Langage et société 2004/2
Langage et société
2004/2 (n° 108)
132 pages
Editeur
I.S.B.N. 2735110133
DOI 10.3917/ls.108.0091
A propos de cette revue Site Web
Acheter en ligne

Un abonnement.

Ajouter au panier Ajouter au panier - Langage et société
Abonnement annuel particuliers (4 numéros) 2013 52 €

Tous les numéros en ligne sont immédiatement accessibles.

ATTENTION : cette offre d'abonnement est exclusivement réservée
aux particuliers. Pour un abonnement institutionnel, veuillez
vous adresser à l'éditeur de la revue ou à votre agence d'abonnements.

Cairn.info respecte votre vie privée
Alertes e-mail

Recevez des alertes automatiques relatives à cet article.

S'inscrire Alertes e-mail - Langage et société

Être averti par courriel à chaque nouvelle parution :
d'un numéro de cette revue
d'une publication de Margarita R. Déniz Hernández
d'une citation de cet article

Votre adresse e-mail

Gérer vos alertes sur Cairn.info

Cairn.info respecte votre vie privée

Vous consultezL’utilisation des pronoms personnels sujets et usted dans l’espagnol des Canaries

AuteurMargarita R. Déniz hernández du même auteur

Université de Grenade

Cet article, qui s’inscrit dans une perspective sociolinguistique, fait partie d’une recherche plus ample sur la variation linguistique dans l’expression des pronoms personnels sujets (PPS) en espagnol des Canaries (Déniz Hernández, 1988). Il concerne plus précisément le comportement linguistique de la population de La Isleta, l’un des quartiers les plus populaires et les plus peuplés de Las Palmas de Gran Canaria. Il s’agit de vérifier s’il existe, ou non, une homogénéité dans le comportement linguistique de cette population. Toute étude de cette nature commence d’habitude par poser une hypothèse de travail limitée, mais notre hypothèse a un caractère général parce qu’elle peut s’appuyer sur les résultats obtenus au cours d’autres enquêtes menées selon la même méthodologie. Après avoir vérifié que toutes les variations observées résultaient de la conjonction d’un certain nombre de facteurs indépendants, nous pensons que les variantes relevées pour cette recherche sont également dues à l’influence de ces facteurs. Ainsi, le travail présenté consiste à vérifier au moyen d’une analyse multivariable, lesquels de ces facteurs ont la plus grande influence.

2 Les données ont été recueillies sur le terrain selon la méthode de l’enquête participante à l’intérieur de réseaux sociaux[1] [1] L’application de cette méthode entraîne une série de...
suite
. Le travail d’analyse repose sur, approximativement, 810 minutes d’enregistrement transcrites orthographiquement. La quantification de données a été effectuée à l’aide du programme SPSS (Statistical Package for the Social Sciences) (version 9.0) pour Windows.

3 Par pronom, on entend généralement l’élément qui remplace le nom. Cette définition cependant, a été amplement critiquée ; plusieurs grammairiens ont également mis en doute la consistance d’une telle catégorie. Laissant de côté ce débat, et les polémiques autour des définitions de ces unités (sémantiques ou fonctionnelles) qui ont été proposées au cours de l’histoire de la grammaire (Álvarez Martínez, 1989 : 14-21; Calero Vaquera, 1986 : 10-21), nous utiliserons le terme de pronoms pour un ensemble de mots traditionnellement classés en huit groupes : personnels, possessifs, démonstratifs, relatifs, interrogatifs, exclamatifs, indéfinis et numéraux. Il ne s’agit pas d’une catégorie homogène : la sous-classe des pronoms personnels, bien que partageant certaines caractéristiques avec d’autres groupes, possède une triple particularité : fonctionner comme un substantif[2] [2] Les démonstratifs et les indéfinis présentent cette même...
suite
, renvoyer directement à la notion de personne grammaticale et présenter, dans de nombreux cas, une flexion (pro)nominale.

