du chaos tout d’abord et la complémentarité paradoxale entre l’ordre et le désordre qu’il faut désormais penser aussi bien en physique qu’en biologie et que dans les sciences sociales. Le concept d’autonomie ensuite, soit et la capacité d’une organisation, vivante ou sociale, de s’instituer elle-même et de se perpétuer en produisant ses propres lois. La question du sens enfin qui revient au cœur même des sciences dites « exactes ». L’énoncé de ces trois questions conduit à en poser une quatrième et non la moindre, soit celle de l’unité retrouvée du savoir.
La théorie du chaos qui inaugure une nouvelle physique (ni aléatoire, ni prédictible) s’est développée depuis les années 1970 environ (J. Gleick, 1991) et, appelée à de multiples développements encore à venir, elle est susceptible de se montrer féconde dans le champ des processus synaptiques et de la plasticité neuronale. De grande valeur heuristique, il n’en demeure pas moins que son utilisation dans l’étude des processus psychiques reconnaît encore aujourd’hui une dimension potentielle et quelque peu hors de portée quant à la possibilité d’applications directes.
À l’heure actuelle donc, et avec plus de dix ans de recul par rapport à ce congrès de 1990, il apparaît que ces nouveaux paradigmes fonctionnent de manière relativement stimulante pour les psychanalystes sans que, toutefois, aucun d’entre eux ne débouche véritablement sur une nouvelle métaphore générale qui pourrait servir de nouvel arrière-plan référentiel pour le corpus métapsychologique. On notera cependant l’approche de l’œdipe en tant qu’ « attracteur étrange » développée par M. Ody (1990) en référence aux travaux d’I. Prigogine et I. Stengers (1979, 1988).
 
REFORMULATION DE CERTAINS ACQUIS DU CORPUS MÉTAPSYCHOLOGIQUE
 
 
Plutôt que d’un changement de paradigme pour la perspective psychanalytique, les nouvelles données scientifiques permettent donc surtout, nous semble-t-il, des confirmations et des reformulations ponctuelles de certains acquis du corpus métapsychologique. Sans esprit de classement particulier, nous mentionnerons ainsi les points suivants.
La théorie de l’après-coup à la lumière des travaux de G. M. Edelman
Les travaux de G. M. Edelman sur la mémoire, travaux qui sont accessibles au public francophone dans un livre de cet auteur qui a été traduit en français sous le titre Biologie de la conscience et dont un résumé très efficace a été fait par I. Rosenfield (1989) dans un livre également disponible en français, L’invention de la mémoire, apportent une nouvelle modélisation de la mémoire parfaitement compatible avec la théorie freudienne de l’après-coup.
Pour G. M. Edelman en effet, la mémoire ne consiste pas en des inscriptions sous la forme de traces fixes telles que toute la neurologie du XIXe siècle les avait envisagées. Cette vision statique de la mémoire avait été portée à son apogée par G. Ungar (1976) qui croyait avoir démontré, chez le rat, que certains apprentissages étaient transférables à des rats vierges de ces apprentissages, par l’injection de broyats de cerveaux de rats conditionnés au préalable pour ces mêmes apprentissages. G. M. Edelman nous invite aujourd’hui à considérer les choses de manière tout à fait différente en proposant l’idée selon laquelle les souvenirs ne correspondraient en fait à aucune trace concrète fixée mais seulement au souvenir du frayage neuronal lié à l’expérience de l’événement considéré.
Pour dire les choses autrement, il y aurait, à l’occasion d’un événement particulier, sélection d’un groupe neuronal (notion de « Darwinisme neuronal ») et de ce fait, « le renforcement des zones synaptiques crée ce que G. M. Edelman appelle un répertoire secondaire, constitué de groupes neuronaux qui répondent mieux à certains stimuli parce qu’ils ont été sélectionnés et leurs connexions renforcées ».
Ce schéma qui renvoie au fond au processus de « sélection par stabilisation synaptique » décrit par J.-P. Changeux reprend sur le plan de l’ontogenèse ce que G. M. Edelman a également décrit sur le plan de l’embryogenèse en découvrant les fameuses molécules d’adhésion cellulaire ou CAM (Cell Adhesion Molecules).
La remémoration dépend donc du passé et du contexte en ce sens que l’évocation d’un souvenir, à partir d’un contexte similaire à celui de l’expérience initiale – et notamment du point de vue affectif – se fonde non pas tant sur le rappel de traces mnésiques que sur la recréation de l’expérience passée par la réactivation du groupe neuronal frayé par l’événement princeps. De ce fait, il s’agit beaucoup plus d’une reconstruction ou d’une réinvention du souvenir que de son simple rappel et ceci, en fonction du contexte émotionnel.
