2003
Le Courrier des Pays de l’Est
Macédoine 2002-2003
Entre semi-protectorat et espoirs d’intégration euro-atlantique
Nadège Ragaru
Chercheur à l’Iris, rédactrice en chef de La revue internationale et stratégique.
Assen Slim
Maître de conférences à l’Inalco, membre du Roses.
En sanctionnant, lors des élections
législatives du 15 septembre 2002, le
parti au pouvoir dont certains
membres prônaient la politique du
pire dans un pays qui, en 2001 encore,
était au bord de la guerre civile, les
Macédoniens ont montré qu’ils
souhaitaient tourner une page. Et leur
choix pour une coalition rassemblant
Slaves et Albanais et déterminée,
certes plus par nécessité que par
conviction, à œuvrer pour un apaisement des relations intercommunautaires, témoigne de leur volonté de
vivre en paix. Toutefois, le gouvernement porté au pouvoir par cette
vague a vu son image très vite se
ternir, car il a mis à l’écart un certain
nombre de responsables liés au parti
majoritaire précédent, a engagé une
lutte contre la corruption qui ne
ménage personne et, surtout, n’a pas
su expliquer à la population le bienfondé des réformes prévues par les
accords d’Ohrid d’août 2001. Celles-ci, qui portent sur la représentation
des Albanais dans l’appareil d’Etat,
l’usage des langues minoritaires et la
décentralisation, sont vécues de
manière très différente dans les deux
communautés, comme une concession arrachée sous la pression internationale, côté slavophone, et une
promesse d’amélioration de leur sort,
côté albanophone. Enfin, les missions
déployées par l’Otan, puis par l’UE,
pour assurer la sécurité n’ont pas
permis d’éviter les frictions entre
Slaves de Macédoine et Albanais. Les
uns et les autres se rejoignent cependant sur un point : l’intégration aux
structures euro-atlantiques représente
le seul moyen de mettre un terme au
conflit intercommunautaire et de
garantir la viabilité de l’Etat de
Macédoine. Mais encore faudrait-il
que la situation économique se
redresse suffisamment pour contre-carrer les tendances au développement
d’une société duale. Or, les perspectives sont pessimistes en raison de
l’austérité budgétaire dictée par le
FMI, de la mise en faillite programmée
d’un grand nombre d’entreprises
publiques et de l’aggravation du
déficit commercial. Dès lors, le
marché du travail demeure complètement déprimé avec un taux de
chômage qui atteint 44 % des actifs.
During the 15 September 2002
elections, the Macedonians, in
a country which in 2001 was still
close to civil war, manifested
their desire for change by
ousting the party in power,
despite dire predictions from
some of its members. Their
choice of a coalition comprised
of Slaves and Albanians,
determined, more by necessity
than conviction, to work for an
appeasement in inter-community
relations, bears witness to their
desire to live in peace. The
image of the government so
brought to power was soon
tarnished as it had excluded a
certain number of officials from
the preceding majority, had
entered into a war on corruption
which excludes no one, and,
more importantly, was unable to
justify the reasonableness of
the reforms called for by the
August 2001 Ohrid accords to
the population. Those concerning Albanian representation in
government, the use of minority
languages and decentralization,
are perceived very differently by
the two communities. For the
Slaves, they are a concession
forced by international pressure,
while for the Albanians they
promise an improvement in
their condition. Finally, the
missions carried out first by
NATO and then the EU to
ensure security have not put an
end to friction between
Macedonian Slaves and
Albanians. Both, however,
agree on one point : integration
into Euro-Atlantic organizations
is the only way to end the intercommunity conflict and to
guarantee the continuation of
the Macedonian state. It is
uncertain, however, whether the
economic situation will improve
to the extent that it will be able
to counter the development of
a dual society. The outlook is
pessimistic in view of the budget austerity demanded by the
IMF, the expected bankruptcy of
a large number of public
enterprises and the aggravation
of the trade deficit. The labor
market remains completely
depressed with unemployment
at 44 %.
Deux ans après la signature des
accords d’Ohrid (13 août 2001),
qui avaient mis un terme aux
affrontements entre guérilla
albanaise et forces de l’ordre, la
Macédoine aborde une phase de
normalisation incertaine : lancée
sur la voie de réformes ambitieuses avec le soutien de la
communauté internationale, elle
présente en même temps des
signes de fragilité inquiétants,
dans un contexte de crise économique et sociale aiguë et de
relations intercommunautaires dégradées. Certes,
en l’espace d’un an, quelques hypothèques ont
été levées. L’exercice du pouvoir par une formation, l’Organisation révolutionnaire intérieure
macédonienne (VMRO-DPMNE), dont certains
représentants avaient prôné la politique du pire
en 2001, figurait parmi celles-ci. En votant pour
l’alternance lors du scrutin législatif du 15 septembre 2002, les électeurs slavophones et
albanophones ont exprimé leur désir de paix. La
nouvelle coalition scellée entre l’Alliance social-démocrate (SDSM) de Branko Crvenkovski, côté
slave, et l’Union démocratique pour l’intégration
(BDI) de l’ancien
leader e la guérilla, Ali
Ahmeti, côté albanais, a décidé de jouer la carte
de la coopération intercommunautaire, sans
enthousiasme certes, mais avec la conscience que
le soutien de la communauté internationale est à
ce prix et qu’une Macédoine unie n’a d’avenir
qu’au sein de l’UE et de l’Otan. En matière de
sécurité aussi, des signes encourageants ont été
enregistrés. En dépit de quelques incidents, la
reprise des combats à l’initiative de l’Armée de
libération albanaise (AKSH), redoutée depuis
l’émergence de cette organisation radicale en août
2001, n’a pas eu lieu
[1]. Au sein de l’appareil
d’Etat, les réformes de la police et de l’armée
entreprises avec le soutien de l’OSCE, de l’Otan
et de l’UE sont, pour l’instant, parvenues à faire
taire les partisans d’une solution par la force du
« problème albanais ». Enfin, le remplacement, le
31 mars 2003, de la mission Harmonie alliée de
l’Otan par l’opération Concordia, que pilote
l’Union européenne, s’est déroulé sans accrocs.
Quoique de taille modeste, la mission contribue
à rassurer une population qui y voit une preuve
de l’engagement international en faveur de la
stabilité de la Macédoine.
A y regarder de plus près, cependant, le retour à
la normalité vanté par les observateurs internationaux paraît bien relatif. Si la consultation du
15 septembre 2002 a conduit à une recomposition
de l’échiquier politique, elle n’est parvenue ni à
modifier les logiques clientélistes des partis, ni à
susciter une adhésion populaire durable aux
transformations engagées dans le cadre des
accords d’Ohrid. A l’été 2003, le gouvernement
Crvenkovski, formé le 1er ovembre 2002,
semblait avoir déjà épuisé son crédit, tant dans la
majorité slave que parmi les Albanais. Pour la
première, Ohrid reste un compromis inique qui,
loin de freiner les « ambitions séparatistes » des
Albanais, les a encouragées en montrant que force
peut faire loi. Chez les seconds, les désillusions
sont à la hauteur des espoirs − largement irréalistes − suscités par la victoire de l’Union démocratique pour l’intégration (BDI) à l’automne
2002. De l’alternance politique étaient attendus
créations d’emplois et rétablissement de la sécurité dans les anciennes zones de conflit, deux évolutions qui tardent à se matérialiser.
De fait, seules une embellie sur le marché du
travail et une hausse sensible du pouvoir d’achat
moyen pourraient convaincre la société macédonienne que la ligne suivie par le pouvoir exécutif
est la bonne. Les responsables occidentaux se
heurtent en l’occurrence à une difficulté majeure :
depuis l’automne 2002, ils ont fait de la mise en
œuvre des accords d’Ohrid leur principal, voire
leur seul, projet politique. Or, non seulement les
réformes législatives et institutionnelles prévues
par les accords ne devraient pas être achevées
avant 2004-2005, mais en outre elles ne constituent
pas, à elles seules, un gage de reprise économique.
Le cercle vertueux « stabilité politiqueinvestissements étrangers-croissance », sur lequel les
Occidentaux continuent de miser, ne suffira pas
à contrer les tendances au développement d’une
société duale dans laquelle une grande partie de
la population connaît une paupérisation
accentuée. Dans une situation où les rapports
intercommunautaires demeurent extrêmement
volatils, chaque journée de crise sociale réduit
les chances d’un retour à une multiethnicité
apaisée.
A court terme, la survie de l’Etat de Macédoine
est assurée par la présence internationale et la
modération des élites dirigeantes qui ont placé
leurs espoirs dans une intégration euro-atlantique.
A moyen terme, cependant, l’évolution des
rapports intercommunautaires risque de continuer
à faire peser de lourdes incertitudes sur l’avenir
d’un pays dont les capacités étatiques sont faibles,
l’économie défaillante et qui se trouve dans un
environnement régional précaire. Depuis la signature des accords d’Ohrid, en effet, le fossé n’a
cessé de s’élargir entre Albanais et Slaves de
Macédoine
[2], laissant entrevoir la mise en place
d’un système de « développement séparé » plus
que de coexistence. Unique bouée de sauvetage,
l’adhésion aux structures européennes et atlantiques représente un projet bien abstrait − trop
peut-être − pour que la logique de la coopération
l’emporte durablement sur celle des clivages.
