2005
Le Coq-héron
Dossier : Devenirs des traumas et des traumatismes - 2. Traumatisme précoce, résilience, accompagnement thérapeutique : Colloque de la Martinique de 2002
Introduction
Nancy Pascal-Clodion
Les Journées de pédopsychiatrie de la Martinique représentent chaque année, depuis seize ans, un temps fort où les équipes des trois intersecteurs de psychiatrie infanto-juvénile de la Martinique se réunissent afin de réfléchir et d’échanger sur leur pratique. Traditionnellement organisées à tour de rôle par l’un des intersecteurs de pédopsychiatrie, la préparation de ces Journées qui ont lieu au mois de décembre mobilise ce secteur dans la recherche d’un thème sensible ou innovant. Le thème retenu pour ces seizièmes Journées de pédopsychiatrie organisées par l’intersecteur Nord de psychiatrie infanto-juvénile fut : « Traumatisme précoce, résilience et désir de vivre, et la place de l’accompagnement thérapeutique ».
Ce qui nous souciait plus particulièrement au début de l’année 2002 était le suivi des enfants en situation de blocage cognitif. Incidemment, cette année était marquée par la commémoration du centenaire de l’éruption de la montagne Pelée, ayant provoqué le 8 mai 1902 la mort de trente mille personnes dans la ville de Saint-Pierre. Comme de bien entendu, il n’en a jamais été question au cours de la préparation de ces Journées…. Travail de mémoire ?
Dans l’analyse des antécédents de ces enfants meurtris, nous avions souvent des « dégâts visibles » causés par une histoire de (dé)placement, une hospitalisation douloureuse, parfois loin de l’entourage familial en raison de pathologies traitées en France métropolitaine, des difficultés intrafamiliales. Mais quelquefois, il était aléatoire de repérer une souffrance qui ne s’énonçait pas comme elle s’inscrivait. Nous avons donc éprouvé le besoin de définir ce que nous qualifions de traumatisme précoce. Nous avions besoin de partager nos expériences cliniques mais aussi nos représentations personnelles et culturelles.
Yves Hatchuel nous a livré ses réflexions sur la douleur en néonatalogie et sur son impact sur le développement à partir de son expérience clinique en pédiatrie. Son objectif nous laisse entrevoir la représentation que le réanimateur peut avoir du traumatisme en néonatalogie, comment il traite la question de la douleur et son inscription dans la mémoire de l’enfant. Échanges de représentation et questionnement : quelle représentation pour l’enfant nouveau-né ?
Mireille Fognini nous a permis d’élaborer sur la qualité et sur la complexité du traumatisme ; son exposé riche est une proposition de compréhension des mécanismes et de « l’imbrication » d’inscriptions traumatiques. Une hypothèse sur le fonctionnement de ces blessures mal repérables.
Nous avons repensé à quelques enfants sur « lesquels nous ne comptions pas beaucoup » selon l’expression martiniquaise, mais qui nous ont surpris par leur évolution remarquable. Nous nous sommes interrogés sur cette étonnante capacité, sur le désir que ces enfants avaient de « s’en sortir », sur leur désir de vivre enfin, cette force qui catalysait la reprise de leur développement. Nous avons voulu mieux comprendre les mécanismes de la résilience. Le film remarquable de l’équipe de l’intersecteur Centre présenté par Régis Brunod en a été une exemplaire illustration. Boris Cyrulnik a su nous donner dans sa vibrante et vivante communication les images pour en saisir le concept.
Enfin nous nous sommes interrogés sur les moyens d’accompagnement thérapeutiques originaux à mettre en œuvre, les représentations mentales à favoriser afin de soutenir ces enfants dans leurs efforts d’épanouissement. À l’instar de l’enfant fracassé, quelles astuces devrons-nous inventer pour échapper à l’adversité annoncée ?
Ce débat ouvert lors de nos journées s’est poursuivi en 2003 par l’utilisation du conte comme « tuteur de résilience » dans la prise en charge thérapeutique, projet sur lequel travaille actuellement l’équipe du cmp/cattp de Saint-Pierre qui avait présenté son outil à l’occasion de cette rencontre.
Nous avions sollicité des présentations cliniques des psychiatres, des psychologues de centres médico-psychologiques, de pédiatres en consultation hospitalière, d’éducateurs de l’unité éducative en milieu ouvert de la pjj, afin de mettre en évidence la force des intrications que nous observons dans nos analyses quotidiennes.
Ces mémorables Journées de 2002 nous laissent heureux d’avoir su concrétiser notre partenariat par les présentations cliniques de tous, les collègues du réseau avec des confrontations d’idées et des efforts de théorisation pour éclairer avec créativité ces concepts complexes de traumatismes précoces et de résilience.