4 La simplicité avec laquelle on présente habituellement le paradigme des pronoms personnels sujets comme un ensemble de six éléments, qui peuvent être classés en deux séries (singulier et pluriel) de trois personnes différentes (se rapportant à chacun des participants à l’acte de communication), ne reflète pas la structuration complexe résultant de l’hétérogénéité du comportement de chacun des éléments qui en font partie[3] [3] Ceci constitue le système de base, puisqu’il n’existe...
suite
. Le trait le plus frappant concerne les nombreux cas de non-correspondances entre le paradigme des personnes et le paradigme des pronoms personnels. Comme cette recherche s’en tient aux pronoms personnels toniques en fonction de sujet (forme T)et usted (forme V), nous limiterons nos remarques à ces pronoms :
La forme s’emploie avec une valeur indéterminée à distinguer de son emploi dans une allocution simple. Dans ce cas, la personne grammaticale et la référence réelle ne coïncident pas, cependant que se maintient l’accord en nombre avec le verbe. C’est sur le plan du signifié qu’une dilatation s’opère, de telle sorte que la deuxième personne grammaticale, concrète, spécifique et irremplaçable dans la communication se dilue dans l’indétermination qui couvre tout ce qui n’est pas je/moi (yo), c’est à dire le “non-moi” (“non-yo”).

5 Il existe des formes grammaticales pour lesquelles, à la différence du cas précédent, il y a identité entre la personne grammaticale et la référence, mais où l’on observe une apparente discordance dans l’accord en personne ou en nombre avec le verbe[4] [4] Sur l’évolution de ce système pronominal, voir Fontanella...
suite
 :
C’est le cas de la forme de courtoisie usted, forme ayant évolué d’un syntagme nominal employé comme formule de courtoisie à cause de l’usure de vos[5] [5] Voir Menéndez Pidal, 1992 : 36,5 bis ; Lapesa,...
suite
qui était la formule de courtoisie employée antérieurement. Avec usted, on fait allusion directement à l’auditeur à la deuxième personne, mais comme l’origine du pronom est sub-stantive, on conserve la désinence verbale de troisième personne[6] [6] Voir, par exemple, Alarcos Llorach, 1996,76, §96; Hernández...
suite
. Àcette première cause, s’ajoute le fait que le respect et le manque de familiarité entre les interlocuteurs se marquent par le passage formel à la troisième personne de la communication.

6 C’est aussi le cas de vos. Cette forme, caractéristique du système pronominal de l’espagnol américain, présente quelques ruptures importantes dans l’accord avec la désinence verbale, qui peut apparaître aussi bien avec la désinence de la 2e personne du singulier qu’avec celle du pluriel[7] [7] Voir Fontanella de Weinberg, 1995-1996 : 153-160. Ailleurs,...
suite
.

7 Généralement, on convient que la présence des pronoms personnels sujets n’est pas nécessaire en espagnol, puisque la désinence du verbe suffit à marquer la personne. On justifie alors l’apparition dans certains cas du sujet pronominal par des raisons d’emphase, de répétition (que l’on considère qu’il s’agisse là de causes différentes ou de causes qui se renforcent), de contraste ou même par la « nécessité » lorsqu’il y a ambiguïté. Ce dernier cas se produit lorsque coïncident les désinences verbales de première et de troisième personne du singulier[8] [8] Selon S. Saporta (1959 : 614) l’ambiguïté proviendrait...
suite
. Le raisonnement vaut aussi pour les zones caractérisées par l’affaiblissement ou la perte du -s implosif, à la deuxième personne du singulier, ou lorsqu’à la troisième personne la terminaison verbale ne permet pas la possibilité de distinguer le genre.

8 De nombreux travaux ont essayé de trouver d’autres explications à l’utilisation du sujet pronominal. L’expression du pronom personnel en fonction de sujet a été analysée à plusieurs reprises par les sociolinguistes, afin d’établir les raisons qui peuvent déterminer sa présence alors qu’a priori il s’agit d’un élément redondant dont le contenu est déjà exprimé dans les morphèmes verbaux de personne et de nombre. Toutes ces recherches ont montré que la réalisation de l’une des deux variantes possibles du pronom (présence ou absence), dépend essentiellement de facteurs linguistiques. Ceci ne veut pas dire que le comportement de chacun des éléments de ce paradigme en surface soit identique dans toutes les zones hispanophones, mais quelle que soit la diversité, l’usage semble être toujours déterminé par un ou plusieurs des facteurs qui relèvent du contexte discursif. Les facteurs linguistiques dont il a été tenu compte dans ce travail sont les suivants :

