Langage et société 2007/3-4
Langage et société
2007/3-4 (n° 121-122)
336 pages
Editeur
I.S.B.N. 9782735111022
DOI 10.3917/ls.121.0019
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Vous consultezLangage et Société la conjonction de coordination et comme indicateur de complexité et d’hétérogénéité

AuteurAndréet Tabouret-Keller du même auteur

Professeur Émérite, Université Louis Pasteur, Strasbourg Iatekab@club-internet.fr

Introduction


La ligne éditoriale de la revue Langage et société, élaborée à l’été 2006 à l’occasion de la confection du dossier de demande de soutien de la revue par le CNRS, se termine par l’énoncé de ses perspectives principales, dont la pluridisciplinarité. Se situant à l’articulation de deux domaines disciplinaires (sciences du langage et sciences sociales) […], il s’agit de « prendre en compte la complexité des situations sociales dans lesquelles l’exercice du langage, écrit comme oral, est impliqué […]. Ainsi l’ambition de la revue est, depuis son lancement, de problématiser la conjonction qui figure dans son titre » (Langage et société, Ligne éditoriale, 2006)[1] [1] Les deux premières perspectives étant de privilégier...
suite
.

2 Mon propos est d’examiner ce qu’on a cherché à mettre en rapport par cette conjonction de coordination et comment elle reste aujourd’hui porteuse d’ouverture et de créativité scientifique. Car c’est là mon pari.

1. Un peu d’histoire

3 Sur la quatrième de couverture de la plupart des trente premiers numéros de Langage et société (1977-1985) figure un texte intitulé Role du bulletin (sans accent sur role). Dès la première phrase il y est précisé que :

4

… les chercheurs qui contribuent à la revue se sont intéressés à partir de diverses disciplines (linguistique, psychologie, sociologie, ethnologie, histoire…) aux rapports entre le langage et ses déterminants externes […]. Au-delà de leur caractère interdisciplinaire, ces recherches contribuent à la création d’un objet commun […] la discussion et la confrontation permanente sont nécessaires (pour permettre) à chaque domaine d’apporter les théorisations qui lui sont propres, et de dépasser le niveau des conceptions-outils concernant les autres domaines.

5 Les trois derniers alinéas insistent sur l’importance du support écrit : il permet la confrontation, qui doit

6

préparer l’émergence d’un langage commun par unification des vocabulaires, et par clarification des confusions dues à l’usage analogique des termes empruntés,

7 mais qui doit aussi

8

aboutir à des rencontres périodiques autour d’un thème. Seul un contact direct permet de dépasser le niveau académique ou de favoriser des travaux communs. Le bulletin servira aussi de document préparatoire à de telles rencontres[2] [2] Langage et société, quatrième de couverture, n° 1. ...
suite
.

9 L’objet que ce texte assigne à la revue y trouve une double désignation. Comme « étude des rapports entre le langage et ses déterminants externes », il infère qu’il y a des déterminants internes, dont on subsume qu’ils relèvent d’une théorie proprement linguistique. Comme objet commun devant émerger de la rencontre de diverses disciplines avec leurs théorisations particulières (dont la linguistique), il mise sur la clarification des termes circulant entre celles-ci et sur l’unification d’un vocabulaire qui deviendrait commun aux différents chercheurs. Ce qui est à la fois requis, et qu’en même temps on souhaite dépasser, c’est l’hétérogénéité des méthodes et des concepts des différentes disciplines.

10 Les rapports entre le langage et ses déterminants externes sont ici déplacés sur le rapport entre disciplines. Le passage à l’emploi d’interdisciplinaire pour caractériser les recherches n’arrange pas vraiment les choses. La définition du préfixe inter- dans le Petit Robert mérite d’être rapportée : « Inter- Élément, du latin inter ‘entre’, exprimant l’espacement, la répartition ou une relation réciproque » (Robert, 2000,1336). Adjectif ou adverbe, attesté depuis 1959, interdisciplinaire appartient au champ de la didactique, « concerne plusieurs disciplines, plusieurs sciences à la fois. Recherches interdisciplinaires, enseignement interdisciplinaire » (Robert, 2000,1339). Pluridisciplinaire, adjectif et adverbe, n’est attesté que depuis 1986, comme appartenant au domaine de la didactique, et concernant « plusieurs disciplines ou domaines de recherche. Enseignement pluridisciplinaire ». Une petite flèche indique que le terme a « un grand rapport de sens » avec multidisciplinaire et interdisciplinaire ou une relation réciproque (ibid., 1913). Des généralités, en somme, qui, par contraste, désignent comme le véritable enjeu du Bulletin la création d’un objet commun avec l’émergence d’un langage commun, dans l’écriture et dans le contact direct, au-delà de l’espacement et de la répartition impliquant une relation réciproque.

