Comment tenir un registre ?
Béatrice Fraenkel
La distinction entre oral et écrit est présente dans nombre de travaux sur
les genres (Bakhtine) et les registres (Halliday) mais elle demeure abstraite, sans lien avec l’analyse des situations d’écriture que nous livrent
les enquêtes de terrain. Les problèmes que posent en particulier les objets
écrits sont méconnus des sociolinguistes. Or des courants de recherche
comme la sociologie des textes initiée par D. McKenzie accorde une
grande attention au rôle joué par les formes matérielles dans la construction du sens ou encore, dans une perspective plus cognitiviste, un auteur
comme D. Norman à l’usage des écrits comme mémoire externe, « artefacts cognitifs ».
Dans le prolongement de travaux sur l’analyse des écrits dans l’action,
au travail en particulier, on s’intéresse ici aux objets écrits en prenant
comme terrain d’observation la déclaration des naissances à l’État-Civil.
En quoi l’écriture du registre tenu par l’employé de Mairie participe-t-elle
à la mise en œuvre d’un genre discursif ? Peut-on dissocier la fabrication
d’un objet - le registre d’État-Civil - et l’énonciation linguistique ?
La notion de « genres professionnels » pourrait catégoriser ces activités
d’écriture hautement formalisées, impersonnelles, qui impliquent idéalement le suivi de procédures rigides, garantes de leur force performative.
Mais seule la dimension historique de telles pratiques permet de comprendre que la rigidité qui les caractérise correspond à des enjeux politiques :
c’est l’État qui, par l’intermédiaire de son agent, enregistre et valide les
actes d’État-Civil sur la longue durée. Dans ce cas, tenir un registre c’est
tout autant fabriquer un objet, perpétuer des normes graphiques noter des
informations et perpétuer une institution constitutive de la République.
Au-delà de cet exemple, se pose plus largement la question du statut
des objets écrits, qu’ils soient modestes ou exceptionnels, à la fois supports
de l’écriture et produits par l’acte d’écrire.Mots-clés :
registre, genre, activité d’écriture, genres professionnels.
The distinction between oral and written channels is often mentioned in
the literature on genre and register. However the distinction seems formal, disconnected from the concrete situations as those given, for example, by the workfield studies. We want to discuss in this paper the status
of some written artefacts through the analysis of the declaration of birth.
What is the role of the graphics norms, are they a part of the genre ? Is
it possible to ignore that the act of registration is also the making of an
object, the register? The notion of « professionals genres » could be use
to classify that type of practises strictly defined by procedural activities
whom settle the performative value of the documents. But it is only referring to historical dimension that we could understand the rigidity of such
practices : it is the State that registers and validates on the longue durée
the état civil charts. In such a case, to keep a register is to make an object,
to perpetuate graphics norms et to note some information. Beyond this
example, we should consider the general question of written artefacts,
that are support of the writing and made by it.Keywords :
register, genre, activity, professionals genres.
• Genre et registre, écrit et oral
• Genres et formes matérielles des textes :
la sociologie des textes
• Objets écrits en situation : Norman et les artefacts cognitifs
• Tenir un registre : une situation de production d’un objet écrit
• Genre et engagement corporel dans l’écriture
• Contrôle des Registres et acte d’écriture
• Bilan
• Références bibliographiques