Le Coq-héron
érès

I.S.B.N.2749206189
182 pages

p. 178 à 179
doi: en cours

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

Lecture

no 186 2006/3

Anne Gatecel, L’imaginaire, Bayard, coll. « La vie de famille », septembre 2004

Ce petit recueil pourra sûrement être très utile aux parents pour ses qualités pédagogiques qui résument clairement l’évolution psychique de tout enfant grâce à l’exploration du jeu, ainsi que la nécessité de favoriser le développement d’un imaginaire personnel. Cela semble l’objectif de la collection qui se sous-titre « des repères pour bien vivre avec vos enfants »...
En fait il est sous-tendu par une question d’une actualité inquiétante, celle du choix d’une société où des modèles au formatage social non différencié sont surinvestis au détriment d’une subjectivation de la pensée et de l’imaginaire. Ainsi quand « l’imaginaire individuel cède la place à l’imaginaire social pourvu d’autorité », l’individu multiplie les conduites « adaptatives » et banales, et s’il devient ainsi par exemple un sujet « rentable » pour l’entreprise, il ne l’est pas forcément pour l’évolution de la société. Car, « si la société tente de nous rendre conformes (à un modèle déposé), n’est-ce pas un danger pour le devenir de l’humanité ? ».
Le développement de l’imaginaire, ce « petit espace qui permet d’être ici et là-bas en même temps », bien loin d’être néfaste, se révèle au contraire « une force grâce à laquelle nous pouvons dépasser la réalité pesante ».
En sa conclusion, Anne Gatecel insistera donc sur l’ambition de cet ouvrage très (trop ?) condensé où il s’agit de « restituer à la vie onirique une place qui doit lui revenir, mais qui ne cesse d’être occultée dans une adaptation s’effectuant à l’intérieur d’un contexte socio-culturel marqué par le banal et la conformité ».
Dans une première partie elle expose un certain nombre de mises en garde éducatives :
  • tendance exagérée des parents à remplir le temps de leur progéniture par beaucoup trop d’activités, alors qu’il faudrait leur préserver un temps pour rêver, voire « s’ennuyer » ;
  • engouement pour certains jeux formatés au modèle des jeux télévisuels, qui vont empêcher l’enfant d’imiter à sa manière et de s’inventer son propre univers personnel ; ce formatage se révèle être une forme de manipulaton psychique empêchant le jeu créatif ;
  • danger d’utilisation compulsive des jeux vidéo où l’activité pulsionnelle non liée et basée sur le couple perception/motricité, n’est pas élaborée et mentalisée par le joueur qui finit lui-même par se couper des échanges relationnels plus difficiles et frustrants ;
  • constat fréquent de l’absence de jeux symboliques chez l’enfant hyperactif ayant souvent été propulsé très tôt vers des mécanismes de protection contre la détresse d’avoir à se passer de l’objet premier relationnel.
Elle met ensuite en valeur la créativité sublimatoire de l’enfant et les fonctions multiples et essentielles du rêve :
  • insistant sur la créativité de l’enfant « artiste multiple […] accompli » et « autodidacte » qui utilise divers moyens, indispensables à l’épanouissement de sa personnalité (dessin, peinture, modelage etc.), elle appuie sa démonstration par une rapide étude illustrée d’exemples, de l’évolution du graphisme et du dessin en passant par un résumé de la construction psychique de l’espace, du temps et de l’imaginaire. Elle y rappelle des apports de Winnicott, Luquet et ceux de Sami Ali comme le passage de l’espace d’inclusion réciproque (espace d’emboîtement où le tout équivaut à la partie et où le dehors est inclus dans le dedans) à celui d’une complémentarité imaginaire (dessin en miroir), vers l’intériorisation d’un espace en troisième dimension et d’un espace latéralisé, ainsi que la prise de conscience du dedans et du dehors liée à l’angoisse du huitième mois. Le rapport au tiers (en référence œdipienne) différenciant la relation mère-enfant ouvrira le sujet à l’autonomie avec l’espace d’un dehors et vers une représentation plus identificatoire que projective ;
  • le rêve rappelé comme une fonction biologique qui existe in utero dès le huitième mois, « s’élabore au croisement de plusieurs sources : celle de l’organisation psychosomatique du sujet, celle des liens du rêveur à sa mère, à son frère, à son père, celle des signifiants, des motions pulsionnelles, des émotions, des images et des fantasmes partagés avec ces personnes, celle de la culture ». Est aussi rappelée l’importance de la fonction de rêverie de la mère et de sa capacité de rêver son bébé. Sont brièvement évoqués l’apparition du cauchemar (entre 7 et 10 mois), c’est-à-dire en même temps que l’angoisse du huitième mois, ainsi que le rôle des fantômes et des monstres dans la psyché.
Une troisième partie explore cliniquement comment la thérapeute, en favorisant l’« objeu » des processus créateurs imaginant l’inimaginable, peut accéder à des blocages profonds de l’imaginaire et les libérer de leur prison, chez un jeune patient aux symptômes psychotiques, chez une adolescente anorexique, et une femme « nouée », opérée de deux cancers et adaptée au normatif « comme il faut ».
En résumé, un travail nécessaire quoique fort bref, accessible à tous, pour mettre en valeur cette « soupape » humaine vitale, sans laquelle notre respiration psychique devient amputée de ses plus riches ramifications nourricières de la vie et des relations.
© Cairn 2007 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
À propos | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis