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Langage et société

2002/2 (n° 100)


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Dans le cadre des études sur la politesse linguistique, la politesse des actes dediscours, et surtout des actes de discours directifs (requêtes, ordres, etc.), est souvent associée implicitement à leur caractère plus ou moins indirect. La relation entre la politesse d’un énoncé et l’indirection a déjà fait couler des flots d’encre. Le but du présent article est de faire le point de la situation et de remettre en question quelques conceptionsdiscutablesqui ont toujours cours. En premier lieu, il s’agira de montrer qu’il est plus judicieux de remplacer la notion d’indirection, qui renvoie à la forme linguistique de l’énoncé, par celle d’optionalitéde l’énoncé, qui désigne la stratégie consistant à donner (du moins théoriquement) une option de refus à l’allocutaire (= A) [1][1] Nous empruntons optionalité à C.Kerbrat-Orecchioni.... En effet, quoique l’indirection soit indubitablement en relation avec la politesse d’un énoncé, on ne saurait confondre ces deux notions : il arrive, d’une part, que la formulationindirecte augmente la brutalité de l’acte (Dois-tu vraiment te moucher dans ta serviette ?) et, d’autre part, qu’un acte direct soit très optionnel (Je vous prie de bien vouloir m’envoyer vos documents).

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En deuxième lieu, l’autre question épineuse relative à la corrélation indirection = politesse est représentée par les formulations allusives, dites aussi demandes indirectes non conventionnelles. À la suite de S. Blum-Kulka (1987 : 143s.), on s’accorde pour dire que les formes les plus indirectes seraient moins polies que les formulations indirectes conventionnelles, puisque les premières imposeraient à A un surplus de travail interprétatif. Ces considérations demandent à être nuancées quelque peu. Nous tenterons de démontrer que la notion d’optionalitéimplique que les demandes indirectes non conventionnelles sont à considérer comme plus polies que les demandes indirectes conventionnelles [2][2] Dire que telle forme est plus polie que telle autre.... En effet, il est indéniable que grâce au caractère “vague” de ces formes L vise aussi à respecter l’autonomie de A. De surcroît, le recours aux demandes indirectes non conventionnelles relève d’une stratégie discursive complètement différente de celle qui sous-tend les demandes directes et indirectes conventionnelles. Alors que ces formes conventionnelles demandent en principe la prise de position immédiate de A, et partant la réalisation de l’action, il n’en va pas forcément de même pour les formes non conventionnelles. Ne traduisant pas directement l’intention communicativedu locuteur (=L), celles-ci sont censées donner lieu à une négociation avant la formulation de la requête elle-même. D’où la nécessité d’adopter une vision plus séquentielle de l’interaction, qui ne saurait pourtant supplanter complètement l’approche “formaliste” tributaire de la théorie des actes de discours.

1. La politesse et l’indirection conventionnelle

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Il est devenu désormais habituel de répartir les formulations des actes directifs en trois grandes catégories, dont l’existence « semble assurée dans toutes les langues » (Kerbrat-Orecchioni 1994a : 41) :

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(1a) demandes directes (DD ) : Ferme la porte !

(1b) demandes indirectes conventionnelles (DIC ): Tu pourrais fermer la porte ?

(1c) demandes indirectes non conventionnelles ou allusions (DINC ) : Il y a des

courants d’air.

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À l’intérieur des stratégies indirectes, on distingue deux catégories de demandes : les DIC et les DINC. On s’accorde pour dire que contrairement aux DIC, les DINC « correspondent à des énoncés qui ne seront interprétés comme des demandes que dans un contexte particulier » (Bernicot 1992 : 118). En même temps, il est usuel d’ajouter que cette distinction ne représente pas une dichotomie absolue dans la mesure où existent tous les degrés sur l’axe de la conventionnalisation (Kerbrat-Orecchioni 1986 : 154s., Clark/ Schunk 1980 : 112, Bernicot 1992 : 117).

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Une des thèses classiques de la théorie linguistique de la politesse (Brown/Levinson 1987) considère que la politesse d’une formule comportant un acte potentiellement menaçant pour la face (= FTA) est proportionnelle à son degré d’indirection. Cette vision des choses s’est développée à l’intérieur d’un paradigme bien particulier, celui de la pragmatique anglo-saxonne des années 70. Cette approche est le fruit du dépassement d’une conception purement informationnelle de la communication grâce à la reconnaissance de la centralité de l’aspect relationnel, et partant de la politesse. Le fameux modèle de la conversation proposé en 1975 par P. Grice est un bon exemple de cette conception informationnelle, puisque le but de la communication résiderait dans « une efficacité maximale de l’échange d’information » [3][3] Aussi paradoxal que cela puisse paraître, c’est à une.... En vérité, tout énoncé sert à transmettre des informations sur le monde (composante référentielle), mais il contribue en même temps en tant qu’acte social à instituer un lien socio-affectif particulier entre les interlocuteurs (composante relationnelle) (Goffman 1973, 1974, Kerbrat-Orecchioni 1992). Cela dit, alors que le principe de coopération et les maximes conversationnelles de P. Grice (1975) portent sur la composante référentielle du message, la politesse se localise plutôt au niveau de la composante relationnelle. Il n’est donc pas étonnant que dans les premiers modèles de la politesse (Lakoff 1977, Leech 1983), qui relèvent dela « conversational maxim view » (Watts 1992, Kasper 1996 : 3), les maximes de la politesse s’inscrivent en faux contre les maximes conversationnelles de P. Grice. R. Lakoff (1977 : 86) propose d’ajouter au principe de coopération de P.Grice, un principe du type “Soyez poli” qui est décomposé en trois règles (1. formalité, 2. hésitation, 3. égalité et camaraderie). Toute interaction est alors présentée comme une tension entre deux exigences contradictoires qu’il s’agit de concilier : le besoin d’assurer la compréhensionavec l’obligation de ménager les faces de tout le monde. Or, si le besoin d’assurer la compréhension du message correspond au respect du principe de coopération de P. Grice (être clair et direct), le respect des règles de la politesse correspond à la violation de telle ou telle maxime gricéenne, la politesse nous obligeant souvent à nous exprimer de manière obscure et indirecte (Laver 1981 : 295).

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De manière analogue, mais sans aller pourtant jusqu’à opposer la politesse au principe de coopération de P. Grice, comme le font Lakoff (1977) et Leech (1983), P. Brown et S. Levinson (1987) considèrent que seules les stratégies bald-on-record, c’est-à-dire la formulation directe des actes de discours, respectent les maximes conversationnelles de P. Grice :

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Doing an act baldly, without redress, involves doing it in the most direct,

clear, unambiguous and concise way possible (for example, for a request,

saying “Do X !”). This we shall identify roughly with following the specifica-

tions of Grice’s Maxims of Cooperation (1967,1975) (Brown/Levinson 1987 : 69).

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Si l’on pose que la réalisation directe de l’acte sans “réparation” coïncide avec l’adhésion aux maximes conversationnelles, les actes indirects en particulier, et la politesse (conçue comme un ensemble de “stratégies de réparation”) en général, en représentent alors une violation. De manière plus générale, puisque le principe de coopération de P. Grice est fondé sur la rationalité des acteurs sociaux, la politesse constitue une source de “déviation de l’efficacité rationnelle”. Celui qui s’écarte, du moins en apparence, du respect des maximes gricéennes, se montrera alors soucieux de la face de A en raison de l’effort déployé pour neutraliser le FTA :

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The whole thrust of this paper is that one powerful and pervasive motive

for not talking Maxim-wise is the desire to give some attention to face. [...]

Politeness is then a major source of deviation from such rational efficien-

cy, and is communicated precisely by that deviation (Brown/Levinson

1987 : 95).

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L’assimilation de la politesse avec l’indirection est tributaire du point de vue “stratégique” basé sur la métaphore de l’échange économique : « la politesse est un mode de paiement pour la réalisation de l’action, le locuteur en anticipant le coût » (Bernicot 1992 : 119, cf. aussi Watts et alii 1992 : 6, Kasper 1996). On considèreen effet que le travail de figuration, c’est-à-dire tout ce que l’on entreprend pour que personne ne perde la face (Goffman 1974 : 15), se superpose en quelque sorte à la forme brute de l’énoncé, ce qui « constitue un “surcoût” par rapport au travail que nécessite la pure et simple transmission d’informations » (Kerbrat-Orecchioni 1992 : 298) [4][4] On est pourtant en droit de douter que le traitement.... Pour P. Brown et S. Levinson, la politesse d’un énoncé est en effet proportionnelle au coût que comporte la formulation elle-même de l’acte pour L :

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In general, the more effort S expends in face-maintaining linguistic beha-

viour, the more S communicates his sincere desire that H’s face wants be

satisfied (Brown/Levinson 1987 : 93).

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C. Kerbrat-Orecchioni estime que le surcoût cognitif que la formulation indirecte impose à L comme à A est « largement compensé par le bénéfice psychologique qu’ils en tirent l’un et l’autre » (1998 : 59).

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Si la différence entre les DINC et les DIC du point de vue du temps de compréhension semble faire l’unanimité, la question de l’interprétation des DIC est controversée.

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Finalement, la théorie des actes de discours a contribué à l’établissement de la corrélation entre politesse et indirection. La notion d’acte de discours indirect est en effet l’un des apports les plus importants de la théorie des actes de discours à la pragmatique linguistique (Searle 1975,1982). Cette notion est devenue le lieu privilégié pour s’interroger sur la différence entre ce qui est dit et ce qui est signifié. Rappelons que R. Searle considère comme indirectes toutes les formes qui verbalisent (interrogation et affirmation) une des conditions de réussite de l’acte (Peux-tu fermer la porte ?, Tu peux fermer la porte, Tu vas fermer la porte, Tu dois fermer la porte), etc. Or, pour R. Searle, « la motivation principale – sinon la seule– qui conduit à employer ces formes indirectes est la politesse » (1982 : 90) [5][5] On signalera que dans la version anglaise la position.... De là à associer les deux notions, il n’y avait qu’un pas à franchir. Au vu de ces considérations, on ne doit pas donc s’étonner de la valorisation des stratégies indirectes et de la dévalorisation des stratégies directes du point de vue de la politesse.

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Pourtant, bien que l’indirection soit sans doute en relation avec la politesse, il semble que les choses se passent différemment de ce que le modèle classique prévoit : la politesse est « related to, but by no means coextensive with, politeness » (Blum-Kulka et alii 1989 : 278). La corrélation entre l’indirection et la politesse, de même que par ailleurs celle entre politesse et minimisation (Held 1989 : 168s.), soulève en effet un certain nombre de problèmes notoires. Commençons par souligner que le “discrédit” dont sont frappées les stratégies directes tient à l’ethnocentrisme des chercheurs anglophones, car il y a des cultures, par exemple, la culture polonaise, où les stratégies directes sont valorisées positivement (Wierzbicka 1985). Cet ethnocentrisme ressort de manière flagrante de l’analyse de la politesse dans les sociétés asiatiques où la formulation directe des actes de discours n’est nullement ressentie comme menaçante; au contraire, elle servirait même à souligner l’appartenance au même groupe (ingroup solidarity) (Lee-Wong 2000). L’étude de C. Rinnert et H. Kobayashi (1999 : 1175) nous apprend en outre que plus que l’indirection, c’est le caractère plus ou moins formel des énoncés qui est déterminant en japonais pour le jugement de politesse. Cela dit, il suffit de se pencher sur le fonctionnement de l’invitation ou de l’offre dans la société occidentale pour constater que la réalisation directe (p. ex., Servez-vous !; Mais reprends donc du café !) peut même être considérée comme plus polie que la forme indirecte lorsqu’elle permet d’exprimer que L tient beaucoup à l’accomplissement d’un acte en faveur de A (Roulet 1980a : 237). En vérité, nous nous trouvons face à un paradoxe du modèle de P. Brown et S. Levinson : s’il est vrai que la super-stratégie bald-on-record respecte les maximes conversationnelles de P. Grice, on devrait en conclure qu’elle ne permet pas à A de se livrer au travail de figuration (« doing an act baldly, without redress », 1987 : 69). Pourtant, P. Brown et S. Levinson(1987) semblent admettre que les stratégies directes peuvent aussi servir à ménager les faces : celles-ci constituent en effet la première des cinq super-stratégies de politesse. La super-stratégie bald-on record renvoie en vérité à d’innombrables cas de figure tels que les formes impolies (Tais-toi !), les formes autoritaires des supérieurs (Pour demain vous ferez ces devoirs.), lesformes utilisées entre intimes (Passe-moi le sel, chéri), la réalisation d’actes comportant une menace minime, voire inexistante pour A (Asseyez-vous), etc. C. Kerbrat-Orecchioni (1992,1997), pour qui la politesse ne se réduit pas à l’adoucissement de FTA (p. ex., l’atténuation d’une critique), appelle fort à propos ces actes valorisants pour la face (vœux, compliments, salutations, etc.) des FFA, c’est-à-dire des actes qui flattent la face de A.

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De surcroît, tout en restant tributaire du point de vue “stratégique”, S. Blum-Bulka (1990) estime que la politesse ne repose pas d’abord sur la formulation indirecte des actes menaçants, mais sur la panoplie d’adoucisseurs accompagnant sa réalisation directe (cf. aussi Kasper 1996). Finalement, on constate que dans certains cas, la formulation indirecte d’un acte de discours en augmente la brutalité au lieu de l’atténuer (Anscombre 1980 : 84, Kerbrat-Orecchioni 1992 : 225). Cela est le cas, par exemple, des formes qui affirment le contenu propositionnel de l’acte. En effet, le futur exprime « un ordre qui ne souffre aucune répartie » (Weinrich 1989 : 169) :

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(2) Vous allez quitter cette salle; Tu fermeras la porte; Tu vas faire/tu feras

tes devoirs, etc.

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Il en va de même des formes déontiques (3) et des formes qui énoncent “littéralement” une permission (4) :

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(3) Tu dois fermer la porte ; Tu ne dois pas parler la bouche pleine.

(4) Tu peux me passer le sel.

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Ces formes indirectes, selon la théorie searlienne (cf. plus bas), n’en sont pas moins péremptoires, puisqu’elles ne laissent pas vraiment le choix à A. Au contraire, A peut difficilement refuser un acte directif qui revêt la forme d’un constat, d’accéder sans risquer de provoquer des conflits (Arndt/Janney 1987 : 203s., Leech 1983 : 122). Il n’en va pas de même pour la plupart des stratégies qui questionnent sur l’une des conditions de réussite de l’acte : ne présentant pas la réalisation de l’action requise comme allant de soi, elles se prêtent de ce fait au maintien d’un déroulement harmonieux de l’interaction (Edmonson 1981 : 30). Cependant, les exemples mentionnés par E. Roulet (1980a), J.-Cl. Anscombre (1980 : 84), W. Labov et D. Fanshel (1977 : 78), G. Leech (1983 : 12) nous apprennent que même certaines formes indirectes à la forme interrogative comportent un durcissement par rapport à la formulation plus directe. Ce sont notamment les réalisations à l’aide d’une marque de défi (5), d’un devoir déontique (6), etc. :

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(5) Tu crois qu’on peut te demander gentiment d’ouvrir la fenêtre ?; Ç a ne

vous ferait rien d’être bref ?

(6) Dois-tu vraiment te moucher dans ta serviette ? ; Dois-je vous deman-

der de vous taire ?

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et celles qui présupposent l’exécution de l’action requise (7) :

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(7) Quand penses-tu épousseter ?

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Surtout, les formes qui questionnent sur l’existence du résultat souhaité (8) paraissent très contraignantes, et peuvent même véhiculer une valeur de reproche (Kerbrat-Orecchioni 1992 : 96) :

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(8) Tu n’as pas fini ? ; Tu n’as pas fait la vaisselle ?

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On voit donc que les formes indirectes sont polies à condition qu’elles offrent à A, du moins théoriquement, l’option de refus.

2. De l’indirection à l’optionalité

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G. Leech (1983 : 108), dont le modèle de la politesse comprend trois échelles (coût/bénéfice, optionalité et indirection), émet l’hypothèse que plus la formulation de la requête permet facilement son refus, moins la requête est contraignante pour A, et plus elle est polie. Ilest donc plus judicieux d’admettre que ce n’est pas tant l’indirection qui permet d’imposer quelque chose à A « tout en précisant qu’on ne porte pas atteinte à son indépendance », (Roulet 1980a : 231), mais plutôt l’optionalité (« the amount of choice which s allows h ») véhiculée par l’énoncé (Leech 1983 : 127). Or, si cette stratégie peut être poursuivie par les formes indirectes, elle peut également l’être par l’ajout de s’il vous plaît, par le recours aux performatifs du type je vous invite à..., je vous prie de..., à des accompagnateurs qui atténuent l’impact de la requête sur A (downtoner) (éventuellement, peut-être), etc. (Maier 1991 : 193s., Pilegaard 1997, Wüest 1997 : 35).

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Cela dit, malgré sa brillante intuition, G. Leech (1983) n’est pas parvenu à dissocier complètement les deux notions, qui seraient à ses yeux étroitement liées : d’une part, il estime que plus les formes deviennent indirectes, plus il devient facile pour A de refuser d’y accéder (1983 : 109) ; d’autre part, l’optionalité aurait partie liée avec les formes indirectes (1983 : 127). La citation suivante illustre bien cet amalgame :

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Indirect illocutions tend to be more polite (a) because they increase the

degree of optionality, and (b) because the more indirect an illocution is, the

more diminished and tentative its force tends to be (Leech 1983 : 108).

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Or, s’il y a un rapport indubitable entre l’indirection et l’optionalité d’un énoncé, ces deux concepts ne se recoupent pas pour autant, comme le reconnaît par ailleurs G. Leech lui-même, prétendant toutefoisque l’optionalité implique l’indirection (« optionality implies indirectness» 1983 : 127). Nous venons justement de voir que l’optionalité ne saurait être l’apanage exclusif des formes indirectes. Ainsi des formes aussi directes que les performatifs explicites ayant un mode d’accomplissementfaible (9) comportent-elles également une atténuation du FTA :

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(9a) Je vous prie de nous envoyer votre facturation (Corpus Manno).

(9b) Je vous invite à nous communiquer au plus vite la date de votre arri-

vée (Corpus Manno).

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Ces formes directes optionnelles, majoritaires dans la communication écrite professionnelle (Yli-Jokipii 1994, Manno 1999a, b, c), sont même plus polies que certaines formes “indirectes” qui, comme nous venons de le voir, augmentent la brutalité du FTA au lieu de l’atténuer.