9

  1. Position du pronom sujet. Ce facteur nous a permis de vérifier si la position post-verbale du pronom, position qui altère le schéma de la phrase en espagnol (SVO), dépend d’un autre facteur. De cette façon, bien que dans l’analyse des PPS il soit tenu compte de l’indice de fréquence, cette variable prend toute son importance lorsqu’elle est envisagée en relation avec d’autres facteurs linguistiques.
  2. Changement de référent. Pour observer s’il y a ou non changement de référent, nous considérons le sujet du noyau immédiatement antérieur au verbe analysé, qu’il constitue ou non le noyau d’une phrase principale, et qu’il appartienne au discours de l’informateur ou à celui de l’enquêteur.
  3. Classe des verbes. Les verbes ont été répartis en sept groupes :

    • Verbes de connaissance ou activité mentale : acordarse, comprender, conocer, creer, entender, interpretar, opinar, pensar, plantearse, recordar, saber, tener claro etc.
    • Verbes de perception : darse cuenta, distinguir, encontrar, escuchar, fijarse, notar, ver, etc.
    • Verbes de parole : comentar, contar, decir, explicar, preguntar, etc.
    • Verbes de volonté, d’intention et de commandement : decidir,desear, intentar, permitir, querer, etc.
    • Verbes d’état : encontrarse, estar, quedarse, sentirse, tener, etc.
    • Verbes de mouvement : abandonar, acercarse, bajar, caminar, llegar, mudarse, recorrer, salir, saltar, venir, viajar, volver, etc.
    • Autres verbes : admirar,casarse,coger,dar,denunciar,encontrar,hacer, preparar, tomar, etc.

  4. Changement de tour de parole. Nous avons considéré qu’il y avait un changement de tour de parole quand l’informateur répond à l’enquêteur ou à n’importe quelle autre personne présente pendant l’entrevue (soit dans sa totalité soit pendant un espace de temps, même très bref). Ainsi, nous ne considérons pas que ce changement a lieu quand l’enquêteur se borne à marquer son accord (au moyen d’un bruit, ou d’un énoncé), ni dans le cas où des circonstances externes, par exemple l’arrivée d’un parent, modifient le déroulement du discours de l’informateur.

10 Avant de commenter les résultats obtenus en corrélant le pronom avec chacune des variables linguistiques considérées, nous devons exposer certains faits. Le premier concerne les différentes valeurs sémantiques que nous avons différenciées. Au début, nous avons pensé qu’il fallait prendre en compte différentes formes d’adresse, en fonction du degré de formalité du rapport entre locuteur et interlocuteur. Cependant, l’emploi de usted recule actuellement au profit de [9] [9] Ce que signale la Real Academia Española (1985 : 344),...
suite
. Dans le corpus, la présence de usted est rare et de plus elle est presque uniquement le fait d’un seul informateur. Nous avons laissé de côté cette question dans l’attente de pouvoir mener une enquête de plus grande ampleur[10] [10] Dans son étude de la façon de parler dans le quartier...
suite
.

L’expression du PPS et sa valeur sémantique

TABLEAU 1  - Valeurs correspondant à la corrélation des variables expression du PPS et valeur sémantique

TABLEAU 1 Valeurs correspondant à la corrélation des variables expression du PPS et valeur sémantique présence absence total tú % du tutoiement 27,9 72,1 100 % du total 7,0 18,0 24,9 tú(g) % du tutoiement 20,7 79,3 100 % du total 15,4 58,9 74,4 usted % du vouvoiement 33,3 66,7 100 % du total 0,2 0,5 0,7

11 Comme on peut le voir dans le tableau, la présence de usted est très rare. La forme n’apparaît que dans 0,7% des cas et parfois avec une valeur de généralisation ou d’indétermination (g). Cependant cette particularité concerne un seul locuteur, et ne peut être considérée comme significative.