Comme on le voit, ceci est tout à fait compatible avec la théorie de l’après-coup et donc avec la théorie du traumatisme en deux temps, pierre angulaire de la théorie freudienne qui y ajoute les changements fonctionnels liés à la maturation psychique prenant place dans le délai intermédiaire entre les deux temps du processus. Rappelons en effet que pour S. Freud, c’est la reviviscence de tel ou tel affect (honte, gêne, culpabilité...) qui réactive chez le sujet les traces mnésiques de la première scène (réelle ou fantasmée), lui conférant ainsi dans l’après-coup, du fait de possibilités nouvelles de décodage et de traduction (J. Laplanche), un pouvoir pathogène, alors que, jusque-là, ces traces demeuraient enfouies, inertes et refoulées en tant que corps étranger interne inclus dans le psychisme.
Le caractère actif des perceptions
Dès 1911, S. Freud insistait sur le fait que percevoir ne se limite pas à une ouverture passive aux stimuli sensitivo-sensoriels issus de l’extérieur et à propos de l’attention ; il disait alors : « Cette activité va à la rencontre des impressions des sens au lieu d’attendre passivement leur apparition. »
Certaines données neurophysiologiques modernes sont venues entièrement confirmer cette hypothèse, et ceci notamment dans le champ de l’audition. C’est ainsi que le test des « oto-émissions provoquées » renvoie exactement à la conception freudienne de la perception puisqu’il est fondé sur l’analyse de la qualité de la reproduction du stimulus sonore par la cochlée. En effet, quand nous recevons un stimulus sonore, ce n’est pas celui-ci directement qui va être transmis par le tympan et les osselets (oreille externe) aux nerfs auditifs chargés d’acheminer le stimulus jusqu’aux lobes temporaux via les corps genouillés internes. Ce qui est acheminé jusqu’au cortex auditif est en fait un stimulus bel et bien recréé au niveau de la cochlée, un stimulus en quelque sorte en miniature et isomorphe, quand tout va bien, au stimulus externe, c’est-à-dire reconnaissant la même structure quant à son spectre de fréquences. Le stimulus qui gagne le cortex est ainsi un stimulus d’origine endogène (cochléaire) mais reconstruit en référence au stimulus externe, et ce qui fait l’objet de l’évaluation par le test des oto-émissions provoquées correspond donc à l’écart structural entre le stimulus externe (sonore) et le stimulus interne (électrique), écart lié à d’éventuelles déformations dues à des dysfonctionnements de l’oreille externe.
Ce processus confirme donc deux intuitions freudiennes : d’une part l’appareil sensoriel et psychique ne travaille pas directement sur les matériaux sensitivo-sensoriels externes car il ne peut travailler que sur de petites quantités d’énergie (stimulus décalqué et miniaturisé), et d’autre part la perception est un phénomène éminemment actif puisqu’il y a recréation du stimulus et non pas seulement transport intra-cérébral du stimulus externe. Ce schéma est probablement applicable également aux autres modalités sensorielles (vue, tact, odorat...).
Le rêve, les différents types de mémoire et le travail du « deuil »
À l’interface entre la psychanalyse et les apports les plus récents des neurosciences dans le champ des images mentales, un auteur comme S. R. Palombo a proposé une théorie extrêmement stimulante et séduisante à propos des rêves post-traumatiques qui échouent à métaboliser le traumatisme. Cet auteur montrait en effet, dans son travail de 1976, « Le rêve et le cycle de la mémoire », comment peuvent se concilier autour du rêve des perspectives cognitives, neurobiologiques et métapsychologiques. Il faisait ainsi l’hypothèse que, pour consolider les restes diurnes, le rêve effectue un travail de connexion associative pour les lier à des traces déjà inscrites.
À l’instar du rêveur lui-même, le rêve travaillerait donc par association, c’est-à-dire par intégration et encodage des restes diurnes au réseau épistémique, l’encodage et la liaison se faisant précisément sur les nœuds des traces mnésiques les plus anciennes et les plus stables.
D’où des hypothèses sur la figurabilité de l’image qui serait liée au travail de l’hémisphère droit fonctionnant, on le sait, sur un mode plus analogique que digital. Les phénomènes oniriques répétitifs des névroses traumatiques échoueraient alors quant à leur fonction de liquidation du traumatisme, en raison peut-être d’une trop grande précision du souvenir traumatique lui-même.