L’élan réformateur
du 15 septembre 2002
Les accords d’Ohrid prévoyaient la tenue d’élections générales anticipées une fois adoptés par le
Parlement les changements constitutionnels
nécessaires au rééquilibrage des rapports entre
majorité slave et minorité albanaise, un processus
entravé par les pratiques dilatoires de la VMRO-DPMNE au pouvoir
[3]. Reporté à plusieurs
reprises, le scrutin a finalement été organisé le
15 septembre 2002. Tout au long du printemps,
seule la pression continue de la communauté
internationale et, tout particulièrement de l’Office
de l’envoyé spécial de l’Union européenne en
Macédoine, Alain Le Roy, était parvenue à
contraindre le Premier ministre, Ljubco
Georgievski, et le ministre de l’Intérieur, Ljube
Boskovski, à rester sur la voie du compromis. A
chaque blocage gouvernemental, médias et analystes politiques redoutaient de nouveaux affrontements armés. C’est donc dans une atmosphère
particulièrement tendue que la campagne électorale s’est ouverte, le 14 août 2002, alors qu’une
minorité de jusqu’au-boutistes slaves et albanais
paraissait résolue à faire dérailler le processus
d’Ohrid. Contrairement à ce que la multiplication des incidents violents à quelques semaines
des élections aurait pu donner à craindre
[4], le vote
s’est déroulé dans le calme : avec un taux de
participation de 73,50 %, les électeurs ont
exprimé leur souhait de voir une nouvelle majorité œuvrer au plein rétablissement de la sécurité
et, si possible, d’une certaine prospérité.
L’alternance du 15 septembre ne revêt cependant
pas la même signification au sein des communautés slaves et albanaises. Dans le premier cas,
en effet, c’est la formation qui avait tenu les rênes
du pays entre 1991 et 1998 qui est revenue au
pouvoir : issue de l’ancien Parti communiste,
l’Alliance social-démocrate (SDSM) avait alors
échoué à impulser une démocratisation réelle et
une transformation en profondeur de l’ancienne
économie socialiste. Peu de renouveau, donc,
mais plutôt, pour les électeurs, un choix par
défaut, sans grand enthousiasme. Misant sur le
désir de retour à la normalité des Macédoniens
slaves, l’Alliance social-démocrate a cependant
su, au cours de la campagne, jouer la carte de la
« raison », se présentant comme la force politique
en mesure de ramener le pays sur la voie de la
paix avec le soutien de la communauté internationale. Dénonçant le traitement de la crise
nationale par le VMRO-DPMNE − un traitement
jugé comptable de la guerre −, le parti de
B. Crvenkovski s’est employé à présenter le
scrutin comme un référendum pour ou contre la
guerre. La conclusion, que les affiches, clips
télévisuels et brochures des sociaux-démocrates,
rappelaient à l’envi, était sans appel : « Il n’y a
qu’un choix ». Au plan interne, les rumeurs de
corruption dans les rangs de la VMRO-DPMNE
ont fourni aux dirigeants de la SDSM une ligne
d’attaque relativement facile. Et si la force de
conviction de leur propos a été amoindrie par le
souvenir, encore frais, de huit années de corruption
version social-démocrate, la coalition n’a guère
eu de peine à l’emporter, recueillant 40,5 % des
suffrages (59 sièges sur 120), contre seulement
24,4 % au parti de Ljubco Georgievski (34 sièges).
A l’inverse, c’est une offre politique renouvelée
par l’entrée en lice de l’Union démocratique pour
l’intégration (BDI), qui a été proposée aux électeurs albanais. L’ancien
leader de l’Armée de
libération nationale (UCK), Ali Ahmeti, avait fait
connaître son désir de prendre part à la vie politique du pays, en créant le 21 janvier 2002 un
Conseil de coordination des Albanais, qui avait
vocation à rassembler l’ensemble des formations
politiques albanaises. L’initiative avait achoppé
devant l’opposition du Parti démocratique
albanais (PDSH), allié de la VMRO-DPMNE au
pouvoir et grand perdant de la crise de 2001. Le
5 juin 2002, A. Ahmeti a tiré les leçons de cet
échec, en créant sa propre formation autour
d’anciens guérilleros
[5], de représentants de la
société civile (comme Teuta Arifi, vice-présidente
du BDI) et de transfuges du Parti pour la prospérité démocratique (PPD, dans l’opposition),
à l’instar du député, Aziz Pollozhani. Auréolé du
prestige de la lutte armée, fort de sa nouveauté,
le BDI a su canaliser les aspirations au changement
d’une population albanaise lasse de voir ses
responsables consacrer plus d’énergie à leurs
stratégies d’enrichissement privé qu’à la formulation de politiques publiques consistantes.
En apportant un soutien enthousiaste au BDI, les
électeurs albanais n’ont pas seulement sanctionné
leurs partis ; ils ont aussi parié sur la réussite du
compromis d’Ohrid. Car, de ce point de vue, le
discours de l’Union a été sans ambiguïté. Sans
renier le choix du recours aux armes de 2001,
A. Ahmeti a mis toute son autorité au service de
la défense des accords d’Ohrid, appelant à la
construction d’une Macédoine unie et multi-ethnique, où les Albanais pourraient pleinement
exercer leurs droits de citoyens. Toute revendication séparatiste (fédéralisation, création d’un
Etat séparé) a été exclue. La fermeté du propos a
pu surprendre ; la légitimité combattante de
l’ancienne Armée de libération nationale a en tout
cas interdit aux autres partis albanais de chercher
à « doubler » le BDI par une surenchère nationaliste. Au final, l’Union démocratique pour l’intégration a obtenu 11,9 % des voix et 16 sièges,
devançant largement son principal rival, le Parti
démocratique albanais (PDSH) (7 sièges, 5,2 %).
Le Parti pour la prospérité démocratique (PPD) a
subi un revers encore plus dramatique (2 sièges,
2,3 % des voix) et son retour sur le devant de la
scène politique paraît compromis. Enfin, la seule
formation ayant déployé une rhétorique radicale,
le Parti démocratique national (PDK) de Kastriot
Haxhirexha, organisation née au moment de la
crise de 2001, n’a pu envoyer au Parlement qu’un
seul représentant, Xhezair Saqiri, le très populaire commandant Hoxha, initiateur de l’offensive albanaise de Tanusevci, en février 2001.
Les espoirs déçus
de l’alternance politique
Bien que détenant, à un siège près, la majorité à
l’Assemblée, l’Alliance social-démocrate a
proposé une coalition au parti albanais sorti
vainqueur du scrutin, comme il est de coutume
depuis 1991. Le 1er novembre 2002, un gouvernement SDSM-BDI a été formé sous la direction
de Branko Crvenkovski, déjà Premier ministre
entre le 17 août 1992 et le 30 novembre 1998. Le
BDI y a obtenu les portefeuilles de l’Education,
de la Justice, de la Santé et des Transports, un
poste de vice-Premier ministre et quatre de viceministre. Dès son entrée en fonction, le nouveau
chef du gouvernement a souhaité se démarquer
de ses prédécesseurs, en soulignant son engagement en faveur de la pleine réalisation des
accords d’Ohrid et son désir de partenariat avec
la communauté internationale. Pourtant, à l’été
2003, le nouveau pouvoir traversait une profonde
crise de confiance.
Plusieurs facteurs viennent expliquer cette tombée
en disgrâce. B. Crvenkovski a très tôt entrepris
d’asseoir son autorité en procédant au remplacement des responsables de la haute administration liés à la VMRO-DPMNE. Le geste, peut-être
nécessaire en raison des réticences de certains
d’entre eux à mettre en œuvre les accords d’Ohrid,
a cependant prêté le flanc à la critique : ne fallait-il pas y voir un retour aux anciennes pratiques de
spoil system des sociaux-démocrates ? La lutte
contre la corruption représentait un deuxième
chantier test pour la nouvelle majorité. En octobre
2002, une nouvelle commission anti-corruption
a été établie auprès du ministère des Finances.
Par la suite, plusieurs anciens hauts responsables,
membres de la VMRO-DPMNE et du PDSH, ont
été mis en examen. Parmi eux, figuraient l’ancien
directeur des douanes, Dragan Daralevski, et l’exministre de l’Economie, Besnik Fetai. La
démarche est cependant apparue trop sélective,
politiquement, pour convaincre. Les lenteurs du
système judiciaire ont par ailleurs mis en doute
la volonté d’assainissement du pouvoir
[6]. Enfin,
la chute de popularité du gouvernement
Crvenkovski − tout comme celle de son partenaire, le BDI − tient au caractère peu lisible des
réformes d’Ohrid, sur lesquelles on reviendra plus
loin. Présentées comme une potion magique,
celles-ci demeurent étonnamment abstraites. Les
débats sur la langue, sur la représentation équitable et sur la décentralisation se sont poursuivis
au printemps et à l’été 2003, sans que la société
puisse en ressentir le moindre bénéfice en termes
de qualité de vie.
