2005
Le Coq-héron
Actualités
Vers un démantèlement des objectifs de liaison et de proximité thérapeutiques ?
Mireille Fognini
Après la décision administrative de fermeture d’un centre de crise du 11e arrondissement de Paris, le cac, décision suspendue par le ministère, d’autres menaces du même genre semblent peser sur les avancées du travail de soins psychiatriques de secteur, qu’un secteur dépende directement d’une gestion de l’hôpital public ou d’une convention avec une association de gestion.
Gérées par convention depuis plus de trente ans par l’Association de prévention de soins et d’insertion – ex-acmpp – (missionnée pour la création très récente d’un cattp à Boissy et d’autres services de soins et d’insertion dans le Val-de-Marne), les équipes des cmp de Boissy-Saint-Léger et de Maisons-Alfort risquent ainsi de se retrouver très bientôt confrontées à une désorganisation profonde de leurs objectifs d’accompagnement thérapeutique des patients, avec les conséquences qui en découlent sur les suivis et les besoins de la population.
Depuis mai 2004, la mobilisation des salariés de cette association apsi, de leurs représentants élus et au conseil technique, de leur direction et de leur conseil d’administration, a été massive et soutenue afin de maintenir et de préserver les conditions de travail de soins en ces cmp.
Élus locaux, élus du conseil général et de l’Assemblée nationale ont également protesté, soulignant leurs inquiétudes d’avoir à subir la destructuration de ces services qui contribuent aux soins, à l’insertion et à la prévention de désordres privés et publics, dans un cadre local adapté. Après diverses rencontres avec les « décideurs » administratifs concernés ayant élaboré leur projet à l’insu du gestionnaire et des équipes thérapeutiques, il a pu être constaté que les motifs d’un projet de déconventionnement de ces cmp restaient obscurs, contradictoires, paradoxaux, personnalisés et injustifiés, ne serait-ce qu’en référence aux politiques de santé prônant les soins de proximité, le désengorgement des services d’urgence et les restrictions budgétaires de tous ordres.
On aurait peine à comprendre aisément les enjeux latents pouvant fonder de tels projets de réorganisation, si on néglige que cela intervient dans un contexte crucial, celui où la psychiatrie traverse une crise de pénurie en médecins-psychiatres et en pédopsychiatres, avec de nouveaux conflits d’identité et de pratique où les batailles d’hégémonies théoriques risquent de déplacer implicitement ou non les idéologies soignantes au sein même des institutions.
En conséquence, à l’heure où on justifie des budgets financeurs de recherches dites « scientifiques » et « déterminantes » sur l’origine de l’autisme (cf. n° 179 du Coq-Héron), ainsi que de coûteuses et sophistiquées machines à traiter les « bipolaires » (terminologie désormais en vogue pour tout patient auparavant référencé sous la désuète nosologie de patient « maniaco-dépressif »…), ne serions-nous pas confrontés avec ce projet hospitalo-centriste à l’installation progressive et inavouée d’un nouveau type d’expérience centralisatrice d’une psychiatrie devenant enfin « scientifiquement » démontrable (!), capable de s’intégrer statistiquement et rationnellement aux programmes de rentabilité financière d’une santé publique ?
Quelques questions s’imposent pour explorer, valider ou invalider une telle hypothèse. Ces questions gardent leur pertinence dans tous les moments où une administration d’État projette ou décide des changements de gestion dans les structures de santé – et surtout celles de santé mentale – de ses populations.
Au nom de quelle économie financière, psychique et groupale, au profit de quelle idéologie déclarée ou rampante faudrait-il changer la gestion thérapeutique et financière d’une structure soignante ? En quels buts s’imposerait-il de modifier les conditions de soins des patients et de travail des soignants ? Pour qui, pour quoi, et en fonction de quels nouveaux et autres moyens thérapeutiques et budgétaires ?
Détails et suites de cette situation consultables sur le site : http:/ ce. apsi. free. fr.