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Le Carnet PSY

2005/7 (n° 102)


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Au commencement était le psychodrame psychanalytique de groupe, créé et inauguré auprès d’enfants par les efforts conjugués de R. Diatkine, E. et J. Kestemberg, et S. Lebovici. Leur article, que l’on peut considérer comme fondateur, Bilan de dix ans de pratique psychodramatique chez l’enfant et l’adolescent, paru en 1958 dans La Psychiatrie de l’enfant, en témoigne.

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Le renoncement à la technique de groupe au profit du psychodrame psychanalytique individuel repose essentiellement sur la question du transfert, une question qui n’a cessé d’évoluer au fil du temps et qui permet de définir la spécificité de cette pratique élargie à l’adulte.

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Les deux constantes dans la dynamique de groupe qui venaient faire obstacle, ou tout au moins compliquer le maniement du transfert des patients, sont les phénomènes de “résonance”, correspondant à la révivis-cence, chez les membres du groupe, d’un affect vécu par l’un d’eux, et les phénomènes d’ “interférence”, qui suscitent la mise en jeu de mécanismes de défense du moi liés à une pulsion exprimée ou réalisée par l’un des membres du groupe.

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Ainsi, les interactions dans les groupes de patients rendaient difficile ou même impossible la visée interprétative, telle qu’elle était envisagée, c’est-à-dire sur le modèle de la cure de divan. D’où le passage au psychodrame psychanalytique individuel. De plus, en affirmant une adéquation totale avec la cure classique, il s’agissait de donner ses lettres de noblesse à cette nouvelle technique, dont la visée était l’ “oedipification” des patients difficiles.

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C’est ainsi que, selon une problématique exclusivement oedipienne, le meneur de jeu représentait une imago parentale, le groupe des thérapeutes le rival oedipien, plus accessible au patient du fait de la pluralité des thérapeutes. Les séquences filmées en 1965, véritable document historique, dans la collection A l’aube de la vie, montre à l’évidence une technique appelée à évoluer.

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Au fil du temps et de l’expérience acquise, en s’affinant, le psychodrame psychanalytique individuel se dégage du modèle oedipien et révèle le bien fondé d’une approche particulièrement adaptée aux patients qui, en raison de leur mode de fonctionnement et de la fragilité ou de la précarité de leur système défensif, ne peuvent tolérer la relation duelle de la cure classique.

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Dans l’ouvrage de 1987, Le psychodrame psychanalytique, E. Kestemberg et P. Jeammet insistent sur la mise en représentation possible de la problématique du Moi. Le psychodrame convient en effet au mode de fonctionnement psychotique dans la mesure où il s’appuie sur les mécanismes de projection et de clivage pour mieux les subvertir. Il permet d’ouvrir un espace à partir du “collapsus psychique” intervenu chez certains patients par échec du refoulement, fermeture à l’inconscient, condensation des instances et des imagos.

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Pour les patients psychotiques, la question du transfert, levier de toute approche analytique, reste cependant au premier plan, soit qu’elle révèle une massivité liée à la violence pulsionnelle, soit à l’opposé une inhibition tout aussi massive en réponse à l’envahissement pulsionnel. Mais, la fragmentation transférentielle, rendue possible par la multiplicité des thérapeutes, offre au moi du patient, dans et par le dispositif même qui leur est proposé, d’allier la diffraction du moi par le jeu avec les thérapeutes et l’unité reconquise avec le meneur de jeu, garant narcissique du patient.

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De plus, le psychodrame psychanalytique individuel, mené parfois en parallèle avec une analyse de divan ou de face à face, offre au patient la possibilité d’une émergence de mouvements psychiques restés inhibés ou clivés. Il lui est ainsi proposé, à l’intérieur d’un dispositif rigoureusement balisé, un autre cadre, un autre lieu, un autre temps, où l’acte et le corps -le geste, le mouvement, autant que la parole- sont présents, où une zone de confusion ou de morcellement, soit trop envahissante soit tenue isolée, peut sans risque se déployer. Il s’agit là d’un amènage-ment particulier de la technique psychanalytique, du recours à une mise en acte des clivages plus radicale encore que celle qui se joue habituellement.

Ainsi, le dispositif du psychodrame psychanalytique individuel permet que soit transféré, au sens d’un déplacement et d’un investissement, ce qui était resté figé. Un “transfert” qui préside à une remise en route des sensations et des perceptions, qui opère une ouverture et un assouplissement. Il contribue, par le jeu des identifications, à construire entre acte et pensée, entre fiction et réalité, une histoire qui, dans ses différentes versions, doit donner au patient l’accès à sa propre histoire, ou à une part de son histoire restée clivée, et la possibilité de se la représenter.

Pour citer cet article

Abensour Liliane, « Le psychodrame psychanalytique individuel », Le Carnet PSY, 7/2005 (n° 102), p. 20-21.

URL : http://www.cairn.info/revue-le-carnet-psy-2005-7-page-20.htm
DOI : 10.3917/lcp.102.0020


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