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S'inscrire Alertes e-mail - Langage et société Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezLe français en Amérique du nord : état présent
Le français en Amérique du nord : état présentsous la direction de albert VaLdMaN, julie auger et deborah PistoN-HatLeN Presses de l’Université Laval, 2005,583 pages
Cet ouvrage de près de 600 pages sur le thème inépuisable de la francophonie est un volume collectif, qui a pour objectif de faire le point sur les variétés de français des diverses communautés qui composent la francophonie nord-américaine. il se distingue surtout des ouvrages précédents sur le même thème par son orientation et son organisation générale, puisqu’on y trouve des études linguistiques et sociolinguistiques exhaustives de la quasi-totalité des communautés francophones sur le territoire nord-américain.
2 L’ouvrage est organisé en quatre parties. Après une introduction qui présente fort bien les différentes régions à l’étude et de manière très précise le contenu de l’ouvrage, une première partie aborde la situation du français dans les bastions de la francophonie nord-amé-ricaine. une deuxième traite des parlers périphériques. La troisième décrit les tentatives de maintien et de revitalisation des variétés de français qui se trouvent minorées partout hors du Québec et menacées d’extinction. Enfin la dernière section contient des études sur des aspects comparatifs et historiques.
3 L’article de Julie Auger Un bastion francophone en Amérique du Nord : le Québec présente d’abord un survol très complet de l’histoire du français sur ce continent, et fait une part importante à la situation sociolinguistique actuelle au Québec. On y discute des droits linguistiques mieux protégés et des gains accomplis depuis les années 1960, et aussi de l’attitude plutôt positive des anglophones face à l’affirmation des droits linguistiques des francophones, les droits linguistiques des communautés autochtones et l’intégration des allophones. La question du français et des allophones est aujourd’hui d’actualité au Québec. Le français québécois est ensuite présenté de manière plus détaillée. Cette section se lit aussi avec plaisir, pour le linguiste aussi bien que le profane. Les faits sont justes, bien choisis et discutés avec minutie. ils illustrent les particularités de la langue sous tous ses aspects, lexique, phonétique et syntaxe. La discussion sur les emprunts illustre bien les particularités des emprunts utilisés au Québec.
4 Quelques réserves cependant sur la façon de traiter l’ordre des mots dans grand assez (p. 60) en français acadien. On propose de l’analyser comme un parallèle de tall enough « qui aurait pu contribuer à préserver cet ordre des mots jusqu’à ce jour ». Ce genre d’argument s’appuie sur l’idée que les emprunts quant à l’ordre des mots seraient influencés par l’anglais environnant. il sous-entend que les locuteurs du français connaissent le fonctionnement des structures équivalentes en anglais. Or il se trouve que enough en anglais se comporte très différemment des autres mots qui marquent le degré en anglais, étant le seul parmi les mots de sa catégorie à apparaître obligatoirement après l’adjectif (The skirt is too/so/as/how short), (The skirt is short enough/ *enough short). Par ailleurs, Auger note que la forme grand assez est possible en picard, de même que dans un français parlé en Belgique (huit heures, c’est tôt assez). Mais alors, comment des formes de picard et d’un français de Belgique pourraient-elles être influencées par l’anglais ? La démonstration nous apparaît peu évidente, et mériterait plus de réflexion. Néanmoins, l’article est l’un des plus imposants de cet ouvrage, sur l’historique et la situation actuelle du français au Québec.
5 Dans sa présentation du français acadien, Lise Dubois propose d’abord un tableau complet des étapes qui ont marqué l’histoire de la présence française dans les provinces Maritimes. Elle précise que le français des Maritimes n’est pas une langue unifiée même s’il comporte certains traits communs. On peut relever deux traits principaux et bien connus sur le plan morphologique, la désinence en -ont à la 3e personne du pluriel du présent de l’indicatif et de l’imparfait (ils chantont, ils chantiont).
6 L’étude de Marie-Ève Perrot sur les tendances évolutives du chiac de Moncton porte sur l’analyse comparative de corpus constitués à dix ans d’intervalle, 1991 et 2001. il apporte un éclairage intéressant sur la situation du français au Nouveau-Brunswick. Le chiac est un laboratoire vivant pour l’étude de l’alternance des langues et des emprunts. Dans le domaine de la sociolinguistique, il permet d’étudier et de mieux comprendre les attitudes linguistiques en situation minoritaire. Comme le note Annette Boudreau dans son article sur le maintien et la revitalisation du français en Acadie, l’idéologie actuelle valorise les variétés linguistiques porteuses de fortes valeurs identitaires, à l’exemple du Québec. Ainsi le chiac au Nouveau-Brunswick et l’akadjonne en Nouvelle-écosse deviennent de puissants marqueurs identitaires dans ces communautés minoritaires.
