La revue lacanienne 2012/1
La revue lacanienne
2012/1 (N° 12)
186 pages
Editeur
I.S.B.N. 9782749216287
DOI 10.3917/lrl.121.0009
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Le fantasme de nos enfants
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Vous consultezIntroduction



Sigmund Freud a mis en évidence comment le fantasme qui vient canaliser la vie de l’enfant enserre dans sa trame le temps d’un scénario désiré où il est l’objet d’une attention exclusive[1][1] S.  Freud, « On bat un enfant », dans Psychose,...
suite
. Jacques Lacan a rapporté cette structure du fantasme à la nécessité pour l’enfant de rendre compte de la perte qui conditionne son entrée dans le monde de la parole et qui est corrélée au renoncement à être l’objet de jouissance exclusive d’une mère[2][2] J.  Lacan, La logique du fantasme, séminaire 1966-1967,...
suite
. Le fantasme s’inscrit ainsi comme le scénario intime pour chacun de ce qui ne peut se dire, puisque manque le fragment de discours touchant le désir auquel l’enfant a consenti à renoncer.

2 La structuration d’un tel scénario personnel inconscient est liée à la prise en compte d’un temps de solitude. Elle témoigne pour l’enfant de sa place dans une autre génération que celle de ses parents et inscrit sa quête de satisfaction par les détours de la parole et du manque qui la structure. L’objet du désir s’y révèle insaisissable, mais la trame du fantasme pour le viser assigne à l’enfant une position délimitée, déterminée, assurant son identité sexuée, repoussant à plus tard l’exercice d’une sexualité agie. L’adolescence met en pièces ce bel édifice puisqu’il s’agit alors de prendre appui sur cette trame intime qui lui échappe pour rendre compte du Réel de la sexualité qui ressurgit dans le corps et dont il ne peut déléguer l’enjeu à un maître, ni à un adulte.

3 L’enfant actuel semble ruer dans les brancards ! Il semble désemparé de l’invitation des adultes à partager avec eux une consommation sans réserve sur laquelle ils ont souvent rabattu la quête de l’objet insaisissable du désir. L’enfant risque de présentifier le fruit d’un sexuel que la logique d’un discours social s’efforce d’éluder pour fuir la prise en compte de la différence sexuée, de l’altérité radicale et du Réel de la perte.

4 L’enfant peut se trouver alors le centre de toutes les attentions, bien loin de l’épreuve de solitude nécessaire à la structuration du scénario d’une quête intime. Il peut être choyé comme un partenaire de consommation ou d’une excitation entretenue par la famille même ; il peut occuper une place fascinante, parce que énigmatique, pour les adultes qui récusent la part de l’inconscient qui les anime ; il peut devenir, par la vertu des lois de la famille et la primauté de l’intérêt de l’enfant, le centre de celle-ci, délogeant de cette place le vecteur phallique de la différence sexuée des parents.

5 L’enfant risque de se voir offrir une satisfaction avant même d’avoir pu se mettre à sa recherche, avant toute attente, avant toute demande. Il peut donner l’impression de pouvoir se passer d’une telle recherche puisqu’il aurait déjà en ses mains la positivation d’un objet sans cesse renouvelable ; puisqu’il aurait les yeux saturés de l’excitation incessante des écrans qui l’entourent ; puisqu’il serait assuré que le Réel de la perte n’a pas plus de consistance qu’une déception temporaire auquel un clic sur un game over ou un zapping permet de remédier.

6 Pourtant, l’enfant est travaillé par le Réel, par le Réel de la perte, par le Réel de la sexualité, par ses interrogations du fait de son inscription dans la parole. Il le manifeste quand il est insupportable, quand il est agité, répétant des crises qui rendent les parents désemparés ; il est surdoué, comparé aux parents absorbés dans leur consommation ; il multiplie les provocations qui semblent incompréhensibles pour tenter de réintroduire dans le discours inconséquent de ceux qui l’entourent la référence au Réel de la perte, à la différence et à l’altérité radicale ; il met en échec, dès le début de la scolarité, les plans de carrière que les adultes ont imaginés pour lui, sans égard pour la singularité de son identité.

7 L’enfant multiplie les impossibilités en regard de la logique parfois inconséquente du monde adulte. Il tente ainsi de faire valoir le champ de l’impossible, le champ de l’inaccessible, le champ de l’altérité, et de susciter un discours qui tienne compte d’une restriction de jouissance et qui puisse lui ménager une place singulière. C’est à ce prix qu’il peut trouver les exigences de la structuration d’un fantasme qui lui soit propre.

8 Les cliniciens et les adultes qui sont concernés par la structuration des enfants ont ainsi le souci de repérer les conditions et les détours singuliers qui permettent à ceux-ci de constituer une trame imaginaire à même de cadrer et d’organiser leur désir.

 

Notes

[1] S. Freud, « On bat un enfant », dans Psychose, névrose et perversion, Paris, puf, 1978, p. 219-243. Retour

[2] J. Lacan, La logique du fantasme, séminaire 1966-1967, inédit.Retour

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POUR CITER CET ARTICLE

« Introduction », La revue lacanienne 1/2012 (N° 12), p. 9-10.
URL :
www.cairn.info/revue-la-revue-lacanienne-2012-1-page-9.htm.
DOI : 10.3917/lrl.121.0009.