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Langue française

2006/4 (n° 152)

  • Pages : 132
  • ISBN : 9782200921798
  • DOI : 10.3917/lf.152.0070
  • Éditeur : Armand Colin
  • Numéros antérieurs disponibles sur www.persee.fr



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INTRODUCTION

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Vers la fin de la période de l’ancien français, le déterminant LEDIT [2]   LEDIT renvoie à toutes les formes possibles du déterminant,... [2] fait son entrée dans la prose vernaculaire, pour occuper ensuite, en moyen français, une place assez importante parmi les déterminants du nom dans un grand nombre de textes en prose. Cet article se propose de comparer les contextes d’emploi de LEDIT à ceux des différents paradigmes du démonstratif en moyen français afin d’expliquer l’apparition plutôt soudaine et la fréquence relativement élevée de ce nouveau déterminant dans la prose de cette époque. Il s’avérera qu’en raison du processus de grammaticalisation qui s’est déroulé au sein des paradigmes des démonstratifs – qui s’est déclenché vers 1200 et qui a donné vers 1600 le paradigme que nous connaissons aujourd’hui – la portée sémantique des déterminants démonstratifs en moyen français était moins articulée. C’est à ce moment-là que survient LEDIT, déterminant désambiguïsant par excellence. L’analyse des contextes d’emploi nous permettra de démontrer que ce déterminant, apparu initialement pour résoudre les références ambiguës dans des contextes semblables à ceux des démonstratifs, perd très vite de sa valeur sémantique d’origine pour devenir plutôt un marqueur de définitude.

1. LEDIT DANS LA PROSE LITTÉRAIRE EN MOYEN FRANÇAIS

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Les premières occurrences du déterminant LEDIT remontent à la première moitié du XIIIe siècle. Comme l’a constaté De Wolf (2003, 337) on ne trouve des occurrences de ce nouveau déterminant à cette époque que dans des chartes et il s’agit au début souvent de variantes plus complexes, comme le devantdit. Vers la fin du XIIIe siècle, des occurrences de LEDIT, déjà très fréquent dans les chartes à ce moment-là, commencent à apparaître également dans d’autres textes en prose, qui relèvent néanmoins toujours du registre juridique, comme les Coutumes de Beauvaisis de Philippe de Beaumanoir.

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(1) Pierres proposa contre Jehan que li dis Jehans li avoit fet arester ses muebles et ses chateus hors de la chastelerie de Clermont et hors de la terre le conte par la gent le roi […] (Philippe de Beaumanoir, Coutumes de Beauvaisis, p. 138)

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Ce n’est qu’à partir de l’époque du moyen français, donc à partir du XIVe siècle, que LEDIT fait son entrée dans des textes en prose autres que juridiques ou administratifs. De toutes les expressions anaphoriques en –dit, LEDIT est bien la forme la plus fréquente par rapport aux variantes possessive, démonstrative et relative mondit, cedit et lequel dit (De Wolf 2003, 340). LEDIT sous cette forme n’est que très rarement pronominal (le dessusdit ou les devant dits le sont plus souvent). On trouve très peu d’occurrences de LEDIT dans les mystères et les passions, les miracles, les farces et les sotties, tout aussi peu que dans les textes poétiques. Les rares occurrences apparaissent presque toujours dans les titres ou les passages intercalés en prose (De Wolf 2003, 341). LEDIT reste néanmoins fréquent dans son « domaine d’origine », les textes administratifs et juridiques, de même que dans les « genres sérieux » (De Wolf 2003, 343), c’est-à-dire les textes historiques, allégoriques et didactiques.

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Grâce à la composante lexicale de verbum dicendi, LEDIT a une valeur anaphorique plus forte que l’article défini, mais cette valeur suffit-elle pour rapprocher ce déterminant du démonstratif ? Himmelmann (1996, 211) spécifie clairement qu’il ne considère pas comme démonstratifs les déterminants du type aforementioned, puisque la composante exophorique leur manque. Toutefois, nous tenterons de démontrer que, dans certains contextes, les deux types de déterminant sont à rapprocher.

