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Le Coq-héron

2007/4 (n° 191)

  • Pages : 186
  • ISBN : 9782749208411
  • DOI : 10.3917/cohe.191.0007
  • Éditeur : ERES


Pages 7 - 9 Article suivant
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L’objectif du dossier rassemblé pour ce numéro vise à porter à la réflexion plusieurs des questions et travaux récents sur le rêve qui en approfondissent la compréhension sur le plan clinique et métapsychologique, dans ses processus, ses fonctions et ses conséquences pour les transformations qu’il apporte dans la pensée, la connaissance et la vie humaine.

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Tel le champignon surgissant, à l’improviste ou en des temps privilégiés, des réseaux emmêlés et inextricables de ses mycéliums, la vivance de nos rêves nous saisit toujours profondément. Nos récits pour en parler et les comprendre, comparables aux frondaisons multiples des forêts, demeurent aussi toujours bien en deçà des forces psychiques qui les animent et les racinent. Quant à nos mémoires oniriques qui soutiennent ces frondaisons, elles entremêlent tant la complexité de leurs arborescences et embranchements, qu’en découvrir seulement quelques perspectives réussit à nourrir nos émotions d’une sève de vie généreuse pour notre connaissance et nos relations avec le monde environnant et avec les plus intimes parties enfouies de nos êtres.

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Poètes et créateurs s’y plongent et ils en reviennent avec une moisson de liens vivants qui en raniment l’intense densité. Henry Bauchau, psychanalyste, écrivain et poète, évoque ici comment le rêve à l’origine de son écriture lui fut et lui reste capital, car écriture de l’inconscient.

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Depuis Freud, et même avant lui (la note de lecture d’Annie Topalov à propos des Savants rêveurs et des rêveurs savants réveillés par Jacqueline Carroy nous le rappelle), chercheurs et psychanalystes poursuivent cette même quête de l’inconscient. Parfois il leur arrive aussi d’y être poète et créatif. C’est sous cet angle qu’on découvre les apports de Bion et Meltzer quand Mauro Mancia en récapitule les recherches, explorant comment le rêve offre à notre conscience vigile les restes de nos dramatisations dans le théâtre des personnages de nos mondes internes. Mancia contribue lui-même à en élargir l’intérêt en considérant que le rêve dans la cure, plus qu’une simple fenêtre ouverte sur le transfert, est aussi comme une construction où le travail de transformation devient créateur d’une figurabilité psychique permettant d’accéder à des re-constructions de mémoires implicites ensevelies et à l’existence d’un inconscient non refoulé.

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Avec la légende de la construction de la basilique Sainte-Sophie et ses propres rêves articulés à ceux de ses patients, Bianca Lechevalier nous invite à suivre les riches potentialités de ces nouvelles perspectives valorisant l’importance du relationnel et du partageable de toute expérience onirique.

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Cléopâtre Athanassiou-Popesco poursuit cette recherche avec l’après-coup du rêve, c’est-à-dire avec les effets émotionnels produits par la conscience onirique sur la conscience vigile. Selon que cette production psychique nocturne réussit à s’intégrer à l’ensemble de la psyché, elle peut soit la réorganiser, soit la barricader contre l’effet émotionnel conjoint. Car l’après-coup du rêve naît au sein des complexes processus de transformations symboliques qui permettent ou non d’accéder à différents niveaux d’intégration psychique. Plusieurs extraits cliniques analysent finement différentes gradations de la résistance à rêver et à penser le rêve, soulignant ainsi combien le rêve s’inscrit dans la vie psychique comme travail de pensée.

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Dans le deuxième volet du dossier, René Kaës expose quelques facettes de la nouvelle perspective métapsychologique du rêve qu’il développe dans son ouvrage La polyphonie du rêve, en rassemblant son expérience de psychanalyste et d’analyse groupale avec les contributions postkleiniennes associées à d’autres recherches, dont celle de Sami-Ali qu’explore le troisième volet de ce dossier. Son propos a été l’occasion d’un débat animé par les réflexions de Ghyslain Lévy, Robert Colin et Jean Peuch-Lestrade. Le premier y éclaire sa propre expérience de transfert de pensée en séance. Le second déploie le canevas subtil du mythe de la création de la psychanalyse qui serait placé sous l’égide du rêve de l’Injection faite à Irma, dans une perspective pouvant éclairer son inscription au cœur d’une démarche pour rêver-élaborer collectivement la conflictualité originaire du groupe des psychanalystes. Quant au troisième discutant, il conteste la pertinence d’un espace onirique commun et partagé soutenu par Kaës, en référence à la pensée de Fédida et à l’anthropologie.

