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Le Carnet PSY

2005/3 (n° 98)



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Au Canada, la psychothérapie n’est pas une profession réglementée et ne nécessite pas d’être titulaire d’une licence. Aucune autorisation n’est nécessaire aujourd’hui pour exercer ; au Québec, ces trois dernières années, les représentants des psychiatres, psychologues, travailleurs sociaux ont eu de nombreux débats au sujet de la mise en place de normes et de programmes de formation. La psychothérapie est pratiquée par des individus formés et non-formés. Il n’existe pas de normes régissant la formation et la pratique. Toutefois, dans la plupart des cas, le praticien a bénéficié d’une formation et est soumis au code déontologique. Beaucoup de praticiens ou de professionnels cherchent à effectuer une formation complémentaire par le biais de programmes de formation à la psychothérapie, d’ateliers ou de séances individuelles de supervision. Toutefois, il existe des praticiens qui ne sont membres d’aucune discipline réglementée. La majorité des psychanalystes exercent plusieurs spécialités et ne se limitent pas à l’activité psychanalytique pure. Certains psychanalystes préfèrent diversifier leur champ d’activité car les patients recourant à l’analyse sont moins nombreux que ceux réclamant une psychothérapie. La plupart des psychanalystes pratiquent des psychothérapies psychanalytiques, mais certains proposent également différentes thérapies à court terme.

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L’Institut Canadien de Psychanalyse forme des psychanalystes dans des instituts auxiliaires situés dans les villes de trois provinces. Certaines branches de la Société et de l’Institut Canadien de Psychanalyse, en plus de former des psychanalystes, proposent des programmes de formation en psychothérapie destinés à des étudiants dont ce n’est pas la spécialité (soit des étudiants en médecine, en psychologie, en art). Les diplômés sortant de ces programmes de formation ont la possibilité de devenir membres temporaires des instituts auxiliaires, mais il leur est impossible de devenir membres permanents de la Société Canadienne de Psychanalyse. A Toronto, la Société de Psychanalyse de Toronto (et non l’Institut de Psychanalyse de Toronto) propose un programme de formation à la psychothérapie psychanalytique, aux cliniciens ne suivant pas de formation à l’analyse.

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Certains membres de la Société et de l’Institut Canadien de Psychanalyse enseignent dans les universités. Cependant, la psychanalyse ainsi que les théories psychanalytiques ne sont plus aussi populaires dans les universités, en particulier dans les départements de psychiatrie et de psychologie. Les psychothérapies sont aujourd’hui à la mode à l’inverse de la psychanalyse et des théories psychanalytiques qui suscitent une certaine hostilité. Depuis les années 80, la génétique et les neurosciences ont pris le pas dans les universités sur les sciences humaines. La psychanalyse pourrait même ne plus faire partie des enseignements dispensés dans les départements de psychiatrie et de psychologie de grand nombre d’universités. Jusqu’à la fin des années 70, la psychanalyse était populaire car elle était perçue comme un élément émancipateur ainsi que comme une théorie et un traitement clinique formidable. Dans les années 80, une désidéalisation et une certaine déception sont apparues.

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Les thérapies comportementales avaient gagné en popularité et la psychanalyse était perçue comme n’étant pas fondée sur un processus empirique et comme un procédé non scientifique et inefficace, etc. Dans la psychiatrie comme dans le reste du milieu médical, la nécessité impérieuse de fonder les résultats sur des preuves a conduit à l’apparition d’un grand nombre de psychothérapies à court terme. Les instituts Psychanalytiques ne sont pas parvenus à améliorer les résultats des méthodes de recherche pendant les années 50, 60, et 70 et ceci a certainement contribué à ce que les universités se détournent de plus en plus de l’enseignement de la psychanalyse. L’histoire de l’évolution de la psychanalyse au Canada est importante, car elle met en parallèle l’étude de celle-ci au sein des études psychiatriques et dans les travaux universitaires. Dans les années 50 à Montréal, le président du département de psychiatrie a soutenu les projets visant à mettre en place les formations à la psychanalyse afin de faire diminuer le nombre de psychiatres et de résidents partant pour les Etats-Unis et l’Europe à la recherche de programmes de formation à la psychanalyse.