Dans ces conditions, seuls le soutien dont la
SDSM jouit au sein de la communauté internationale et l’absence d’alternative politique
assurent la pérennité du pouvoir. Depuis son
retrait de l’exécutif, la VMRO-DPMNE connaît
en effet une crise d’identité profonde. Un bilan
gouvernemental peu louable et la révélation de
plusieurs affaires de corruption ont terni son
image. Le 18 avril 2003, dans un article pour le
quotidien
Dnevnik, L. Georgievski a bien essayé
de reprendre l’initiative en relançant l’idée
− caressée lors de la crise de 2001 − d’une partition de la Macédoine
[7]. La voie de la radicalisation ne semble toutefois pas séduire une majorité
slave qui redoute la guerre. Tirant les leçons de
son désaveu populaire, l’ancien Premier ministre
s’est finalement résolu à quitter la direction de la
VMRO-DPMNE à l’issue du XII
e ongrès
annuel des 24 et 25 mai 2003. Son successeur,
Nikola Gruevski, est un économiste de 33 ans,
ancien ministre du Commerce, puis des Finances,
dans le gouvernement Georgievski. Il n’est
toutefois pas évident que le nouveau
leader, qui
jouit d’une réputation d’intégrité et de modération, parvienne à restructurer une formation dont
l’histoire s’est, pendant douze années, confondue
avec celle de son chef charismatique.
Le climat politique n’est guère meilleur, côté
albanais, où l’Union démocratique pour l’intégration aborde une phase délicate. Son manque
d’expérience en politique, la difficulté à recruter
des cadres locaux de valeur ont contribué à
affaiblir son autorité ; les lenteurs d’Ohrid jouent
aussi contre elle. Mais, à la différence de l’échiquier politique slave, sur la scène partisane albanaise, deux acteurs au moins peuvent prétendre
se poser en recours en cas d’échec du compromis
multiethnique. Le premier est le commandant
Hoxha, député du PDK à l’Assemblée nationale,
qui jouit d’une grande renommée dans les zones
albanaises de Skopje et du nord du pays. Sa
capacité à mettre sa popularité au service d’un
projet et d’une stratégie politiques reste cependant
à prouver. Le second défi est d’une toute autre
envergure : il émane du Parti démocratique
albanais (PDSH), qui a réélu à sa présidence,
Arbën Xhaferi, lors de son Congrès annuel, le
12 juillet 2003. Contrairement au controversé
Menduh Thaçi, vice-président du PDSH,
A. Xhaferi reste perçu au sein de la communauté
albanaise comme un homme politique de grande
valeur. Reléguée dans l’opposition, sa formation
a renoué avec la tactique qui lui avait si bien réussi
en 1998, à savoir la radicalisation nationaliste.
Entre le 19 avril et le 19 juin, les députés PDSH
ont boycotté les débats parlementaires pour
protester contre l’enlisement du processus
d’Ohrid. Surtout, A. Xhaferi a repris à son compte
les propositions de partition de la Macédoine
avancées par L. Georgievski, dans un entretien à
l’hebdomadaire kosovar,
Java, le 24 avril 2003,
soulignant que, dans les Balkans, seuls les Etats
« ethniques » étaient viables
[8]. Le principe de
l’autodétermination a par ailleurs été inclus dans
la nouvelle version du programme du PDSH élaborée par le Congrès de juillet, suggérant la
possibilité qu’à terme les terres albanaises de
Macédoine soient rattachées au Kosovo ou
servent de noyau dur à un nouvel Etat. En parallèle, un lent et méticuleux travail de sape est
déployé pour éroder la crédibilité de A. Ahmeti :
les partisans du PDSH ne manquent jamais une
opportunité de rappeler que le
leader du BDI a
certes conduit la guérilla, mais depuis le confortable quartier général de Mala Recica, près de
Tetovo, tandis que le gros des opérations était
assuré par le commandant Hoxha, dans la région
de Kumanovo et de Lipkovo ; le chef du BDI,
poursuivent-ils, a vécu trop longtemps dans la
diaspora pour bien connaître le terrain macédonien. La vigueur de son nationalisme se serait par
ailleurs émoussée dans une coopération inégale
avec les sociaux-démocrates.
Jusqu’à présent, le BDI a tenté de parer aux
critiques en cherchant à médiatiser un de ses plus
grands succès, à savoir la légalisation de l’université en langue albanaise de Tetovo, dont le
principe a été acquis dans la nouvelle loi sur
l’enseignement supérieur adoptée par le Parlement
macédonien, le 17 juillet 2003
[9]. Au terme d’une
évaluation des enseignements par une commission
ad hoc, cinq des onze facultés de l’université
devraient voir leurs diplômes reconnus d’ici la
rentrée scolaire 2004-2005. L’établissement
devrait en outre pouvoir bénéficier, à l’avenir, de
subsides publics. Par ailleurs, pour contrer les
attaques relatives à son manque d’ardeur nationaliste, le BDI a fusionné, le 20 juin 2003, avec
la petite formation radicale de Kastriot
Haxhirexha. Quels que soient les efforts tactiques
déployés par l’Union démocratique pour l’intégration, en dernière instance son expérience
gouvernementale sera jugée à l’aune des succès
d’Ohrid, ce qui, au regard des attentes démesurées
suscitées par les accords, n’augure rien de bon.
La lente mise en oeuvre
des accords d’Ohrid
Le compromis, signé le 13 août 2001, prévoyait
un ensemble de réformes destiné à assurer une
représentation équitable des Albanais dans
l’appareil d’Etat, à réglementer l’usage des
langues minoritaires et à promouvoir une politique de décentralisation. En contrepartie, l’intégrité territoriale de la Macédoine et son caractère
unitaire étaient réaffirmés, tandis que les
combattants albanais s’engageaient à rendre leurs
armes
[10]. Depuis le vote des amendements
constitutionnels du 16 novembre 2001, plusieurs
avancées ont été réalisées dans chacun de ces
domaines, sans parvenir, pour autant, à légitimer
un processus d’Ohrid vécu de manière très
contrastée par les communautés slaves et albanaises.
Le progrès le plus important concerne sans doute
la restructuration des ministères de l’Intérieur et
de la Défense. Le 28 janvier 2003, le nouveau
ministre de l’Intérieur, Hari Kostov, a annoncé
le démantèlement de l’unité paramilitaire des
Lions, mise en place à l’instigation du ministre
de l’Intérieur de la VMRO-DPMNE, Ljube
Boskovski, en 2001 et qui s’était illustrée par des
exactions sur des civils et des dérives criminelles :
409 membres sur les 1 200 qu’elle comptait
devraient être versés dans d’autres corps de
police. Les responsables les plus radicaux ont par
ailleurs été démis de leurs fonctions. De plus,
l’OSCE a supervisé la formation de 1 065 Albanais,
Turcs, Bosniaques, Serbes, Roms, Valaques et
Macédoniens slaves à l’académie de police
d’Idrizovo et des patrouilles mixtes ont été
établies dans les régions à peuplement albanais.
Dans les anciennes zones de conflit, cependant,
la sécurité demeure précaire. A Tetovo, un certain
retour à la normale a pu être observé depuis 2002.
Le retrait des forces de l’ordre, au moment de la
crise en 2001, et la démobilisation des anciens
combattants de l’UCK, successive à la signature
des accords de paix ont toutefois encouragé le
développement de gangs criminels que les unités
de police mixte peinent à contrôler. Depuis le
mois de décembre 2002, plusieurs cas de kidnapping de fils d’hommes d’affaires ou de responsables politiques albanais ont été enregistrés à
Tetovo et à Skopje, qui entretiennent un climat
d’insécurité. Mais c’est surtout dans la région de
Lipkovo et de Kumanovo − où les affrontements
de 2001 avaient été particulièrement durs − que
la situation est la plus indécise. Une conjoncture
économique et sociale désastreuse, les déceptions
par rapport aux accords d’Ohrid qui ont échoué à
améliorer les conditions de vie, la présence de
groupuscules armés engagés dans des activités
criminelles et maniant une rhétorique nationaliste
sont autant de facteurs qui entretiennent l’incertitude. A plusieurs reprises, seule la médiation
des députés albanais et de la communauté internationale est parvenue à faire retomber les
tensions intercommunautaires. La revendication
par l’Armée de libération albanaise (AKSH)
d’une attaque contre un checkpoint serbe dans la
région de Bujanovac, le 17 août, est par ailleurs
venue souligner la capacité de nuisance d’une
organisation de taille pourtant modeste et, de plus,
faiblement soutenue par la population locale.
Après le rétablissement de la paix, le second
chantier ouvert par les accords d’Ohrid concernait la représentation des minorités dans la
fonction publique et les entreprises d’Etat.