11 Saluons au passage ceux qui autour de Pierre Achard ont cru aux vertus de l’échange oral et réjouissons-nous des mesures qu’ils n’ont cessé de prendre pour le promouvoir. Je pense en particulier au Colloque de Nice en septembre 1987, « Contacts de langues : quels modèles ? » auquel j’ai eu le grand plaisir de participer, de faire connaissance et d’échanger avec de nombreux collègues comme Shana Poplack ou Josiane Hamers parmi bien d’autres[3] [3] Langage et société, « Conférences plénières du colloque...
suite
.

12 À partir du numéro 33 (septembre 1985) [4] [4] Langage et société, numéro 33, quatrième de couverture. ...
suite
, un autre texte allait figurer en quatrième de couverture jusqu’en 1987. Il se différencie du précédent par sa plus grande longueur, son vocabulaire et son argumentation. Le texte n’a pas de titre, il comporte les quatre alinéas suivants :

  1. la revue est ouverte sur « l’étude des différents aspects du langagier et du social qui se façonnent et s’instancient mutuellement […] aucune discipline constituée ne [pouvant] servir de référence privilégiée » ;
  2. la revue est une revue de « papiers de travail » dont l’objectif est la diffusion rapide des connaissances, la confrontation et l’échange, « soit dans le domaine linguistique proprement dit, soit dans d’autres champs disciplinaires concernant le langage. Cela explique que la revue ne soit pas ouverte aux seuls linguistes, sociologues, psychologues ou sémioticiens, mais aussi à des historiens, des ethnologues, des travailleurs sociaux…, dès qu’ils se trouvent confrontés aux problèmes de l’interaction du langagier et du social » ;
  3. la revue requiert une attention renforcée à la méthodologie, « soit qu’il s’agisse d’en vérifier la validité en des lieux insolites, soit qu’il faille l’affiner ou l’infléchir pour appréhender des objets nouveaux. C’est au lecteur […] de constituer l’évidence que le langagier travaille le social dans le même temps qu’il le traduit ou le fixe, et que le social n’est jamais absent ni de la parole, ni de la langue » ;
  4. commentaires, reprises, critiques doivent être monnaie courante sans que la diversité des points de vue exclue la continuité. Des groupes de travail spécifiques autour de la revue y pourvoient.

13 Le premier point apporte deux informations de première importance : que la revue est ouverte sur « l’étude des différents aspects du langagier et du social qui se façonnent et s’instancient mutuellement », qu’« aucune discipline constituée ne saurait servir de référence privilégiée ». Il n’est plus besoin d’affirmer l’ambition d’un objet commun aux différents chercheurs, la revue a fait ses preuves et trouvé ses assises. L’hétérogénéité prise en charge est maintenant celle des réalités sociales et langagières, celle des actes de langage dans la multiplicité des situations particulières.

14 Au point 2, les rapports entre disciplines restent incertains : séparation entre « le domaine linguistique et les autres champs disciplinaires concernant le langage » d’abord, puis appel aux chercheurs directement concernés (dont les sociologues) « mais aussi » à d’autres confrontés aux interactions du langagier et du social. Par contre l’accent est mis sur l’exigence méthodologique qui devient le trait commun du traitement des situations explorées et la condition pour reconnaître des objets nouveaux.

15 Soulignons l’apparition des deux substantifs le social et le langagier, issus de la substantivation de deux adjectifs. Ces deux substantifs encouragent au non-recours à des disciplines constituées et pourraient dès lors constituer des fils rouges parcourant nos connaissances de l’humain parlant. On ne peut pas pour autant faire disparaître les spécialités dans lesquelles les chercheurs se reconnaissent comme linguistes, sociologues, psychologues ou sémioticiens et, à leur suite, comme historiens, ethnologues, travailleurs sociaux, ni se priver de leurs outils d’analyse propres. L’importance de la mention des travailleurs sociaux ne nous échappe pas : elle transgresse les frontières disciplinaires, c’est une belle ouverture et comme un appel à poursuivre dans ce sens. Aujourd’hui plus que jamais, quand les travailleurs sociaux se sont multipliés dans des spécialisations variées, auprès des nouveaunés aussi bien que des personnes âgées, voire en fin de vie, autant de prises en charge qui impliquent l’échange de paroles.

