La revue lacanienne 2007/4
La revue lacanienne
2007/4 (n° 4)
178 pages
Editeur
I.S.B.N. 9782876120631
DOI 10.3917/lrl.074.0125
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Écrits de bioéthique, Catherine Labrusse-Riou, PUF, Paris, 2007

1 Alexis Chiari

2 Dans un article Le corps à l’épreuve des biotechnologies présent dans ce recueil, madame Catherine Labrusse-Riou, professeur de droit à la Sorbonne, juriste civiliste, s’attache à définir le statut auquel doivent être assimilés les éléments détachables du corps tels que le sang, les gamètes ou encore les embryons. Cette réflexion s’impose du fait que les technologies biomédicales nous placent devant l’obligation d’établir une qualification juridique du corps. L’auteur souligne que cette opération était proprement inconcevable jusqu’alors et se nécessite de cette séparation inédite entre la personne et son corps. Il convient dès lors, selon ses propres termes, de concrétiser en concepts juridiques opératoires la notion d’humanité. Elle en conclut au passage que la catégorie juridique la plus appropriée pour ces éléments détachés, chus, est celle de res nullius, du bien sans maître, désignant en droit les biens cessibles à autrui ou qu’autrui s’approprie comme les déchets.

3 Un tel constat, moins inattendu qu’il n’y paraît, témoigne à quel point chacun d’entre nous se trouve irrémédiablement concerné par la mise en œuvre de procédés qui visent à la maîtrise technoscientifique du vivant. C’est dire aussi combien il est nécessaire de pouvoir disposer de certains outils pour appréhender avec justesse et sans pathos notre situation dans la modernité.

4 Mme Labrusse-Riou, tout au long de ces différents essais où se conjuguent clarté du propos et rigueur de l’argumentation, débat des conséquences juridiques du développement, jugé par elle incontrôlable, de ces techniques biomédicales et plus particulièrement celles qui affectent la procréation. Les articles rassemblés dans cet ouvrage présentent ainsi l’essentiel de près de vingt-cinq années de recherche et de travaux qu’elle a consacrées à la bioéthique, ayant accepté en 1983 la lourde tâche de participer au premier Conseil national consultatif d’éthique. Un des grands mérites de ces textes tient à ce qu’ils sont à la fois des écrits de bioéthique et des écrits sur la bioéthique dont elle interroge sans complaisance le statut, la fonction et les limites.

5 L’actualité récente donne une illustration des problématiques essentielles qu’elle discute. La plus haute autorité britannique de biomédecine a décidé d’autoriser, après une large concertation populaire, la production, à des fins de recherche fondamentale, d’embryons hybrides (à partir d’un noyau de cellule humaine et d’un ovocyte de vache), avec la contrainte de limiter leur exploitation avant destruction à quatorze jours, tandis qu’en France le Conseil national d’éthique s’est formellement opposé à l’utilisation de tests ADN pour statuer dans les demandes de regroupements familiaux.

6 Le premier exemple ne constitue en rien un événement mais est à situer comme une conséquence logique d’un procédé technique mis en œuvre, parce que possible. L’auteur s’interroge sur comment refuser la contrainte faite au droit de donner existence juridique à toute production de la biotechnologie, c’est-à-dire : à partir d’où est-il possible de formuler et de soutenir aujourd’hui une telle interdiction ? Elle insiste ainsi sur l’antagonisme latent entre droit et éthique, flagrant en ce cas. La fonction du droit, nous dit-elle, est l’institution de relations entre les hommes à propos de tout ce qui trame la vie en société alors que l’éthique consiste avant tout en la recherche d’une légitimité et son identification à la licéité juridique. Se trouvent ici distingués deux plans : l’un où prévaut la pérennité de structures symboliques et un autre qui pourrait se résumer en une série de mesures dérogatoires au droit commun et à ses principes jusqu’à le rendre caduc. Cette dialectique entre droit et éthique se trouve articulée dans ces textes à ce qui en fait l’enjeu. À savoir comment sous l’idéal compassionnel de la santé et de l’accroissement des connaissances de la science perce l’utilitarisme forcené qui les sous-tend, avec son corollaire : un implacable procès de normativation.