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Afin de comparer l’emploi du déterminant LEDIT à celui des déterminants démonstratifs, nous avons constitué un corpus comportant cinq chroniques en moyen français, de Jean Froissart (1337->1404), Enguerran de Monstrelet (± 1390-1453), Mathieu d’Escouchy (1420->1482), Jean Molinet (1435-1507) et Philippe de Commynes (1447-1511). Ce sont des récits historiographiques qui présentent tous de nombreuses occurrences de LEDIT. Nous nous servirons surtout de deux chroniques, la plus ancienne de la série, celle de Froissart, et la plus récente, celle de Commynes.

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On peut très bien s’imaginer que LEDIT a été introduit dans ces textes sous l’influence des écrits administratifs, dans le but de garantir l’identification des référents des expressions anaphoriques [3]   Sur la présence dans les chroniques médiévales d’autres... [3] , l’introduction de ce type de déterminants contribuant en outre à la mise en évidence du caractère sérieux du contenu. Afin de découvrir la véritable raison du fréquent emploi de LEDIT dans ces chroniques en prose en moyen français, il importe d’analyser le fonctionnement de ce déterminant en comparant ses contextes d’emploi à ceux des autres déterminants à fonction désambiguïsante auxquels LEDIT est souvent comparé, à savoir, les démonstratifs.

2. LA FONCTION TEXTUELLE DU DÉMONSTRATIF EN MOYEN FRANÇAIS

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Plusieurs linguistes ont déjà signalé la parenté des démonstratifs et de LEDIT en ce qui concerne leur fonction textuelle. Ainsi, dans une étude sur la distribution de cinq expressions référentielles dans un texte du début du XVe siècle [4]   La traduction française du De casibus virorum illustrium... [4] , Guillot (2003a) a démontré que le texte fait un emploi comparable de certaines formes du démonstratif et du déterminant anaphorique LEDIT. De son analyse du fonctionnement de cinq déterminants du nom masculins singuliers anaphoriques, cellui, icellui, cest, cestui et ledict, qui indiquent tous la continuité référentielle et qui semblent à première vue tout à fait interchangeables, il ressort que cestui et ledict se retrouvent dans des contextes semblables pour désigner un référent animé humain masculin (Guillot, 2003a, 378).

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(2) Car entre plusieurs officiers Metridates avoit un bailli appellé castor qui par despit et cruaulté avoit occiz plusieurs des amis du roy Metridates. Et cestui bailli tant pour la seurté de soy comme pour aultre quelconque cause il prist et occupa la tour […] (Laurent de Premierfait, cité par Guillot 2003a, p. 370)

(3) […] le consul hastivement assailli les Galles et les Alemans qui estoient aidans et compaignons de l’ost de Spartacus. dont . XXXm. avec leurs chevetaines furent desconfiz et occis. Et finablemant ledict consul se combati a Spartacus et a son ost puissant et merveilleux. (Laurent de Premierfait, cité par Guillot 2003a, p. 370)

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Toutefois, l’analyse démontre que la distribution des déterminants en question n’est pas tout à fait la même : tout comme cellui et icellui, ledict est toujours anaphorique, tandis que cestui et cest sont à la fois déictiques et anaphoriques (Guillot, 2003a, 376). En outre il s’est avéré que les démonstratifs ont une fonction démarcative au sein du texte. Cestui marque une double rupture textuelle ; il signale le passage d’un plan textuel à l’autre et le passage d’une séquence textuelle à l’autre, en l’occurrence le passage d’un « cas » à l’autre :

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(4) Aprés cestui noble consul fimbria selon l’ordre des hystoires venoit Albinius jadiz noble consul rommain qui desespereemant se complaignoit de sa male adventure. Cestui albinius consul comme dict est fut de si haultaines manieres et de si orgueilleuses pompes que […]. (Laurent de Permierfait, cité par Guillot 2003a, p. 378)

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LEDIT a donc en commun avec cette forme du démonstratif de garantir la cohésion textuelle, mais il n’a pas à première vue cette fonction démarcative.

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Les constats qu’a formulés Perret (2000) à partir du dépouillement du Mélusine de Jean d’Arras vont dans le même sens en ce qu’ils font apparaître que les déterminants du type LEDIT ont des traits en commun avec le démonstratif. Perret signale qu’il existe plusieurs formes spécifiques dans le cas de reprise avec mise en saillance, à côté de la simple reprise de l’anaphorisé, à savoir ledit + N, démonstratif + N et lequel N (Perret, 2000, 21).

