2003
La psychiatrie de l'enfant
Histoire d'un refus
Présentation
Claude Bursztejn
Bernard Golse
Didier Houzel
Les trois textes publiés ci-dessous devaient faire partie de l’expertise collective effectuée par l’INSERM, à la demande d’une caisse d’assurance maladie qui souhaitait faire le point “ sur les éléments permettant d’améliorer le dépistage et la prévention des troubles mentaux de l’enfant et de l’adolescent ”.
Un groupe d’experts a été réuni dans cette perspective, groupe d’experts parmi lesquels figuraient les auteurs de ces trois textes – Claude Bursztejn, Bernard Golse et Didier Houzel – qui, après plusieurs mois de travail et de discussion, ont finalement jugé qu’il ne leur était pas possible de cosigner le document final. Celui-ci leur est apparu, tout comme l’ensemble des travaux du groupe, partial, réducteur et même dangereusement trompeur pour le lectorat très large auquel il était destiné.
En effet, en dépit de leurs efforts, l’axe psychopathologique des réflexions a été réduit à la portion congrue, et les travaux à dimension clinique prévalente se sont trouvés écartés de manière systématique de la littérature prise en compte. Le rapport d’expertise et le document de synthèse qui le résume laissent finalement penser que les troubles mentaux de l’enfant et de l’adolescent se trouvent désormais essentiellement expliqués par la génétique, la neurobiologie et les sciences cognitives, ce qui ne correspond ni aux données effectivement démontrées par les recherches, ni à la réalité quotidienne dans ce domaine.
Ces trois textes ont été rédigés en essayant de tenir compte des exigences et des contraintes méthodologiques imposées par le cadre de cette expertise, et leur style ne correspond donc pas au style habituel de ces trois auteurs.
Les textes de Bernard Golse et de Claude Bursztejn avaient été acceptés sous cette forme. Le texte de Didier Houzel a été purement et simplement refusé par le groupe d’experts et supprimé du projet de document final sans même que son auteur en ait été averti. À la suite de ce retrait et du refus des responsables de l’expertise d’introduire le rapport et la synthèse par un texte explicitant les enjeux épistémologiques et les points sur lesquels le groupe de travail n’était pas parvenu à un consensus, ces trois auteurs ont préféré ne pas cautionner l’ensemble d’une expertise dans laquelle, en définitive, ils ne se reconnaissaient pas.
Nous ne voulions pas, en effet, souscrire à la fascination du quantitatif, aux conclusions épidémiologiques superficielles et aux interprétations hâtives, en termes de causalité linéaire, de tel ou tel résultat d’imagerie cérébrale ou de telle ou telle autre donnée paraclinique coupée de son contexte.
La publication de ces trois textes, en leur état, dans La Psychiatrie de l’enfant a valeur de témoignage. Elle vise à faire connaître l’histoire d’un refus et les difficultés qui ont été rencontrées.
Cette histoire éditoriale et ces difficultés reflètent, selon nous, les dangers qui menacent actuellement la pédopsychiatrie dont la dimension clinique et relationnelle se voit régulièrement rabotée au profit d’une pseudo-modernité objectivante, relayée à grand bruit par les médias auprès du public, alors même que la psychopathologie, la prise en compte de la subjectivité et la singularité de chaque histoire forment le vif de l’approche de tous les praticiens dignes de ce nom.