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Le Carnet PSY

2003/7 (n° 84)


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Ruth Lebovici nous a quitté le vendredi 22 août après avoir lutté courageusement contre la maladie. Elle était une amie fidèle de la rédaction. Son attention, sa liberté de pensée nous manqueront. Née en Alsace, en 1913 dans une famille juive traditionnelle, Ruth affirma très tôt son désir d’indépendance et de modernité. Elle remplaça très vite ses cours d’éducation religieuse par des cours de mathématiques et fut la seule fille en math-élem dans une classe de garçons. Elle illustrait par là même le combat des femmes de sa génération pour l’émancipation.

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Ruth Lebovici croyait aux valeurs universelles, celles de la raison, comme aux valeurs républicaines, laïques, que lui avait transmises son grand-père, instituteur de la 3e république. Avec Serge, son mari, qui avait été protégé pendant l’Occupation par les résistants communistes, Ruth fût une militante engagée. Elle appartint quelque temps après la guerre au Parti Communiste.

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Ruth était une survivante. Son père, Charles Roos, ses 4 oncles et tantes, ses 3 cousins et cousines, avaient été arrêtés par la Milice à Lyon, et déportés vers les camps en juin 44. Après la guerre, Ruth, qui avait été professeur de mathématiques, choisit de devenir psychanalyste, partageant au plus près la vie de son mari, un mari qu’elle aimait et qu’elle ne cessa d’accompagner toute sa vie. Ruth est toujours restée discrète à côté de Serge tout en gardant son caractère et son indépendance. Elle l’initia à la musique, lui fit découvrir Wagner, ainsi qu’à ses filles et à ses nombreux amis. Ce n’était pas facile à cette époque de retourner en Allemagne au festival de Bayreuth, après la Shoah, après la destruction d’une grande partie de sa famille. Mais Ruth croyait en la vie, à la fraternité des peuples au-delà des frontières, à l’Europe d’aujourd’hui et de demain, à la culture enfin qui s’oppose aux régressions barbares. Ruth était une femme courageuse. Voulant encore espérer contre toute évidence, elle se rendit seule à la Gestapo, à Paris, en Août 42, pour tenter de sauver son beau-père, Solo Lebovici, arrêté la veille par la police de Vichy. Ruth, bien que juive, ne portait pas l’étoile, ce qui la sauva. Les allemands se contentèrent de l’admonester parce qu’elle avait épousé un juif, en lui conseillant de divorcer.

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C’est cette image que nous voulons conserver d’elle, celle d’une femme qui croyait au pouvoir du langage, au pouvoir des mots, à l’échange encore possible entre les hommes. Psychanalyste, membre de la Société Psychanalytique de Paris, Ruth utilisa, pendant toute sa vie, les ressources du langage pour changer les êtres, les aider à progresser, les aider à se transformer.

Pour citer cet article

Missonnier Manuelle, « Hommage à notre amie Ruth Lebovici », Le Carnet PSY, 7/2003 (n° 84), p. 27-27.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-carnet-psy-2003-7-page-27.htm
DOI : 10.3917/lcp.084.0027


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