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Ces analyses, qui mettent au même niveau LEDIT et certaines formes du démonstratif dans des contextes bien circonscrits, permettent de rapprocher les deux types de déterminants. Ce rapprochement peut s’appuyer sur l’hypothèse qu’il y a eu à un moment donné dans l’histoire du français une période dans laquelle la portée sémantique des démonstratifs était brouillée à cause d’un double bouleversement, formel et sémantique, du système des démonstratifs.

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En effet, du point de vue sémantique, on peut distinguer avant le moyen français trois états successifs. Selon la répartition classique, l’opposition sémantique entre les trois paradigmes en latin hic, iste et ille était avant tout de nature « personnelle », et secondairement évaluative et spatiale (hic visant l’objet présent ou celui qui concerne le sujet parlant, iste visant l’objet intéressant l’interlocuteur, ou exprimant une connotation dépréciative et ille visant l’objet éloigné et, secondairement, une personne ou un objet connu ou notoire, Väänänen, 1967).

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Le très ancien français n’a conservé que deux de ces paradigmes, sous leurs formes renforcées (ecce + iste et ecce + ille) comme pronom et déterminant, qui s’opposaient nettement du point de vue sémantique [5]   La nature exacte de cette opposition sémantique a... [5] . Comme l’a montré récemment Marchello-Nizia (2003 et 2004), cette opposition peut s’expliquer grâce à la notion pragmatique de « sphère personnelle » du locuteur (et non plus strictement de « personne ») : le locuteur employait CIST pour désigner ce qu’il incluait dans sa sphère, et CIL pour ce qu’il en excluait.

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À partir de certaines constructions fréquentes où les démonstratifs référaient à un discours qui venait d’être tenu (CIST référant à ces paroles si elles venaient du locuteur, CIL étant employé dans les autres cas), une nouvelle valeur spatiale, autoréférentielle, s’est dévelopée, qui a comme point de référence l’occurrence elle-même (cf. Guillot, 2003b et 2005, Kleiber, 1985 et 1987 et Marchello-Nizia 1995, 130 et 2006 dans ce numéro). Le référent étant un segment du discours, cet emploi se rapproche du déictique discursif (Himmelmann, 1996), qui constitue un emploi particulier du démonstratif « à la charnière entre la deixis et l’anaphore » (Guillot, 2005, 26).

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Parallèlement, au plan morphologique, un nouveau paradigme de déterminants CE/CES, neutralisé du point de vue des oppositions sémantiques, s’est développé dès 1200. Les nouvelles formes de ce troisième paradigme s’étaient ajoutées à la gamme de formes des paradigmes CIST et CIL, parmi lesquelles il faut compter également les « formes longues », à savoir les formes suffixées en –ui ou –i, ou préfixées en i-. Il en a résulté une véritable panoplie de formes pour le moyen français, période dans laquelle le système des démonstratifs était en pleine transition et les nouvelles oppositions sémantiques n’étaient pas encore articulées.

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Dans sa thèse sur le rôle du démonstratif dans la cohésion textuelle au XVe siècle, Guillot (2003b) décrit différents types d’emploi des expressions démonstratives qui se sont développés précisément lors de l’évolution du système des démonstratifs, cette évolution ayant rendu caduque au XVe siècle l’opposition sémantique ancienne (Guillot, 2003b, 449). À première vue, les textes font apparaître que « chaque auteur et chaque texte semble créer son propre micro-système de formes, dans lequel les oppositions du passé ne se retrouvent plus telles quelles » (2003b, 449). Pourtant, Guillot distingue un emploi particulier constant des démonstratifs en démontrant que les textes analysés « font un usage comparable du démonstratif de reprise en seconde mention et de l’anaphore démonstrative résomptive » (Guillot, 2003b, 449) :

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« […], le démonstratif sert d’une part de marque à la fois conjonctive et disjonctive, il indique d’autre part l’endroit physique du texte à partir duquel commence une nouvelle unité narrative, il sert enfin de marqueur de topicalisation ou d’introducteur de cadre » (Guillot, 2003b, 443).

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Cet usage rejoint la valeur de rupture du démonstratif en reprise immédiate (par rapport à l’anaphore définie) telle qu’elle a été décrite dans une série d’articles de Kleiber (1986, 1988, 1990 et 1992) et De Mulder (1990, 1997 et 2001). Le démonstratif a donc « dans les textes de cette période une fonction textuelle essentielle et […] permet de structurer et de segmenter le discours » (Guillot, 2003b, 13).