Précédemment, les Albanais occupaient environ
10 % des emplois publics pour une communauté
estimée, selon le recensement de 1994, à 23 %
de la population
[11]. Près d’un an après les élections du 15 septembre 2002, le bilan apparaît, là
aussi, mitigé. Si des Albanais ont été nommés au
sommet de l’appareil d’Etat, plus bas dans la
hiérarchie institutionnelle, l’attribution de postes
à des représentants des minorités a pris du retard.
La poursuite du processus de rééquilibrage devrait
en outre se heurter aux effets des politiques de
dégraissage de la fonction publique recommandées par les grandes institutions financières
internationales. Dans la mesure où elle s’accompagnera d’une redistribution des postes en faveur
des Albanais, cette compression des effectifs alimentera immanquablement les ressentiments des
Slaves de Macédoine.
Enfin, la politique de décentralisation, troisième
volet des réformes d’Ohrid, commence tout juste
à être esquissée. De l’avis des observateurs
internationaux, les réformes ne devraient pas être
achevées avant le milieu de 2004. Le 24 janvier
2002, le gouvernement macédonien avait adopté
une loi cadre sur le gouvernement local. Mais
environ 80 textes de lois doivent être amendés,
afin d’être mis en conformité avec les nouveaux
principes. Est notamment prévu un redécoupage
territorial de la Macédoine. En 1992, le pays avait
opté pour une division en 124 municipalités. La
Commission pour la révision du découpage
territorial propose que leur nombre soit ramené à
environ 50. La question cristallise les affrontements entre majorité slave et minorité albanaise
puisque la délimitation des communes conditionnera les « rapports de forces » entre communautés.
Là où les partis slaves semblent soucieux
d’empêcher la formation de régions albanaises
compactes − qui pourraient être, un jour, tentées
de faire sécession −, les Albanais souhaitent éviter
un découpage « en gruyère », enserrant de petites
communes albanaises dans des ensembles slaves
comme cela avait été le cas en 1992. L’issue des
discussions dépendra pour partie des résultats du
recensement réalisé, avec le soutien de la
communauté internationale, en novembre 2002
et dont les résultats définitifs devraient être
connus en novembre 2003
[12].
Indépendamment des progrès concrets enregistrés
dans la mise en œuvre des réformes, Ohrid
continue à faire l’objet de malentendus fondamentaux. Côté slavophone, les accords restent perçus
comme des concessions arrachées de force sous
la pression internationale. Côté albanais, grande
est la peur que les acquis d’Ohrid ne soient
progressivement « détricotés » par une équipe
SDSM dont l’expérience politique ne saurait être
comparée à celle de l’Union démocratique pour
l’intégration. En arrière-plan, la distance
s’agrandit entre les deux communautés.
Des relations
intercommunautaires
dégradées
Une illustration parlante de cette évolution
parallèle, presque séparée, des Slaves et des
Albanais de Macédoine, a été fournie le 2 août
2003. Rarement aura-t-il été donné de voir de
manière plus saisissante le décalage entre les
imaginaires slaves et albanais sur l’Etat et la
nation. Le gouvernement macédonien avait
décidé de célébrer en grande pompe les «100 ans
de l’Etat macédonien », à l’occasion de l’anniversaire du soulèvement de la Saint-Elie qui, en août
1903, avait vu la création d’une éphémère République de Krusevo, rapidement écrasée par les
forces de l’Empire ottoman. Tout avait été fait
pour donner à la manifestation un caractère
historique. Mais la date choisie correspondait à
un événement dans lequel les communautés
albanaises de Macédoine ne pouvaient que
marginalement se retrouver. Au moment même
où la presse et la télévision en langue macédonienne décrivaient l’organisation des festivités,
les journaux de langue albanaise (
Flaka,
Fakti)
discutaient des incidences de la nomination d’un
nouveau représentant de la communauté internationale au Kosovo. De fait, certains médias
albanais s’interrogeaient sur le choix de la Saint-Elie
[13]. De même, l’Union démocratique pour
l’intégration s’employait à convaincre ses électeurs que c’était bien un imaginaire partagé qui
était en voie d’émergence. Mais les commentaires
dans les quartiers nord de Skopje étaient
cyniques : « Ali Ahmeti est en train de perdre la
tête. S’il continue à jouer les idiots ainsi, bientôt
plus personne ne l’écoutera ».
De fait, un lent processus de « dés-emboîtement »
n’en est pas moins à l’œuvre sur le terrain, qu’alimente la défiance grandissante entre les deux
communautés. Il est sensible au niveau de
l’habitat, de plus en plus souvent séparé : à Tetovo
et dans ses environnements, nombreuses sont les
familles slaves qui, ne se sentant plus en sécurité, ont cessé de fréquenter les quartiers à majorité albanaise ou qui se sont résignées à partir
chercher logement et perspectives d’emploi dans
la capitale. A Skopje même, les Slaves de certains
quartiers autrefois mixtes, au nord du Vardar,
vendent leur habitation pour aller vivre de l’autre
côté du fleuve. Dans la région de Lipkovo-Kumanovo, le retour des personnes déplacées lors
du conflit est ralenti non seulement par l’inachèvement du processus de reconstruction des
maisons, mais aussi par les réticences des Macédoniens slaves à se ré-installer en milieu albanais.
Les habitants ne reviennent souvent que le temps
de vendre leur logement.
Dans les écoles aussi, la tentation de la séparation est de plus en plus forte. Faute de locaux,
dans certains villages au nord de Skopje et, dans
une moindre mesure, à Tetovo, élèves slavophones et albanophones se succédent, selon un
système de rotation, dans les mêmes établissements. Mais, depuis le conflit de 2001, les parents
d’élèves slaves comme albanais ne souhaitent
plus envoyer leurs enfants dans des établissements mixtes. Le budget du ministère de l’Education − consacré pour l’essentiel au paiement
des salaires − n’étant pas suffisant pour assurer
la construction rapide de nouvelles écoles, les cas
de frictions locales se multiplient. A l’approche
de l’hiver, il est à craindre que ces tensions ne
s’accentuent.
Les défis de la présence
internationale
en Macédoine
Depuis la crise de 2001, la Macédoine connaît
de
facto une situation de semi-protectorat avec une
présence internationale qui couvre de larges
champs d’intervention (sécurité, reconstruction,
mise en œuvre des accords d’Ohrid, soutien aux
réformes économiques et sociales, etc.). Sur le
plan sécuritaire, elle vit au rythme des missions
de l’Otan (Renard roux, Harmonie alliée) et,
depuis peu, de l’Union européenne (Concordia).
Tour à tour, chacune d’entre elles a vu son mandat
prorogé. Harmonie alliée devait originellement se
terminer le 15 décembre 2002 ; mais les discussions relatives à un passage sous responsabilité
européenne des forces de sécurisation des accords
d’Ohrid se sont heurtées à des différends grécoturcs, ralentissant la conclusion d’un accord entre
l’Otan et l’UE. Ce n’est finalement que le 31 mars
2003 que l’opération Concordia a pu être
déployée. Forte de quelque 350 hommes et placée
sous le commandement du général français, Pierre
Maral, la mission devait originellement quitter le
pays le 31 juillet 2003. Elle restera finalement
jusqu’au 15 décembre 2003
[14]. En parallèle, des
discussions devraient être engagées en vue du
déploiement d’une mission de police européenne.
Bien que faisant appel à des effectifs réduits, ces
opérations ont sans conteste joué un rôle de
premier plan dans la stabilisation de la Macédoine, en contribuant à rassurer la population et
en effectuant un travail de médiation de concert
avec l’EU Monitoring Mission et les observateurs
civils de l’OSCE. Aux yeux des Albanais, la
présence militaire internationale représente un
garant irremplaçable des accords d’Ohrid. Dans
la majorité slave, en revanche, cette situation de
dépendance tend à être de plus en plus souvent
perçue comme une atteinte pesante à la souveraineté du pays. Ce n’est donc qu’à contrecœur que
les autorités slaves ont accepté le maintien des
troupes pendant trois mois de plus.
La marge de manœuvre du gouvernement reste
cependant réduite. A court terme, la Macédoine
dépend des financements extérieurs pour sa survie
économique. A moyen terme, des relations
étroites avec les Européens et les Etats-Unis sont
indispensables à la concrétisation de perspectives
d’intégration euro-atlantique, très largement
tenues − parmi les Slaves comme les Albanais −
pour la seule issue au conflit intercommunautaire.
Des efforts tout particuliers ont été accomplis, en
2002, en vue d’améliorer les relations avec les
Etats-Unis. Le président B. Trajkovski a ainsi
apporté un soutien sans ambiguïté à l’administration Bush au moment du conflit en Irak. Dès
le 11 janvier 2003, le ministère de la Défense a
autorisé le survol de l’espace aérien par les forces
américaines et proposé de mettre aéroports et
infrastructures routières à la disposition d’une
éventuelle coalition. Le 5 février, la Macédoine
a signé la déclaration du groupe de Vilnius, dans
laquelle les Etats candidats à l’Otan se déclaraient
prêts à envisager une intervention armée pour
désarmer le régime de Saddam Hussein, y
compris sans nouvelle décision du Conseil de
sécurité des Nations unies. Enfin, le 23 avril 2003,
le Parlement a voté l’envoi, en Irak, d’un contingent
de 28 soldats, de deux officiers de liaison, de trois
médecins et de six assistants médicaux.