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L’indirection est une notion formelle qui renvoie à la manière plus ou moins directe dont les énoncés véhiculent l’intention de L (Blum-Kulka et alii 1989 : 18). En revanche, l’optionalité est une stratégie qui consiste à signaler à A qu’on le laisse libre (du moins en apparence) d’accéder à la requête (Bernicot 1992 : 124s.). Il nous semble en effet plus judicieux de voir la politesse en relation directe avec des stratégies de ménagement d’autrui, plutôt qu’en relation avec telle ou telle forme verbale qui permet de réaliser ces mêmes stratégies. C’est ce facteur psychologique qui semble être décisif pour le jugement de politesse. Dans le cas de la requête, le fait de donner l’option de refus, que ce soit par des moyens directs ou indirects, permetde se conformer à la nécessité de respecter l’autonomie de A, besoin fondamental inhérent à la face négative (le territoire) de tout être social (Brown/Levinson 1987). Cette stratégie est appelée selon les auteurs tact maxim (Leech 1983), maxime d’hésitation (Give options) (Lakoff 1977), Give freedom of action (Pilegaard 1997) [6][6] Au fond, l’optionalité correspond au groupe de stratégies.... La substitution de l’indirection par l’optionalité s’impose d’autant plus qu’il paraît recommandable de manier avec beaucoup de précaution la notion d’acte de discours indirect. En effet, cette notion n’a de raison d’être que si l’on adhère à l’idée de l’existence du sens littéral (cf. Heinemann/Viehweger 1991, Manno 2000a, b). Or, la thèse du sens littéral hors contexte est problématique dans la mesure où elle nous oblige à assumer que les facteurs contextuels ne modifient pas la signification de la phrase lorsque L dit exactement ce qu’il veut signifier. Cependant, même si l’on admettait l’existence d’un sens littéral inscrit en langue, tout porte à croire que cela ne dispenserait pas les interactants de faire appel aux données contextuelles. En effet, en analysant l’énoncé The cat is on the mat, “Le chat est sur le paillasson”, R. Searle (1982, chap. 5) finit par constater que chaque énoncé, littéral ou non, est interprété en fonction d’une série d’assomptions d’arrière-plan. Cela signifie que le sens littéral “pur” n’existe peut-être pas (Blanchet 1995 : 88). Certains auteurs pensent effectivement qu’aucune forme verbale ne traduit directement telle ou telle valeur illocutoire (Berrendoner 1981). D’autres chercheurs ont fini par renoncer complètement à la distinction entre actes directs et actes indirects en raison des problèmes liés à l’idée de la dérivation à partir d’un acte primitif (Roulet 1980b : 94ss.). Cela dit, même parmi ceux qui adhèrent à la thèse du sens littéral, il ne règne pas d’unanimité sur le seuil qui sépare les stratégies directes des stratégies indirectes. C. Kerbrat-Orecchioni (1986 : 69ss.) répartit les théoriciens en quatre classes selon leur attitude face aux expressions performatives ou les modalités de la phrase comme marqueurs de valeur illocutoire primitive. Si la forme explicitement performative (Je vous demande de regarder ces images) ainsi que l’impératif (Regardez ces images) sont considérés quasi unanimement comme des formes directes, les choses ne sont pas aussi claires pour les autres stratégies. La notion d’acte indirect telle qu’elle a trouvé sa formulation dans le cadre de la théorie des actes de discours (Searle 1975,1982) a connu un succès considérable. Pourtant, cette hypothèse fort séduisante comporte de sérieux inconvénients. En premier lieu, toutes les conditions de réussite ne sont pas exploitables de la même manière (Kerbrat-Orecchioni 1986 : 205) : par exemple, la condition de sincérité ne peut pas être questionnée (*Est-ce que je voudrais que tu me passes le sel ?). En deuxième lieu, les actes indirects dérivables des conditions de réussite ne représentent qu’une partie des moyens verbaux qui sont effectivement réalisés dans les conversations quotidiennes (Brown/Levinson 1987 : 132ss.). Finalement, cette hypothèse présente le défaut majeur d’impliquer une conception trop étroite de la directivité (Manno 1997), puisque pour les actes directifs, toutes les formes, à l’exception des formes performatives et de l’impératif, seraient à considérer comme indirectes (Levinson 1983 : 264). À cette conception restrictive de la directivité, S.Blum-Kulka et alii (1989) opposent la position qui ne considère comme indirectes que l’interrogation des conditions de réussite ainsi que les formules de suggestion (suggestory formulae) du type Et si tu rangeais la cuisine pour une fois ![7][7] Selon J. Wüest (1997 : 35), S. Blum-Kulka et alii (1989).... S. Blum-Kulka (1987 : 137) justifie la décision de considérer les formes qui affirment les conditions de réussite comme directes par l’argument suivant : la forme You’ll have to move your car a été jugée par leurs sujets comme étant plus directe que, p. ex., la forme performative I’m asking you to move your car. Ajoutons que les performatifs enchâssés (hedged performatives, cf. Fraser 1975) représentent aussi une catégorie problématique. Alors queS. Blum-Kulka et alii (1989 : 279) les considèrent comme des stratégies directes en raison de la présence du verbe performatif (Je dois te demanderde me prêter tes notes), J. Searle (1982 : 86) les traite comme des stratégies indirectes puisque le verbe performatif est enchâssé dans une structure qui verbalise une des conditions de réussite (Pourrais-je te demander de me prêter tes notes ?). Bref, la notion d’acte de discours indirect est plus problématique qu’elle ne paraît à première vue.

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Passons donc à la deuxième question délicate relative à la corrélation indirection = politesse. Nous tenterons de démontrer que la notion d’optionalité apporte la preuve que les DINC doivent être considérées comme plus polies que les DIC.

3. L’allusion est-elle une formule peu polie ?

3.1 L’explication standard

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G. Leech (1983 : 108s., 126) postule le caractère linéaire de la corrélation entre la politesse et l’indirection. Nous venons de voir que G. Leech estime que plus les formes deviennent indirectes, plus il devient facile pour A de refuser d’y accéder. Pourtant, à en croire les tests de S. Blum-Kulka (1987), les formes les plus indirectes ne sont pas perçues comme les formes les plus polies. Par exemple, S. Blum-Kulka (1987) a proposé à 24 sujets de juger du degré de politesse d’un certain nombre de requêtes qui se distinguent par leur degré d’indirection. Les sujets devaient donner une notation allant de 1 à 9, par ordre de politesse décroissante :

TABLEAU 1  - Indirection et degré de politesse TABLEAU 1
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Il ressort du tableau 1 que la corrélation politesse-indirection ne s’applique qu’aux DIC du type Would you mind moving your car ? En outre, si les formes les plus directes sont perçues comme les plus impolies, les formules les plus indirectes relevant de la dérivation allusive telles que 8. et 9. ne sont pas forcément perçues comme les plus polies. Au contraire, celles-ci sont considérées comme moins polies que, p. ex., 6. qui est une DIC. De surcroît, les DINC sont même jugées aussi peu polies que certaines réalisations relativement directes (5.). Finalement, la forme la plus directe des deux DINC (8.), l’allusion forte, qui contient une référence partielle aux éléments nécessaires pour la réalisation de l’action requise, est jugée comme plus polie que l’allusion faible (9.).

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S.Blum-Kulka invoque à ce propos la clarté de l’énoncé et lalongueur des processus inférentiels (1987 : 143s.). Pour elle, la clarté pragmatique est en effet une partie essentielle de la politesse. En d’autres termes, plus c’est opaque, plus la décodification est coûteuse, moins c’est poli. L’idéal communicationnel étant de pouvoir concilier dans le cas des actes directifs la clarté et la non-contrainte, la politesse est vue comme la réalisation d’une balance interactionnelle entre ces deux exigences opposées. Dès lors, S. Blum-Kulka avance la thèse que les DIC sont jugées particulièrement polies, parce qu’elles remplissent ces deux conditions : elles sont claires et peu contraignantes. En effet, le travail interprétatif de A est facilité par le caractère conventionnel du procédé. Bref, la conventionnalisation vient compenser l’indirection. En revanche, les DD sont claires mais contraignante ; quant aux DINC, elles sont peu contraignantes mais obscures. En effet, ces formules très indirectes, qui vont à l’encontre du principe de clarté, imposent un coût cognitif supérieur à A (Blum-Kulka 1987 : 143s.) (voir tableau 2 ci-dessous).

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La thèse de la longueur des processus inférentiels semble être confirmée par les travaux empiriques : un locuteur adulte n’a pas besoin de passer par une interprétation littérale pour comprendre une DIC (Gibbs 1981 : 150). R. Gibbs en conclut que le processus d’inférence doit être plus complexe pour les DINC que pour les DIC (cf. aussi Mohr 1988 : 66).

TABLEAU 2  - L’idéal communicationnel : la clarté et la non-contrainte TABLEAU 2
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Si la différence entre les DINC et les DIC du point de vue du temps de compréhension semble faire l’unanimité, la question de l’interprétation des DIC est controversée. Trois positions s’affrontent à ce sujet, dont deux postulent l’interprétation à la fois du sens littéral (valeur de question) et du sens non-littéral (requête) :

  1. le sens littéral et le sens non-littéral sont co-présents (“multiple meaning”)

    1. le traitement cognitif de l’énoncé s’effectue en deux temps : le littéral est analysé avant le sens non-littéral ;

    2. le sens littéral est analysé en même temps que le sens non-littéral.

  2. le sens non-littéral est analysé sans le sens littéral (“idiomatic meaning”)

41

Parmi les défenseurs de la position 1a, on trouve R. Searle qui écrit que « l’énonciation a la signification incidente d’une affirmation mais la signification première d’une demande, demande qui est adressée par l’entremise d’une affirmation » (1982 : 71). Donc, L « veut dire ce qu’il dit, mais il veut dire aussi quelque chose de plus » (Searle 1982 : 33). De même, pour O. Ducrot (1972 : 11), la signification implicite, qui apparaît comme surajoutée par rapport à la signification littérale, ne peut être comprise qu’une fois avoir saisi la signification littérale. Clark/Schunk (1980) admettent aussi un traitement du sens littéral qu’ils jugent responsable du caractère poli de ces formes. Ils pensent en effet que si le sens non-littéral sert à la compréhension de l’intention communicative de L, la politesse des actes de discours indirects dérive du sens littéral de l’énoncé. Afin de rendre compte des vertus adoucissantes dont est dotée cette tournure, C.Kerbrat-Orecchioni (1995 : 78) estime aussi que la valeur de question (primitive mais secondaire) n’est pas complètement oblitérée par la valeur de requête (dérivée mais principale) :

42

pour que l’ordre puisse apparaître comme adouci, et que la valeur littéra-

le puisse fonctionner comme un softener, force est d’admettre que celle-ci

n’est pas totalement oblitérée par la valeur dérivée, et qu’elle se maintient

“quelque part” dans le filigrane de l’énoncé, sous forme de “trace conno-

tative” [...]. Constatation qui apporte de l’eau au moulin de ceux qui esti-

ment que même en cas d’indirection conventionnelle, le traitement cogni-

tif de l’énoncé s’effectue en deux temps, et que le sens littéral est d’abord

calculé (Kerbrat-Orecchioni 1995 : 78s.).

43

Le fait que, face à une DIC, A ait la possibilité, dans certains contextes particuliers, de répondre à la question ‘littérale’ par un oui ou par un non (10a), ou d’accompagner la réalisation de l’action requise par un affirmatif (10b) semble être un argument en faveur de la thèse selon laquelle ces phrases conservent leur sens littéral (Searle 1982 : 84, Roulet 1980a : 219, Levinson 1983 : 269, Kerbrat-Orecchioni 1986 : 80) :

44

(10a) Pouvez-vous me passer le sel ? – Non, excusez-moi. Je ne peux pas

vous le passer, il est à l’autre bout de la table.

(10b) Pouvez-vous me passer le sel ? – Oui, je peux vous le passer (le voici).