La fixation des restes diurnes sur les nœuds des traces mnésiques infantiles se ferait par superposition d’images et recherche d’analogie ou d’isomorphie. De ce fait, si le reste diurne est trop précis, aucun encodage ne peut avoir lieu par défaut d’approximation suffisante en quelque sorte, et le rêve ne parvient pas alors à désactiver les souvenirs de la scène traumatique en échouant à les faire passer d’une mémoire procédurale (souvenirs frais déclenchant encore des procédures d’action) à une mémoire déclarative (souvenirs pouvant être réactivés sans déclencher de procédures d’action), concepts auxquels se réfère beaucoup un auteur comme D. Widlöcher (1990, 1996).
Ce passage d’une mémoire procédurale à une mémoire déclarative correspond finalement à une désactivation des souvenirs quant à leur pouvoir de mobilisation de l’action, et si cette désactivation représente l’une des fonctions du rêve, alors on retrouve ici ce que J. Guillaumin (1972) cherchait à exprimer par son concept de travail du deuil propre à l’activité onirique (deuil de la force mobilisatrice des restes diurnes).
Neuro-imagerie fonctionnelle et représentations d’action
S. Freud a toujours, et ceci dès le début de son entreprise métapsychologique, avancé l’idée que la pensée se trouvait liée à, si ce n’est conditionnée par la suspension de l’action ou l’ajournement de celle-ci, comme il le dit en 1925 dans son article sur « La négation ». Cette hypothèse, tout à fait centrale pour S. Freud, organise même le vif du dispositif technique de la cure type puisqu’il est demandé au patient de s’allonger et de limiter au maximum sa motricité, afin de favoriser l’émergence de représentations mentales.
Qui dit ajournement de l’action, dit peut-être anticipation mentale de celle-ci et certaines données récentes de la neurophysiologie cérébrale viennent désormais tout à fait à l’appui de cette conception de la pensée. M. Jeannerod (1993) et son équipe, comme d’autres laboratoires dans le monde, ont ainsi pu montrer que si l’on demande à un sujet, non pas d’agir, mais de se représenter mentalement l’action qu’il vient d’effectuer ou même une action quelconque, ce sont les mêmes zones cérébrales qui s’activent que lors de la réalisation de l’action, mais à des niveaux d’intensité fonctionnelle (métabolique, électrique ou vasculaire) moindres. La pensée de l’action reposerait ainsi sur la mise en jeu, à des niveaux d’intensité réduite (subliminaire), des mêmes circuits cérébraux que ceux qui sous-tendent l’action et ceci a pu être prouvé par des techniques telles que l’IRM fonctionnelle (Imagerie par Résonance Magnétique), le PET-SCAN (Scanner par émission de positrons) ou l’étude des débits vasculaires et des modifications métaboliques lors de la réalisation d’une tâche.
Ce type de fonctionnement est désormais suffisamment prouvé pour être utilisé dans l’entraînement des sportifs de haut niveau à qui, en dehors de leur entraînement classique, on propose aussi des moments de concentration sur la représentation mentale de leur acte sportif afin d’aider, en quelque sorte, au frayage à basse énergie et donc à la facilitation des circuits cérébraux en jeu dans la réalisation de leur mouvement réel.
Il apparaît donc que ces découvertes neurophysiologiques récentes vont tout à fait dans le sens de l’hypothèse freudienne quant aux liens entre action et représentations.
L’amnésie infantile, l’analogique et le digital
Les théories actuelles de la communication distinguent volontiers, en référence à la terminologie informatique, la communication dite analogique et la communication dite digitale, la première étant plus globale, faite d’éléments non codés, non arbitraires et non segmentables, la seconde étant plus analytique, faite d’éléments codés, arbitraires et segmentables.
Dans le champ du langage, la linguistique moderne se réfère désormais à ces concepts et l’on considère que la communication analogique renvoie surtout à la communication infra ou préverbale, tandis que la communication digitale renvoie principalement à la communication verbale. La communication analogique préverbale serait essentiellement supportée par l’hémisphère mineur (droit, chez les droitiers), tandis que la communication digitale verbale serait essentiellement supportée par l’hémisphère dominant (gauche, chez les droitiers). La première véhiculerait surtout des affects, des sentiments et des émotions, la seconde surtout des informations, des concepts et des idées.
