Le Coq-héron
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I.S.B.N.2-7492-0409-7
168 pages

p. 162 à 163
doi: en cours

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Livres reçus

no 183 2005/4

Charlotte Beradt, Rêver sous le IIIe Reich , Préface de Martine Lebovici, postface de Reinhart Koselleck et de François Gantheret. Traduit de l’allemand par Pierre Saint-Germain. Paris, Payot, coll. « Petite bibliothèque Payot », 2004, 239 p., 8,40 euros. ISBN 2-228-89895-3

Selon Walther Benjamin, rendre compte d’une époque, c’est aussi rendre compte de ses rêves. Charlotte Beradt (1901-1986), opposante de la première heure au régime hitlérien, conçut dans une volonté de résistance une étrange entreprise, comme si elle avait voulu appliquer le principe benjaminien. De 1933 à 1939, elle décide de recueillir les rêves de femmes et d’hommes ordinaires afin de mesurer combien le nouveau régime « malmenait les âmes ». Convaincue de ce que ce matériel serait riche d’enseignements sur les affects et les motifs des êtres qui subissent l’insertion dans le mécanisme totalitaire, elle rassembla 300 rêves. Ce n’est qu’en 1966, longtemps après son propre exil, qu’elle décida de tirer une œuvre de cette curieuse expérience.
Trois caractères font de cette œuvre un ouvrage exceptionnel : (1) Comme l’écrivit Bruno Bettelheim, lire ce recueil de rêves est bouleversant quand on s’aperçoit combien efficacement le IIIe Reich « assassina » le sommeil « en détruisant notre capacité de restaurer notre force émotionnelle grâce aux rêves ». À lire Charlotte Beradt, on comprend jusqu’où s’étend l’emprise de la domination totale, à savoir, jusqu’à la vie onirique même. (2) À travers les rêves s’effectue une présentation inédite de la servitude volontaire en régime totalitaire, prise dans toute sa complexité, avec ses oscillations, ses retournements éventuels, sa dynamique imprévisible. (3) Enfin, le livre de Charlotte Beradt a valeur d’instrument de connaissance, car, de façon surprenante, ceux qui ont rêvé sous la dictature ont souvent pressenti les développements du régime totalitaire et anticipé sur les analyses les plus élaborées qui en ont été proposées.

Maurice Dayan, Le rêve nous pense-t-il ? , Paris, puf, coll. « Bibliothèque de psychanalyse », février 2004, 336 p., 26 euros. ISBN 2-13-053971-8

Que les rêves donnent à penser à l’état de veille, des traditions millénaires l’attestent, ainsi que la psychanalyse et certaines sciences contemporaines. Tout autre est cependant la question du penser, tel qu’il paraît se produire dans la solitude du rêve même, sous la condition du sommeil. Faut-il dire que le rêveur ne pense pas, qu’il pense autrement que le veilleur, ou qu’il est à la fois l’objet et l’unique témoin d’un penser autre, qui se révèle à lui tout en se dérobant ? Partant de ces paroles qui disent les choses rêvées, s’efforçant de remonter jusqu’à leur lieu de naissance, Maurice Dayan redéploie sous le jour de cette question radicale la double problématique de la formation et de l’interprétation du rêve. C’est de longue date, en praticien de l’analyse, qu’il mène son interrogation et réfléchit à l’expérience clinique ; mais c’est aussi en lecteur critique de Freud et de bien d’autres auteurs venus de divers horizons philosophiques et scientifiques. À l’opposé des démarches qui traitent le rêver comme un objet parmi d’autres de la pensée vigile, il le considère comme un mode irréductible du penser, dont il n’existe pas de prototype ni de véritable équivalent dans la vie de veille. Ce mode de penser se situe pour l’essentiel en deçà de l’activité consciente du rêveur, effet-sujet astreint à suivre le déroulement d’une séquence qui s’improvise comme une mise en forme événementielle d’excitations endogènes.
Du langage de l’interprétation jusqu’aux matrices du penser rêvant – anonyme quoique singulier – on découvrira cette manière originale d’aborder l’invention du rêve.

Christine Loisel-Buet, La danse à l’écoute d’une langue naufragée , Toulouse, érès, coll. « Hypothèse », février 2004, 190 p., 23 euros. ISBN 2-7492-0263-9

Certaines personnes ont rencontré dans leur histoire une catastrophe de ce qui fonde l’humain (inceste, meurtre, torture, déportation…). Elles ont dû vivre l’effondrement des lois fondamentales qui ordonnent les rapports entre les hommes et garantissent les bases du langage. Cet effondrement a entraîné une rupture de la transmission et l’impossibilité d’inscrire ce qui se trouve dès lors condamné à l’errance. On peut ainsi parler de catastrophe du lien social ou de catastrophe du symbolique. De telles situations mettent à mal le sujet, comme si une part de lui restait emprisonnée dans un impossible à symboliser, à relier, à transmettre et à oublier. Cette part « hors sujet » passe intacte par le corps, elle traverse la personne et (ou) ses descendants sous forme de symptômes physiques (maladies), sensoriels (hallucinations), dans des passages à l’acte (répétition du meurtre ou de son équivalent), ou sous forme de souffrance morale intense en rapport avec le vide (dépression mélancolique).
C’est la danse contemporaine associée à son chemin en psychanalyse qui a donné à l’auteure ses premiers repères pour aborder un travail où les outils classiques de la psychanalyse (neutralité bienveillante, analyse des processus de langage et des rêves visant à lever le refoulement) ne fonctionnent pas. Issues du chemin parcouru avec des enfants ayant subi des atteintes précoces du corps (maladies graves ayant entraîné des hospitalisations longues et nombreuses, maltraitances ayant entraîné des placements multiples), les situations cliniques présentées montrent comment l’émergence d’histoires (contes ou théories) permet de passer d’un texte mort, retranché par le traumatisme, à une langue vivante, indispensable au rétablissement du lien social. L’ouvrage fait également ressortir l’inadéquation de certains schémas théoriques actuellement en vigueur et des institutions qui s’y réfèrent.

Anne Gatecel, L’imaginaire , Paris, Bayard, coll. « La vie de famille », septembre 2004, 140 p., 13,90 euros. ISBN 2-227-47319-3

Anne Gatecel en appelle ici aux parents et aux professionnels de la petite enfance. De plus en plus d’enfants viennent en consultation pour des troubles d’apprentissage ou du sommeil. Derrière ces symptômes se cache souvent une difficulté d’accès à l’imaginaire. Ces enfants nous rappellent l’importance de cette disposition pour l’équilibre psychique et somatique de tout être humain. Cela commence in utero ; l’imaginaire constitue une sorte de « soupape » entre le monde interne et les contraintes extérieures. L’imaginaire regroupe des activités diverses et essentielles comme le jeu, la création, le rêve… Il n’y a rien de plus sérieux pour un enfant que de jouer, et de plus difficile pour ses parents que de se prêter à ses jeux. Ce livre ouvre le débat sur le prix à payer pour l’enfant de la course incessante à la performance et de la recherche de la conformité dès le plus jeune âge.
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