(exemples empruntés à Searle 1982 : 84)

45

Cette conservation ne saurait pourtant signifier que l’acte est interprété comme une demande d’information. D’après Searle (1982 : 83), Pouvez-vous attraper le sel ? n’est énoncé comme une « simple question concernant vos capacités » que dans la situation de l’orthopédiste qui voudrait savoir le progrès médical de la blessure au bras de son patient. En revanche, dans toute autre situation, Bien sûr, je peux te passer le sel, sans réalisation de l’action requise, « ne constitue pas en soi une réponse adéquate » (1982 : 233).

46

En revanche, R. Gibbs (1983), qui défend la deuxième position, estime que lorsque l’énoncé est inséré dans un contexte approprié, le sens non-littéral est analysé sans le sens littéral. En effet, il est apparu au cours des tests sur la rapidité du processus inférentiel qu’il est difficile d’admettre l’analyse du sens littéral avant le sens non-littéral. L’interprétation des DIC semble aussi rapide que l’interprétation des DD. R.Gibbs en conclut que la thèse de H. Clark et D. Schunk (1980) ne peut pas être vraie. Il estime donc que la politesse d’une expression est associée plutôt directement à son sens non-littéral conventionnel. De même, S. Levinson (1983 : 268) estime que les DIC sont analysées en bloc, puisqu’elles sont enregistrées dans le lexique comme des expressions idiomatiques. En termes gricéens, il y aurait là donc une implicature conventionnelle qui se fondeuniquement sur la connaissance des conventions langagières.

47

Ces deux positions ne sont pas inconciliables, ce qui se traduit dans la position 1b. Il est indéniable que le sens littéral n’est pas oblitéré, puisque l’on peut dans certaines circonstances traiter l’énoncé Pouvez-vous me passer le sel ? comme une “véritable” question. Il faut donc admettre la co-présence du sens littéral et du sens non-littéral. Ainsi, tout en considérant que le processus inférentiel est “courtcircuité” en cas d’indirection conventionnelle, S.Blum-Kulka estime que pour les DIC « both levels of meaning are co-present and accessible at all times » (1987 : 142). Cela dit, malgré la co-présence des deux valeurs, la valeur directive est prédominante, ce qui expliquerait pourquoi, sauf indication contraire, l’acte de discours est interprété automatiquement comme une requête et non comme une question. Cette position permet donc d’admettre que le pouvoir adoucissant des DIC est dû à leur sens littéral de question, mais qu’étant donné le caractère conventionnel des formes en question, les locuteurs n’ont plus à passer d’abord par le sens littéral pour pouvoir accéder au sens non-littéral des DIC. L’idée selon laquelle le sens littéral est analysé en même temps que le sens non-littéral semble confirmée par les recherches en psychologie qui démontrent que « l’interprétation littérale [des actes de discours indirects conventionnels] n’est pas réalisée » (Bernicot 1992 : 64).

48

La thèse qui se fonde uniquement sur la longueur des processus inférentiels pour expliquer les différents degrés de politesse relève elle aussi du point de vue “stratégique” basé sur la métaphore de l’échange économique : L cherche à obtenir quelque chose de A en payant le juste prix. Le point de vue “stratégique” simplifie pourtant le fonctionnement de l’interaction sociale, perdant de vue que l’effet de politesse ne saurait garantir la réussite sociale de l’acte (Bernicot 1992 : 119). Commençons par dire qu’il ne suffit pas d’être particulièrement poli pour réaliser l’effet souhaité (Ervin-Tripp et alii 1990) : la forme la plus polie et la plus alambiquée restera sans effet si la demande va à l’encontre de la volonté de A, ou si les coûts qu’elle comporte pour A sont démesurés (Raible 1987 : 165) (cf. plus bas). On ne saurait perdre de vue que la fonction essentielle de la politesse est celle de faciliter la gestion de la relation interpersonnelle en réduisant le risque de conflits et d’affrontements (Lakoff 1990 : 34, Brown/Levinson 1987 : 1), et non celle de persuader un interlocuteur réticent. Corrélativement, “l’impolitesse” ne compromet pas forcément la réussite de l’acte de discours. En fin de compte, les tests d’évaluation de S. Blum-Kulka (1987) ou de H. Clark et D. Schunk (1980) n’ont pas vérifié si les formes jugées polies par les témoins allaient de pair avec la satisfaction du directif et si, corrélativement, les formes jugées impolies provoquaient sa non-satis-faction. Tout porte à croire que tel n’est pas forcément le cas, comme il ressort des tests de G. Mohr (1989 : 141ss.). On relève en effet un écart entre les pourcentages relatifs à l’acceptation de la requête (Allez-vous accéder à la requête ?) et ceux relatifs aux jugements de politesse positifs (Allez-vous accéder volontiers à la requête ?). Cet écart révèle qu’il arrive que A accepte d’accéder à la requête à contre-cœur, malgré la forme jugée inappropriée.

49

De toute façon, la position qui consiste à faire intervenir uniquement des considérations relatives à l’opacité de la formulation nous semble comporter une sur-évaluation indue de l’énoncé qui exprime l’intention communicative primaire de L. En effet, la théorie classique de la politesse a développé, sous l’emprise de la théorie des actes de discours, une conception très étroite et monologale de la communication. Elle perd ainsi de vue que communiquer est souvent une co-construction qui implique la réalisation de plusieurs actes et/ou tours de parole. En vérité, la formulation de la requête, avec d’éventuels actes subsidiaires(cf. plus bas), ne représente que la première intervention (move) fondamentale, c’est-à-dire la plus grande unité monologale (Roulet et alii 1985), de l’échange directif[8][8] Contrairement à E. Goffman (1973, II : 140), nous appelons... :

50

(11) A1 : Voudriez-vous me passer le lait ?

B1 : Voilà

A2 : Merci

B2 : De rien (d’après Goffman 1973, II : 140).

51

Il s’ensuit que le travail de figuration ne saurait se réduire à la seule formulation de la requête (A1). Pour E. Goffman, il y a différents moments pour se livrer au travail de figuration : avant, en même temps et après “l’événement suspect” (1974 : 117). Il nous semble doncjudicieux de considérer, dans le cas de l’échange directif, la formulation de la requête comme la clé qui est censée ouvrir la porte du territoire de A. Cependant, le “paiement” pour la réalisation de l’action requise s’effectue plutôt par une compensation verbale (remerciements) ou matérielle (contrepartie tangible) au terme de l’échange. Finalement, une vision plus séquentielle de l’interaction permet de mieux rendre compte du fait que le travail de figuration n’est pas à sens unique, mais demande un effort commun de la part des deux interactants pour parvenir à rétablir l’équilibre interactionnel perturbé par les petits “incidents” qui surviennent au cours de toute interaction.

52

En outre, si l’effort cognitif d’interprétation demandé à A est sans doute un facteur dont il faut tenir compte (mais il faudra alors considérer que les allusions imposent également un coût cognitif supérieur à L dans la mesure où celui-ci doit encoder une forme non conventionnelle, cf.Kerbrat-Orecchioni 1998 : 59), les considérations relatives au degré de gravité du FTA, et partant, aux coûts que comporte l’exécution de l’action requise, sont de loin plus importantes. N’oublions pas que, plutôt que le processus d’inférences, la politesse concerne le respect des normes sociales (Watts et al. 1992 : 7). En effet, selon les spécialistes de la question, la politesse d’un énoncé est fonction, entre autres, des coûts et des bénéfices que l’acte représente pour L et A. D’après le modèle de G. Leech (1983 : 126), un énoncé à l’impératif sera plus ou moins poli selon le lieu où il se situe sur l’échelle coût-bénéfice (rank imposition) [9][9] Comme pour P. Brown et S. Levinson (1987), le modèle.... La pertinence de ce dernier facteur a été confirmé empiriquement par l’étude de O. Kunst-GnamuS (1991). De manière analogue, dans le modèle de P. Brown et S. Levinson (1987), c’est le degré de gravité du FTA (“weightiness”) qui détermine le choix d’une des 5 super-stratégies. Celui-ci est essentiellement fonction de trois facteurs : la distance interpersonnelle (D), la relation de “pouvoir” (P) et la nature intrinsèque de l’action (“absolute ranking of impositions in the particular culture”=R) sur laquelle porte l’acte de discours (1987 : 74s.). Concrètement, P. Brown et S. Levinson proposent de calculer le degré de menace par la formule Wx = D (S, H) + P(H, S) + Rx. Plus la somme de ces facteurs est grande, plus la menace est lourde. Or, le “principe d’équilibre” (balance principle), selon lequel la compensation pour le tort causé est d’autant plus importante que celui-ci est plus grave (Goffman 1973 : 119, Lacroix 1990), les amène à admettre que plus la menace est lourde, plus le travail de figuration doit être massif :

53

the more an act threatens S’s face or H’s face, the more S will want to choose

a higher-numbered strategy; this by virtue of the fact that these strategies

afford payoffs of increasingly minimized risk (Brown/Levinson 1987 : 60).

54

Dès lors, il est légitime de se demander si le caractère “moins poli” attribué aux DINC par rapport aux DIC tient vraiment à leur formulation opaque. Certes, le test de S. Blum-Kulka (1987 : 134) semble pouvoir permettre la comparaison des neuf formes qui ne diffèrent l’une de l’autre qu’en fonction du degré d’indirection. Cependant, il ne faut pas perdre de vue que ces résultats se fondent sur une situation sans véritable enjeu communicatif (cf. Aston et al. 1988 : 4). On fait semblant que les locuteurs optent pour telle ou telle stratégie indépendamment de la portée réelle du FTA (Wx) qui, selon P.Brown et S.Levinson (1987), dépend justement de différents facteurs sociologiques (P, D, R) au sein d’une situation donnée. En d’autres termes, s’il est vrai que c’est le degré de gravité du FTA qui détermine le choix de la stratégie, la présentation aux témoins de différentes formulations se référant au même Wx fait de toute évidence entorse au “principe d’équilibre”. On peut donc craindre que toutes les formes soumises aux sujets de l’enquête ne soient pas appropriées dans la situation envisagée. Bref, les scores obtenus par le test ne sauraient représenter des jugements de politesse, mais plutôt des jugements d’appropriation.