7 L’article de Terry Nadasdi présente un survol du français et des francophones de l’Ontario. Dans certaines régions le français n’est utilisé qu’à l’école alors qu’ailleurs il s’emploie dans tous les domaines de la société. Comme les Franco-Ontariens sont surtout d’origine québécoise, on ne trouve pas de grandes différences entre leur parler et celui des francophones du Québec. Les caractéristiques relevées sont typiques d’un parler non standard, populaire. Les différences se situent surtout au niveau de l’emploi qu’ils font de l’anglais et du français et des connaissances qu’ils possèdent du français.
8 L’article de Raymond Mougeon traite des facteurs linguistiques dans la dévernacularisation du parler des adolescents dans les communautés francophones minoritaires au Canada, notamment en Ontario dans des localités où le français est minoritaire. L’hypothèse de ce chercheur est que l’on observe une association linéaire entre le niveau de restriction et le taux de dévernacularisation, c’est-à-dire la perte des traits du français non standard.
9 L’article de Michel Francard présente un intérêt certain pour l’étude des attitudes et des représentations en contexte minoritaire. il traite avec beaucoup de discernement et de précisions les positions des linguistes et des différents ouvrages publiés face au débat sur les dictionnaires québécois qui ont animé la chronique au Québec ces dernières années. il y discute également la situation dans le contexte encore plus minoritaire de l’Acadie.
10 L’article de Michael Picone et Albert Valdman décrit le français de Louisiane comme un continuum de variations formé d’un français de référence, par l’intermédiaire de l’école, d’un vernaculaire dominant, le cadien et d’un créole louisianais. Le cadien ne se transmet plus de génération en génération, et les auteurs affirment qu’il présente certains traits associés à l’étiolement linguistique. Cet article est appuyé ou complété dans ce même volume par une série de contributions plus ponctuelles qui discutent différents aspects de la question linguistique en Louisiane, notamment la revitalisation de la langue vernaculaire par l’intermédiaire de l’école primaire ainsi que la variation et l’étiolement en français cadien.
11 L’article de Cynthia Fox et Jane Smith sur La situation du français franco-américain montre que ce français est loin de se réduire à celui de la Nouvelle-Angleterre. En effet, la proportion d’habitants d’ascendance française dans l’état de New York dépasse en nombre ceux du Connecticut et du Massachusetts, mais c’est dans le Nord que le français est plus présent dans les réseaux sociaux, notamment dans le Maine. L’analyse linguistique des parlers observés est toutefois peu développée et souvent complexe étant donné que les migrations ont été effectuées en deux temps. Elles sont venues de l’Acadie, à la fin du 18e siècle et du Québec, au début du 19e siècle.
12 Les isolats et les parlers périphériques regroupent certaines régions du Canada, notamment le français de Terre-Neuve, de l’Ouest canadien et celui des états-unis.
13 L’article de Doug Walker traite du français de l’Ouest canadien, au Manitoba (français parlé par 4% de la population) avec Saint-Boniface qui est le berceau de la francophonie de cette région, en Saskatchewan.
14 Pour conclure, on dira sans hésiter que ce livre constitue une synthèse impressionnante de la situation du français aujourd’hui en Amérique du Nord. il couvre un champ considérable qui traite de la situation du français sur tous les territoires où le français est présent ou a été plus présent dans le passé (pour les isolats). Ceci n’a jamais été traité de manière aussi exhaustive jusqu’ici, à la fois en sociolinguistique et en linguistique. La présentation de l’ouvrage est impeccable, avec très peu de coquilles. Bref, un ouvrage de lecture fort agréable, très enrichissante pour tous ceux qui s’intéressent à la francophonie dans le monde et plus particulièrement en Amérique du Nord.
15 Marie-Thérèse Vinet Université de Sherbrooke (Canada)
PLAN DE L'ARTICLE
POUR CITER CET ARTICLE
« Le français en Amérique du nord : état présent », Langage et société 4/2006 (n° 118), p. 139-142.
URL : www.cairn.info/revue-langage-et-societe-2006-4-page-139.htm.
DOI : 10.3917/ls.118.0139.