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Hormis cette fonction textuelle, le rôle exact des démonstratifs en moyen français était moins prononcé, leur portée étant brouillée par les évolutions qui s’étaient produites tant au plan formel qu’au plan sémantique. C’est peut-être dans ce contexte que s’est développé LEDIT, dans des types de texte où la référence devait être particulièrement exacte. Les oppositions sémantiques des démonstratifs n’étant pas clairement articulées, il est possible que la langue ait eu recours à des formes de substitution telles que LEDIT dans des types de texte où la référence ne pouvait risquer d’être ambiguë.

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Nous nous proposons donc de réexaminer l’apparition de LEDIT dans cette perspective, en situant ce nouveau déterminant par rapport aux démonstratifs, et en tentant ainsi de mieux percevoir ses spécificités sémantiques et fonctionnelles.

3. LE FONCTIONNEMENT TEXTUEL DE LEDIT EN MOYEN FRANÇAIS

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Dans la littérature sur les déterminants en moyen français, les rares descriptions de LEDIT que nous possédons insistent généralement sur sa valeur désambiguïsante. Le fonctionnement textuel de LEDIT tel qu’il se présente dans la version des Chroniques de Froissart rédigée vers 1404 semble corroborer cette valeur et rejoint en outre dans un certain sens l’emploi du démonstratif comme marqueur de topicalisation. Cependant, l’emploi de plus en plus fréquent du déterminant dans les chroniques plus tardives, telles que les Mémoires de Commynes rédigés entre 1489 et 1498, signale une évolution de sa valeur référentielle qui rend plus problématique l’établissement du rapport exact entre ce déterminant et les démonstratifs.

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Le rôle désambiguïsant de LEDIT dans son « domaine d’origine » (les chartes et les écrits juridiques) est évident : dans ces textes, le déterminant sert à bien distinguer les différents référents, de sorte à éviter les équivoques qui pourraient avoir des conséquences juridiques importantes. Dans les textes littéraires en moyen français, LEDIT semble initialement maintenir son rôle désambiguïsant : Jokinen (1992, 56-57) considère que les « moyens discursifs », tels que ledit, cedit et lequel, servent à soutenir les structures grammaticales hésitantes. De même, Perret (2000, 20-21) constate que, contrairement aux usages modernes, on trouve des reprises par deux groupes nominaux anaphoriques identiques dans la même phrase, qui « ont fréquemment pour objet de lever l’ambiguïté possible entre deux référents, à défaut d’anaphoriques sélectifs comme celui-ci, ce dernier », étant donné que la « simple levée d’ambiguïté par le genre (ou le nombre) du pronom semble elle aussi insuffisante. » L’emploi de LEDIT peut accentuer ce phénomène de reprise nominale immédiate. En outre, « les mêmes reprises nominales à visées désambiguïsantes peuvent se faire dans des phrases différentes […] et dans ce cas aussi, ledit vient souvent souligner la répétition de l’anaphore » (Perret, 2000, 20-21).

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Que nous apprennent les textes eux-mêmes à ce propos ? Il se pourrait en effet que, afin de désambiguïser le récit, LEDIT prenne temporairement le relais des démonstratifs. Mais est-ce là l’unique correspondance entre les deux déterminants ? Un premier dépouillement fait apparaître que LEDIT détermine un nom humain dans la fonction grammaticale de sujet dans environ 50 % des cas dans les textes de Froissart et de Commynes, ce qui fournit déjà une indication sur le statut textuel des référents déterminés par LEDIT. En effet, le syntagme nominal (SN) contenant le déterminant LEDIT reprend souvent un référent qui joue un rôle de premier plan dans le texte. Il correspond en cela à la forme du démonstratif cestui dans les exemples (2) et (4). Il s’agit maintenant de vérifier si LEDIT partage avec les démontratifs également la valeur topicalisante.