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Le programme McGill de formation à la psychanalyse a rempli sa mission : mettre en place des programmes de formation au Canada. Dans les année 60, ceux qui désiraient adhérer à un programme de formation à la psychanalyse devaient se rendre à Montréal pour y suivre des séminaires. Les psychanalystes de Toronto commencèrent à examiner la possibilité de mettre en place des programmes de formation à la psychanalyse dans leur ville. A Montréal, les psychanalystes réclamaient que la formation soit dispensée en français. Les formations en français débutèrent en 1967 et les formations à Toronto, en 1969. Les trois instituts auxiliaires, crées en 1967 étaient : la Société Canadienne Psychanalytique (SCP) siégeant au Québec anglais, la Société Canadienne de Psychanalyse (section française) et la Société Canadienne Psychanalytique pour sa part située en Ontario. Très vite la section française changea de nom et devint la Société Psychanalytique de Montréal (SPM) et la SCP en Ontario prit le nom de Société Psychanalytique de Toronto (SPT) en 1972, lorsque fut crée l’institut auxiliaire d’Ottawa. Les instituts auxiliaires crées ultérieurement comprennent le SCP (Canada Occidental), l’Institut auxiliaire du Sud-ouest de l’Ontario (ISOO) et la Société Psychanalytique de Québec siégeant à Québec.

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L’Institut Psychanalytique de Toronto, l’Institut du Québec anglais, l’Institut Psychanalytique de Montréal et l’Institut de Vancouver proposent des formations complètes. Une formation est également disponible en Ottawa. Cette dernière est dispensée en collaboration avec la section du Québec anglais. Pour être membre du SCP, il faut être diplômé d’un institut auxiliaire, diplômé de l’Institut National, obtenir le consentement du comité d’adhésion d’un des instituts auxiliaires, une voix du comité général annuel, le consentement du comité national d’adhésion et pour finir, un scrutin par correspondance au cours duquel le candidat devra recueillir 2/3 des voix. La procédure permettant de devenir membre de l’Institut varie d’une section à l’autre mais exige toujours la distribution d’un communiqué à l’ensemble de ses membres afin de les informer préalablement à ce vote par correspondance. Environ 15 % des psychanalystes au Canada sont membres de l’Institut.

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Au Canada les formations à la psychanalyse suivent les normes édictées par l’IPA (Association Psychanalytique Internationale), mais chaque institut développe des techniques d’approches différentes. Les sections anglaises s’alignent de plus près sur ces normes à l’inverse des sections françaises qui calquent leurs formations sur le modèle français. Les membres de ces instituts parlant français entretiennent bien évidemment des contacts avec la France. Un grand nombre d’entre eux participent au Congrès des psychanalystes de langue française qui s’est déroulé chez nous à plusieurs reprises.

Au cours des années, les programmes d’enseignement de l’Institut Psychanalytique de Montréal ont fini par être similaires à ceux des Instituts de Paris. Les séminaires ne sont pas définis par année, mais désignés par sujet et sont repris d’une année sur l’autre. Les candidats suivent les séminaires de leur choix et se présentent à l’examen final une fois qu’ils se sentent prêts. Alors que seuls des professeurs en psychanalyse peuvent dispenser ces formations, il existe également une catégorie de psychanalystes expérimentés dits “habilités”, qui sont considérés comme étant qualifiés pour psychanalyser les candidats (le fait que l’enseignement soit dispensé lors des séminaires par des psychanalystes n’étant pas membres est commun à tous les instituts auxiliaires- à Toronto et dans la section du Québec anglais). Les instituts auxiliaires de langue anglaise suivent le modèle d’enseignement dispensé à Eitington. En dépit de l’hétérogénéité des formations, il n’y a eu au Canada aucune tentative visant à imposer une uniformité en ce qui concerne la théorie. Les disciples de Freud et les théoriciens ont eu une influence plus marquée à Toronto ; quant aux théories Lacaniennes c’est dans la Société psychanalytique de Montréal que leur influence s’est faite sentir. En dépit de l’hétérogénéité des formations, les normes édictées par l’IPA sont maintenues, ce qui garantit une certaine homogénéité dans la pratique et l’éthique psychanalytique.

Pour citer cet article

Iseman David, « Le statut du psychothérapeute et du psychanalyste au Canada », Le Carnet PSY 3/ 2005 (n° 98), p. 36-37
URL : www.cairn.info/revue-le-carnet-psy-2005-3-page-36.htm.
DOI : 10.3917/lcp.098.0036


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