La psychiatrie de l'enfant
P.U.F.

I.S.B.N.2130557716
282 pages

p. 7 à 123
doi: 10.3917/psye.491.0007

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Volume 49 2006/1

Quarante-quatre jeunes voleurs : leur personnalité et leur vie familiale

John Bowlby
Les caractères et histoires psychiatriques de 44 jeunes voleurs, adressés à une clinique de guidance infantile, sont comparés à ceux de 44 enfants non voleurs, adressés à la même clinique. Plus de la moitié des voleurs volent de façon régulière et grave, et pour la plupart depuis longtemps. Dans 12 cas seulement, les vols sont relativement mineurs, avec un cas seulement s’avérant plus tard être un voleur chronique.
Il n’y a aucune différence significative quant au sexe ou au niveau d’intelligence entre les deux groupes, seuls deux voleurs sont de faible intelligence.
Le statut économique ne fut pas particulièrement étudié, mais il semble ne pas différer entre les deux groupes. Quelques-uns des enfants des deux groupes étaient subventionnés par l’État.
Les voleurs sont classés selon leur type de caractère : 2 sont considérés plus ou moins “ normaux ” sur le plan émotionnel ; 9 sont dépressifs ; 2 cycliques ; 13 hyperthymiques ; 14 de caractère nommé “ non affectif ” ; et 4 schizo ïdes ou schizophrènes. Il n’y a aucun non affectif parmi les témoins, ce qui est une différence significative.
Les enfants non affectifs sont significativement plus délinquants que les autres voleurs. À l’exception d’un seul, ils sont tous des délinquants graves, la plupart manquant aussi l’école de façon régulière, en plus du délit de vol. Ils constituent plus de la moitié des délinquants graves chroniques. On suggère que ces délinquants non affectifs constituent un syndrome psychiatrique à part entière, jusque-là peu reconnu.
Les facteurs étiologiques sont présentés en trois sous-groupes : possibles facteurs génétiques ; environnement familial précoce ; et environnement actuel. On discute de la difficulté d’isoler l’influence des facteurs génétiques des facteurs environnementaux. Cinq facteurs sont traités statistiquement : 1 / facteurs génétiques ; 2 / séparations prolongées mère/enfant ou mère d’accueil pendant les premières années ; 3 / mères ambivalentes et anxieuses ; 4 / pères qui ouvertement ha ïssent leurs enfants ; 5 / événements traumatiques récents.
Dix-huit voleurs ont un parent ou grand-parent souffrant de psychose, de personnalité psychopathologique ou de névrose sévère – à peu près la même incidence de maladie mentale que dans le groupe témoin. Bien que nous ne possédions pas les chiffres comparatifs, cette incidence est certainement plus élevée dans les deux groupes que celle que l’on retrouverait dans un groupe témoin d’enfants normaux. Des facteurs génétiques et environnementaux contribuent sans doute à produire cette association.
Dix-sept voleurs ont souffert d’une séparation complète et prolongée (plus de six mois) de leur mère ou mère d’accueil pendant les cinq premières années de leur vie. Il n’y a que 2 témoins qui ont souffert de telles séparations, ce qui est une différence significative. Douze des 14 voleurs de caractère non affectif ont souffert d’une séparation prolongée, ce qui est encore une différence significative par rapport aux 30 voleurs restants. Nous présentons des données cliniques démontrant qu’une séparation prolongée est une des causes principales de développement du caractère non affectif (et délinquant).
Parmi les 27 voleurs n’ayant pas subi de séparation précoce, 17 ont une mère soit extrêmement anxieuse, irritable et enquiquineuse, soit rigide, autoritaire et oppressante, traits masquant tous une hostilité inconsciente. Cinq des 27 voleurs ont un père ouvertement hostile. On ne note aucune différence avec le groupe contrôle, mais il est extrêmement probable que les deux groupes soient très différents d’un groupe d’enfants normaux.
Cinq voleurs ont souffert d’une expérience traumatique : pour quatre, la mort ou la maladie maternelle ; pour un la mort du frère. Six autres ont été sérieusement troublés par un événement récent. Les données montrent que le vol est parfois un symptôme d’un état dépressif.