7 L’autre point sur lequel l’auteur ne cesse d’insister est dans la lettre même de l’avis rendu par le Conseil national d’éthique qui réaffirme que la filiation passe par la parole et que l’identité d’une personne et la nature de ses liens familiaux ne peuvent se réduire à la dimension biologique. Elle s’inquiète ainsi du renversement majeur et inédit qui s’introduit entre une paternité certaine et une maternité incertaine et du caractère à la fois conditionnel et arbitraire des filiations ainsi établies hors de toute alliance et hors de toute parole humaine. De façon latérale, cette décision du CCNE affirme, face à l’obsession génétique du législateur, qu’on ne saurait impunément, dans le champ du politique, se dispenser d’une énonciation qui fait acte au profit du simple énoncé d’un fait issu d’une procédure technoscientifique.

8 Au travers des questions qu’elle met au travail, que ce soit concernant les procréations médicalement assistées, le statut de l’embryon et des cellules souches, l’adoption et la filiation, l’identité sexuelle ou encore les expérimentations, se dégage une thèse essentielle. Mme Labrusse-Riou soutient que ces tentatives d’élucidation et de maîtrise du vivant, qu’elle prend soin de distinguer du procès de la science, ne sauraient s’accomplir sans entraîner une profonde destructuration de l’ordre juridique et qu’elles attentent aux structures anthropologiques essentielles de la parenté.

9 Articulant sa critique à partir de la logique juridique elle-même, elle pointe que s’opère ici une destitution de ce qu’elle nomme les « fictions juridiques », instaurant des différences à partir de ce qui de la loi ne peut s’inscrire mais qui la détermine, au profit d’une réduction au fait biologique et à sa prétendue véracité puisque mesurable. Il faut suivre la précision avec laquelle elle déplie les différents plans selon lesquels s’effectue cette remise en cause. Elle évoque, entre autres, l’anonymat, tantôt exigible tantôt à bannir, qui, après la disjonction d’avec le corps de la personne, procède à son effacement juridique ou encore le consentement, qu’il bénéficie d’un éclairage ou non, dont Mme Labrusse-Riou démontre le caractère fallacieux, actant la dérive d’un individu livré aux rets de sa jouissance. La promotion de ces catégories place ainsi le droit face à de redoutables apories.

10 Plus fondamentalement est ici battue en brèche la dimension d’un principe normatif déterminé par un point d’autorité extérieur, comme en témoigne l’invalidation permanente du principe d’indisponibilité de l’état des personnes ou encore de l’interdit de l’inceste dont l’inscription dans la loi pourrait se nécessiter face aux situations aberrantes générées par les techniques de procréation, niant dès lors qu’il s’agit d’un fait de structure lié à l’aliénation du parlêtre au signifiant. Dès lors la question qui se pose est bien plus de déterminer comment il est encore possible aujourd’hui de pouvoir prendre en compte cet impossible, le réel qui ne cesse pas de ne pas s’inscrire, que de s’assurer de la permanence d’un interdit.

11 Le sujet de l’inconscient ne se confondant pas avec celui du droit, nous ne saurions trop attendre de la production d’un nouvel ordre juridique raisonné même si nous ne pouvons que suivre Mme Labrusse-Riou quand elle appelle à une confrontation régulière entre les travaux des juristes et ceux des psychanalystes, d’autant que Lacan avec l’écriture de l’objet a et celle des discours nous permet un abord logique de ce qui vient (par le biais de ces techniques) mettre en question le nouage du corps et de la parole. C’est dire aussi combien le champ du désir se trouve ici visé par les tentatives de suture de la béance qui l’organise, avec pour enjeu d’être soulagé de la perte ; cette perte que le sujet aurait à consentir, et cela sans garantie, pour s’y ménager un accès.