3.1. LEDIT dans le texte de Froissart

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L’analyse des syntagmes nominaux [LEDIT N (om) humain] dans les Chroniques de Froissart fait apparaître que ce déterminant sert effectivement à (re) mettre le référent en position de saillance. Il peut s’agir de nouveaux référents qui sont introduits dans le récit (rhème) et qui sont repris comme thème dans la proposition suivante, comme en (5) :

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(5) […] et tourna en droit ce jugement sus un anciien chevalier qui presens estoit, afin que il raportast sus sa feaulté que faire avoit de tels personnes par jugement et de tels fais. Li dis chevaliers se consilla as aultres barons et chevaliers, […]. (Froissart, p. 86)

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Mais il peut tout aussi bien s’agir de référents qui avaient déjà joué un rôle de premier plan et qui ne sont plus en position de saillance à cause de l’intervention d’un autre référent ou d’une rupture d’ordre structurel. Ainsi, l’intervention d’un autre référent, sous forme d’un pronom personnel ou d’un déterminant possessif, entre la dernière mention du référent et sa reprise, peut donner lieu à une reprise via un SN comprenant LEDIT, comme le montre l’exemple (6) :

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(6) […], et en demanda consel a mesire Jehan de Hainnau qui dalés lui estoit. Li dis mesire Jehan l’en respondi et dist : […]. (Froissart, p. 732).

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De même, la reprise du référent après une rupture d’ordre structurel, comme une formule structurante ou un passage en discours direct (7), peut avoir la forme d’un SN comprenant LEDIT.

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(7) Qant messires Jehans de Hainnau les vei en celle volenté, et senti que il remonstroient raison, si leur dist : « Biau signeur, je parlerai a madame la roine, et prenderai congiet, et me departirai avoecques vous. Attendés encores un petit. » Li dis messires Jehans, qant il vei que heure fu, parla a la roine et au conte de Qent, et lor remonstra que ses gens se voloient departir et retourner en Hainnau. (Froissart, p. 95)

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Dans tous les cas, le référent est exprimé dans le contexte précédant immédiatement la reprise par le syntagme nominal comprenant LEDIT. Loin de (ou en plus de) s’en tenir à garantir la désambiguïsation référentielle, le déterminant joue alors également un rôle de marqueur de topicalisation, à la façon dont le font certains démonstratifs. L’exemple (7) montre clairement que les reprises par LEDIT peuvent coïncider avec une rupture dans le récit. Mais, à la différence des démonstratifs, ce déterminant n’opère pas directement la rupture, il ne fait que signaler que la focalisation est différente de celle de la proposition précédente. Par ailleurs, bien que LEDIT apparaisse dans les contextes que nous venons de décrire, d’autres déterminants peuvent également s’y trouver. Ces contextes ne sont donc pas exclusivement réservés à LEDIT, mais les observations démontrent que ce sont des contextes propices à l’emploi de ce déterminant.

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Par son sens même – la composante lexicale de verbum dicendi signalant explicitement qu’il a déjà été question du référent repris par [LEDIT N] – cet anaphorique est un déterminant à appariement référentiel saturé, pour reprendre la terminologie de Kleiber (1985), à cette nuance près que cet appariement référentiel peut uniquement être assuré par les informations que livre l’environnement discursif immédiat, à la différence des démonstratifs, où peuvent jouer également les informations que livre le contexte d’énonciation immédiat de l’occurrence. LEDIT est donc un déterminant exclusivement anaphorique, les emplois déictiques semblent exclus ; l’identification du référent se fait explicitement par le biais du texte.

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Or, les Chroniques de Froissart présentent également plusieurs occurrences de LEDIT déterminant un nom non humain qui n’a pas encore été mentionné littéralement auparavant. Le référent n’est pas exprimé tel quel dans les propositions précédentes, mais le syntagme résume les éléments présents dans ce contexte ; il s’agit alors de cas d’anaphore résomptive, comme on le voit en (8) et (9).

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(8) Qant tout furent entré, il desancrerent et puis traissent les voilles amont ; si esqiperent et se departirent, et avoient vent et maree pour euls. Pour ce temps estoit messires Jehans de Hainnau en la droite flour de sa jonece, et de si grant volenté que nuls chevaliers pooit estre. Et pour ce entreprist il le dit voiage si liement, et ne resongnoit painne ne peril qui li peuist avenir. (Froissart, p. 71)