12 Le pronom de la deuxième personne apparaît dans un grand nombre d’énoncés dans lesquels ce sujet a la valeur d’indétermination ou de généralisation dont nous venons de parler : son emploi est trois fois plus élevé que celui du tutoiement allocutoire (74,4% au lieu de 24,9%).

L’expression du PPS et sa position dans la phrase

TABLEAU 2  - Valeurs correspondant à la corrélation des variables expression du PPS et position dans la phrase

TABLEAU 2 Valeurs correspondant à la corrélation des variables expression du PPS et position dans la phrase présence absence total Antérieur % de l’allocution 84,2 19,0 % du total 19,0 19,0 Postérieur % de l’allocution 15,8 3,6 % du total 3,6 3,6 Absence % de l’allocution 100 77,4 % du total 77,4 77,4

13 Pour interpréter le facteur de position du pronom il faut l’envisager en corrélation avec la variable type de verbe; nous pourrons ainsi différencier parmi les verbes ceux qui, comme nous l’avons rappelé antérieurement, ne présentent pas d’ambiguïté entre les formes verbales des trois personnes du paradigme et ceux qui ont la même forme. Malgré tout, et comme nous nous y attendions, la forme postérieure est préférée à la forme antérieure, avec une différence de 68,4%.

TABLEAU 3  - Valeurs correspondant à la corrélation des variables position et type de verbe

TABLEAU 3 Valeurs correspondant à la corrélation des variables position et type de verbe % Présence par type % du total Impératif Antérieur 38,1 5,4 Postérieur 61,9 8,7 Type A Antérieur 92,3 32,9 Postérieur 7,7 2,7 Type B Antérieur 87,4 19,5 Postérieur 12,6 2,8 Type C Antérieur 83,3 20,9 Postérieur 16,7 4,2 Sous les dénominations type A, type B et type C, nous faisons allusion, respectivement, aux temps verbaux qui ont des formes différentes aux trois personnes du singulier, à ceux pour lesquels les formes de la première et de la troisième personnes coïncident et à ceux, qui par affaiblissement du-s de la deuxième personne, présentent une forme unique.

14 Si nous considérons la forme, ambiguë ou non, du signifiant verbal, nous observons que les résultats sont assez similaires pour les formes antérieures des verbes du type B et C (différence de 1,4 point par rapport au total). Le plus grand pourcentage de présence du pronom antérieur apparaît avec les verbes du type A, verbes pour lesquels il n’y a aucune possibilité d’équivoque. Par conséquent, l’ambiguïté morphologique ne semble pas influencer la position du pronom. À l’impératif, la forme antérieure prévaut (avec jusqu’à 23,8 points de différence). Mais il est possible que cette situation résulte du désir d’atténuer l’ordre (et non pas du fait que les formes ne présentent pas d’ambiguïté).

L’expression du PPS et le changement de référent

TABLEAU 4  - Valeurs correspondant à la corrélation des variables expression du PPS et changement de reférent

TABLEAU 4 Valeurs correspondant à la corrélation des variables expression du PPS et changement de reférent présence absence total Référents distincts % changement réf. 29,5 70,5 100 % total 17,6 42,0 59,6 Référents identiques % changement réf. 12,4 87,6 100 % total 5,0 35,4 40,4

15 Les chiffres correspondant à la corrélation entre ces deux variables confirment que le pronom personnel apparaît davantage lorsque l’énoncé analysé ne partage pas le même référent que l’énoncé antérieur (et ce, indépendamment de la valeur sémantique du pronom et de la relation syntaxique existant entre les deux constructions).

L’expression du PPS et le signifié verbal

16 Les chiffres correspondant à la présence du pronom de la deuxième personne sont supérieurs pour les verbes de communication, perception et pensée; bien que les chiffres des verbes d’état et de volonté ne s’en éloignent pas beaucoup, ceux des autres types sont davantage contrastés (cf. tableau 5, ci-contre). Si nous analysons séparément les verbes dans lesquels le sujet a une plus grande implication (v.1) et les autres (v.2), nous pouvons observer que, pour la deuxième personne, l’expression du PPS est également supérieure (cf.tableau 6, ci-contre).