55

On est dès lors en mesure de proposer une interprétation différente de ces scores.

3.2 Une interprétation différente

56

Le caractère moins poli des DINC signalé par les témoins ne dépend pas de la formulation très indirecte encodée, mais plutôt de l’inadéquation de certaines formules de réparation à la situation envisagée. En d’autres termes, le recours à une formulation allusive a dû déclencher auprès des sujets une inférence du type suivant : « si L a opté pour une forme très indirecte, la gravité du FTA que cette même forme est censée venir neutraliser est telle qu’une DIC ne saurait suffire à la compenser ». Les formes conventionnelles (DD et DIC ) sont mises à profit justement là la gravité du FTA est jugée ‘raisonnable’. En revanche, les requêtes susceptibles d’être formulées de manière allusive sont justement celles dont le degré de gravité est jugé particulièrement élevé. L’étude de Held (1995 : 283), et même celle de Blum-Kulka (1989 : 37ss.), nous apprend en effet que les DINC sont relativement nombreuses soit quand le coût de réalisation de l’action est jugé élevé (p. ex., le client du restaurant réclame une pizza moins brûlée), soit quand l’accomplissement du directif est embarrassant pour L, indépendamment du coût effectif que comporte l’action requise (p. ex., on demande à sa voisine de faire moins de bruit). Cette observation amène Held (1995 : 286) à avancer la thèse selon laquelle, en raison de leur caractère conventionnel, les DIC telles que Peux-tu faire...? ne seraient plus forcément ressenties par les locuteurs comme des formes particulièrement polies. Held s’appuie sur l’observation empirique suivante : dans des situations très délicates, les locuteurs recourent plutôt à des formulations plus élaborées que les DIC pour neutraliser le FTA. Pour preuve, dans le test d’évaluation de Fraser/Nolen (1981 : 101), portant sur le degré de politesse de 25 types de requêtes, ce n’est pas une DIC telle que Can you do that ?, mais le remerciement prospectif (cf. Manno 1999a) I’d appreciate it if you’d do that qui a obtenu le plus haut score. En d’autres termes, ce n’est donc pas la DINC qui est peu polie, mais il faut plutôt considérer que le degré de menace que celle-ci est censée venir compenser est particulièrement élevé. J. Bernicot (1992 : 124) estime à juste titre que, contrairement aux DD et DIC, l’emploi des DINC correspond en règle générale à la perception d’un interlocuteur a priori non coopératif. Cette position abonde dans le sens de P. Brown et S. Levinson (1987) : la politesse off-record (dont relèvent les DINC ) représente la quatrième super-stratégie de leur modèle, ce qui signifie qu’elle devrait avoir des vertus réparatrices supérieures à la negative politeness (dont relèvent les DIC ). De même, ils prévoient une catégorie abstentionniste “Do not do the FTA” pour des actes extrêmement menaçants, voire “inadmissibles”, qu’on juge préférable d’éviter de réaliser [10][10] Nous pensons néanmoinsque ce discours vaut essentiellement.... Ajoutons que P. Brown et S. Levinson (1987 : 19) eux-mêmes, en passant en revue les travaux que la première version de leur ouvrage a déclenchés, soulèvent des objections quant à la nature du test de S. Blum-Kulka. Ils estiment que le test a biaisé les résultats puisque dans la situation envisagée le recours aux DINC représente un travail de figuration excessif :

57

because the use of off-record hints to do requests of a certain R level is limi-

ted to certain kinds of alters, in experimental scenarios subjects might well

rank the off-record hints as less polite [...]. Furthermore, the request to rank

“politeness” level explicitly might conjure up associations of schoolbook

notions of etiquette which do not fit happily with off-record unexplicitness.

Also, the requests chosen for her experiment all assumed a relatively low

R (requests notunreasonable in the context specified from S to H), so indi-

rect might have seemed inappropriately devious (as indicating a higher-

risk FTA than was actually involved) (Brown/Levinson 1987 : 19).

58

P. Brown et S. Levinson (1987 : 19) ne pensent donc pas que ces résultats infirment le principe selon lequel la politesse off-record représente une super-stratégie plus élevée (“a higher-numbered strategy”, 1987 : 60) que la negative politeness. À leur avis, tel serait le cas si l’on pouvait démontrer que le même L recourt à la negative politeness envers un supérieur et à la politesse off-record envers un inférieur. Or, cela leur paraît invraisemblable.

59

Mentionnons un autre point qui fait douter dela validité du test. La situation choisie pour le test donne lieu à ce que Held (1995 : 330) appelle une demande de correction (“Korrektivbitte”). Ce type de demande est une sous-catégorie des Reversivbitten, c’est-à-dire des directifs déclenchés par une action inappropriée d’autrui ou par un état de choses négatif causé par celui-ci. Ce type de directif crée toujours des situations particulièrement délicates, voire conflictuelles qu’il faut affronter avec beaucoup de doigté. Or, si, d’un côté, l’énoncé 8 (You’ve parked your car in front of our house) ne constitue pas une demande directe de déplacer la voiture, de l’autre, cette formulation véhicule une critique potentielle : puisque L donne àentendre qu’il ne peut pas sortir du garage à cause de A, A est tenu pour responsable de cet état négatif. Bref, même si cette forme allusive devait s’avérer moins polie que la forme conventionnelle qui ne prend pas A à partie (Would you mind moving your car?), cela ne permettrait pas de se prononcer sur les DINC de manière générale. On pourrait objecter que l’allusion forte (8.) a été jugée plus polie que l’allusion faible (9.), alors que d’après notre thèse ce devrait être plutôt le contraire. Pourtant, il faut considérer que (8.) est un énoncé socialement plus correct que l’affirmation péremptoire qu’on ne tolère pas de désordre devant la maison (9.).

60

Notre interprétation est étayée par d’autres considérations. La thèse de Blum-Kulka (1987) fait peu de cas des avantages que comporte pour les interactants la réalisation allusive des actes de discours. Le facteur déterminant pour le jugement de politesse n’est pas tant la clarté de l’énoncé, mais plutôt la décision de L de renoncer à formuler d’emblée son intention communicative de manière univoque. En effet, contrairement aux DD et aux DIC par lesquelles L tente d’amener A à faire tout de suite l’action requise, les allusions laissent A dans une incertitude plus ou moins grande quant à la véritable intention de L :

61

if an actor goes off record in doing A, then there is more than one unam-

biguously attributable intention so that the actor cannot be held to have

committed himself to one particular intent. So, for instance, if I say ‘Damn,

I’m out of cash, I forgot to go to the bank today’, I may be intending to get

you to lend me some cash, but I cannot be held to have committed myself

to that intent. (Brown/Levinson 1987 : 69).

62

Puisque les allusions ne traduisent pas directement l’intention communicative de L (cf. plus bas), plusieurs interprétations sont alors possibles. En effet, en raison du caractère relativement problématique de l’acte, L tente de se ménager une porte de sortie, dans la mesure où l’intention que A attribue à l’énoncé de L pourra toujours être déniée par celui-ci. Tout porte donc à croire que la formulation opaque sert aussi à ménager la face de L, au cas où sa demande ne serait pas acceptée. L’opacité pragmatique (pragmatic vagueness) permet à L de renoncer à la demandeinitiale, oude la maintenir partiellement, en faisant semblant d’avoir voulu dire autre chose, ce qui lui donne la possibilité d’éviter de perdre la face ou de perturber le déroulement harmonieux de l’interaction (Bernicot 1992 : 125). Ducrot écrit notamment au sujet de l’implicite, dont font partie les sous-entendus de type allusif et les présupposés (Kerbrat-Orecchioni 1986), que

63

on peut dire quelque chose sans accepter pour autant la responsabilité de

l’avoir dit, ce qui revient à bénéficier à la fois de l’efficacité de la parole et

de l’innocence du silence [...]. Le locuteur réduit sa responsabilité à la signi-

fication littérale, qui [...] peut toujours se présenter comme indépendante :

Quant à la signification implicite, elle peut, avec une certaine apparence,

être mise à la charge de l’auditeur (Ducrot 1972 : 12).

64

La spécificité des sous-entendus, c’est en effet d’être annulables (Armengaud 1985) : alors que la première partie de la réponse de B pourrait servir à signifier un refus, la suite vient contredire cette première interprétation :

65

(12) A : Allons au cinéma ce soir.

B : Je dois travailler à mon examen, mais allons quand même au cinéma[11][11] Les allusions réactives semblent moins opaques que....

(exemple emprunté à Searle 1982 : 76)

66

Goffman observe à raison que le caractère niable de la communication par sous-entendus présente l’avantage qu’on « n’est pas tenu d’y faire face » (1974 : 29). En même temps, il faut considérer que l’allusion (surtout à la forme déclarative)présente également l’avantage pour A de pouvoir faire la sourde oreille (Anscombre 1980 : 88, Held 1995 : 282). En effet, L accorde à A la liberté d’interpréter l’énoncé “comme bon lui semble”, ce qui paraît bien difficile face à une DIC (Weizman 1989 : 75) :

67

(13) A : (intention : faire fermer la fenêtre) Il fait froid dans cette chambre.

B : Vous trouvez ? Moi, j’ai chaud (aucune réaction physique de B).

(exemple construit)

68

Il est donc indéniable que cette stratégie est une forme très optionnelle en ce qu’elle vise à respecter l’autonomie de A. En effet, celui-ci, pouvant même se permettre d’ignorer la requête, évite l’embarras d’un refus. Par conséquent, il s’avère difficile de soutenir que les DINC sont moins polies que les formes conventionnelles. En fait, nous avons affaire à une stratégie très efficace, dans la mesure où elle comporte des avantages pour les deux interactants :

69

Avec ce type de communication officieuse, la règle veut que l’expéditeur

fasse comme s’il n’avait pas réellement émis le message impliqué, tandis

que les destinataires ont le droit et l’obligation de faire comme s’ils

n’avaient pas déchiffré l’allusion (Goffman 1974 : 29).

70

Par conséquent, cette forme de communication officieuse permet non seulement de ménager la face de A, mais aussi celle de L. Onrappellera à cet endroit que, même lors de la réalisation des actes directifs qui représentent essentiellement un FTA pour la face négative de A, la politesse ne consiste pas seulement à ménager la face de A, mais la face de tout le monde, y compris donc celle de L (Goffman 1974 : 18). Mejer (1995) va jusqu’à admettre que la politesse consiste surtout à ménager sa propre face.