(9) Et escripsi li rois d’Engleterre a messire Jehan de Hainnau et envoia ses messages, qui passerent la mer et vinrent en Hainnau, et trouverent le gentil chevalier que il demantoient, en la ville de Biaumont dont il portoit le nom, et li baillierent les lettres que il li aportoient, tant de par le roi que de par la roine d’Engleterre. Il les lissi, qant il les ot ouvertes, et comsidera conment on le prioit et mandoit. Si fu resjois de ces nouvelles, et dist que il estoit tenus de servir le roi et le pais d’Engleterre, puisque il s’estoit ahers et aloiiés a euls de foi et d’onmage ; et rescripsi au roi d’Engleterre et a la roine par ceuls meismes qui ces lettres avoient apporté. Et fu contenu ens es dittes lettres que il seroit en Engleterre, […]. (Froissart, p. 111-112)

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Il peut bien entendu s’agir d’erreurs du copiste, mais le fait qu’ils subsistent dans le texte, prouve qu’ils n’ont pas dû paraître entièrement inacceptables. Le rôle exact de LEDIT dans ces contextes pourrait se rapprocher de celui du démonstratif. Il signale soit la fin d’une séquence, comme dans l’exemple (8) où cet effet de clôture est d’ailleurs renforcé par la présence du pronom démonstratif ce, soit le début d’une nouvelle séquence, comme dans l’exemple (9), où il précède immédiatement une réponse au discours indirect. Malgré les particularités pragmatiques et discursives de LEDIT, qui permettent en principe de reprendre uniquement des éléments exprimés dans le contexte immédiatement précédent, il semble avoir dans cet emploi la valeur de déictique discursif (Himmelmann, 1996), proche des énoncés résumants du type a cestes paroles, employés si fréquemment en français médiéval pour faire redémarrer le récit (Guillot, 2005). Même si les noms déterminés par LEDIT dans ces contextes n’ont pas la même fonction résomptive que chose ou parole, le syntagme nominal « permet d’introduire un référent de discours qui n’a jamais été mentionné auparavant en tant que tel », ce qui signale que « le référent ainsi désigné est identifié de manière déictique » (Guillot, 2005, 26).

3.2. LEDIT dans le texte de Commynes

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Le fonctionnement textuel de [LEDIT N] dans les Mémoires de Commynes se rapproche à première vue de celui des Chroniques de Froissart, l’emploi le plus fréquent étant la reprise du référent en position de saillance par le SN contenant LEDIT :

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(10) Après recommença ledict Morvillier en donnant grandes et deshonnestes charges au duc de Bretaigne appelé François, disant que ledict duc et ledict conte de Charroloys là present, estant ledict conte de Charroloys à Tours, devers le roy, là où il l’estoit allé veoir, avoyent baillé seelléz l’ung à l’autre et se faisant frères d’armes. Et s’estoient baillez lesdictz seelléz par la main de messire Tanneguy du Chastel, qui […]. (Commynes I, p. 6)

(11) Ce dict duc de Bourbon estoit filz de la seur dudict duc Philippes, laquelles estoit veufve longtemps avoit, et estoit là avec ledict duc son frère et plusieurs de ses enfans, comme troys filles et ung filz. Toutesfois, I’occasion de la venue dudict duc de Bourbon estoit pour gaigner et conduyre ledict duc de Bourgongne de consentir mectre sus une armée en son pays, […]. (Commynes I, p. 9-10)

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Ce qui change surtout dans les Mémoires de Commynes par rapport aux Chroniques de Froissart, c’est qu’on trouve chez Commynes plusieurs occurrences de LEDIT au sein d’une seule proposition, comme le montrent ces deux exemples. En général, les pourcentages des occurrences du déterminant mettent en évidence une différence nette dans la fréquence du déterminant, et par suite, dans la façon dont il est employé : dans le texte de Froissart, le total des occurrences de LEDIT constitue 2 % du total des déterminants et dans le texte de Commynes, ce total s’élève à 17 %. En revanche, la fréquence des déterminants démonstratifs reste plus ou moins constante : 4 % dans le texte de Froissart, 5 % dans celui de Commynes. Les nombreuses occurrences de LEDIT qui s’enchaînent dans le texte de Commynes infirment la valeur de marqueur de topicalisation du déterminant, au point où il ne se distingue pour ainsi dire plus de l’article défini [6]   Notons en outre la présence de quelques formes comme... [6] .

