Estonie 2002-2003
Au seuil d’une nouvelle ère ?
Antoine Chalvin
Juliette Déplanque
Les élections municipales d’octobre
2002 ont préparé le terrain du scrutin
législatif qui devait se tenir six mois
plus tard, le 2 mars 2003. La grande
surprise de la première consultation,
confirmée lors de la seconde, fut la
percée d’un nouveau parti, Res
Publica, fondé en 2001 et qui a fait
de la lutte contre la corruption son
cheval de bataille. Si, en mars 2003,
le Parti du centre, l’une des deux
composantes de la coalition alors au
pouvoir, a réalisé le meilleur score, il
s’est néanmoins retrouvé dans
l’opposition, aucune formation
n’ayant accepté de faire alliance avec
lui. C’est donc autour de Res Publica,
arrivé en deuxième position, que s’est
constituée, avec les forces du Parti de
la réforme et de l’Union populaire,
une nouvelle coalition gouvernemen-
tale. Si son programme tente de
concilier baisses d’impôts et politique
sociale, il se garde cependant d’opérer
un choix entre un Etat social à la
scandinave et le modèle américain, ce
qui peut parfois être source de
problèmes. L’option en faveur d’une
orientation sociale de l’économie n’a
d’ailleurs rien d’irréaliste, la crois-
sance demeurant soutenue (plus de
5 %) en dépit de l’atonie de la
demande extérieure. Par ailleurs, la
sage conduite de la politique écono-
mique a porté ses fruits : inflation
sous contrôle, finances publiques en
équilibre, baisse continue du chômage,
achèvement des privatisations. Seule
ombre au tableau, un déficit courant
de plus en plus important (12,5 % en
2002), financé, en outre, par le recours
à l’emprunt. C’est donc dans de bonnes
conditions que l’Estonie aborde la
dernière ligne droite avant son entrée
dans l’UE, qui sera consacrée à la
dotation du pays en structures aptes à
gérer les fonds communautaires.
L’opinion semble ne pas avoir d’états
d’âme en ce qui concerne l’intégra-
tion à l’Otan (avec laquelle les négo-
ciations ont été closes en mars 2003),
celle-ci paraissant à même de conforter
la sécurité nationale et de permettre
une amélioration des relations avec
la Russie, processus qui, certes,
progresse, mais avec lenteur.
The October 2002 municipal
elections paved the way for the
legislatives which took place
six months later on 2 March
2003. The big surprise of the
first was confirmed by the
second : the breakthrough of a
new party, the Res Publica,
founded in 2001, which made
the struggle against corruption
its battlecry. While the Center
Party, one of two members of
the then ruling coalition, had the
highest score in March 2003, it
nevertheless found itself in the
opposition as no other group
accepted to form an alliance
with it. A new government
coalition was formed around
the second-ranking Res Publica
along with the Reform Party and
the Popular Union. While its
program endeavors to reconcile
reduced taxes and social policy,
it has still not decided between
a Scandinavian-type welfare
state or the American model,
which has sometimes caused
problems. Opting for a social
orientation in the economy is
not unrealistic as growth conti-
nues (over 5 %), despite sluggish
foreign demand. A prudent
political economy has borne
fruit : public finances are
balanced, unemployment conti-
nues to drop, and privatizations
are coming to term. The only
shadow is the continuously
increasing current deficit
(12.5 % in 2002), financed
predominantly by loans. It is
thus under favorable conditions
that Estonia is taking the final
step towards EU entry by
providing the country with
structures capable of managing
community funds. Public opi-
nion does not seem troubled by
the NATO integration (negotia-
tions ended in March 2003), as
this seems to have strengthe-
ned national security and
allowed for improved relations
with Russia, a process which
has undoubtedly made progress
albeit slowly.
• Du nouveau
dans le paysage politique
— ● La surprise des élections
municipales
— ● L’espoir d’une « nouvelle
politique »
— ● Le nouveau gouvernement
confronté à un choix
de société
• Une économie presque
sans nuage
— ● Une croissance soutenue,
tirée par la demande intérieure
— ● Des déséquilibres extérieurs
préoccupants
— ● Une inflation maîtrisée
et des finances publiques saines
— ● Baisse du chômage,
hausse des salaires
— ● La fin des privatisations
• La consécration
des objectifs
de politique étrangère
— ● Union européenne :
concessions mutuelles
et adhésion au 1er mai 2004
— ● L’adhésion à l’Otan :
parachever l’intégration
estonienne
— ● Une amélioration lente
et difficile des relations
avec la Russie
• Sélection bibliographique