71

Certes, Weizman (1989 : 91ss.), qui doute de l’efficacité des DINC à cause des résultats des tests de Blum-Kulka (1987), [12][12] Weizman reconnaît que le recours aux DINC comporte... croit pouvoir expliquer la rareté de ce procédé par les coûts élevés qu’il comporterait pour les deux interactants. Toujours est-il que C. Rinnert et H. Kobayashi (1999 : 1176) estiment que cette rareté est plutôt due au type de test employé par Blum-Kulka et alii (1989). Le “discourse completion test” portait justement sur des situations imaginaires où le sujet disposait déjà de la réaction positive et immédiate de son interlocuteur virtuel :

72

At the University. Ann missed a lecture yesterday and would like to bor-

row Judith’s notes. Ann : _____ Judith : Sure, but let me have them back

before the lecture next week (Blum-Kulka et alii 1989 : 13s.).

73

En d’autres termes, la situation artificielle du test obligeait presque les sujets à opter pourdes stratégiestransparentes, à savoir les formes conventionnelles, au détriment des DINC qui sont justement censées donner lieu à une négociation. D’après Rinnert et Kobayashi (1999 : 1176), d’autres méthodes de récolte de données (jeux de rôles, questionnaires à choix multiples) auraient permis de faire apparaître des occurrences plus fréquentes des DINC. D’ailleurs, chez Held (1995 : 283), qui a utilisé le même type de test que le CCSARP-project, les DINC occupent la deuxième place par ordre de fréquence (français : 16%). Il ressort de toutes ces considérations qu’il faut adopter une vision plus séquentielle de la communication (Aston 1989, Schegloff 1988), ce qui implique pour les études sur la politesse que l’approche monologale fondée sur la stratégie gagne à être enrichie par celle de la négociation (Bernicot 1992 : 119).

4. De l’approche monologale fondée sur la stratégie à celle de la négociation

74

Dans une approche plus dialogale, le recours aux DINC relève d’une stratégie complètement différente de celle qui sous-tend les DD et DIC. Comme nous venons de l’affirmer à plusieurs reprises, les formes conventionnelles (DD et DIC ) demandent en principe la réalisation immédiate de l’action souhaitée, alors que cela n’est pas forcément le cas des DINC. En effet, alors que les DD et les DIC correspondent à la verbalisation de l’intention communicative primaire de L (p. ex., Passe-moi le sel), les DINC ne verbalisent rien d’autre que l’un des aspects du contexte actionnel qui englobe la requête :

75

(14a) l’état de choses négatif à dépasser ayant déclenché le plan d’action

de L : La soupe manque de sel.

(14b) le but de L : J’aimerais avoir une soupe épicée.

(14c) le plan d’action de L : J’aimerais saler ma soupe.

(14d) l’impossibilité pour L de réaliser son plan d’action (obstacle) : Je

n’arrive pas à prendre le sel.

(14e) la raison pour laquelle L se tourne vers A : Tu es près du sel (Manno

2001).

76

La différence foncière entre les DINC et les stratégies conventionnelles ressort aussi de l’approche qui dépasse l’analyse des actes à l’état isolé : la théorie de la hiérarchie illocutoire (Brandt/Rosengren 1992). En effet, on a la possibilité de combiner les DINC avec les stratégies conventionnelles (DD et DIC ) :

77

(15a) La soupe manque de sel. Passe-moi le sel.

(15b) La soupe manque de sel. Peux-tu me passer le sel ?

78

Or, la combinaison des deux stratégies conventionnelles (DD et DIC )n’est pas possible, puisque cela donnerait lieu à la réitération de la même intention communicative primaire :

79

(15c) *Passe-moi le sel. Peux-tu me passer le sel ? [13][13] Il en va par ailleurs de même de la compatibilité avec...

80

Cela dit, au sein de la hiérarchie illocutoire, la verbalisation de l’intention communicative primaire de L sera hiérarchiquement supérieure par rapport aux DINC. Les DINC auront le statut d’actes subsidiaires (=AS) qui étayent l’acte de discours dominant (=AD) (Brandt/Rosengren 1992) :

81

(16) La soupe manque de sel (AS). Passe-moi le sel (AD).

82

En vérité, les DINC sont des justifications de l’AD, dans la mesure où la verbalisation d’un des aspects du contexte actionnel revient à indiquer la raison pour laquelle on accomplit la requête (“stating potential grounders”, cf. Edmonson 1981, Weizman 1989 : 86).

83

Cela dit, la verbalisation d’un des aspects du contexte actionnel peut apparaître au sein d’une hiérarchie illocutoire qui ne présente pas d’AD, comme dans (14a-e). Dans une approche à l’état isolé, ilest habituel d’affirmer, d’un côté, que ce type d’énoncéest la justification du directif lorsqu’il accompagne une formulation conventionnelle de l’acte directif (comme dans 15a, b) et, de l’autre, qu’il servira à réaliser l’acte directif de manière allusive en son absence (Weizman 1989 : 75). Pourtant, les considérations ci-dessus nous amènent à proposer une interprétation différente des DINC. Puisque les DINC représentent la verbalisation d’un des aspects du contexte actionnel, il y a lieu d’admettre qu’en l’absence des formulations conventionnelles de l’AD, l’intention communicative directive de L n’est pas du tout verbalisée (Brandt/Rosengren 1992 : 16, Held 1995 : 281) [14][14] Le traitement hésitant que réserve Held aux allusions.... En d’autres termes, il est raisonnable de penser, d’une part, que les DINC sont des AS qui justifient l’acte directif absent et, d’autre part, que l’intention directive de L doit être inférée ou négociée à partir de cette même justification (cf. 17 et 18).

84

L’opinion selon laquelle les DINC « despite their inherent opacity, they are considered by the speaker as self-sufficient, i. e., as capable of transmitting independently the requestive intention » (Weizman 1989 : 75) s’explique sans doute par l’approche monologale héritée de la théorie des actes de discours, ainsi que par le “discourse completion test” employé par Blum-Kulka et alii (1989). Certes, on ne passera pas sous silence qu’il arrive que certaines DINC à la forme déclarative déclenchent sinonl’action immédiate de A, du moins elles sont interprétées d’emblée comme des actes directifs. En effet, les allusionspeu originales ou dont la valeur“indirecte” est lexicalisée (p. ex., Ton père n’est pas vitrier) ne demandent pas un véritable effort d’interprétation (Anscombre 1980 : 75). En outre, les connaissances partagées et celles relatives à la situation déterminent dans une large mesure si un énoncé est perçu comme une DINC ou non (Gibbs 1981). Dans les situations standard, c’est-à-dire là où les rôles (droits et obligations) des participants sont clairement définis et prédéterminés (House 1989 : 115, Blum-Kulka 1989 : 38), les formes considérées normalement comme des DINC peuvent être perçues comme transparentes (Weizman 1989 : 72ss.) :

85

The contextual information provided by a “standard situation” is likely

to bridge the gap between the meaning of an utterance and its pragmatic

force; thus it does not involve a long process for interpretation

(Rinnert/Kobayashi 1999 : 1191).

86

Finalement, il arrive aussi que face à une DINC A tente de deviner les intentions de son interlocuteur (cf. 17,18). Toujours est-il que A ne peut savoir avec certitude si son interprétation correspond à l’intention communicative de son interlocuteur. Et pour cause, car l’ambiguïtéinhérente aux DINC est susceptible de favoriser une négociation (Kasper 1996 : 4) [15][15] À vrai dire, il s’agirait plutôt d’une co-construction,.... Ne pouvant pas compter d’emblée sur la coopération de A, L « cherche à obtenir l’accord de son interlocuteur sur l’action à réaliser en maintenant un déroulement harmonieux de l’interaction sociale » (Bernicot 1992 : 119). Concrètement, dans le cas d’un acte directif, le but idéal de la négociationconsiste à amener A à faire une offre en faveur du requérant (Levinson 1983 : 343,359) [16][16] Il arrive bien sûr que la requête ne soit pas transformée....

87

(17) A1 : Il fait froid dans cette pièce.

B1 : Oui, c’est vrai. Tu veux que je ferme la fenêtre ?

A2 : Oui, merci (exemple construit).

88

La transaction subit donc une interprétation différente : ce n’est pas l’accès à la requête de L mais plutôt l’acceptation de l’offre (induite) de A. Ce renversement des positions discursives est préférentiel du point de vue de la politesse (Brown/Levinson 1987 : 40). Le fait que, dans (17), B offre à A de fermer la fenêtre ne contredit pas notre thèse de l’ambiguïté des DINC. D’une part, B répond d’abord à la question de A (Oui, c’est vrai) et, d’autre part, B ne réalise pas directement l’action souhaitée par A. Au contraire, il lui faitune offre à la forme interrogative, ce qui signifie qu’avant d’aller fermer la fenêtre il veut d’abord vérifier s’il a bien interprété les intentions de son interlocuteur.

89

La stratégie consistant à dévoiler progressivement son intention communicative est particulièrement manifeste lors du recours aux DINC à la forme interrogative [17][17] On relève bien sûr quelques exceptions sous forme d’interrogations..., que la littérature interactionniste dénomme à raison pré-requêtes. En effet, alors que dans le cas des DINC à la forme déclarative, l’énoncé peut passer inaperçu, puisque A a le droit de l’interpréter comme une simple assertion qui ne demande au fond qu’une prise en compte de A (Il fait froid dans cette pièce — Ah bon), la forme interrogative a une contrainte d’enchaînement plus forte (McMullen/Krahn 1985 : 399) : A doit au moins répondre à la valeur ”littérale” de l’intervention initiative par une prise de position (oui/non). De fait, cette stratégieest manifestement censée ouvrir une pré-séquence (Levinson 1983 : 345) pour permettre à L de s’assurer par ce moyen que les conditions nécessaires à la réalisation de l’action sont réunies (Bange 1992 : 48) avant de procéder, si besoin en est, à la formulation de la requête elle-même (Rinnert/Kobayashi 1999 : 191). Dans l’exemple suivant, C aimerait que R l’accompagne en voiture. À cet effet, il appelle R pour se renseigner s’il compte aussi aller à la fête. En l’occurrence, cette question (sous forme d’interrogation indirecte) à laquelle R répond par l’affirmative, déclenche l’offre “spontanée” de R d’accompagner C en voiture :

90

(18) C : Hullo I was just ringing up to ask if you were going to Bertrand’s

party

R : Yes I thought you might be

C : Heh heh

R : Yes would you like a lift ?