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Outre sa fréquence plus élevée, un second critère permet de distinguer l’emploi de LEDIT dans les Mémoires de Commynes : la distance séparant le syntagme [LEDIT N] de son antécédent. Dans le texte de Froissart, le référent est exprimé dans la proposition précédant immédiatement celle dans laquelle figure l’occurrence de LEDIT ; dans le texte de Commynes par contre, il reprend un référent qui est exprimé soit dans le contexte immédiat, soit beaucoup plus en amont dans le texte. La distance entre LEDIT et son antécédent peut atteindre deux pages dans l’édition du texte, voire plus. L’identification du référent ne se fait dès lors pas exclusivement par le biais du texte, mais par le biais de la mémoire discursive. Dans ces conditions, il est bien étonnant de constater que le texte de Commynes ne présente en revanche qu’une seule occurrence de LEDIT dans une anaphore résomptive, le texte de Froissart présentant au contraire plusieurs occurrences de ce type. Les emplois qui dans le texte de Froissart permettaient de rapprocher LEDIT du démonstratif en tant que déictique discursif semblent absents dans les Mémoires.

3.3. Grammaticalisation et crépuscule de LEDIT vers la fin du Moyen Âge

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De ce qui précède, il est apparu qu’à l’origine, LEDIT est introduit dans un but bien précis de désambiguïsation. Le déterminant avait initialement le rôle bien précis de mettre en saillance le référent en référence intradiscursive, et dans ce contexte il était en concurrence avec certaines formes du démonstratif. Or, très vite, LEDIT a étendu son emploi à d’autres contextes, selon l’évolution qui marque tout processus de grammaticalisation. La grande distance qui sépare [LEDIT N] de son antécédent chez Commynes, sa fréquence élevée et son enchaînement au sein de la même proposition empêchent de considérer LEDIT et le démonstratif comme interchangeables.

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La grammaticalisation des démonstratifs est considérée comme un procès continu par lequel les démonstratifs déictiques s’utilisent dans un plus grand nombre de contextes possibles et deviennent des unités grammaticales ayant des fonctions syntaxiques spécifiques. LEDIT n’a jamais été un démonstratif à valeur déictique pure, mais dans le texte de Froissart, son emploi comme déictique discursif est suggéré. Or, dans les textes plus tardifs, les contextes dans lesquels ce déterminant peut apparaître sont de moins en moins restreints, au point où les reprises par [LEDIT N] ne se distinguent presque plus des reprises nominales définies. C’est là peut-être la raison pour laquelle, au XVIIe siècle, LEDIT est renvoyé au registre juridique, où il survit jusqu’à nos jours, ayant regagné sa valeur anaphorique d’origine. Les autres registres de la langue semblent avoir donné la préférence au démonstratif, qui, avec ses formes de pronom et de déterminant, constitue un paradigme plus complet et équilibré que LEDIT.

4. CONCLUSION : LEDIT, QUELS CONTEXTES D’EMPLOI ?

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Les analyses du fonctionnement textuel de LEDIT dans ces textes semblent problématiser le rapport exact entre LEDIT et les démonstratifs. De fait, LEDIT est un anaphorique plus fort que l’article défini, mais il n’est pas clair de décider dans quelle mesure le renforcement référentiel par l’élément lexical permet de le rapprocher effectivement du démonstratif. Les emplois et les contextes des deux types de déterminants mettent en évidence qu’il subsiste des différences.

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Cependant, dans les textes les plus anciens, certains emplois de LEDIT rejoignent ceux des démonstratifs. En effet, en tant que déterminant à valeur de marqueur de topicalisation, LEDIT et certaines formes du démonstratif ont un emploi comparable en référence intradiscursive. Par ailleurs, LEDIT se retrouve souvent dans des contextes de rupture textuelle, sans toutefois signifier la rupture au même titre que les démonstratifs. Les emplois dans lesquels LEDIT semble proche du déictique discursif constituent le seul aspect déictique de ce déterminant, ce en quoi il se rapproche le plus des démonstratifs.

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La fréquence élevée des reprises par LEDIT dans les textes plus tardifs, même au sein d’une seule proposition, la distance plus grande qui sépare [LEDIT N] de son antécédent et sa présence dans un spectre plus vaste de contextes possibles, montrent que LEDIT a parcouru en un siècle à peu près un processus de grammaticalisation ; les emplois de LEDIT dans ces textes tardifs servent à tout sauf à la désambiguïsation.