TABLEAU 5  - Valeurs correspondant à la corrélation des variables expression du PPS et signifié verbal

TABLEAU 5 Valeurs correspondant à la corrélation des variables expression du PPS et signifié verbal présence absence total Pensée % classification 30,7 69,3 100 % total 3,6 8,0 11,6 Perception % classification 32,6 67,4 100 % total 3,7 7,7 11,5 Communication % classification 34,6 65,4 100 % total 2,7 5,0 7,7 Volonté % classification 25,5 74,5 100 % total 0,8 2,5 3,3 État % classification 28,0 72,0 100 % total 2,2 5,7 8,0 Mouvement % classification 18,3 81,7 100 % total 2,0 8,9 10,9 Autres % classification 16,1 83,9 100 % total 7,6 39,5 47,0

TABLEAU 6  - Valeurs correspondant à la corrélation des variables expression du PPS et signifié verbal (II)

TABLEAU 6 Valeurs correspondant à la corrélation des variables expression du PPS et signifié verbal (II) v.1 v.2 Fréquence Présence 179 195 Absence 385 895 Pourcentage Présence 31,7 17,9 Absence 68,3 82,1

L’expression du PPS et le changement de tour de parole (CI)

17 Lorsqu’il se produit un changement de tour de parole, on observe un indice d’expression de supérieur, mais à la différence de la corrélation précédente, les pourcentages différent seulement de 4 points, ce qui amène à douter du poids de ce facteur sur l’expression du pronom (cf. tableau 7, ci-après).

18 Si nous rajoutons la variable changement de référent, nous obtenons les résultats présentés par le tableau 8 (ci-après).

TABLEAU 7 - Valeurs correspondant à la corrélation des variables expression du PPS et + changement de tour de parole

Valeurs correspondant à la corrélation des variables expression du PPS et + changement de tour de parole présence absence total + changement de % CT 26,2 73,8 100 tour de parole (CT) % total 2,9 8,2 11,1 - CT % CT 22,2 77,8 100 % total 19,7 69,2 88,9

TABLEAU 8  - Valeurs correspondant à la corrélation des variables expression du PPS, changement de tour de parole et changement de référent

TABLEAU 8 Valeurs correspondant à la corrélation des variables expression du PPS, changement de tour de parole et changement de référent présence absence total Référent +CT % CT 29,1 70,9 100 différent % total 3,8 9,1 12,9 - CT % CT 29,6 70,4 100 % total 25,8 61,4 87,1 Même +CT % CT 19,6 80,4 100 référent % total 1,6 6,7 8,4 - CT % CT 11,8 88,2 100 % total 20,8 80,8 91,6

19 Ces données confirment, également, que, lorsque se produisent en même temps un changement de référent et de tour de parole, la présence de est plus élevée que lorsque cela ne se produit pas. Notre attention est attirée dans ce cas par le fait que le facteur tour de parole n’intervient que pour 7,8 points d’écart lorsque le référent est identique. Toutefois, lorsque le référent est différent il ne joue pas aucun rôle (0,5 point d’écart).

CONCLUSIONS

20 Selon les données commentées antérieurement, et si l’on néglige les variations que ces résultats peuvent subir, nous observons que :
Le locuteur utilise d’une façon considérable la valeur indéterminée de tú, bien que la fréquence d’apparition de ce pronom soit plus grande lorsqu’il se réfère à l’auditeur.

21 Selon l’ordre dominant en espagnol (SVO), le sujet est normalement placé devant le noyau verbal, sans que cet ordre soit influencé par les cas d’ambiguïté dans la forme verbale. Ces résultats valent à l’exception de l’impératif pour lequel la post-position de est presque deux fois plus fréquente que la position antérieure).

22 Les énoncés qui partagent la référence de l’énoncé antérieur ont un indice de présence de inférieur de moitié à celui qui lui correspond aux énoncés qui connaissent un changement de référent. Ceci montre que le changement de référence a une incidence importante sur l’expression du pronom de la deuxième personne du singulier. Le changement de tour de parole exerce également une certaine influence sur la présence du pronom (le pourcentage correspondant est supérieur dans ces cas) bien que dans une moindre mesure par rapport à ce que nous avions observé pour la première personne. Si nous tenons compte en même temps du changement de référent, nous pouvons confirmer que la coïncidence de ces deux caractéristiques dans le même énoncé favorise la présence du sujet pronominal.