C : Oh I’d love one

R : Right okay um I’ll pick you up from there ... (Levinson 1983 : 359).

91

S. Levinson (1983 : 358s.) dit que le recours aux pré-requêtes est motivé par le souci d’aller au devant d’un refus ouvert, dans la mesure où la pré-requête permet de prévoir les raisons possibles d’un refus :

92

What is checked in the pre-request is what is most likely to be the grounds

for refusal, and if those grounds are present, than the request sequence is

aborted (Levinson 1983 : 358).

93

La stratégie consistant à s’enquérir des conditions nécessaires à la réalisation de l’action requise protège donc la face de L, puisque cela lui évite de devoir essuyer un refus de la part de A. En même temps, cela épargnera à A l’embarras de devoir formuler le refus (Levinson 1983 : 357), ce qui représenterait un enchaînement non préférentiel (dispreferred) particulièrement délicat pour les deux interactants (Manno 1999b). Ce procédé permet donc le respect des faces de tout le monde, même de la face de celui qui devrait opposer un refus. On peut dès lors parler de tact au sens de Goffman (1974 : 29) dans la mesure où l’on tente ainsi d’aider les autres à s’aider et à nous aider. Blum-Kulka et alii (1989 : 287) traitent à tort les préliminaires (Schegloff 1980) tels que Tu peux me rendre un service ?, J’ai une question à vous poser, etc. comme des DINC. Ceux-ci ne sauraient non plus servir à demander la réalisation immédiate de l’action [18][18] S. Blum-Kulka et alii (1989 : 287) distinguent trois.... En effet, les préliminairesont la propriété de manifester progressivement l’intention communicative de L : alors qu’ils marquent explicitement la force illocutoire de requête de manière anticipée, le contenu propositionnel de la requête, insuffisamment spécifié, ne sera dévoilé par L qu’après avoir vérifié la disponibilité de A (Roulet et alii 1985 : 86ss.) [19][19] R. Searle note la forme générale des actes illocutoires.... En d’autres termes, à part la fonction de spécification illocutoire explicite, il revient aux préliminaires également la fonction d’annonce dans la mesure où ils réfèrent au contenu propositionnel du discours subséquent. Ajoutons que les préliminaires à la forme déclarative (preparator) où L n’attend pas la réaction positive de A avant de formuler son intention communicative (19) sont des contre-exemples apparents, dans la mesure où ce n’est pas le préliminaire lui-même mais l’acte suivant qui verbalise l’intention communicative :

94

(19) j’aimerais vous demander quelque chose : quel type de relation avez-

vous avec elle, au juste ? (exemple emprunté à Roulet et alii 1985 : 86) [20][20] Il en va de même des cas fréquents de préliminaires....

95

Bref, il résulte de toutes ces considérations que la tripartition des formes directives comme étant des points plus ou moins directs sur le même continuum (Blum-Kulka et alii 1989) et, de surcroît, comme étant auto-suffisants, s’avère inconsistante dans une vision plus séquentielle de l’interaction. Ajoutons que ce constat ne doit pas forcément remettre en cause l’idée selon laquelle l’axe de la conventionnalisation DIC - DINC est graduel (Kerbrat-Orecchioni 1986 : 154s.).

5. Tous les actes indirects ne déclenchent pas forcément une séquence de négociation

96

S’il faut dépasser l’approche monologale de la communication héritée de la théorie des actes de discours, qui est réductrice puisqu’elle exclut a priori toute négociation (Aston et alii 1988 : 4), il ne faut pas pour autant aller jusqu’à considérer avec les conversationnalistes d’origine ethnométhodologique (Schegloff 1988, Levinson 1983 : 343) que tout acte de discours indirect représente par définition une pré-séquence d’une négociation :

97

Here advances in conversation analysis have shown that the theory of indi-

rect speech acts, wherein the questioning of a felicity condition can serve

to perform the relevant speech act, can be recast in sequential terms : so-cal-

led indirect speech acts are in fact pre-sequences designed for co-operative

pre-emption or tactful evasion (Brown/Levinson 1987 : 42).

98

À notre avis, cette nouvelle conception revient en fin de compte à contourner toute la problématique des actes indirects. En premier lieu, les pré-requêtes du type As-tu une voiture? (pour se faire ramener) représentent une catégorie différente des DIC qui verbalisent une des conditions searliennesde réussite de l’acte correspondant (Peuxtu me ramener ?, etc). Pour Weizman (1989 : 85), As-tu une voiture ?, qu’elle dénomme Questioning feasibility, est la verbalisation d’une condition nécessaire mais non suffisante à l’accomplissement de l’action requise. En effet, même s’il devait s’avérer que A a une voiture, il faudrait que d’autres conditions soient également remplies : p. ex., A va directement à la maison, A a une place libre, etc. Par conséquent, contrairement à une DIC telle que Peux-tume ramener ?, dont la force illocutoire, dissimulée à la surface, est claire en profondeur en raison de la conventionnalisation du procédé (Roulet 1980a : 230s., Anscombre 1980 : 92), l’intention communicative directive de L ne saurait être transparente (simple question ou requête ?). Blum-Kulka (1987 : 143s.) estime à raison que les DINC sont opaques du point de vue illocutoire. En outre, il faut considérer que si le contenu propositionnel de As-tu une voiture ? a une référence identique à celle de Ramène-moi (tu), sa prédication ne coïncide pas avec celle de l’intention communicative sous-entendue.

99

On objectera que cette différence tient simplement au caractère conventionnel des DIC. En effet, d’une part, les DIC diffèrent d’une langue à l’autre (Blum-Kulka et alii 1989) et, d’autre part, « ce ne sont pas partout les mêmes structures qui sont “conventionnalisées” dans cette valeur indirecte de requête » (Kerbrat-Orecchioni 1994a : 41). Toujours est-il que n’importe quelle forme ne saurait être appelée à devenir une DIC. En effet, les formes qui fonctionnent comme des DIC (Peux-tu/Vas-tu/Veux-tu me ramener ?) ont en commun le fait que leur contenu propositionnel est identique à celui de l’intention communicative sous-entendue (référence : toi ; prédication : ramener - moi). Pour preuve, Pourriez-vous me prêter quelque chose ? fonctionne comme un préliminaire (Goffman 1973-2 : 119), puisque, tout en verbalisant au fond la condition préparatoire de l’acte correspondant, son contenu propositionnel n’est pas complet. Cela ne saurait pourtant signifier que la spécification du contenu propositionnel est une condition suffisantepour devenir une DIC, mais plutôt que cette spécification est une condition nécessaire. En effet, une forme telle que Serais-tu capable d’ouvrir la fenêtre ? qui a un contenu propositionnel transparent n’est pas utilisée comme requête en français (Levinson 1983 : 268, Blum-Kulka 1989 : 41).

100

On peut se rendre compte de la différence foncière entre les prérequêtes et les DIC à la forme interrogative par la vérification de l’acceptabilité de certains types d’enchaînements. Alors qu’interpréter une DIC comme une demande d’information (20) relèverait de la provocation, un tel enchaînement est tout à fait licite pour les pré-requêtes (21a) et (21b) :

101

(20a) A : Peux-tu me ramener ? - B : *Oui, pourquoi ?

(21a) A : As-tu une voiture ? - B : Oui, pourquoi ?

(21b) A1 : Tu as des cigarettes ? - B1 : Oui - A2 : Tu peux m’en donner une ?

(exemple emprunté à Kerbrat-Orecchioni 1990 : 258).

102

Cette constatation ne saurait étonner dans la mesure où nous venons de voir que les DINC ne véhiculent pas l’intention communicative de L, mais bien l’un des aspects du contexte actionnel (motivation, but actionnel, obstacle, etc.), et partant la raison ayant amené L à réaliser la requête.

103

En deuxième lieu, lors du recours aux DIC, la négociationn’est pas prévue par L. En effet, en raison de leur conventionnalité, les DIC n’offrent à A que théoriquement l’option de refus. Contrairement à ce qui se passe dans la pré-séquence, A peut difficilement refuser d’accéder à la requête sans menacer en même temps la face de L [21][21] Il va sans dire que n’importe quelle stratégie est.... L’exemple (21) ci-dessus illustre bien le conflit susceptible de déclencher une négociation, voire une contestation suite à une DIC accomplie en bonne et due forme. Tout porte à croire que pour les DIC la négociation est tout au plus ébauchée et qu’elle se déroule mentalement. Leech (1983) admet qu’avant de devenir des moyens conventionnalisés, ces formes donnaient vraiment lieu à une négociation explicite, comme c’est le cas encore des véritables pré-requêtes. En effet, Leech considère Peux-tu me passer le sel ? comme la version comprimée d’un échange complexe au cours duquel L cherche d’abord à obtenir l’accord de A sur l’action que celui-ci devrait réaliser avant de prononcer la véritable demande. En raison du caractère conventionnel du procédé, la “pré-requête”, étant devenue pour ainsi dire la requête elle-même, suffit pourtant pour que A passe tout de suite à l’exécution de l’action requise (cf. Held 1995 : 286).

