Le Coq-héron 2005/1
Le Coq-héron
2005/1 (no 180)
180 pages
Editeur
I.S.B.N. 2749204062
DOI 10.3917/cohe.180.0015
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Dossier I : Cancer : trauma, soin, créativité

Vous consultezIntroduction aux premières journées de l’association Psychisme et cancer

AuteurPierre Baldeyrou du même auteur



Chers Collègues,

2 Mesdames, Messieurs,

3 Chers Amis,

4 C’est un grand plaisir pour moi, et aussi une profonde émotion, d’inaugurer aujourd’hui les premières journées de l’association Psychisme et Cancer. Comme l’a rappelé Étienne Caniard, cette aventure a commencé il y a plus de douze ans, par une série de rencontres dont je vous dirai très brièvement un mot. La première rencontre fut, pour moi, la lecture de Mars, de Fritz Zorn. J’avais déjà quelques années d’expérience clinique en cancérologie, et ce récit m’a profondément frappé au sens où, d’emblée, il m’a évoqué plusieurs de mes patients, dont j’avais perçu la souffrance psychique profonde sans pouvoir, de ma place, leur venir très efficacement en aide. Disons que Zorn m’a éclairé tout en éveillant ma curiosité, pour un domaine dont j’ai perçu alors plus précisément l’importance. Quand Pierre Cazenave est venu me consulter pour son cancer, il a rencontré cette curiosité car son questionnement clinique, en tant que psychanalyste, rejoignait celui de Zorn. Et quand Brigitte Benoît-Latour est venue me consulter à son tour, la détresse que j’ai perçue chez elle m’a conduit à l’adresser à Pierre Cazenave. C’est ainsi que s’est constitué le trio fondateur de l’association, et c’est ce qui me vaut, aujourd’hui, d’en être le troisième président, après Pierre Cazenave puis Françoise Bessis, qui avait pris son relais et créé le centre qui porte aujourd’hui son nom. Les liens que j’avais moi-même avec Étienne Caniard et la Fondation de l’avenir ont permis de donner à cette association sa dimension à la fois d’aide psychique et de recherche clinique.

5 C’est cette double dimension qui fait l’originalité de cette entreprise, et, depuis plus de douze ans, je travaille en collaboration avec les analystes du centre, qui sont pour moi, dans ma pratique, des relais et des interlocuteurs précieux. La question du lien entre psychisme et cancer reste, me semble-t-il, une question ouverte qui dynamise cette recherche. De la place que j’occupe, il me paraît clair que le cancer fait souvent émerger, chez les malades, une souffrance présente depuis longtemps et qui, à ce moment-là, est susceptible d’être prise en charge avec les moyens spécifiques qu’elle requiert. De plus, mon expérience clinique de cancérologue m’amène à constater que l’immense majorité des malades très gravement atteints et qui ont été guéris – des malades que la médecine scientifique aurait été portée à condamner – ont tous entrepris quelque chose qui n’était pas du ressort de cette médecine scientifique. Ce n’est pas toujours une démarche analytique, mais c’est tout de même très souvent le cas. Si l’on peut faire l’hypothèse que la confrontation à ces détresses profondes, jamais traitées auparavant, relance durablement le désir de vivre, on ne peut, me semble-t-il, en faire une théorie. Il n’en demeure pas moins essentiel, à mes yeux, qu’une collaboration s’instaure entre les spécialistes que nous sommes et les psychanalystes qui, eux, peuvent entendre et accueillir ces détresses que nous percevons souvent, que parfois même nous ne percevons pas d’emblée et qu’il faut apprendre à deviner. Car c’est de notre collaboration entre professionnels que dépend une meilleure prise en charge globale des malades. C’est donc pour développer ce dialogue indispensable entre les soignants que ces premières journées ont été organisées. Ce sont, à ce titre, des journées de travail, et je ne doute pas qu’elles seront fécondes. Merci d’être venus si nombreux, et de témoigner ainsi que notre recherche vous intéresse.

 

POUR CITER CET ARTICLE

Pierre Baldeyrou « Introduction aux premières journées de l'association Psychisme et cancer », Le Coq-héron 1/2005 (no 180), p. 15-16.
URL :
www.cairn.info/revue-le-coq-heron-2005-1-page-15.htm.
DOI : 10.3917/cohe.180.0015.