Le Coq-héron
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I.S.B.N.9782749207261
200 pages

p. 7 à 9
doi: en cours

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Dossier : Imre Hermann

n° 188 2007/1

2007 Le Coq-héron Dossier : Imre Hermann

Éditorial

Eva Brabant
Après la mort de Ferenczi en mai 1933, ses collègues – ses élèves pour la plupart – ont continué à développer ses idées, chacun à sa façon. Leur groupe, nommé rétrospectivement l’École de Budapest, a fonctionné jusqu’en 1938. Lorsque, la montée du fascisme s’accentuant en Hongrie, les analystes n’ont plus pu se réunir que sous surveillance policière, certains, Alice et Michaël Bálint, Géza Róheim, entre autres, ont préféré l’exil à ce fonctionnement dénaturé.
Imre Hermann, qui était resté à Budapest, a vécu les persécutions raciales, les bombardements, puis, après quelques années d’espoir, la chape de plomb du stalinisme sous laquelle, une fois de plus, la pratique analytique est devenue quasi clandestine. Il a vécu assez longtemps pour voir, à partir des années 1970, le lent retour à la vie de la psychanalyse.
Pendant tout ce temps il a continué à pratiquer, à former des analystes et à poursuivre ses recherches et sa réflexion.
Curieusement, cet analyste vénéré en Hongrie est peu connu en France. On ne pourra guère attribuer cette méconnaissance au manque de littérature, car l’essentiel de son œuvre est traduite en français. Une telle méconnaissance serait-elle due au caractère déconcertant de sa pensée ? à son acharnement à inscrire la psychanalyse dans une lignée scientifique ? à l’indépendance de son esprit ? Il est certain que même si nombre de ses idées sont liées à celles d’autres analystes, l’ensemble de sa pensée est résolument originale. En revanche, son influence sur d’autres analystes intéressés par les problèmes de développement est facile à déceler.
Il nous a semblé que le colloque qui lui a été consacré récemment à Budapest pourra aider à combler cette lacune. Nous avons donc rassemblé dans ce numéro des articles qui présentent les théories de ce penseur, et d’autres qui font le lien entre ces théories et la pratique, ou avec les idées d’autres théoriciens.
Avant de présenter ces articles, voici quelques rappels biographiques de Hermann : il est né en 1889 à Budapest ; son père était cadre à la Société des Chemins de Fer. Jeune homme, il s’intéresse aux mathématiques puis entreprend des études de médecine. Avant même d’obtenir son diplôme en 1913, il commence à fréquenter le séminaire de Ferenczi. Il fait également des études de psychologie expérimentale avec Géza Révész. Sa pensée porte la marque de tous ces domaines. Au cours de la guerre de 1914-18, il sert sur le front, puis en 1919, lorsque Révész est nommé professeur de psychologie sous la Commune, il devient son assistant. La même année, il est admis comme membre à la Société hongroise de psychanalyse. En 1922, il épouse Alice Czinner. Ce couple harmonieux partage les mêmes intérêts, Alice sera analyste d’enfants. Ils auront trois filles. Entre les deux guerres, il fait une analyse avec Erzsébet Révész, une analysante de Freud et de Ferenczi, puis quelque temps après la mort subite de son analyste, il reprend « une tranche » avec Vilma Kovács. Il publie un grand nombre d’articles aussi bien en hongrois qu’en allemand dans diverses revues de psychanalyse. En 1922, il est le secrétaire de la Société hongroise de psychanalyse ; en 1936, il en est le vice-président et en 1945-46, le président. En 1945, il est nommé professeur à la faculté de psychologie, et lorsque, peu après, la psychologie n’est plus enseignée à l’Université, il retourne à sa pratique et à ses recherches. En 1969, le régime Kádár, en quête de crédibilité, s’efforce de démontrer son esprit libéral et organise la célébration publique du 80e anniversaire de Hermann. À cette occasion, la psychanalyste Lilian Rotter note : « Imre Hermann possède la caractéristique admirable du chercheur qui consiste à travailler pendant des tremblements de terre, à travailler dans l’isolement, à travailler dans le silence, sans écho. » Et Hermann de souligner, dans sa réponse aux discours, l’importance de l’observation, de l’imagination et de la recherche de la vérité, qualités indispensables pour le chercheur en psychologie.