16 Dix ans plus tard, un troisième texte, signé d’Achard, illustre lui aussi la conscience qu’ont eue les porteurs de Langage et société des questions fondamentales suscitées par leur entreprise. Il s’agit de la préface d’Achard à un ouvrage coordonné par Marianne Franchéo Langage et pouvoir en interaction : étude de quelques exemples, paru en 1995.

17

La connexion très imprécise qu’établit la conjonction « et » entre les deux notions de « langage » et de « pouvoir » ouvre le vaste champ des questions que l’on peut poser à propos des relations entre ces deux notions :

  • questions sur la place qu’il convient de donner aux structures sociales dans les théories linguistiques
  • rapports entre le pouvoir et les langues, questions de politique linguistique
  • questions liées à l’usage rhétorique et aux stratégies de persuasion dans les discours tenus par les instances politiques
  • questions liées aux constructions des identités et des solidarités à travers les processus discursifs de catégorisation sociale
  • questions liées aux légitimités et aux légitimations des acteurs, que ce soit à travers une différenciation hiérarchisée des façons de parler (normes et variations) ou par différenciation des activités (compétences particulières, formations discursives). (Franchéo, 1995 : 6).

18 Cette fois l’imprécision des notions de langage et de pouvoir est assumée. À part le premier item qui concerne la théorisation, les quatre autres évoquent des situations où le langage opère dans la construction des rapports entre personnes ou aux institutions.

19 Ces trois extraits soulèvent un nombre considérable de questions. Je vais les aborder sous le couvert de deux grands thèmes, la nécessité de poursuivre l’ouverture anthropologique de la revue, le dépassement du forçage disciplinaire.

2. Une perspective anthropologique

20 Si la revue a, de manière majeure, contribué en France, à asseoir et à développer la sociolinguistique et l’analyse de discours, l’éventail des situations explorées dont témoignent les sommaires révèle une ouverture que l’on peut qualifier d’anthropologique, au sens où est concerné le rapport de l’homme à son langage et le fonctionnement des sociétés dans leur dimension langagière ou plus largement symbolique, pas du tout ou à peine dans le sens de l’étude des caractères anatomiques et biologiques de l’homme considéré dans la série animale[5] [5] Il convient de ne pas mésestimer cette orientation, c’est...
suite
. Un texte d’Achard « Activité langagière et logique »[6] [6] Achard, P. , 1994, « Activité langagière et logique »,...
suite
, témoigne de l’ampleur des questions qu’une telle perspective peut susciter.

21 Dans ce texte publié en 1994, Achard essaie de proposer « un point de vue mêlant certaines considérations sur l’anhropologie du langage avec des éléments de la réflexion mathématique » (op. cit., 33). Il met historiquement les courants formaliste et intuitionniste en logique en parallèle avec d’un côté le structuralisme (au sens large incluant le générativisme) en linguistique, et de l’autre « le retour des procédures subjectives et ‘le retour au sujet’» (op. cit., 44)[7] [7] Le retour au sujet est placé entre guillemets dans le texte...
suite
. Selon un propos qui ne manque pas de panache, il pointe « l’hypothèse de maîtrise totale qui, dépassant d’ailleurs les formulations nuancées du Cours de linguistique générale, donne souvent la langue comme système clos bien déterminé […]. Il y aurait lieu [poursuit-il], de rapprocher cette évolution de ce qui s’est passé dans le domaine politique. Les totalitarismes […] sont bien des formes idéologiques basées sur la croyance dans une maîtrise intégrale possible » (op. cit., 37). Achard se raccroche à « l’hypothèse des Épistémês de Foucault » : même sans rapports directs, elles actualisent des modes généraux de pensée de diverses époques et pour une même époque peuvent avoir quelque chose de commun (op. cit., 33-34).