Sur la question de la Cour pénale internationale
de La Haye (CPI), autre pomme de discorde entre
les Etats-Unis et l’Union européenne, les autorités macédoniennes se sont également ralliées à
la position des premiers, en signant, le 1er juillet
2003, un accord bilatéral exemptant les citoyens
américains d’éventuelles poursuites devant la
Cour. Il est vrai qu’en contrepartie, les Américains
avaient accepté d’utiliser, dans l’accord, le nom
de « République de Macédoine » plutôt que celui
d’« Ancienne République yougoslave de Macédoine » sous lequel le pays a été reconnu à l’Onu
en avril 1993, geste très apprécié par les dirigeants
macédoniens, qui bataillent toujours pour voir la
Grèce reconnaître cette appellation.
L’ardeur à répondre aux demandes de l’équipe
Bush s’explique notamment par l’importance que
le gouvernement macédonien attache à une entrée
dans l’Otan en 2006. Du point de vue de la majorité slave, seule l’adhésion à l’Alliance permettra
de sécuriser les frontières extérieures du pays et,
partant, d’assurer la viabilité de l’Etat de Macédoine. Sous la houlette des Etats-Unis, une initiative trilatérale, la Charte adriatique, a été officiellement inaugurée à Tirana, le 5 mai 2003, en
présence du secrétaire d’Etat américain, Colin
Powell. Elle vise à favoriser la coordination des
efforts de préparation à l’adhésion de l’Albanie,
de la Croatie et de la Macédoine. Parallèlemment,
le gouvernement Crvenkovski a entrepris de
réformer l’armée avec l’aide des Etats-Unis
(réduction des effectifs et de la durée du service
militaire, professionnalisation, acquisition de
nouveaux équipements).
Une reprise économique
fébrile
L’économie macédonienne continue de souffrir
des contrecoups de la crise traversée par le pays
en 2001 et de l’instabilité politique qui a accompagné les élections de 2002. Si le PIB nominal a
progressé de 2 % en 2002 (seulement + 0,3 % en
termes réels), c’est principalement grâce au
dynamisme des services financiers et du commerce.
Les autres secteurs économiques ont enregistré,
quant à eux, des performances médiocres. La
production agricole a chuté de 5,2 % en 2002,
les produits les plus touchés étant le blé, le riz, le
raisin et le tabac. Les perspectives de croissance
du secteur agricole (qui représentait 12,1 % du
PIB en 2002)
[15] étant des plus pessimistes, le
gouvernement a accepté de débloquer, en mai
2003,15 millions d’euros destinés à régler une
partie de ses dettes aux producteurs de tabac
[16].
L’activité industrielle, elle aussi, s’est contractée
(- 5,2 % en 2002), les branches les plus touchées
étant l’électricité (- 22,6 %) et la production de
fer et d’acier (- 21,5 %). Toutefois, les « cadeaux »
fiscaux et salariaux consentis par l’ancien
gouvernement lors de la campagne pour les élections législatives de septembre 2002 ont entraîné
un sursaut de la consommation nationale, en
particulier pour les biens durables (+ 96,7 % au
premier trimestre de 2003) et pour les biens
intermédiaires (+ 18,6 %). Cela a stimulé l’activité industrielle qui a fait un bond de 45 % pour
le seul mois de mars 2003 (mais seulement
+ 3,5 % pour le premier trimestre de 2003 par
rapport à la même période de 2002).
Malgré ce sursaut de la consommation, les perspectives générales de croissance économique
restent pessimistes pour 2003 et 2004 en raison
de l’austérité budgétaire pratiquée par le nouveau
gouvernement, de la mise en faillite programmée
d’un grand nombre d’entreprises publiques, de
l’aggravation du déficit commercial et de la
dégradation inquiétante du climat social.
Une politique budgétaire
et monétaire
sous la pression du FMI
Alors que la fin de 2002 avait été marquée par un
relâchement budgétaire, l’année 2003 est à placer
sous le signe de l’austérité. Coupes claires dans
les dépenses publiques et augmentation des taux
d’imposition étaient les pré-requis incontournables du FMI pour l’attribution d’un crédit
standby. L’accord conclu entre le gouvernement de
B. Crvenkovski et l’institution de Bretton Woods
(février 2003) a permis la reprise du déboursement
des fonds promis lors de la Conférence des
donateurs de mars 2002
[17]. Le prêt du FMI
(28,4 millions de dollars) sera, pour sa part, versé
à partir de juin 2004, pour laisser à ce dernier le
temps de mesurer la motivation réelle du nouveau
gouvernement à tenir le cap d’une politique de
rigueur fort impopulaire. Parmi les cibles du FMI,
le déficit budgétaire (4,5 % du PIB en 2002) qui
devra être contracté de 6,5 milliards de denars
(104 millions d’euros, soit la moitié des dépenses
publiques du pays). L’objectif est si ambitieux
que, même au FMI, on doute de sa réalisation.
Le gouvernement a annoncé officiellement son
espoir de ramener le déficit budgétaire à 3,2 %
du PIB en 2003 (contre 1,6 % souhaité par le FMI)
et à 2,6 % en 2004 (contre 0,9 % pour le FMI)
[18].
Autre exigence de l’institution financière, la TVA
(introduite en avril 2000) a été unifiée en avril
2003 au taux de 18 %, avec pour conséquence
immédiate une hausse des prix dans les secteurs
habituellement taxés à 5 % (électricité, chauffage,
eau)
[19]. Le gouvernement table toutefois sur un
taux d’inflation ne dépassant pas les 3 % en 2003.
De son côté, face à un secteur bancaire en crise
et en perte de légitimité auprès de sa clientèle, le
gouverneur de la Banque centrale (NBRM), Ljube
Trepski, a multiplié les déclarations et les appels
à un retour de la confiance. Oubliant l’épisode
des faillites bancaires de 1997, il déclarait en
janvier 2003 : « Croyez-moi, nous sommes l’un
des rares pays en transition à avoir su éviter une
crise bancaire systémique, c’est-à-dire une faillite
généralisée du secteur bancaire »
[20].
Mais face à l’instabilité du secteur, la NBRM a
finalement pris l’initiative de baisser ses taux
d’intérêts directeurs
[21], ce qui a entraîné aussitôt
un décuplement de l’encours des crédits, qui est
passé de 1,16 million de dollars en janvier 2003
à 11,682 millions en mai
[22].
Principaux indicateurs économiques de la Macédoine en 1995-2002
1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002
PIB (variation en %) - 1,2 1,2 1,4 3,4 4,3 4,6 - 4,1(1) 2,0(1)
Production industrielle
(variation en %) - 10,7 3,2 1,6 4,5 - 2,6 3,5 - 3,1 - 5,2(1)
Production agricole
(variation en %) 2,3 - 2,9 0,0 3,9 0,3 nd nd nd
Ventes au détail
(variation en %) - 1,8 - 10,2 8,6 3,2 17,6 11,1 - 10,7 6,7(2)
Formation brute
de capital fixe
(variation en %) nd 6,5 - 4,3 1,5 - 1,4 - 3,2 nd nd
Taux de chômage
officiel (en % des actifs,
en décembre) 36,6 38,8 41,7 41,4 44.0(1) 45,0(1) 42,0(1) nd
Indice des prix
à la consommation
(moyenne annuelle, %) 16,4 2,5 0,9 - 1,4 - 1,3 6,6 5,2 nd
Solde budgétaire
(en % du PIB) - 1,0 - 1,0 - 0,4 - 1,9 - 1,6 - 1,3 - 5,9 - 4,5(1)
Exportations
de marchandises
(en millions de dollars) 1 204 1 147 1 237 1 292 1 192 1 319 1 183(1) 1 187(1)
Importations
de marchandises
(en millions de dollars) 1 425 1 464 1 623 1 711 1 584 1 875 1 580(1) 1 674(1)
Balance commerciale
(en millions de dollars) - 221 - 317 - 386 - 419 - 392 - 556 - 397(1) - 487(1)
Balance des transactions
courantes (en % du PIB) - 5,5 - 6,5 - 7,5 - 8,8 - 3,9 - 2,1 - 6,9 - 7,7(3)
Dette extérieure brute
(en % du PIB) 31 30 35 41 44 41 42 41(4)
Investissements directs
étrangers (en millions
de dollars) 12 12 18 175 27 175 445(1) 70(1)
(1) Estimation (2) Janvier-octobre (3) Janvier-septembre (4) Fin septembre.
Source : Commission économique pour l’Europe (Onu), Economic Survey of Europe, 2003, n° 1 et années antérieures ; Berd, Transition
Report 2002.
Commission économique pour l’Europe (Onu), Economic Survey of Europe, 2003, n° 1 et années antérieures ; Berd, Transition
Report 2002.