Hermann meurt en 1984. J’ai pu le rencontrer peu avant et je garde le souvenir de son accueil chaleureux et de la remarquable vivacité de son esprit.
La démarche de ce psychanalyste-chercheur s’inscrit dans la pensée de Freud et de Ferenczi. Tout en restant fidèle à Freud, il n’hésitait pas à dire clairement quand il estimait être en désaccord avec ses idées, notamment en ce qui concerne la sexualité féminine, le narcissisme primaire et la pulsion de mort. Après la parution du Volume III de la biographie de Freud par Jones, il protesta publiquement contre la présentation diffamante de Ferenczi qui y était faite et fournit un témoignage précieux sur les derniers jours de celui-ci.
Le lecteur trouvera à la fin du dossier Hermann une bibliographie de ses œuvres traduites en français.
Parmi les articles qui figurent dans ce numéro, je mentionnerai d’abord ceux qui ont fait l’objet d’une conférence lors du colloque Hermann. L’introduction est d’André Haynal, psychanalyste genevois d’origine hongroise. Sa double formation de psychanalyste et de philosophe lui a permis de présenter les fondements philosophiques de la pensée de Hermann et d’éclairer ses multiples facettes.
Livia Nemes, analyste hongroise appartenant à la première génération d’élèves de Hermann, récemment décédée, apporte un témoignage précieux sur son analyse avec Hermann et montre les liens de sa pensée avec la pratique. Dans un second article, elle pointe la portée de ses idées pour la génétique et la thérapie d’enfants. Sára Klaniczay, psychanalyste d’enfants, associe les théories de Hermann sur la conception de l’espace à celles sur le psychisme, et illustre sa réflexion de quelques cas cliniques. Anna Halász, psychanalyste, qui s’est beaucoup intéressée à l’observation du nourrisson et aux recherches dans ce domaine, indique les analogies et les disparités avec les théories de Hermann qu’on y rencontre. Anna Vincze, psychanalyste, qui a une expérience considérable avec des patients qualifiés de cas limites, évoque la connexion entre les troubles relationnels de certains de ces patients et les carences de maternage qu’ils ont vécues autrefois. Ferenc Ero_s, docteur en psychosociologie, étudie le livre de Hermann consacré à la question de l’antisémitisme, en tenant compte de sa pensée, de l’histoire du xxe siècle et des apports de la psychologie sociale sur la question.
Jean-Claude Sempé, évoquant la différence des théories freudiennes avec les théories de Hermann, souligne que les premières sont résolument évolutionnistes alors que les secondes sont de caractère ontologique.
Georges Gachnochi et Ouriel Rosenblum évoquent l’influence d’Imre Hermann sur leur pratique avec les enfants autistes, et Rosa Guimaraes propose un outil élaboré à partir des théories de Hermann, précieux pour tous ceux qui travaillent avec les enfants en difficulté, qu’ils soient pédagogues ou psychothérapeutes. L’analyste belge Didier Robin met en évidence les liens entre les pensées de Hermann, Bowlby et Lacan, et s’interroge sur l’intérêt de leurs théories dans les problèmes d’addiction.
L’article d’Elena Adam, ancienne rédactrice en chef du magazine Terre Sauvage, évoque les recherches actuelles sur les primates, réalisées sur le terrain et non plus sur des animaux en captivité.
Alex Raffy, psychanalyste strasbourgeois, propose une réflexion sur la création des théories psychanalytiques. Celle-ci nous a paru particulièrement pertinente dans ce numéro consacré au théoricien qu’était Imre Hermann.
Le billet de Daniel Lemler, tout comme les autres publiés dans nos numéros précédents, pousse à la réflexion.
Les textes hongrois ont été traduits par Judith Dupont et Éva Brabant, la traduction a été revue par Simone Gerber.
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