Sources

  • Base de français médiéval, UMR 8503, CNRS/ENS-LSH
  • ENGUERRAND DE MONSTRELET, Chronique, Ed. L. Douët d’Arcq, 6 vol., Paris, 1857-1862 (Société de l’Histoire de France), réimp. New York, 1966
  • JEAN FROISSART, Chroniques, DILLER G. T., 1972, Dernière rédaction du premier livre. Ed. du ms. de Rome, Reg. lat. 869, Genève, Droz
  • JEAN MOLINET, Chroniques, Ed. G. Doutrepont O. Jodogne, Bruxelles, 1935-1937, 3 vol. (Académie royale de Belgique ; Collection des anciens auteurs belges)
  • LAURENT DE PREMIERFAIT, Des cas des nobles hommes, éd. Céline Guillot, édition du ms BN fr. 226 (thèse de l’École Nationale des Chartes), 1993.
  • MATHIEU D’ESCOUCHY, Chronique, Ed. du Fresne de Beaucourt, 3 vol., Paris, 1863-1864 (Société de l’Histoire de France)
  • PHILIPPE DE BEAUMANOIR, Coutumes de Beauvaisis, éd. A. Salmon, Paris, Picard, 1970
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Notes

[1]

Cet article doit beaucoup aux précieux conseils de Christiane Marchello-Nizia et de Walter De Mulder. Nous les en remercions de tout cœur, ainsi que de leur soutien lors de la rédaction et à tant d’autres occasions.

[2]

LEDIT renvoie à toutes les formes possibles du déterminant, y compris les formes non agglutinées (li dis). La remarque vaut pareillement pour les graphies CIST et CIL, qui renvoient à toutes les formes des deux paradigmes du démonstratif.

[3]

Sur la présence dans les chroniques médiévales d’autres éléments issus du registre juridique assurant la clarté du discours, cf. Mortelmans, sous presse.

[4]

La traduction française du De casibus virorum illustrium de Boccace par Laurent de Premierfait (1409).

[5]

La nature exacte de cette opposition sémantique a fait l’objet de mainte étude (Yvon 1951 et 1952, Price, 1968, Dees, 1971), mais comme l’a démontré Kleiber (1987) aucun des modèles proposés ne s’avère suffisant pour rendre compte de la totalité des occurrences de CIST et CIL.

[6]

Notons en outre la présence de quelques formes comme Ce dict duc de Bourbon en début de proposition dans le texte de Commynes, qui sont à distinguer des SN [LEDIT N].

Résumé

English

Ledit vs the demonstratives in Middle French : contexts of use
The anaphoric determiner ledit was introduced in vernacular prose texts by the end of the Ancient French period, and it became fairly frequent in Middle French. This article compares the contexts in which ledit is used to those of the different paradigms of the demonstrative in Middle French, and this in order to shed light on the sudden appearance and the relatively high frequency of this new determiner in Middle French prose texts. The semantic opposition between the different paradigms of the demonstratives in this period was less marked than in earlier periods, and this was the result of a process of grammaticalization that started around 1200 and, by the end of the 15th century, resulted in the demonstrative paradigm as we know it today. In this period of history, the anaphoric determiner ledit appeared in prose texts. An analysis of the contexts of its use shows that, whereas it was originally used to resolve ambiguous reference in contexts similar to those of the demonstratives, ledit gradually lost some of its original semantic value to end up as a marker of definiteness by the end of the 15th century.

Plan de l'article

  1. INTRODUCTION
  2. 1. LEDIT DANS LA PROSE LITTÉRAIRE EN MOYEN FRANÇAIS
  3. 2. LA FONCTION TEXTUELLE DU DÉMONSTRATIF EN MOYEN FRANÇAIS
  4. 3. LE FONCTIONNEMENT TEXTUEL DE LEDIT EN MOYEN FRANÇAIS
    1. 3.1. LEDIT dans le texte de Froissart
    2. 3.2. LEDIT dans le texte de Commynes
    3. 3.3. Grammaticalisation et crépuscule de LEDIT vers la fin du Moyen Âge
  5. 4. CONCLUSION : LEDIT, QUELS CONTEXTES D’EMPLOI ?

Pour citer cet article

Mortelmans Jesse, « LEDIT vs le démonstratif en moyen français : quels contextes d'emploi ? », Langue française 4/ 2006 (n° 152), p. 70-81
URL : www.cairn.info/revue-langue-francaise-2006-4-page-70.htm.
DOI : 10.3917/lf.152.0070

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