Un commerce extérieur
structurellement
déficitaire
En 2002, avec 849,38 millions de dollars, le
déficit commercial a dépassé les estimations les
plus pessimistes
[23]. En février 2003, il atteignait
déjà 123,29 milliards de dollars. La signature de
différents accords de libre-échange (avec l’UE
en avril 2001, avec l’Albanie en mars 2002, avec
la Bosnie-Herzégovine en avril 2002) ne semble
pas en mesure d’enrayer cette tendance. De plus,
ces accords tendent à diminuer les recettes
douanières du pays et l’entrée de la Macédoine
dans l’OMC (avril 2003) ne devrait rien arranger
(les taxes douanières ne représentaient plus que
11,9 % du budget au premier trimestre de
2003)
[24].
Ce mauvais résultat du commerce extérieur a été
présenté par le gouvernement comme le contre-coup de la crise ethnique (intérieure) que le pays
a traversée en 2001. Mais, en réalité, la récurrence d’un tel déficit commercial depuis l’indépendance traduit une mauvaise spécialisation
internationale. La Macédoine exporte traditionnellement de l’habillement (31 % des exportations
en 2002), du fer et de l’acier bruts (14 %), du
tabac (6,8 %) et des métaux non ferreux (5,5 %),
c’est-à-dire des produits dont la demande
mondiale est faible, en déclin ou fortement volatile. Le pays importe principalement des machines
et des matériels de transport (20,7 % des importations en 2002), des biens manufacturés (13,5 %)
et du pétrole et produits dérivés (9,3 %).
L’UE, principal client et fournisseur de la Macédoine, a réduit en 2002 sa demande pour les
produits textiles et les métaux
[25]. Cela a entraîné
un ralentissement immédiat des ventes macédoniennes de ces produits vers l’UE, ce qui a
aggravé d’autant le déficit commercial de la
Macédoine vis-à-vis de cette dernière (323,52
millions de dollars en 2002,77,5 millions au
premier trimestre de 2003).
Il en va de même pour les investissements directs
étrangers (IDE) dont les flux sont passés de
443,21 millions de dollars en 2001 à 77,54 millions en 2002. A l’origine de cette chute, le conflit
armé avec l’UCK en 2001 et l’instabilité politique en 2002 qui ont sapé la confiance des
investisseurs étrangers. A titre d’exemple, les IDE
hongrois sont tombés de 322,7 millions de dollars
en 2001 à 2 000 dollars en 2002 ! Le principal
investisseur en Macédoine est désormais la Grèce
(44,28 millions de dollars en 2002)
[26], suivie de
la Bulgarie (4,83 millions) et des Etats-Unis
(4,14 millions). Le secteur des services a bénéficié de 60,6 % du total des flux d’IDE en 2002,
suivi de l’industrie (34,2 %) et de l’agriculture
(5,2 %).
Les relations France-Macédoine
En 2002, la France était destinataire de 2,2 % des exportations de la Macédoine
(11e place) et lui fournissait 2,7 % des importations (11e place). De son côté, ce pays
ne représentait, pour la même année, que 0,02 % des exportations françaises (61e place)
et 0,003 % des importations (89e place). Traditionnellement excédentaire avec ce pays,
la France a dégagé en 2002 un excédent record de 46,3 millions d’euros qui s’explique
principalement par la contraction des achats français depuis deux ans (- 56 % de 2000
à 2002), les produits les plus touchés étant l’habillement, les métaux, les appareils ménagers
et les équipements automobiles.
En 2002, le premier poste français à l’importation était toujours occupé par les métaux et
produits métalliques (34,8 % du total des importations en provenance de la Macédoine) ;
il était suivi de l’habillement et du cuir (24,5 %) et des composants électriques et
électroniques (9,1 %). Par ailleurs, la France enregistre une hausse régulière, depuis
deux ans, de ses exportations vers la Macédoine (+ 5,6 % de 2000 à 2002), les produits
de l’industrie automobile (21,9 % du total) et ceux de l’agroalimentaire (19,8 %) se
positionnant en tête. La France se situe, avec 60 000 dollars en 2002, au 24e rang
des investisseurs.
Les échanges France – Macédoine,
2000-2002 (millions d’euros)
2000 2001 2002
Exportations (fob) 59,0 59,9 62,3
Importations (cif) 25,0 20,4 16,0
Solde + 34,0 + 39,5 + 46,3
Source : Douanes françaises.
Douanes françaises.
Un climat social
des plus tendus
Dans le cadre du crédit FESAL-2 négocié avec
la Banque mondiale, le gouvernement macédonien s’est engagé à vendre ou à liquider près de
25 entreprises non rentables avant la fin de 2003.
Toutefois, la prudence est de mise pour le nouveau
gouvernement soucieux d’éviter que les suppressions d’emplois liées aux privatisations n’aillent
alimenter le flot grandissant des mécontents. Les
entreprises concernées emploient au total 18 650
employés, parmi lesquels 7 500 environ devraient
être licenciés après la privatisation. Sachant que
l’une des promesses pré-électorales les plus
entendues de Branko Crvenkovski était de tout
mettre en œuvre pour réduire le chômage, on
comprend pourquoi seule une entreprise de la liste
avait été vendue à la mi-juin 2003 (Astibo, dans
l’industrie textile). Elektrostopanstvo na
Makedonija (ESM, dans le secteur de l’électricité) devrait être la prochaine candidate.
L’annonce par le gouvernement, en juin 2003,
de différents plans de réduction des effectifs de
fonctionnaires sur deux ans a mis le feu aux
poudres. Les syndicats ont reproché pêle-mêle
aux dirigeants du pays de ne pas connaître le
nombre exact de fonctionnaires
[27], de mener une
politique d’austérité exagérément dure et de ne
pas respecter ses engagements électoraux en
matière de lutte contre l’exclusion et le chômage,
qui frappe environ 360 000 personnes, soit 44 %
de la population active. Des voix de plus en plus
nombreuses s’élèvent pour dénoncer le « diktat »
imposé par le FMI et pour demander une
renégociation de l’accord signé avec ce dernier.
Afin d’éviter que ces protestations ne rencontrent
un écho favorable auprès d’une population exas-pérée par une décennie de dégradation sociale, le
gouvernement a pris l’engagement (contre l’avis
du FMI) de verser à chaque employé licencié une
indemnité égale à huit mois de salaire moyen (ce
qui représente une enveloppe budgétaire totale
équivalant à 7,3 millions d’euros pour la seule
année de 2003)
[28]. Par ailleurs, le Parlement a
voté (fin mars 2003) une loi exemptant de contributions sociales pendant deux ans tout employeur
qui s’engagerait à créer des emplois d’une durée
au moins égale à quatre ans
[29].
Il est toutefois peu probable que ces mesures
soient suffisantes pour rassurer la composante
slave de la population qui craint que l’application
des accords d’Ohrid (impliquant notamment le
recrutement d’un nombre plus important de
Macédoniens albanais dans la fonction publique)
ne se traduisent pour elle par de nouvelles
suppressions d’emplois. En écho, la puissante
Fédération de l’union des commerçants (SSM) a
annoncé pour les mois prochains une « protestation
sociale à une échelle encore jamais vue auparavant ».
Les perspectives d’intégration à l’Union européenne demeurent, quant à elles, plus lointaines.
Si le sommet européen de Thessalonique, les 20 et
21 juin 2003, avec lequel s’achevait la présidence
grecque de l’UE, a réaffirmé la vocation des
Balkans occidentaux à rejoindre l’Union à terme,
la Macédoine sait qu’il lui faudra consolider l’Etat
de droit et réformer en profondeur son économie
avant de pouvoir prétendre à être admise dans la
« grande Europe ».
Notes :
2002
21 janvier
Formation d’un Conseil de coordination des
Albanais à l’initiative de l’ancien dirigeant de
l’UCK, Ali Ahmeti, en vue de favoriser une
meilleure coopération entre partis politiques
albanais et responsables issus de l’ancienne
guérilla.
24 janvier
• Adoption de la nouvelle loi sur la décentralisation, l’un des principaux textes faisant partie du
compromis d’Ohrid, dont le report avait retardé
la mise en œuvre des accords.
• Visite du vice-Premier ministre de Serbie,
Nebojsa Covic, pour rechercher une meilleure
coopération dans la lutte contre les « extrémistes
albanais ».
26-27 février
Visite officielle du Président bulgare, Gueorgui
Parvanov.
8 mars
Entrée en vigueur de la loi d’amnistie pour les
anciens combattants de l’UCK. Elle ne concerne
pas les crimes de guerre.
12 mars
A Bruxelles, la Conférence des donateurs décide
d’attribuer 583 millions d’euros à la Macédoine
dans le but de reconstruire le pays après les
affrontements ethniques de 2001. L’Agence européenne de reconstruction (AER) a été chargée de
la gestion des fonds.
20 mars
Signature d’un accord de libre-échange avec
l’Albanie.
3 avril
L’université d’Europe du Sud-Est, inaugurée à
Tetovo le 20 novembre 2001, est enregistrée par
le ministère de l’Education, après plusieurs mois
d’atermoiements.