Le langage humain a ceci de particulier que la chaîne verbale (soit l’enchaînement segmentable des mots au sein des phrases) se trouve toujours étroitement associée à une dimension préverbale (soit les éléments dits supra-segmentaires et qui définissent ce que l’on appelle parfois la musique du langage, à savoir le timbre, l’intensité, le ton de la voix, le rythme, le débit, les scansions et les silences de la parole...). Cette partie analogique du langage humain qui sous-tend le contexte émotionnel du message peut éventuellement être comprise comme la partie « non verbale » du « verbal ».
Quoi qu’il en soit, c’est ce double aspect de la communication humaine qui a amené un auteur comme G. Rosolato (1978) à proposer le concept d’ « oscillation métaphoro-métonymique » dans la mesure où la métaphore s’enracinerait plutôt dans le registre analogique et la métonymie plutôt dans le registre digital et également à faire l’hypothèse que cette oscillation susceptible de se jouer au sein de chacun des deux systèmes, préconscient-conscient et inconscient, de l’appareil psychique pourrait aussi représenter le pivot, le point de bascule entre ces deux systèmes.
L’enfant est d’abord sensible à la partie analogique du langage de l’adulte, c’est par elle qu’il rentre en quelque sorte dans le langage, comme l’ont bien montré les travaux des pragmaticiens (J. L. Austin et J.-S. Brunet par ex.).
Quant à la jonction de ces différentes données avec le corpus métapsychologique, c’est peut-être le processus de l’amnésie infantile qui en fournit le meilleur paradigme. On sait en effet que cette amnésie infantile, pierre angulaire du schéma psychanalytique du développement psychoaffectif de l’enfant, a surtout été conceptualisée par S. Freud en termes de refoulement mais on peut aussi, désormais, en rendre compte par le biais, précisément, de la précession de l’analogique sur le digital dans le champ de la croissance et de la maturation psychiques du sujet.
Cette précession de l’analogique suppose en effet l’intervention ultérieure d’un mécanisme de traduction pour assurer la transformation des souvenirs analogiques (mémoire vécue) en souvenirs digitaux (mémoire parlée) et chaque fois qu’il y a traduction ou passage d’un état à un autre, il y a toujours perte, comme J. Laplanche (1986) l’a bien montré avec sa théorie de la séduction généralisée. Tels pourraient ainsi être modélisés aujourd’hui l’amnésie infantile et le refoulement qui la fonde, à travers un passage de l’analogique au digital, les restes non traduits ou intraduisibles venant alors, en quelque sorte, progressivement constituer l’inconscient préœdipien.
La théorie de l’esprit et le concept d’identification projective
La théorie de l’esprit connaît aujourd’hui un grand succès et ceci, tant dans le champ du développement normal (S. Baron-Cohen et al., 1985) que dans le champ de la psychopathologie, et notamment de la pathologie autistique (U. Frith, 1992). La théorie de l’esprit vise au fond à rendre compte du fait que le bébé, au cours de son développement précoce, doit peu à peu accéder à l’idée que l’autre a un monde représentationnel qui lui appartient, c’est-à-dire qu’il peut avoir des pensées, des intentions, des projets, des désirs et que ces différents contenus de pensée peuvent être différents des siens (ceux du bébé).
P. Fonagy (1999), plus récemment, a montré qu’il existe des précurseurs de cette théorie de l’esprit et, en particulier, au niveau de ce qu’il appelle la « capacité réflexive » qui correspondrait d’abord, et seulement, à l’intégration par l’enfant du fait que lui-même et l’autre fonctionnent en termes d’ « états mentaux ». Comme on le voit, il y a là, la description de l’un des aspects de l’accès à l’intersubjectivité (B. Golse, 1998).
Quoi qu’il en soit, et que l’on envisage les choses sous l’angle des pensées ou des affects, il est sans doute possible de faire un pont entre la théorie de l’esprit, d’inspiration cognitive, et le concept d’identification projective normale tel que l’a développé W. R. Bion au sein même de la théorie psychanalytique, c’est-à-dire non pas dans une perspective kleinienne liée au jeu des pulsions de mort et pas non plus dans une perspective contre-transférentielle ou empathique, mais dans une perspective davantage centrée sur le développement de la communication. En effet, pour la psychanalyse, l’identification projective, avant même de fonctionner entre sujets différenciés, est un mécanisme susceptible de fonctionner en deçà de la constitution de l’écart intersubjectif (entre mère et bébé) et de participer alors à la constitution de cet écart.