Psisyphe – Travaux d’un psychiatre-psychanalyste, Jean-Pierre Rumen, L’Harmattan, « psychanalyse et civilisations », Paris, mars 2007

12 Louis Sciara

13 Jean-Pierre Rumen est déterminé à ne pas jeter (vouer ? selon l’expression consacrée) aux gémonies les fondements conceptuels de sa pratique de psychiatre-psychanalyste. Pour cela, il nous convie à suivre son cheminement au fil de ses réflexions et à la lumière de ses diverses expériences cliniques. Son ouvrage est constitué d’une mise en série d’articles et d’exposés qu’il a rassemblés selon un agencement logique. Il part du constat d’un malaise dans le social, celui dans lequel nous sommes immergés, et fait état de ses effets en retour dans la praxis. Le ton est généreux, énergique, parfois grinçant et surtout non consensuel. L’auteur ne mâche pas ses mots, témoigne de son obstination, de sa combativité à remettre cent fois sur le métier ses convictions. Il y met du sien. La fibre militante est manifeste et perceptible dans les préoccupations politiques qui courent en filigrane dans l’ensemble de son propos. Nous apprenons qu’il a d’ailleurs milité au parti communiste dans le passé, et son désir d’engagement semble se perpétuer dans les fonctions syndicales qu’il occupe au sein de la psychiatrie française. Incitant à l’effort et montrant l’exemple, il a le souci de la transmission et de la défense de la clinique, convaincu qu’il est du rôle à jouer et de la responsabilité des praticiens devant le « vide laissé par l’effacement du discours syndical et politique ». Sans tomber dans la nostalgie, l’amertume ou le renoncement, il est au contraire décidé à ne pas céder sur les références doctrinales de sa pratique qui ont pour noms psychiatrie classique, psychothérapie institutionnelle, y compris dans sa dimension politique, psychanalyse, essentielle à ses yeux et centrée sur Freud et Lacan. Tout au long de la lecture il en souligne l’importance au gré de son parcours clinique de psychanalyste et de psychiatre à l’expérience large puisqu’il a exercé dans l’associatif en centre médico-psycho-pédagogique, dans le judiciaire en tant qu’expert pénal, et surtout à titre de médecin chef de secteur de psychiatrie en Corse.

14 Le livre débute donc par des élaborations concernant ce qui fait malaise dans la société contemporaine. L’éclairage freudien sur la psychologie des masses sert de repérage et de guide pour rappeler le caractère cruel et implacable de l’inconscient humain, son retentissement saisissant dans les ravages délétères des idéologies politiques totalitaires qui se sont imposées de tout temps, et plus particulièrement au XXe siècle. Le danger est donc toujours présent de sombrer dans la passion de faire Un, d’être livré à une logique de l’objet qui conduit à l’abject. Les cliniciens, nous rappelle-t-il, ne sont pas pour autant à l’abri de ces dérives, et ont parfois contribué dans le passé à fermer les yeux sur ces phénomènes ou même à y collaborer activement, tels les tenants de la psychanalyse allemande pendant le nazisme ou encore plus récemment les psychiatres serbes exaltant la ségrégation raciale au nom d’une idéologie nationaliste. Poursuivant sur les modifications en cours du malaise social du fait du déclin de la fonction paternelle, de la mise à mal du langage, de l’inflation galopante du « discours de la science », et qui se retrouvent aussi bien dans l’entreprise, l’école ou la médecine, il met l’accent sur le délitement de la psychiatrie, les menaces concernant l’avenir de la psychanalyse. Son articulation nodale princeps (expression qui me semble redondante, soit nodale, soit princeps ?) est celle d’un lien indissociable, tant d’un point de vue historique que structurel, entre psychiatrie et psychanalyse affirmant qu’elles sont en danger de concert, « pas l’une sans l’autre ». L’effet du discours au nom de la science préconise désormais l’évaluation, l’objectivation, l’accréditation, les études statistiques au détriment de la prise en compte du sujet et de sa condition d’être du langage. Au-delà de l’abrasion de la psychopathologie même, c’est bien la reconnaissance de la folie qui est rejetée ainsi que ce qui constitue l’essence même de la relation au patient, à savoir le transfert. C’est ainsi que la politique actuelle de santé mentale est paradigmatique de ce refus du statut même de la folie. Cette orientation discrédite la clinique. Jean-Pierre Rumen marque son désaccord, son opposition et même son refus de s’y soumettre puisqu’il nous confie avoir suspendu ses fonctions d’expertise et surtout avoir démissionné de son poste de responsable de secteur psychiatrique. Ces prises de position, sans qu’il s’en explique directement, paraissent significatives car déductibles de ce qui est audible de son engagement personnel et de son refus de déroger à ses principes éthiques jusque dans ses actes mêmes.