20 avril
Signature d’un accord de libre-échange avec la
Bosnie-Herzégovine.
26 avril
La Macédoine interdit l’importation d’une série
de produits pétroliers, de matériaux de construction et certaines denrées alimentaires de Serbie
pour protester contre le non-respect de l’accord
de libre-échange signé entre les deux pays le
7 mars. Belgrade s’était alors engagée à lever les
restrictions à l’importation des hydrocarbures en
provenance de Macédoine, introduites en 2001.
5 juin
Après l’échec du Conseil de coordination des
Albanais de Macédoine, l’ancien leader e
l’UCK, Ali Ahmeti, fonde l’Union démocratique
pour l’intégration en vue des élections législatives de septembre 2002.
8 juin
Publication du rapport de la Commission Vahlund
sur les personnes disparues pendant le conflit de
2001.
19 juin
Adoption par le Parlement d’un ensemble de lois
réglementant l’usage de l’albanais dans l’administration, les institutions gouvernementales,
ainsi que dans les formulaires du recensement
prévu pour novembre 2002.
11 juillet
• Le ministre de l’Intérieur, Ljube Boskovski,
annonce que les forces de police macédoniennes
ont achevé la « réintégration pacifique » des territoires de l’ouest du pays à population albanaise,
avec le rétablissement de patrouilles dans le
village de Tanusevci.
• Un compromis est trouvé, grâce à la médiation
de Alain Le Roy, Envoyé spécial de l’UE en
Macédoine, concernant les règlements intérieurs
du Parlement. Les députés pourront s’exprimer
en albanais, mais non les ministres, et aucun
document écrit ne sera rédigé en albanais.
26 août
Deux policiers réservistes macédoniens sont tués
dans le village de Ciglana, près de Gostivar. Leur
assassinat est revendiqué par l’Armée nationale
albanaise (AKSH), formation radicale et minoritaire créée en août 2001. En réponse, le ministère
de l’Intérieur procède à l’arrestation de huit
personnes soupçonnées d’être impliquées dans les
attentats. Pour obtenir leur libération, des
Albanais interceptent un bus, le 30 août, sur
l’autoroute Tetovo-Gostivar, et prennent en otage
cinq Macédoniens slaves. La libération de ces
derniers est obtenue, le 31, grâce à la médiation
de la communauté internationale.
9 septembre
Les ministres des Transports d’Albanie, de
Bulgarie, de Grèce, d’Italie, de Macédoine et de
Turquie signent un mémorandum d’accord à Bari
(Italie), portant sur le tracé du corridor paneuropéen n° 8 qui doit relier le Caucase et l’Asie
centrale à l’Europe.
15 septembre
Les élections législatives prévues par les accords
d’Ohrid sont remportées, côté slavophone, par la
coalition « Ensemble pour la Macédoine » dirigée
par l’Alliance social-démocrate (SDSM) avec
40,5 % des suffrages exprimés et, côté albanophone, par l’Union démocratique pour l’intégration (BDI) avec 11,9 % des voix.
21 octobre
Alexis Brouhns (Belge) est nommé Envoyé
spécial de l’Union européenne en Macédoine, en
remplacement de Alain Le Roy, dont le mandat
devait s’achever au 31 décembre, mais qui avait
demandé à quitter ses fonctions au 31 octobre.
1er novembre
Formation d’un nouveau gouvernement de
coalition entre le SDSM et le BDI, sous la direction de Branko Crvenkovski. Le BDI obtient les
portefeuilles de la Justice, de la Santé, de l’Education et des Transports et Communications, ainsi
que quatre postes de vice-ministre (Défense,
Agriculture, Economie et Intérieur).
13 novembre
Sommet de l’Initiative centre-européenne à
Skopje en présence de représentants de 17 pays
d’Europe centrale et orientale.
1er -15 novembre
Un recensement national est organisé sous la
supervision de la communauté internationale. Le
précédent, en 1994, avait été boycotté par les
Albanais. La publication des résultats est prévue
pour novembre 2003.
7 décembre
Fin de la mission Renard roux de l’Otan en
Macédoine. L’opération Harmonie alliée, qui lui
succède, a vocation à assister les réformes de
l’armée macédonienne.
2003
5 janvier
Le ministre de la Défense annonce une réduction
de la durée du service militaire de neuf à six mois
(de quatorze à neuf mois pour les objecteurs de
conscience).
9 janvier
Visite de la ministre des Affaires étrangères,
Ilinka Mitreva, en Albanie, où sont discutées la
lutte contre le crime organisé et les perspectives
de construction du corridor n° 8.
5 février
La Macédoine, membre du groupe de Vilnius,
cosigne aux côtés de neuf autres pays une déclaration de soutien au projet américano-britannique
d’intervention militaire en Irak.
7 février
La Macédoine signe une lettre d’intention avec
le FMI concernant un accord stand-by, d’un
montant de 300 millions de dollars.
4 mars
Une mine fait quatre victimes à Sopot, deux civils
et deux soldats polonais de l’Otan en patrouille
dans la zone.
14 mars
Le SDSM et le BDI scellent un compromis qui
relance la mise en œuvre des accords d’Ohrid.
Les Albanais s’engagent à reconnaître les
frontières du Kosovo, le nom constitutionnel de
la République de Macédoine et le drapeau. En
échange de quoi, ils obtiennent que les passeports
des Albanais de Macédoine puissent être rédigés
en macédonien, en albanais et en anglais. Enfin,
il est convenu que les séances plénières du
Parlement et les travaux en commission auront
lieu en macédonien.
15 mars
Licenciement de 1 500 mineurs, à la suite de la
fermeture des mines de Zletovo, endettées à
hauteur de 23 millions d’euros.
20 mars
Le président Trajkovski déclare son soutien à
l’intervention américano-britannique déclenchée
en Irak.
31 mars
L’opération Concordia, mission de 350 hommes
déployés à l’initiative de l’UE, prend la relève de
la mission Harmonie alliée de l’Otan. Première
mission militaire de l’UE dans les Balkans, prévue
initialement pour six mois, elle sera prorogée, en
juillet, jusqu’au 15 décembre 2003.
1er avril
Passage à un taux unique de la TVA, fixé à 18 %.
4 avril
Adhésion de la Macédoine à l’Organisation
mondiale du commerce (OMC) ; Skopje s’engage
à réduire la moyenne de ses tarifs douaniers vis-à-vis des membres de l’Organisation de 14,3 % à
8 % avant 2010.
9 avril
Sixième sommet à Belgrade des chefs d’Etat et
de gouvernement des pays membres du Processus
de coopération en Europe du Sud-Est (SEECP),
à savoir l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la
Bulgarie, la Croatie, la Grèce, la Macédoine, la
Roumanie, la Serbie-Monténégro, la Turquie. La
déclaration finale souligne la détermination des
Etats balkaniques à faire partie de l’UE et de
l’Otan dans un avenir proche et à lutter contre le
crime organisé.
19 avril
Le Parti démocratique albanais (PDA) de Arbën
Xhaferi entame un boycott des travaux de
l’Assemblée nationale qui durera jusqu’au 19 juin.
19-21 avril
Visite officielle du Premier ministre bulgare,
Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha.
23 avril
• Le Parlement décide l’envoi au Koweït d’un
contingent de 28 soldats des forces spéciales
« Scorpions », de deux officiers de liaison, de trois
médecins et de six assistants médicaux, pour
contribuer à la sécurisation du pays.
• Le FMI approuve un crédit stand-by de 28,4
millions de dollars, la première tranche devant
être versée en juin 2004.
24-25 mai
XIIe ongrès annuel de la VMRO-DPMNE.
L’économiste, Nikola Gruevski, 33 ans, est élu
président en remplacement de L. Georgievski, par
220 voix (sur 289 délégués) contre 60 à son
concurrent, Marjan Gorcev.
12 juin
Sept policiers macédoniens sont retenus en otage
pendant quelques heures dans le poste de police
d’Aracinovo, bourg situé au nord de Skopje, après
que la police eut tué un jeune Albanais lors de
son interpellation. Ils seront libérés grâce à la
médiation de députés albanais et de représentants
de la communauté internationale.
20 juin
Le Parti démocratique national (PDK, albanais)
de Kastriot Haxhirexha, représenté par un député
au Parlement, fusionne avec l’Union démocratique pour l’intégration (BDI).
21 juin
• Lors de la rencontre au sommet entre l’UE et
les Etats des Balkans occidentaux, à Thessalonique, le lendemain du Conseil européen, l’UE
confirme les « perspectives européennes » de ces
pays sans que la date d’ouverture d’éventuelles
négociations soit fixée.
• Abdulmenaf Bexheti, ancien ministre des
Transports et des Communications, est élu à la
tête du Parti pour la prospérité démocratique
(PDP, albanais, dans l’opposition), en remplacement de Abdurrahman Haliti.
1er juillet
La Macédoine devient le 43e Etat à signer un
accord bilatéral avec les Etats-Unis, exemptant
les citoyens américains résidant en Macédoine
d’une éventuelle comparution devant la Cour
pénale internationale de La Haye, nouvellement
créée. L’UE, tout en se déclarant déçue par le
non-respect de la position communautaire,
indique que ce choix ne pèsera pas sur l’avenir
de ses relations avec la Macédoine.