23 Enfin, l’expression du pronom est supérieure (13,8 %) en général, quand ce dernier accompagne des verbes d’implication psychologique, spécialement lorsque le verbe fait allusion à l’auditeur. L’indice de fréquence de l’utilisation de est toutefois similaire avec les verbes d’état. Ce groupe exerce donc également une influence, dont il faudra préciser les contours en analysant des corpus offrant un plus grand nombre d’exemples.

Bibliographie

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

ALARCOS LLORACH E. (1970), Estudios de Gramática Funcional del Español, Madrid, Gredos.

(1996), Gramática de la lengua española, Madrid, Espasa Calpe.

ALCINA FRANCH J. & J. M. BLECUA (1991), Gramática española, Barcelone, Ariel.

ÁLVAREZ MARTINEZ M. A. (1989), El Pronombre. I.Personales, artículo, demostrativos y posesivos, Madrid, Arco Libros.

CALERO VAQUERA M. L. (1986), Historia de la gramática española (1847-1920). De A. Bello a R. Lenz, Madrid, Gredos.

DÉNIZ HERNANDEZ M. R. (2002), Estudio sociolingüístico del habla de La Isleta (Las Palmas de Gran Canaria): el uso de los pronombres personales sujeto y la concordancia ad sensum. Thèse de doctorat, Facultad de Filosofia y Letras, Université de Grenade. (En cours de publication aux Presses de l’Université de Grenade.)

FONTANELLA DE WEINBERG B. (1995-1996), « Los sistemas pronominales de segunda persona en el mundo hispánico », Boletín de Filología de la Universidad de Santiago de Chile, XXXV (Homenaje a Rodolfo Oroz).

(1999), « Sistemas pronominales de tratamiento usados en el mundo hispánico », dans I. Bosque et V. Demonte (eds), Gramática descriptiva de la lengua española.

HERNANDEZ ALONSO C. (1975) « Las categorías de persona y número en el verbo español », Revista Española de Lingüística, 5/1.

LAPESA R. (1970) « Las formas verbales de segunda persona y los orígenes del ‘voseo’ », Actas del IIIe Congreso Internacional de Hispanistas, Mexique.

(1991), Historia de la lengua española, (2e édition), Madrid, Gredos.

MATTE BON F. (1992), Gramática comunicativa del español : de la lengua a la idea, Madrid.

MENÉNDEZ PIDAL R. (1992), Manual de gramática histórica española (21e édition). Madrid, Espasa Calpe.

MORIN A. (1988), « Estudio sociolingüístico de algunas formas de tratamiento en el habla de Vegueta (Las Palmas de Gran Canaria) », Guiniguada, 4.

PENNY R. (1993), Gramática histórica del español, Barcelone, Ariel.

REAL ACADEMIA ESPAÑOLA (1985), Esbozo de una nueva gramática de la lengua española, Madrid.

SAPORTA S. (1959), « Spanish person markers », Language, 35/4.

SECO M. (1963), Manual de gramática española, Madrid, Aguilar.

SERRANO HERMOSO M. J. (1997), « Metodología empleada en el estudio socio-lingüístico de un núcleo urbano », Interlingüística, 8.

 

Notes

[ 1] L’application de cette méthode entraîne une série de démarches préliminaires : observation de la communauté et hypothèse de travail ; selection des locuteurs et recueil de matériel dans son contexte social. Voir Serrano 1997 : 341-348.Retour

[ 2] Les démonstratifs et les indéfinis présentent cette même possibilité. Cependant, dans certains contextes, il est impossible d’employer un pronom personnel, alors que le démonstratif ou l’indéfini sont possibles. Voir Alarcos Llorach, 1970 : 145.Retour

[ 3] Ceci constitue le système de base, puisqu’il n’existe pas de correspondance univoque entre chacun des éléments et la personne ou nombre qu’ils désignent. Bien au contraire, certains systèmes pronominaux possèdent plusieurs formes.Retour

[ 4] Sur l’évolution de ce système pronominal, voir Fontanella de Weinberg, 1999,1411, §22.4.Retour