Conclusion

104

Le présent travail a essayé de démontrer qu’il est souhaitable de voir la politesse en relation avec des stratégies, plutôt qu’en relation avec telle ou telle forme qui permet de réaliser ces mêmes stratégies. Nous affirmons par là même le primat du fonctionnalisme sur le formalisme de la pragmatique de la première heure qu’il s’agit enfin de dépasser. S’il n’y a manifestement aucun rapport immédiat entre l’indirection de l’expression et la politesse des actes directifs, la corrélation entre l’optionalité et la politesse s’avère en revanche plus exacte, qu’elle se manifeste par des formes indirectes ou non. La substitution de l’indirection par l’optionalité s’impose d’autant plus qu’il paraît recommandable de manier avec beaucoup de précaution les notions problématiques d’acte de discours indirect et de sens littéral. En outre, la notiond’optionalité permet également de rejeter la thèse de Blum-Kulka (1987), selon laquelle les formes les plus indirectes (DINC ) seraient moins polies que les DIC à cause du surplus de travail interprétatif qu’elles imposent au destinataire. En vérité, c’est la thèse de Brown et Levinson (1987 : 19) selon laquelle la politesse off-record représente une super-stratégie plus “polie” que la negative politeness qui semble plus fondée : son caractère “vague” vise à respecter l’autonomie de A, ce qui comporte des avantages pour les deux interactants. Le recours à la notion d’optionalité présente donc l’avantage de ne pas devoir multiplier les principes explicatifs (non-contrainte, clarté, etc.) pour rendre compte de la relation entre indirection et politesse des actes directifs. Il reste à vérifier ce qu’il en est exactement des autres actes de discours (critique, etc.).

105

De surcroît, les DINC relèvent d’une stratégie discursive complètement différente de celle qui sous-tend les DD et les DIC : ne traduisant pas directement l’intention communicative de L, mais la raison pour laquelle L accomplit la requête, les DINC sont censées ouvrir la voie à une négociation avant la formulation de la requête elle-même (ou de l’offre induite). En effet, le recours aux DINC correspond en règle générale à la perception d’un interlocuteur dont la disponibilité à accéder à la requête n’est pas assurée. Or, une approche monologale à l’état isolé ne saurait faire justice à cet état de choses. Voilà pourquoi l’approche de la politesse fondée sur la stratégie gagne à être enrichie par celle de la négociation. Cela dit, s’il faut dépasser l’approche monologale de la communication héritée de la théorie des actes de discours, qui exclut a priori toute négociation, il semble inexact d’affirmer que tout acte de discours indirect représente par définition une pré-séquence d’une négociation. Ces considérations semblent démontrer que la conception interactionnelle des conversationnalistes et l’approche “formaliste” monologale ne sont pas aussi inconciliables qu’elles ne paraissent à première vue.


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Notes

[1]

Nous empruntons optionalité à C.Kerbrat-Orecchioni (1992 : 267s.) qui traduit ainsi le terme anglais optionality.

[2]

Dire que telle forme est plus polie que telle autre pour réaliser tel acte de discours renvoie à des valeurs absolues en dehors de tout contexte. Cela ne signifie pas forcément qu’en contexte ces valeurs soient confirmées : entre intimes, une forme indirecte peut déclencher même un jugement contraire, comparable au vouvoiement au lieu du tutoiement attendu en signe de distanciation.

[3]

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, c’est à une remarque secondaire de P. Grice dans son fameux article Logic and Communication que l’on doit le foisonnement d’études sur la politesse dans le cadre de la pragmatique anglo-saxonne à partir des années 70, notamment la conversational-maxim view de R. Lakoff (1977) et de G. Leech (1983) : « Il y a bien sûr toutes sortes d’autres règles (esthétiques, sociales, ou morales) du genre “Soyez poli”, que les participants observent normalement dans les échanges parlés, et qui peuvent donner lieu à des implications non conventionnelles ». Mais pour P. Grice ces règles seraient dénuées de toute validité générale.

[4]

On est pourtant en droit de douter que le traitement de formes conventionnelles telles que Est-ce que tu pourrais fermer la porte, s’il te plaît ? comporte un surcoût cognitif pour A (cf. Bernicot 1992 : 64).

[5]

On signalera que dans la version anglaise la position de R. Searle paraît plus nuancée. En effet, « la motivation principale – sinon la seule » est la traduction maladroite de « though not the only motivation » (1975 : 74).

[6]

Au fond, l’optionalité correspond au groupe de stratégies Don’t coerce H de P. Brown et S. Levinson (1987) comprenant Soyez pessimiste, Minimisez l’imposition, Manifestez de la déférence envers A, mais qui exclut curieusement l’indirection conventionnelle. Celle-ci formerait un groupe à part : Be direct. D’une manière générale, cet exemple fait ressortir un problème fondamental de leur inventaire qui est « quelque peu anarchique » (Kerbrat-Orecchioni 1992 : 176s.). Ces auteurs mettent en effet sur le même plan des stratégies (évitez le désaccord, faites des plaisanteries) à côté des moyens verbaux qui permettent de poursuivre ces stratégies (faites des allusions, nominalisez).

[7]

Selon J. Wüest (1997 : 35), S. Blum-Kulka et alii (1989) se livrent à cette opération pour sauver la corrélation indirection – politesse. En effet, nous venons de voir que certaines formulations indirectes (selon la théorie searlienne) à la forme déclarative ne servent pas à atténuer le FTA (Vous ferez les devoirs pour demain).

[8]

Contrairement à E. Goffman (1973, II : 140), nous appelons l’échange réparateur relatif à la prière échange directif, puisque nous réservons échange réparateur à l’échange centré autour de l’excuse (Manno 1999a).

[9]

Comme pour P. Brown et S. Levinson (1987), le modèle de G. Leech (1983 : 126) comprend l’échelle coût-bénéfice ainsi que la nature de la relation entre les interlocuteurs.

[10]

Nous pensons néanmoinsque ce discours vaut essentiellement pour les actes directifs dans la mesure oùune stratégie off-record telle que l’ironie n’est pas forcément plus polie que sa formulation plus directe.

[11]

Les allusions réactives semblent moins opaques que les allusions initiatives. En effet, l’intervention initiative crée tout le cadre interprétatif qui servira de référence à l’intervention réactive. Elle impose au constituant réactif d’avoir le même thème discursif, d’être en relation sémantique avec lui, et elle limite le potentiel illocutoire du constituant réactif (Mœschler/Reboul 1994 : 468ss.).

[12]

Weizman reconnaît que le recours aux DINC comporte des avantages pour les deux interactants, dans la mesure où ce procédé « leaves both the requester and the requestee the opportunity to legimately opt out at some stage of the interactio » (1989 : 71). Pourtant, elle doute de l’efficacité du procédé, puisque son opacité donnerait lieu à des malentendus potentiels, voire à des conflits (1989 : 91ss.). Or, si la réalisation allusive comporte le risque d’être mal compris, on dira avec C. Kerbrat-Orecchioni (1986 : 277) que l’obscurité est quand même transparente dans la mesure où sa fonction consiste à amener A à faire des hypothèses sur le pourquoi L n’a pas eu recours à des moyens plus conventionnels.

[13]

Il en va par ailleurs de même de la compatibilité avec la formule de politesse s’il te plaît qui confirme l’acte de discours en même temps qu’il vise à l’atténuer : Peuxtu me passer le sel, s’il te plaît ?, mais *La soupe manque de sel, s’il te plaît (Levinson 1983 : 268).

[14]

Le traitement hésitant que réserve Held aux allusions illustre bien cette difficulté : alors que celles-ci représentent au fond la huitième stratégie de base de son “coding-manual”, Held finit par les considérer comme des AS (grounders). Cela revient à admettre dans ce cas l’absence de l’AD qui est remplacé par les AS (1995 : 281).

[15]

À vrai dire, il s’agirait plutôt d’une co-construction, puisque cette activité n’est pas destinée à la résolution d’un désaccord. En effet, V. Traverso (1999) relève l’existence de deux “grandes” approches différentes de la notion de négociation conversationnelle : la négociation comme co-construction, conception la plus englobante d’inspiration ethnométhodologique, associe la négociation à l’activité de coordination inhérente au processus même de l’interaction. En revanche, dans la perspective de la négociation comme mode de résolution des désaccords est considéré comme relevant de la négociation seulement ce qui trouve sa source dans un désaccord, que les interactants tentent de résoudre (Kerbrat-Orecchioni 1984).

[16]

Il arrive bien sûr que la requête ne soit pas transformée en offre : « I love this chocolate — So do I — Well, why don’t you get some for us ? » (Weizman 1989 : 75). Dans ce cas, l’on aura affaire à un échange non préférentiel.

[17]

On relève bien sûr quelques exceptions sous forme d’interrogations oratoires figées : Est-ce que je sais, moi ? (Kerbrat-Orecchioni 1986 : 80).

[18]

S. Blum-Kulka et alii (1989 : 287) distinguent trois cas de figure : a. Getting a precommitment (Tu peux me rendre un service ?) ; b. Asking for permission to make the request (Je peux te demander quelque chose de personnel ?) ; c. Preparator (J’ai une faveur à te demander.). Kerbrat-Orecchioni adopte une position plus prudente. Pourtant, elle estime que « lorsque le pré- d’une requête se fige, il peut donc fonctionner comme une requête indirecte » (1992 : 216). Cette position est difficilement générisable : p. ex., J’aimerais vous poser une question ne pourra pas fonctionner comme une requête indirecte puisque son contenu propositionnel n’est pas suffisamment spécifié.

[19]

R. Searle note la forme générale des actes illocutoires par F (p) : F marque la force illocutoire, p désigne le contenu propositionnel. La force illocutoire est la manière de “prendre” la proposition, caractéristique de chaque type d’acte illocutoire (constater, promettre, ordonner, etc.); le contenu propositionnel est composé de la référence (L réfère à un certain objet) et de la prédication à propos de cet objet auquel il réfère (1972 : 59ss.).

[20]

Il en va de même des cas fréquents de préliminaires à la forme interrogative qui ne donnent pas à A la possibilité d’y répondre (Je peux vous poser une question indiscrète ? Quel âge avez-vous ?) (cf. Kerbrat-Orecchioni 1990 : 258).

[21]

Il va sans dire que n’importe quelle stratégie est susceptible de déclencher une négociation au sens polémique du terme, si A est en désaccord avec L ou s’il conteste la formulation choisie par L ou le droit de réaliser l’acte en tant que tel.

Plan de l'article

  1. 1. La politesse et l’indirection conventionnelle
  2. 2. De l’indirection à l’optionalité
  3. 3. L’allusion est-elle une formule peu polie ?
    1. 3.1 L’explication standard
    2. 3.2 Une interprétation différente
  4. 4. De l’approche monologale fondée sur la stratégie à celle de la négociation
  5. 5. Tous les actes indirects ne déclenchent pas forcément une séquence de négociation
  6. Conclusion

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