L’incidence des cinq facteurs énumérés ne varie pas de façon significative entre les voleurs de moindre gravité et les témoins. L’incidence des facteurs “ mère ambivalente ” et “ événements traumatiques récents ” est inférieure dans le cas des voleurs chroniques comparée aux deux autres groupes. L’incidence du facteur “ séparation prolongée mère/enfant (ou mère d’accueil/enfant) ” est significativement supérieure dans le cas de délinquants chroniques par rapport aux autres groupes. En conclusion, tandis que les quatre autres facteurs seront d’une importance considérable dans la pathogenèse des enfants instables et mal adaptés en général (y compris certains délinquants), les séparations prolongées sont une cause extrêmement fréquente de délinquance chronique.
Les effets pathologiques des séparations prolongées et la psychopathologie du voleur non affectif sont brièvement discutés. On note a) les fortes composantes libidinales et agressives sous-jacentes au vol et b) l’absence du développement du surmoi suivant l’absence du développement de la capacité pour la relation d’objet. Celle-ci est attribuée au manque d’opportunité permettant son développement et à l’inhibition d’un côté par un sentiment de rage et des fantasmes, de l’autre par un mécanisme d’autoprotection émotionnelle.
Le lien entre le vol, l’absentéisme scolaire non justifié et les délits sexuels est discuté. On montrera par des données que le voleur de caractère non affectif présente facilement les deux symptômes et qu’une proportion non négligeable de prostituées possède probablement ce type de caractère.
Un appel à la recherche combinant l’étude des facteurs psychanalytiques et socio-économiques est lancé. Tant qu’une telle investigation ne sera pas entreprise, l’effet relatif de chaque groupe de facteurs dans l’explication du problème entier de la délinquance juvénile restera inconnu.
Le traitement du caractère délinquant est difficile. Puisqu’il est possible de porter le diagnostic du caractère non affectif dès l’âge de 3 ans, et peut-être plus tôt, on plaidera pour un diagnostic précoce et un traitement précoce. Il faut avant tout penser à la prévention, de nombreuses séparations prolongées pourraient être évitées.
The characters and psychiatric history of 44 juvenile thieves referred to a Child Guidance Clinic are compared with those of 44 children also referred to a Clinic who did not steal. About half the thieves had indulged in regular and serious stealing, in most cases over a long period of time. In only 12 had the stealing been relatively slight, and one of these later turned out to be a chronic thief.
In sex and intelligence there was no significant difference between the groups. Only two thieves were of low intelligence.
Economic status was not specially investigated, but was believed not to differ between the two groups. Few in either group were dependent on support from public funds.
The thieves are classified according to their characters. Only 2 were regarded as fairly “ Normal ” emotionally, 9 were Depressed, 2 Circular, 13 Hyperthymic, 14 of a character type which has been christened “ Affectionless ” and 4 Schizoid or Schizophrenic. There are no Affectionless Characters amongst the controls, a difference which is significant.
The Affectionless children are significantly more delinquent than the other thieves. All but one were serious offenders, the majority truanting as well as stealing. They constitute more than half of the more serious and chronic offenders. It is argued that these Affectionless delinquents constitute a true psychiatric syndrome hitherto only partially recognized.
Etiological factors are discussed under three main headings : possible genetic factors, early home environment and contemporary environment. The difficulty of isolating the influence of genetic factors from environmental factors is discussed. Five factors are treated statistically : 1 / genetic ; 2 / prolonged separations of child from mother or foster-mother in the early years ; 3 / ambivalent and anxious mothers ; 4 / fathers who openly hate their children ; 5 / recent traumatic events.
Eighteen thieves had a parent or grand-parent who was mentally ill with psychosis, psychopathic character or severe neurosis, and incidence of mental illness which is almost identical to that in the control group. Though comparative figures are not available, this incidence is almost certainly higher in both groups than it would be in a control group of normal children. Both genetic and environmental factors are likely to play a part in producing this association.
Seventeen of the thieves had suffered complete and prolonged separation (six months or more) from their mothers or established foster-mothers during their first years of life. Only two controls had suffered similar separations, a statistically significant difference. 12 of the 14 thieves who were of the Affectionless Character had suffered a prolonged separation in contrast to only 5 of the remaining 30 thieves, a difference which is again significant. Clinical evidence is presented which shows that a prolonged separation is a principle cause of the Affectionless (and delinquent) Character.