22 Achard « essaie » ainsi des mises en relation nouvelles : parallélisme épistémologique entre linguistique et logique, mise en écho avec la pensée politique de la même époque ; c’est à la fois une invite à reprendre la question du langage comme vecteur de modes de penser et une alerte du chercheur sur les conditions dans lesquelles il pense. On y ressent son extrême sensibilité aux effets de maîtrise et son refus d’une démarche oublieuse de l’hétérogénéité de son objet.

3. La conjonction de coordination ET

23 En général, la conjonction et distingue deux ensembles identifiables en face à face, et peut suggérer d’étudier les modalités de leurs interactions, interfaces, coordination de l’un à l’autre, complémentarités. Une première difficulté réside dans l’identification de chacun des ensembles convoqués par les deux termes de notre titre.

24 Avec le terme langage, nous disposons d’un terme fédérateur, sans ignorer que la recherche d’une définition du concept aboutit à une impossibilité maintes fois soulignée, par Saussure en particulier. Tant sous la forme simplifiée rapportée dans le Cours de linguistique générale, publié par Charles Bailly et Albert Sechehaye,

25

Pris dans son tout, le langage est multiforme et hétéroclite ; à cheval sur plusieurs domaines, à la fois physique, physiologique et psychique, il appartient encore au domaine individuel et social ; il ne se laisse classer dans aucune catégorie des faits humains, parce qu’on ne sait pas comment dégager son unité (1916,25)

26 que sous les formes moins abouties des Écrits de linguistique générale dans le texte établi et édité par Simon Bouquet et Rudolf Engler,

27

… il y a ceci de primordial et d’inhérent à la nature du langage que, par quelque côté qu’on essaie de l’attaquer – justifiable ou non –, on ne pourra jamais y découvrir d’individus, c’est-à-dire d’êtres (ou de quantités) déterminés en eux-mêmes sur lesquels s’opère ensuite une généralisation (2002,22).

28 Et quelques lignes plus bas :

29

… l’entreprise de classer les faits d’une langue se trouve donc devant ce problème[8] [8] Saussure avait bien perçu cette idée : « […]...
suite
 : de classer des accouplements d’objets hétérogènes (signes-idées), nullement comme on est porté à le supposer, de classer des objets simples et homogènes, ce qui serait le cas si on avait à classer des signes ou des idées (2002,22).

30 Avec le terme société, nous disposons d’un autre terme fédérateur dont la conceptualisation ne pose pas moins problème à cause de la multiplicité des concepts que société a produits au cours du temps – par exemple et pour se limiter à deux butées temporelles, de societas « association », à cet ensemble à bords flous que recouvre aujourd’hui la notion de « faits sociaux », tant humains qu’animaux.

31 La deuxième difficulté tient à ce qu’il n’y a pas « espacement » entre langage et société ; les deux ensembles sont considérés largement se recouvrir et s’interpénétrer : le langage dans sa fonction même est fait social, la société, dans son fonctionnement et ses productions, est parlée et écrite.

32 Jean-Pierre Vernant, évoquant les rapports du religieux et du politique, souligne leur interpénétration : « Le religieux et le politique, dit-il, constituent deux sphères dont on ne sait pas laquelle enveloppe l’autre » (1999,81). Pourrions-nous dire que le langagier et le social constituent deux sphères dont on ne sait pas laquelle enveloppe l’autre ? Plus concrètement nous pouvons spécifier que notre champ d’investigation concerne des faits complexes relevant de deux modes de compréhension : comme actes de langage rapportés au vaste ensemble des énoncés, textes et discours en situation, et comme actes impliquant des processus d’association divers – depuis les rapports entre personnes singulières jusqu’aux rapports constitutifs du juridique, de l’économique, du religieux, du didactique, de l’organisation du travail, du clinique, du politique.

33 Ceci reconnu, le et ne convoque pas les deux descriptions à égalité. Dans l’énoncé-titre de la revue, le langage vient avant le social. Il désigne le point de vue organisateur : les observables sont d’abord les faits de langage, dont les régularités ou les aléas sont rapportés à des situations sociales, celles-ci étant les occasions et les conditions des faits de langage retenus, ceux-ci étant les indices ou les porteurs des faits sociaux associés, voire corrélés. Dans cette perspective, il ne s’agit pas de croiser a priori des démarches disciplinaires, mais de solliciter, dans les savoirs disciplinaires, des instruments d’observations discriminantes au sein de ces faits complexes. Ainsi, côté faits de langage, le savoir linguistique et plus largement aujourd’hui les sciences du langage, offrent des instruments d’observation et un cadre de références propres à l’espace et au temps du langage et des langues, telles que les variations dans les registres et les performances, les changements dans les langues et les contacts de langues, les formes du discours.