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Valérie Tanquerey propose ensuite sa propre rencontre clinique avec ce qu’elle nomme un porte-rêve inversé, inspiré de la notion de porte-rêve de Kaës.

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S’interroger sur le rêve nécessitait d’évoquer l’idée de Freud selon laquelle, chez l’enfant déjà, le rêve serait l’expression de la réalisation d’un désir refoulé. Jean-Marie Gauthier nous propose d’en explorer le fondement bien souvent trop et mal généralisé. En partant de ses investigations sur la capacité des enfants à faire le récit de leurs rêves, il témoigne de l’extrême complexité des liens à étudier entre souvenir, mémoire onirique, développement psychique et expression personnelle.

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Zoé Stamatopoulou éclaire la mise en question du rêve comme simple réalisation du désir refoulé, en résumant les explorations de Mustapha Sami-Ali sur les relations du rêve aux pathologies organiques, à celles de l’adaptation et de l’imaginaire. Sylvie Schwab relate quelques exemples d’approche thérapeutique du rêve en de telles pathologies, en insistant sur l’exigence d’un travail d’élaboration relationnelle, dans laquelle réappropriation du soi et intériorisation de la différence aident à émerger d’une impasse existentielle.

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Le rêve, production onirique nocturne, n’a-t-il que cette fonction d’élaboration des problèmes rencontrés par la conscience vigile, à laquelle se réfèrent la plupart des travaux qui précèdent ? N’aurait-il pas, propose Béatrice Fortin, une fonction traumatique manifestant l’inélaborable, le non-figurable du travail de la représentation ?

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À la fin de ce dossier, je revisite sous différents angles le rêve comme élaboration mais aussi expression du non-représentable, en interrogeant les traces laissées en nous par nos mémoires oniriques. Les premiers récits de rêves dans l’histoire de l’humanité, ceux plus récents liés aux traumatismes du génocide rwandais, ceux de patients soumis à des traumatismes précoces, expriment tous l’importance à accorder à la qualité et la quantité des degrés de refoulement de la vie onirique dans des situations d’adaptation obligée, qu’elles soient ou non d’origine traumatique.

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Toutes ces nouvelles perspectives insistent sur l’importance du rêve dans la vie psychique et s’inscrivent au sein d’une révision métapsychologique impliquant une troisième topique et une métapsychologie des liens. C’est probablement ce qui fonde le regain d’intérêt et de refocalisation actuelle sur les mondes du rêve, dont nous évoquerons en fin de numéro quelques publications récentes.

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Trois autres rubriques de ce numéro se penchent sur la création fictionnelle contemporaine, sur les fantasmes groupaux et l’usage et mésusage de nos modèles théoriques.

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Michèle Descolonges tente d’analyser la série des films Alien illustrant les errements de notre monde contemporain faisant plus volontiers confiance à des machines et leurs substituts qu’à des humains, voués dès lors à la solitude.

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Pierrette Laurent propose d’éclairer des phénomènes psychiques groupaux à partir d’extraits de l’étude thérapeutique d’un petit groupe d’enfants, où s’engendrent conflits, fantasmes, alliances, évitements, montrant ainsi comment peuvent se développer et se transformer des liens identificatoires, entre eux, l’analyste et l’objet groupe.

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Dans un registre poético-humoristique, Jean-Michel Labadie explore sa métaphore de psychanalyste transférant ses soins attentifs à des orchidées-patients dont l’implantation s’improvise en territoire théorique. Pour ces épiphytes ne vaudrait-il pas mieux oublier quelques morceaux de nos modèles plutôt que « d’arroser » leur histoire de sens et de mots ?

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Enfin, la rubrique « Lectures » résume et commente plusieurs publications récentes, dont ouvrages et revues sur le rêve aux multiples perspectives d’approches.

Pour citer cet article

Fognini Mireille, « Éditorial », Le Coq-héron 4/ 2007 (n° 191), p. 7-9
URL : www.cairn.info/revue-le-coq-heron-2007-4-page-7.htm.
DOI : 10.3917/cohe.191.0007


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