Of the 27 thieves who had not suffered an early separation, 17 had mothers who were either extremely anxious, irritable and fussy or else rigid, domineering and oppressive, traits which in all cases mask much unconscious hostility. Five or the 27 had fathers who hated them and expressed their hatred openly. In these respects, however, the thieves do not differ from the controls, although it is extremely probable that both groups would differ substantially from a group of normal children.
Five of the thieves had suffered traumatic experiences, four in connection with their mothers’ illness or death and one over a brother’s death. Six others had been seriously upset by a relatively recent unhappy experience. Evidence is brought to show that stealing is in some cases a symptom of a Depressive State.
The incidence of the five factors enumerated does not differ significantly as between the less serious cases of stealing and the controls. The incidence both of ambivalent mothers and recent traumatic events is lower in the case of habitual thieves than it is in the other two groups. The incidence of prolonged separations of the small child from his mother or foster-mother is significantly greater in the case of the habitual offenders than in the other groups. It is concluded that whilst the other four factors may well be of considerable importance for the pathogenesis of unstable and maladapted children in general, including some delinquents, prolonged separations are a specific and very frequent cause of chronic delinquency.
The pathological effects of prolonged separations and the psychopathology of the Affectionless thief are discussed very briefly. Attention is drawn (a) to the strong libidinal and agressive components in stealing, and (b) to the failure of super-ego development in these cases following a failure in the development of the capacity for object-love. The latter is traced to lack of opportunity for development and to inhibition resulting from rage and phantasy on the one hand and motives of emotional self-protection on the other.
The relationship of stealing to truancy and sexual offences is discussed. Evidence is advanced that the Affectionless Character is prone to both, and that a substantial proportion of prostitutes are probably of this character.
A plea is made for a combined research in which both psycho-analytic and socioeconomic factors are investigated. Without such research the relative effect of either group of factors in explaining the total problem of juvenile delinquency will remain unknown.
The treatment of delinquent character is difficult. Since it is possible to diagnose an Affectionless Character at the age of three years and possibly earlier, a strong plea is made for early diagnosis and early treatment. Above all, attention should be given to prevention ; many prolonged separations could be avoided.
Los caracteres y la historia psiquiá trica de 44 jóvenes ladrones derivados a una clínica de acompañamiento infantil, se comparan aquí a los de 44 niños no ladrones, atendidos también en una clínica similar. Má s de la mitad de los ladrones roban de forma habitual y grave y en su mayoría desde hace mucho tiempo. Solo en 12 casos los robos son relativamente menores y un solo caso se convertirá má s adelante en un ladrón crónico.
No existe una diferencia significativa relativa al sexo o al nivel de inteligencia entre los dos grupos, tan solo 2 ladrones tienen una inteligencia pobre.
El estatus económico no ha sido especialmente estudiado, pero no parece variar entre los dos grupos. El Estado había subvencionado a algunos niños de los dos grupos.
Los ladrones se han clasificado por su tipo de cará cter : 2 se consideran má s o menos “ normales ” a nivel emocional ; 9 son depresivos ; 2 cíclicos ; 13 hipertérmicos ; 14 de cará cter denominado “ no afectivo ” ; 4 esquizóides o esquizofrénicos. No hay ningún “ no afectivo ” entre los testigos, lo cual es una diferencia significativa.
Los niños no afectivos son significativamente má s delincuentes que los otros ladrones. Con una sola excepción todos son delincuentes graves ; la mayoría no va al colegio de forma regular, ademá s del delito de robo. Constituyen má s de la mitad de los delincuentes graves crónicos. Se sugiere que estos delincuentes no afectivos representan un síndrome psíquico en toda regla, poco reconocido hasta el momento.
Los factores etiológicos se dividen en tres sub-grupos : posibilidad de factores genéticos ; entorno familiar precoz ; y entorno actual. Se discute la dificultad de diferenciar la influencia de los factores genéticos de los factores del entorno. Cinco factores se consideran estadísticamente : 1 / factores genéticos ; 2 / separaciones prolongadas madre/niño o madre de acogida durante los primeros años ; 3 / madres ambivalentes y ansiosas ; 4 / padres que odian abiertamente a sus hijos ; 5 / acontecimientos traumá ticos recientes.