4. Conclusions

34 En persistant à problématiser la conjonction ET qui figure dans son titre, le revue a développé un champ de recherches qui échappent au forçage des disciplines et s’astreignent à reconnaître complexité et hétérogénéité tant dans le choix des situations que dans le collationnement des faits et leur interprétation. L’ampleur des parutions en témoigne ; le présent article y insiste. La portée anthropologique est implicite, la rendre explicite impose de continuer à préciser nos formulations et à ouvrir des pistes de travail. Quelques exemples inspirés de l’actualité.

Disciplines et pluridisciplinarité : des rapports en voie de transformation

35 Actuellement la linguistique est intégrée au vaste ensemble des sciences du langage, la sociologie à celui des sciences sociales. Ces ensembles peuvent être qualifiés de traditionnels et correspondent à des stratégies d’englobement et d’extension, surtout marquées après 1945, quand il s’est agi dans le monde universitaire et de la recherche de marquer sa spécificité et de promouvoir l‘apport original d’un projet. Quand aujourd’hui en France mais bien plus généralement, les institutions de la formation universitaires et de la recherche sont en voie de transformation et de redéfinition, quelle place accorder à ces recherches qui ne traitent pas d’objets homogènes pour réduire la complexité ? Comment se situer dans l’actualité des réformes en cours des universités avec les nouveaux parcours et diplômes qu’elles sont autorisées à délivrer ?

Place de nouveaux projets et questionnements

36 • L’internationalisation de l’information et du juridique Les rencontres et les textes internationaux confrontent les rédacteurs et traducteurs aux décalages de signification d’ordre lexical mais surtout à la façon dont un énoncé venu d’ailleurs sera ‘reçu’ dans un contexte culturellement différent.

37 Aux marges de la clinique, la question de la subjectivité et des conduites collectives :
L’amarrage du rêve dans le langage, celui des pratiques ludiques de la vie quotidienne tels les mots d’esprit, ou accidentelles tels les lapsus, ne se situent pas en dehors du rapport langage-société. La psychanalyse et les thérapies diverses qui en découlent seraient à prendre en considération. Les neurosciences offrent de nouveaux moyens d’investigation, mais aussi des théories de l’esprit auxquelles il faudra se confronter, d’autant que celles-ci sont parfois reprises comme explications du social dans ses désordres.

38 Aux marges de la politique, l’information et la formation de l’opinion Informer ou conditionner le consommateur ou le citoyen pose la question des médias utilisés, celle des compétences langagières impliquées, et du recours aux jeux de langue.

39 Quand qualifier un fait de langage de politique ? Question trompeuse qui entraînerait que du moins certains faits de langage échapperaient à l’emprise politique. L’évidence des « politiques linguistiques » est un leurre : les voies d’infiltration de la politique sont multiples.

40 Aux marges de l’épistémologie et de la philosophie Chaque fois que nécessaire, la « langue » continue à être prise comme support d’identification unitaire, générant des « faits indiscutables » au même titre que « nature » ou « marché ». Les travaux invités par notre revue peuvent contribuer à dénoncer ces positions essentialistes aliénantes et à privilégier ces faits bien désignés par l’expression anglaise de « matters of concern ».

41 L’anthropologie elle-même est loin d’être unifiée et se subdivise en de multiples orientations, voire spécialités, de l’anthropologie culturelle à la Geertz à l’anthropologie « évolutionnaire » que préconise l’Institut Max Planck de Leipzig. La promotion du champ du tissage langagier-social serait un atout majeur pour les explorations transversales qui sont aujourd’hui requises.

42 Si l’on veut bien admettre la définition d’épistémologie au sens strict de critique d’une science, la perspective anthropologique qui serait celle de Langage et société impliquerait de travailler les conditions de possibilités de leur intrication.

Bibliographie

Références bibliographiques

Achard Pierre, 1994, « Activité langagière et logique : perspectives de rapprochement », International Journal of the Sociology of Languge. Essays offered to Andrée Tabouret-Keller by the members of the LADISIS : Language, the Subject and the Social Link, Gabrielle Varro (éd.), n° 109, pp. 33-45.

