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Langage et société

2007/1 (n° 119)



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« demander la route », loc. verb. Usuel (tradition), (calque de langues locales), oral, écrit, tous milieux, mélior. Demander à son hôte de prendre congé. « Alors il est temps de demander la route pour rentrer […] » Suzanne Lafage, 2002, Le lexique français de Côte d’Ivoire, appropriation et créativité, iLF-CNRS/Le français en Afrique, Nice, tome i, p. 294.

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Suzanne Lafage, Suzie, nous a quittés ce mois d’octobre 2006. Elle ne nous a pas demandé la route…

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il est vrai que, selon l’habitude ivoirienne, nous la lui aurions refusée, arguant que nous souhaiterions rester encore un peu avec elle. Les bons amis n’aiment rien tant que de demeurer ensemble.

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Mais il est vrai aussi qu’elle souffrait énormément, atteinte de plusieurs maladies au long cours. Malgré tout elle tenait à travailler et à assurer la continuité de ses publications et la pérennité du champ de recherche, l’usage du français en Afrique, qu’elle a plus que contribué à faire exister.

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Nous avions en février 2005, à Langage et Société, avec l’aide décisive d’Ambroise Quéfellec (université de Aix-Marseille et uMR 6039 iLF-CNRS) et de Maurice Aymard (directeur de la MSH), organisé une journée d’études : « Des inventaires lexicaux du français en Afrique à la sociolinguistique urbaine. Hommage à Suzanne Lafage ». Cette journée a été, je crois pouvoir le dire, un moment de discussions passionnées et d’intense d’émotion qu’elle a, malgré sa fatigue, ressenti fortement et apprécié.

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Suzanne Lafage, tout à tour institutrice en Kabylie, missionnaire ONu en Guyane, enseignante de Lettres classiques et modernes au Togo, reprend dans les années 70 les études de linguistique qu’elle avait dû interrompre. Elle sera nommée enseignante à l’institut de Linguistique Appliquée de l’université d’Abidjan (Côte d’ivoire). Commencera alors toute une série de recherches de lexicologie et de sociolinguistique qui aboutiront, outre de nombreux articles, à sa participation à L’inventaire des particularités lexicales du Français en Afrique Noire (1983, équipe iLA, AuPELF-ACCT ). Elle publiera en 2002 Le lexique français de Côte d’Ivoire et contribuera à ceux du Gabon, du Togo, du Burkina. Sa préoccupation était toujours la vie des langues et leurs usages concrets, notamment dans les situations urbaines. Elle a formé une génération de chercheurs et d’enseignants, tant africains qu’européens, avec qui elle savait nouer des relations d’amitiés chaleureuses (et bien que nous nous donnions du « Madame » et du « Monsieur » – je l’ai connue tardivement bien après avoir lu ses textes – cela n’empêchait pas une collaboration confiante, pleine de chaleur et d’enthousiasme).

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Suzie, tu vas nous manquer, mais nous penserons, selon la coutume, à te faire participer à nos réunions festives en versant quelques gouttes de boisson sur le sol, « pour les Ancêtres », dont tu fais maintenant partie.

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Pour le Comité de Langage et Société,

Pour citer cet article

Leimdorfer François, « Suzanne Lafage (1930-2006)  », Langage et société 1/ 2007 (n° 119), p. 5-6
URL : www.cairn.info/revue-langage-et-societe-2007-1-page-5.htm.
DOI : 10.3917/ls.119.0005

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