18 ladrones tienen uno de los padres o un pariente psicótico, con personalidad psicopatológica o con neurosis grave, aproximadamente la misma incidencia de la enfermedad mental que en el grupo testigo. Aunque no tengamos cifras comparativas no cabe duda de que esta incidencia es má s elevada en los dos grupos que la que se encontraría en un grupo de niños normales. Los factores genéticos y ambientales contribuyen seguramente a este resultado.
17 ladrones han estado separados total y prolongadamente de su madre o de su madre de acogida durante los 5 primeros años de su vida. Solo 2 testigos han sufrido esa separación, lo cual es significativo. 12 de los 14 ladrones de cará cter no afectivo han padecido una separación prolongada, otra diferencia significativa respecto a los 3º ladrones restantes. Ofrecemos datos clínicos que demuestran que una separación prolongada es una de las causas principales del desarrollo del cará cter no afectivo (y delincuente)
Entre los 27 ladrones que no han sufrido una separación precoz, 17 tienen una madre o bien exageradamente ansiosa, irritable y chinchosa, o bien rígida, autoritaria y agresiva, rasgos que esconden su hostilidad inconsciente. 5 de los 27 ladrones tienen un padre abiertamente hostil. No se observa ninguna diferencia con el grupo de control, pero es muy probable que los dos grupos sean muy distintos del grupo de niños normales.
5 ladrones han sufrido una experiencia traumá tica : en 4 de ellos, muerte o enfermedad de la madre ; en 1 de ellos, muerte de un hermano ; otros 6 han sido víctimas de una traumatismo reciente. Los datos muestran que el robo es a veces el síntoma de un estado depresivo.
La incidencia de los 5 factores que hemos enumerado no varía de forma significativa entre los ladrones de menor gravedad y los testigos. La incidencia de los factores “ madre ambivalente ” y “ acontecimientos traumá ticos recientes ” es inferior en el caso de los ladrones crónicos comparada con los otros grupos. La incidencia del factor “ separación prolongada madre/niño (o madre de acogida/niño) ” es significativamente superior en el caso de delincuentes crónicos respecto a los otros grupos. En conclusión, mientras que cuatro factores tienen una importancia considerable en la patogénesis de los niños inestables y mal adaptados en general (incluidos ciertos delincuentes) las separaciones prolongadas son una causa frecuentísima de delincuencia crónica.
Se discuten brevemente los efectos patológicos de las separaciones prolongadas y la psicopatología del ladrón no afectivo. Se observa (a) los fuertes componentes libidinales y agresivos que subyacen bajo el robo y (b) la ausencia del desarrollo del Superyo, derivada de la ausencia de desarrollo de la capacidad de establecer una relación de objeto. Esto último se atribuye a la falta de oportunida de su desarrollo y a la inhibición, producidos, por una parte por un sentimiento de rabia y por fantasías, y por la otra por un mecanismo de autoprotección.
Se discute la relación entre el robo, el ausentismo escolar no justificado y los delitos sexuales. Basá ndose en los datos obtenidos se demostrará que el ladrón de cará cter no afectivo presenta a menudo ambos síntomas y que una proporción notable de prostitutas presentan probablemente un tipo de cará cter similar.
Se incita a investigar y a estudiar los factores psicoanalíticos y socioeconóminos. Mientras esa investigación no tenga lugar, no podremos saber cual es el efecto relativo de cada grupo de factores que explicarían el problema de la delincuencia juvenil.
El tratamiento del cará cter delincuente es difícil. Como ese tipo de cará cter no afectivo se puede diagnosticar a partir de los 3 años, defendemos el interés de un diagnóstico y un tratamiento precoces. Habría que pensar ante todo en la prevención y muchas separaciones precoces podrían así ser evitadas. Mots-clés : Attachement, Clinique, Psychopathologie, Délinquance, Troubles des conduites.
• PROBLÈMES DE MÉTHODOLOGIE
— MATÉRIEL CLINIQUE
— TYPES DE CARACTÈRES
— ÉTIOLOGIE
— NOTES SUR LA PSYCHOPATHOLOGIE DU CARACTÈRE NON AFFECTIF
— LE VOL ET SA RELATION AVEC LES AUTRES DÉLITS
— CONCLUSION
• RÉFÉRENCES


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