2007
La psychiatrie de l'enfant
La psychiatrie de l’enfant a cinquante ans
Pierre Sullivan
La revue
La Psychiatrie de l’enfant mérite le respect : elle a 50 ans cette année. Libre de toute allégeance institutionnelle, de toute inféodation idéologique, elle a poursuivi son chemin grâce à un éditeur constant, à des auteurs concernés ainsi qu’à un comité de rédaction harmonieux. Fondée par un groupe d’enthousiastes
[1], psychiatres et psychanalystes convaincus de pouvoir « soigner psychiquement » des enfants, une nouveauté absolue dans notre culture, la Revue a publié sans broncher une centaine de numéros. Rosine Crémieux, présente dès l’origine, authentifie par sa présence à mes côtés la continuité de notre aventure. Qu’elle ait été une combattante de la Seconde Guerre mondiale et une rescapée de l’extermination a-t-il contribué à cette rigueur que l’on reconnaît d’emblée à notre publication ? Pour moi qui l’accompagne depuis un quart de siècle à la direction de la Revue, cela ne fait aucun doute.
Les entreprises comme la nôtre, nées après la guerre, sont porteuses d’un idéal. La santé, la santé mentale, après les folles années de destruction, est porteuse de salut. Psychiatres, psychanalystes, psychologues et autres professionnels vont participer au « sauvetage » anticipé d’une nouvelle génération d’enfants en croyant fermement que la relation qu’ils peuvent entretenir sous des formes multiples avec les « petits » est un travail qui provoque des guérisons. C’est au maintien de cette ouverture thérapeutique que les différents membres de la rédaction de la Revue travailleront durant toutes ces années. C’est le sens de cette espérance qui anime encore aujourd’hui ses directeurs : comment soigner les enfants ?
Mais, un doute vient à l’esprit : l’espoir thérapeutique est-il à ce point oublié ou, pire encore, passé de mode, qu’il faille le réaffirmer avec force à des oreilles incrédules ? Cinquante ans après ? Peut-être. Plusieurs signes d’époque : un autisme qui tend à se répandre, l’idéalisation de la technique ou encore la déification du code génétique ébranlent parfois la conviction des « soignants ». Les aînés s’interrogent : comment transmettre à leurs successeurs, si différents d’eux, le sens de leur mission thérapeutique. Nous abordons vraisemblablement une nouvelle période de l’histoire où d’autres enjeux apparaissent : ces cinquante dernières années, l’histoire était déterminante, à celle-ci s’ajoute maintenant la géographie. Le mélange des cultures et des langues est une donnée de notre temps. Il faudra demain et déjà aujourd’hui, inventer une thérapeutique pour ces croisements comme les « psys » d’hier ont élaboré des pratiques fondées sur les temporalités : les divers temps de l’individu, l’enfance et l’adolescence d’abord, puis la toute petite enfance et jusqu’à la naissance. Pendant un demi-siècle, la psychiatrie a relevé le défi de comprendre comment ces étapes du développement humain sont dominées par la grande temporalité du collectif, familial et social, et comment l’intériorité en est plus ou moins irriguée. C’est de cette recherche dont notre Revue s’est faite le témoin.
Penser l’espacement actuel du monde, penser ses conséquences sur la psyché humaine, c’est une tâche à laquelle les thérapeutes peuvent se confronter. Espérons un demi-siècle de thérapies accomplies, de recherches fécondes afin qu’un successeur dans le futur vienne dans ces mêmes pages, alors numérisées, annoncer un autre siècle de La Psychiatrie de l’enfant.
[1]
Julian de Ajuriaguerra, René Diatkine, Serge Lebovici, Rosine Crémieux.