15 Il en appelle à tenir compte des difficultés d’exercice actuel dans un contexte socio-politique où la force du politique, justement est en berne. Il fait entendre que les cliniciens n’ont pas à se dérober pour autant de leurs responsabilités au regard du « discours social », qu’ils ont le devoir d’en éclairer les enjeux et d’éviter de sombrer dans les impératifs du souverain Bien. Chemin faisant, il se livre à une critique de certains poncifs qui ont le vent en poupe actuellement, tels les illusions sur l’harmonie familiale comme garantie de l’équilibre futur des progénitures, la stigmatisation des abus sexuels et la culture du traumatisme vecteur de la victimisation ambiante, ou encore les bienfaits supposés miraculeux du traitement de substitution des toxicomanes à ses débuts (ses=les débuts du traitement ? : les bienfaits supposés miraculeux des débuts du traitement…), comme si la toxicomanie ne consistait qu’en une pharmaco-dépendance.

16 Enfin, quatre articles consacrés à la clinique concluent le livre, restituant ses interrogations cliniques dans son implication transférentielle. Jean-Pierre Rumen fait allusion dans un de ces travaux à l’expertise judiciaire. Originale et très personnelle est sa conception puisqu’il suggère d’y appliquer la méthode clinique, en n’excluant pas une fonction soignante à l’occasion de la rencontre avec le prévenu, lequel pourrait être amené à se saisir de sa problématique et de la travailler par la suite avec un autre praticien.

17 Au bout du compte, la formalisation du livre en une succession d’articles laisse deviner un fil rouge, mais suscite des lectures et des interprétations diverses. À mon sens, il en ressort le désir de l’auteur de maintenir à vif chez le clinicien un esprit de recherche qui ne doit pas se démentir ni se satisfaire de traiter la psychiatrie et la psychanalyse en disciplines achevées. Il s’agit plutôt de continuer de les mettre au travail pour qu’elles restent vivantes. D’où probablement l’intitulé choisi par Rumen : Psisyphe. En effet, tel Sisyphe condamné à jamais à pousser un gros rocher en haut d’une montagne, et à recommencer car ce dernier chute inexorablement à chaque fois, il incite à pérenniser l’effort, façon pour l’analyste de se situer face au Réel pour mieux avoir à le supporter.

Écholalies, Essai sur l’oubli des langues, Daniel Heller-Roazen, Le Seuil, Paris, 2007

18 Cyril Veken

19 D’un terme qui désigne habituellement la pathologie bien connue qui contraint un sujet à la répétition automatique des dernières paroles prononcées devant lui, l’auteur fait ici un usage nouveau et original pour caractériser ce que son ouvrage présente comme un phénomène qui tient à la nature même du langage : toute langue garde en elle la trace, l’écho de paroles venues d’une autre langue, le plus souvent oubliée mais dont elle ne cesse de porter témoignage.

20 Les vingt et un essais ici réunis nous présentent donc autant d’écholalies qui, du babil à Babel, entraînent le lecteur à travers le temps et l’espace, à la rencontre de phénomènes pris dans des langues et des domaines dont l’ampleur et la variété ne manqueront pas de le ravir, tant il est rare de voir aborder ce genre de questions avec à la fois autant de talent et de science.

21 Ce parcours, qui commence donc avec la reprise des travaux de Jakobson sur le babil enfantin, annonce d’emblée la visée théorique : le babil fait entendre les phonèmes de toutes les langues avant que ceux-ci ne soient oubliés au profit de ceux d’une seule, la trace de cet oubli se faisant à nouveau entendre, par exemple dans les onomatopées et autres exclamations. Cet exemple n’est sans doute pas le plus convaincant de tous ceux que l’auteur nous offre généreusement, car l’idée que ce serait des phonèmes que le babil donne à entendre est tout à fait discutable, malgré l’autorité de Jakobson. En effet, on ne les perçoit comme phonèmes (c’est-à-dire comme sons du langage) et non comme bruits que parce qu’il se trouve que de ces bruits que peut produire un corps pour sa jouissance, chaque langue va en éliminer tous ceux qui ne vont pas entrer dans l’ordre symbolique qui est celui du langage et qui du même coup ne seront pas perçus comme bruits mais comme éléments de signifiance.