Dans ce dernier cas, il s’agit alors en quelque sorte pour l’enfant de projeter dans le psychisme de l’adulte des parties de lui-même qui ont besoin du psychisme de l’autre, de son « appareil à penser les pensées » (W. R. Bion, 1962), pour être pensées. Mais, ce faisant, et au-delà de la dynamique identificatoire primaire, ne s’agit-il pas aussi pour l’enfant de voir le monde à travers le regard de l’autre, fût-ce d’un autre encore indifférencié ?
On rejoindrait là ainsi, par des voies différentes, le cœur même de la théorie de l’esprit mais aussi ce que M. de M’Uzan (1977) cherchait, il y a déjà quelques années, à décrire au travers de son idée d’une « extra-territorialité du Je », soit d’un narcissisme projeté.
La synaptogenèse, le concept de frayage et l’ouverture à la réalité externe
J.-P. Changeux et son équipe, notamment J.-P. Bourgeois (2001), ont contribué à toute une série de travaux sur la synaptogénèse qui reposent de manière passionnante les liens entre l’architectonique cérébrale, le fonctionnement du cerveau et l’impact sur l’organisation de la psyché, de l’ouverture sur le monde extérieur.
Dans son modèle du constructivisme épigénétique, J. Piaget (1968) avait déjà fait l’hypothèse que l’exercice de telle ou telle fonction participe à l’organisation et à la structuration des circuits cérébraux qui la rendent possible au sein d’une dynamique dialectique constructive. Le modèle décrit par J..P. Changeux (1979, 1983) d’une sélection et d’une stabilisation des synapses par le passage des influx neuronaux donnait alors une base expérimentale à cette hypothèse.
Actuellement, les travaux sur la synaptogenèse (J..P. Bourgeois) montrent que dans nombre d’espèces animales, la mise en place des synapses se joue en plusieurs vagues successives et que dans l’espèce humaine, la première vague est prénatale (en fin de grossesse) tandis qu’une deuxième vague, extrêmement intense, survient dans le courant de la première année de vie.
Ces travaux sont essentiels. Ils confortent l’hypothèse freudienne des « frayages » quitte à les situer en des temps extrêmement précoces du développement (S. Freud, 1895) et surtout ils viennent à l’appui du rôle fondamental et organisateur de l’environnement sur la croissance et la maturation psychiques de l’enfant. Il est clair désormais que celui-ci se joue à l’interface exact des facteurs endogènes et des facteurs exogènes, tout comme la psychopathologie elle-même, conception qui prolonge très étroitement le concept freudien de « série complémentaire » évoqué précédemment.
La précession des contenants sur les contenus
Nous avons déjà vu plus haut la pertinence et l’aspect heuristique de la distinction et de l’opposition entre contenants et contenus. Dans un travail précédent (B. Golse, 1999), nous avons tenté de montrer comment, dans de nombreux domaines, la mise en place des contenants précède souvent l’instauration des contenus. Nous citions alors A. Leroy-Gourhan (1983) qui a soutenu l’hypothèse qu’au niveau de la production picturale préhistorique, les représentations abstraites seraient apparues avant les représentations figuratives, c’est-à-dire que l’inscription de motifs rythmiques, de contours temporels élémentaires (alternance du jour et de la nuit, cycle des saisons, retour des repères célestes...) semble précéder, et de loin, les premières représentations d’animaux, de personnages ou de scènes diverses (chasse, guerre...). Dans l’ordre de la création musicale ou littéraire également, la structure contenante s’avère primordiale.
Dans le domaine du développement précoce, on admet désormais que pour le bébé, l’intériorisation du holding, du handling, de la voix et des rythmes maternels se joue bien avant l’instauration pour lui de l’objet en tant que tel, ce que S. Lebovici (1960), en son temps, avait annoncé par sa phrase prémonitoire : « L’objet peut être investi avant d’être perçu. »
Dans la même perspective, on sait que D. N. Stern (1989) a décrit la mise en place de « représentations d’interactions généralisées » qui correspondent au fond à une abstraction contenante de la fonction maternelle, que W. R. Bion a montré l’importance des « conjonctions constantes » qui visent à contenir de manière anti-dispersive un certain nombre de perceptions, et que la mise en place des enveloppes cutanées, psychiques et groupales (D. Anzieu, E. Bick, D. Houzel, R. Kaës), en stabilisant le narcissisme primaire et l’identité groupale, prépare en quelque sorte les identifications objectales proprement dites et l’identité individuelle.