[ 5] Voir Menéndez Pidal, 1992 : 36,5 bis ; Lapesa, 1991,392, § 954 ; Penny, 1993,139 ; Real Academia, 1985 : 341,2.14.4.2a.Retour

[ 6] Voir, par exemple, Alarcos Llorach, 1996,76, §96; Hernández Alonso, 1975,131, ou Seco, 1963 : 42. Ceci ne veut pas dire que ces formes ne soient pas de véritables pronoms, car, précisément, partager le même signifiant occasionnel (monstratif), le convertit en un membre du paradigme.Retour

[ 7] Voir Fontanella de Weinberg, 1995-1996 : 153-160. Ailleurs, cet auteur commente la variation de ces usages (1999 : 1408-1411). Voir aussi Lapesa, 1970 : 519 et suiv.Retour

[ 8] Selon S. Saporta (1959 : 614) l’ambiguïté proviendrait de ce que le verbe ne comporte alors aucun morphème de personne, et non, comme nous le posons, parce qu’il se produit une coïncidence dans les désinences des différentes personnes grammaticales.Retour

[ 9] Ce que signale la Real Academia Española (1985 : 344), bien que cela ne se produise pas en Amérique (voir à ce sujet, Matte Bon 1992 : 244). Ce même auteur signale quelles sont les situations dans lesquelles on observe le plus fréquemment l’utilisation de tu et il indique aussi que la forme tu possède aussi dans certains pays américains une utilisation affective à laquelle font aussi allusion Alcina et Blecua (1991 : 592) quand il existe entre les interlocuteurs des liens étroits.Retour

[ 10] Dans son étude de la façon de parler dans le quartier de Vegueta (Las Palmas de Gran Canaria), Morin (1988 : 97) remarque que cette forme est plus employée par les locuteurs de niveau socioculturel de moindre niveau. Le pronom tu est plus fréquent parmi les locuteurs de la première génération.Retour

Résumé

La forte tendance à neutraliser l'opposition entre tú et usted en espagnol est souvent attribuée à des facteurs à la fois linguistiques (ambiguïté de la forme verbale, sémantisme du verbe, emphase, etc.) et extralinguistiques (âge, sexe, niveau socioculturel). L’article aborde cette tendance d'un point de vue sociolinguistique et socio-stratique, en étudiant les performances linguistiques de sujets parlants habitant un quartier populaire de Las Palmas de Gran Canaria (Espagne). L’étude, qui adopte un modèle réticulaire, et s’appuie sur un corpus dépouillé d’entretiens, analyse d’abord le rapport entre les types de variantes et les divers facteurs linguistiques. Elle procède ensuite à une corrélation entre la distribution de variantes et les informations extralinguistiques à caractère social obtenues à travers un questionnaire écrit. Les conclusions sont comparées avec les résultats de recherches portant sur d’autres spécificités de l'espagnol.
Sociolinguistique, Espagnol, Canaries, Formes d’adresse, Tú-usted, Perte du sujet



The use of the subject pronouns tú and usted in the Spanish of the Canary Islands
The strong tendency to neutralise the opposition between tú and usted in Spanish is often put down to factors which are both linguistic (ambiguous verb forms, verb meaning, emphasis, etc.) and extralinguistic (age, sex, social and cultural standing). The article approaches this tendency from a sociolinguistic viewpoint and in terms of social levels, by studying the utterances of speaking subjects from a working-class area of Las Palmas de Gran Canaria (Spain). The study applies a reticular model to a corpus of interviews, first analysing the relationship between types of variants and the various linguistic factors, and then, using the software package SPSS, seeking a correlation between the range of variants and the social, extralinguistic information obtained in a written questionnaire. The conclusions are compared with the results of research into other characteristics of Spanish.
Sociolinguistics, Spanish, Canary Islands, Address forms, Tú-usted, Subject dropping

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Margarita R. Déniz Hernández « L'utilisation des pronoms personnels sujets túet usted dans l'espagnol des Canaries », Langage et société 2/2004 (n° 108), p. 91-102.
URL :
www.cairn.info/revue-langage-et-societe-2004-2-page-91.htm.
DOI : 10.3917/ls.108.0091.