22 Et il se conclut par l’évocation de la langue de Babel, dont toute langue garderait en quelque sorte la trace oubliée.

23 Le point fort de l’ouvrage, c’est qu’effectivement tout le matériel d’une langue à un moment donné lui vient d’ailleurs : un ailleurs dans l’antériorité ou dans l’altérité. Mais le risque encouru par cette thèse est que, de proche en proche, comme avec l’essai conclusif sur Babel, elle conduise à l’idée d’une origine oubliée, origine unique et commune à toutes les langues. À cette thèse bien sûr s’oppose celle qui voit dans toute langue la constitution d’une batterie signifiante à partir d’éléments pris dans la nature ou dans le corps, voire à d’autres langues, sans que pour autant il y ait lieu de considérer qu’il y aurait une langue première, une Ursprache, que ce soit au niveau de l’ontogenèse comme avec le babil, ou au niveau de l’endogenèse, avec Babel.

24 Mais cette idée des traces dans la langue d’oublis qui s’en trouvent ainsi pérennisés prend appui sur d’autres faits dont le matériel invite le lecteur à une réflexion qui l’entraîne dans des directions où il pourra faire son miel. Ainsi la question des lettres qui, tels l’aleph, le H ou le e muet du français, ne se prononcent pas mais sont néanmoins bel et bien présentes dans la langue, avec des valeurs que l’auteur analyse avec bonheur.

25 Le livre aborde également la question des langues qui peuvent tomber dans l’oubli tout en marquant profondément un peuple, comme c’est le cas de l’hébreu biblique dans les temps de l’exil, avant qu’il ne soit ressuscité pour devenir autre, et le même cependant, sous la forme de l’hébreu moderne.

26 Les pages sur les langues dites mortes et leurs façons de se pérenniser dans d’autres, celles dont les titres, si bien choisis, indiquent la finesse de la réflexion : Seuils, Strates, Glissements abordent de façon très fine la question du passage d’une langue à une autre au cours du temps (avec l’exemple du passage du latin au français), celle de la variation linguistique à l’intérieur d’une même langue, et celle du changement. « Il est toujours possible de percevoir, dans une langue, l’écho d’une autre » est, là encore le fil conducteur, mais la surprise reste toujours en embuscade, révélant des aspects inattendus de son pouvoir.

27 L’évocation de la mythologie, avec Ovide, et celle de la grande littérature arabe nous entraîne dans un monde enchanté, pourtant si proche du nôtre, de même que l’essai intitulé « L’animal mineur » qui, s’appuyant sur Freud, souligne à quel point l’oubli chez l’homme des prodigieux talents naturels propres à chaque espèce d’animaux et dont il est lui-même devenu incapable, lui permet, avec le langage, de les reproduire tous et même de les dépasser.

28 L’oubli des langues positives entendues dans l’enfance et leur rémanence inattendue dans la vie adulte prend, avec Elias Canetti et l’incontournable Wolson du Schizo et les langues, une dimension qui ne peut laisser indifférent quiconque s’intéresse à ce qui vient s’inscrire dans l’inconscient.

29 Enfin, je ne dirai rien de l’essai intitulé « Leçons d’un capitaine », laissant au lecteur le plaisir d’en faire la découverte.

30 On l’aura compris, il s’agit d’un livre comme on en rencontre peu, invitation à entrer dans l’univers des faits de langue sans tenter de les simplifier ou de les réduire à l’anecdotique, mais au contraire en invitant, au-delà de la thèse clairement énoncée dès le titre même de l’ouvrage, à poursuivre sa propre réflexion. Comment, en effet, ne pas constater la réalité de phénomènes qu’il semble désormais tout à fait légitime de faire rentrer sous le terme d’écholalie ? Mais faut-il pour cela aller jusqu’à voir dans le langage lui-même une écholalie d’un antérieur entendu puis oublié ?

 

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POUR CITER CET ARTICLE

« Lectures », La revue lacanienne 4/2007 (n° 4), p. 125-132.
URL :
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DOI : 10.3917/lrl.074.0125.