Ajoutons enfin, tout simplement, que le bébé explore les contours du visage humain avant que de s’aventurer dans la découverte de ses éléments constitutifs et que d’une certaine manière, toute cette problématique de la précession des contenants sur les contenus peut aussi se retrouver, mutatis mutandis, au niveau de la cure et du processus thérapeutique.
Ce qu’il importe de souligner, c’est que les données les plus récentes des recherches sur l’origine de la vie biologique viennent aujourd’hui à l’appui de ces diverses notations, en montrant que la constitution des membranes a peut-être précédé l’organisation des premières molécules auto-réplicatives, ce qui signerait alors un processus peut-être très général propre au domaine du vivant et à son engendrement.
 
CONCLUSIONS
 
 
Au terme de ces quelques pages qui n’ont pas d’autre prétention que de tenter de regrouper de manière cohérente un certain nombre de données appartenant à des champs épistémologiques différents, quelques idées principales peuvent être soulignées.
Tout d’abord, la psychanalyse n’a rien à craindre, nous semble-t-il, des avancées formidables des sciences en général, et des neurosciences en particulier. Dans le cadre d’un modèle résolument polyfactoriel et d’une démarche transdisciplinaire, la psychanalyse attend même leurs avancées avec la plus grande impatience car, ensemble, elles permettront de mieux comprendre les interrelations sujet/environnement et, notamment, elles permettront de mieux préciser les mécanismes intimes de l’épigénèse. C’est cette transdisciplinarité que J. Hochmann et M. Jeannerod (1991) ont utilement illustrée par leur ouvrage commun en exergue duquel ils avaient placé cette belle phrase de J. Keats : « Les esprits peuvent partir l’un et l’autre dans des directions opposées, s’opposer en de nombreux points et finalement s’accueillir l’un et l’autre au bout du voyage. »
La cognition, ensuite, n’a peut-être pas à être comprise comme un nouveau champ épistémologique en soi mais, comme le propose D. Widlöcher (1990) avec son concept d’ « opérateur de commutation », comme un champ traductif permettant des ponts et des correspondances entre l’approche biologique des phénomènes psychiques et leur compréhension psychodynamique.
Enfin, si le mythe scientifique (A. Green, 1987) de notre époque est, à l’évidence, un mythe génétique, il n’en demeure pas moins que l’homme est, et peut-être du fait de son programme génétique lui-même, plus ouvert à l’influence de son environnement que ne l’est par exemple l’amibe (F. Jacob, 1970). De ce fait, et sans qu’on puisse à proprement parler d’un néo-lamarckisme, toute une génétique des phénomènes acquis et des traits complexes demande peut-être à être réexaminée, non pas sans doute au niveau du contenu génomique, mais éventuellement au niveau d’une influence de l’environnement sur l’expression du génome, ce que l’étude récente des gènes homéotiques (ou gènes architectes) est en passe de nous dévoiler. À plus long terme, c’est l’effet de l’environnement relationnel, voire de la cure, qui pourrait être envisagé sous cet angle.
Finalement, si les données scientifiques récentes ne nous permettent pas, à l’heure actuelle encore, de proposer un nouveau paradigme central, ou de nouvelles métaphores, pour la réflexion métapsychologique, nombre d’entre elles en revanche sont d’ores et déjà venues contribuer à une confirmation de certaines hypothèses et de certaines intuitions freudiennes, nous permettant ainsi d’affirmer haut et clair la modernité persistante, si ce n’est insistante, de la psychanalyse.
Printemps 2002
 
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NOTES
 
[1] Texte rédigé pour la revue La psychiatrie de l’enfant à partir de l’intervention faite lors du troisième Colloque international de Montevideo et XIIIe Congrès latino-américain de la FLAPIA (Fédération latino-américaine de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent) organisés conjointement par la WAIMH, la IACAPAP, l’ISAP et la FLAPIA sur le thème : « Intégration dans la diversité : la Santé mentale des bébés, des enfants, des adolescents et de leurs familles au XXIe siècle », Montéevideo (Uruguay), du 11 au 14 septembre 2001.
[2] Pédopsychiatre-psychanalyste. Chef du service de pédopsychiatrie de l’hôpital Necker-Enfants malades (Paris). Professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’Université René-Descartes (Paris V).
[3] Système HLA (Human Leucocytes Antigens) ou système de compatibilité immunologique tissulaire.
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