Achard Pierre, 1995, « Préface », in Franchéo M., pp. 5-8.

Fondation Max Planck, Leipzig Institute for Evolutionary Anthropology (www.eva.mpg.de).

Franchéo Marianne (éd.), 1995, Langage et pouvoir : étude de quelques exemples, Feuillets de l’ENS de Fontenay-Saint Cloud.

Langage et société, 1976, quatrième de couverture, n° 1.

Langage et société, 1985, quatrième de couverture, n° 33.

Langage et société, 1986, « Conférences plénières du colloque de Nice : Contacts de langues : quels modèles ? », n° 43, pp. 5-112.

Langage et société, 2006, Ligne éditoriale, document interne.

Langage et Société, 2006, CNRS-argumentaire, document interne.

Rey-Debove Josette & Rey Alain (éds), 2000, Le nouveau Petit Robert. Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, Paris, Le Robert.

Saussure Ferdinand de, 1916, Cours de linguistique générale, publié par Bailly, Charles et Séchehaye, Albert, avec la collaboration de A. Riedlinger, Payot, Lausanne-Paris.

Saussure Ferdinand de, 2002, Écrits de linguistique générale, établis et édités par Simon Bouquet et Rudolf Engler, avec la collaboration d’Antoinette Weil, Paris, Gallimard.

Vernant Jean-Pierre, 1999, La volonté de comprendre, Paris, Éditions de l’Aube.

 

Notes

[ 1] Les deux premières perspectives étant de privilégier des recherches portant sur des données empiriques et de développer une analyse des discours et des pratiques langagières abordant la parole et les écrits comme autant de pratiques sociales constitutives de l’action. Retour

[ 2] Langage et société, quatrième de couverture, n° 1.Retour

[ 3] Langage et société, « Conférences plénières du colloque de Nice : Contacts de langues : quels modèles ? », numéro 43, pp. 5-102.Retour

[ 4] Langage et société, numéro 33, quatrième de couverture. Retour

[ 5] Il convient de ne pas mésestimer cette orientation, c’est celle par exemple d’une des institutions prestigieuses de la Fondation Max Planck, l’Institut Max Planck de Leipzig for Evolutionary Anthropology ( (www.eva.mpg.de).Retour

[ 6] Achard, P., 1994, « Activité langagière et logique », 33-45. Retour

[ 7] Le retour au sujet est placé entre guillemets dans le texte d’Achard.Retour

[ 8] Saussure avait bien perçu cette idée : « […] si l’unité de chaque fait de langage résulte déjà d’un fait complexe […], elle résulte, de plus, d’une union d’un genre hautement particulier : en ce qu’il n’y a rien de commun dans l’essence, entre un signe et ce qu’il signifie », ibidem.Retour

Résumé

Cette contribution cherche à préciser les rapports visés dans le titre de la revue entre langage et société par l’emploi de la conjonction de coordination « et », dans l’histoire de la revue depuis 1977, de même que dans ses dimensions actuelles. La portée pluridisciplinaire de la revue est questionnée, et sa visée anthropologique sous-jacente dégagée, en particulier quant à la définition de nouvelles pistes de travail liées à l’internationalisation de l’information, de l’opinion, des cadres juridiques, à l’importance sociale des approches cliniques et des investigations de la cognition.

Mots clés

langage, société et (conjonction de coordination), complexité, hétérogénéité, anthropologie du langage



Langage et société: the conjunction of coordination et as indicator of complexity and heterogeneity
This contribution explores the relations between language and society implied by the use of the conjunction of coordination « et (and) » in the title of the journal, both in its history since 1977, and in its present form. Its pluri-disciplinary ambitions are re-examined and its anthropological aim unveiled, particularly as concerns the definition of new orientations connected to the internationalization of information, public opinion, legality, and the social importance of clinical approaches and investigations into cognition.

Key words

language, society et (conjunction of coordination), complexity, heterogeneity, anthropology of language

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Andrée Tabouret-Keller « Langage et Société la conjonction de coordination et comme indicateur de complexité et d'hétérogénéité », Langage et société 3/2007 (n° 121-122), p. 19-28.
URL :
www.cairn.info/revue-langage-et-societe-2007-3-page-19.htm.
DOI : 10.3917/ls.121.0019.