11 juillet
Visite officielle du président Boris Trajkovski en
Croatie.
12 juillet
• Sommet trilatéral des présidents d’Albanie, de
Bulgarie et de Macédoine à Ohrid.
• Lors du congrès annuel du Parti démocratique
des Albanais (PDSH), Arbën Xhaferi et Menduh
Thaçi, qui avaient proposé leur démission, sont
réélus à sa direction. Le nouveau programme du
PDSH se déclare favorable au principe d’une
autodétermination pour les Albanais de
Macédoine, suscitant de très vives réactions au
sein de la communauté internationale.
2 août
Célébration des «100 ans d’existence étatique »
de la Macédoine, à l’occasion du centenaire du
soulèvement de la Saint-Elie et de la création
d’une République de Krusevo qui survécut dix
jours aux assauts de l’armée ottomane.
17 août
L’Armée de libération nationale (AKSH) revendique une attaque contre un poste de police serbe
à la frontière entre le Kosovo et la Serbie.
Principales formations
politiques
SDSM Alliance social-démocrate de Macédoine
(fondée en mai 1992, issue de l’ancienne Ligue
des communistes de Macédoine). Président :
Branko Crvenkovski
DA Alternative démocratique. Président : Vassil
Tupurkovski
VMRO-DPMNE Organisation révolutionnaire
intérieure macédonienne-Parti démocratique pour
l’unité nationale macédonienne (fondée en juin
1990). Président : Nikola Gruevski
PDSH Parti démocratique albanais (représentant
la minorité albanaise). Président : Arbën Xhaferi
DPM Parti démocratique de Macédoine
PDK Parti démocratique national (représentant
la minorité albanaise). Président : Kastriot
Haxhirexha
LDP Parti libéral démocratique. Président : Risto
Penov
PPD Parti pour la prospérité démocratique
(représentant la minorité albanaise). Président :
Abdulmenaf Bexheti
SPM Parti socialiste macédonien
DS Union démocratique. Président : Pavel
Trajanov
BDI Union démocratique pour l’intégration.
Président : Ali Ahmeti
SRM Union des Roms de Macédoine
Résultats des dernières
élections
● Election présidentielle premier tour du
31 octobre 1999)
Taux de participation : 65 %.
Candidats % des voix
Tito Petkovski (SDSM) 32,7
Boris Trajkovski (VMRO) 20,9
Vasil Tupurkovski (DA) 15,5
Muharen Mexhipi (PDSH) 14,9
Stojan Androv (LDP) 10,7
Mohamed Halili (PPD) 4,4
Deuxième et troisième tours : 14 novembre et
5 décembre 1999
Candidats 2e tour 3e tour*
Boris Trajkovski (VMRO) 52 90
Tito Petkovski (SDSM) 46 10
* Un 3e tour a été organisé dans 24 circonscriptions où les votes
avaient été invalidés.
Prochaine échéance présidentielle : octobre
2004
● Elections législatives du 15 septembre 2002
Taux de participation : 73,5%
Partis % des voix Nombre
de sièges
Coalition « Pour la Macédoine
ensemble »* (SDSM-LDP) 40,5 59
(LDP 13)
Coalition VMRO-DMPNE- 24,4 34
LPM** (LPM 5)
Union démocratique
pour l’intégration (BDI, albanais) 11,9 16
Parti démocratique albanais
(PDSH) 5,2 7
Parti pour la prospérité
démocratique (PPD, albanais) 2,3 2
Parti national démocratique
(PDK, albanais) 2,1 1
Parti socialiste de Macédoine
(SPM) 2,1 1
Alternative démocratique (DA) 1,4 0
Union démocratique (DS) 1,2 0
Source: wwww. izbori. org. mket Agence d’information macédonienne
(MIA)
* La coalition «Pour la Macédoine ensemble» comprenait les partis
suivants : la Ligue social-démocrate de Macédoine (SDSM), le Parti
libéral démocratique (LDP), la Ligue démocratique des Bosniaques
(DLB), le Parti uni des Roms de Macédoine (OPRM), le Parti
démocratique des Serbes (DPS), le Parti démocratique des Turcs
(DPT), l’Union démocratique des Valaques (DSV), le Parti agraire
des travailleurs (RZP), le Parti socialiste-chrétien de Macédoine
(SCPM), le Parti vert de Macédoine (ZPM).
** La coalition VMRO-DPMNE-LPM comprenait l’Organisation
révolutionnaire intérieure macédonienne-Parti démocratique pour
l’unité nationale macédonienne et le Parti libéral de Macédoine
(LPM)
Prochaines élections législatives : automne
2006
Composition
du gouvernement
(au 15 août 2003)
- Premier ministre : Branko Crvenkovski (SDSM)
- Vice-Premiers ministres :
- chargée de l’Intégration européenne : Radmila
Cekirinska (SDSM)
- chargé des Finances : Petar Gosev (LDP)
- chargé de la Décentralisation : Musa Xhaferi
- BDI)
- Défense : Vlado Buckovski (SDSM)
- Affaires étrangères : Ilinka Mitrova (SDSM)
- Justice : Ismail Darlishta (BDI)
- Transports et Communications : Milaim Ajdini
- BDI)
- Travail et Politique sociale : Jovan Manasijevski
(LDP)
- Culture : Blagoka Stefanovski (SDSM)
- Administration locale : Aleksandar Gestakovski
(SDSM)
- Intérieur : Hari Kostov (SDSM)
- Economie : Ilija Filipovski (SDSM)
- Agriculture et Artisanat : Slavko Petrov (LDP)
- Education et Sciences : Aziz Pollozhani (BDI)
- Santé : Rexhep Semlani (BDI)
- Environnement et Aménagement du territoire :
Ljubomir Janev (SDSM)
- Sans portefeuille : Vlado Popovski
·
Georges Castellan, La Macédoine : un pays
inconnu, Crozon, Armeline, 2003.
·
Wolf Oschlies, Schwierige interethnische
Koexistenz in Makedonien, Deutschen
Institut für Internationale Politik und
Sicherheit, 20 juin 2003, sur Internet à
l’adrese : hhttp :// www. swp-berlin. org/
produkte/brennpunkte/make101.htm
·
Wolf Oschlies, Makedonien : Start in einen
konstruktiven Wahlkampf, Deutschen
Institut für Internationale Politik und
Sicherheit, 5 août 2002, sur Internet à
l’adresse : hhttp :// www. swp-berlin. org/
produkte/brennpunkte/make301.htm
·
Eiki Berg et Wim Van Meurs, « Borders and
Orders in Europe : Limits of Nation- and
State-Building in Estonia, Macedonia and
Moldova », Journal of Communist Studies
and Transition, 18(4), décembre 2002,
pp. 51-74.
·
« Albanie, Kosovo, Macédoine : tout
redevient possible ». MOCI, n° 1567,2002,
10/16 octobre, pp. 14-25.
·
Alice Ackermann, « Macedonia in a Post-Peace Agreement Environment : A Role for
Conflict Prevention and Reconciliation »,
International Spectator, 37(1), 2002, pp. 71-82.
·
John Frazer, « Macedonia : What’s the
Problem ?», International Journal, 57(3),
été 2002, pp. 349-364.
·
Nadège Ragaru, Assen Slim, « Macédoine.
Une stabilisation fragile », in « Europe
centrale et orientale. Une croissance
pérenne, un jeu politique rodé, des sociétés
désenchantées », n° 1026, juin-juillet 2002,
pp. 124-141.
·
Claire Piana, « The EU’s Decision-Making
Process in the Common Foreign and
Security Policy : the Case of the former
·
Yugoslav Republic of Macedonia »,
European Foreign Affairs Review, 7(2), été
2002, pp. 209-226.
·
Economist Intelligence Unit, Country
Report trimestriel), Country Profile
(annuel), « Macedonia ».
[(1)]
L’AKSH s’est fait connaître, le 7 août 2001, en revendiquant un attentat à Prilep dans lequel dix policiers
macédoniens avaient trouvé la mort. L’organisation revendique la création d’une « grande Albanie ».
[(2)]
Dans le présent texte, c’est une définition « citoyenne » du terme « macédonien » qui a été retenue. On l’emploiera
ainsi pour désigner toute personne de citoyenneté macédonienne indépendamment de son apparternance culturelle
ou religieuse. Pour parler de la seule partie « ethniquement » macédonienne de la population, on sera donc amené à
utiliser le terme « slave » en dépit de son imprécision (il peut désigner les Macédoniens au sens ethnique, comme les
Serbes et les Bulgares de Macédoine). Il sera donc question de « Slaves de Macédoine » ou de « Macédoniens slaves ».
Notons qu’en Macédoine même, l’appellation « Macédonien » a une acception strictement ethnique.
[(3)]
Si le calendrier originel avait été respecté, les amendements constitutionnels auraient dû être ratifiés sous quarante
jours et des élections législatives anticipées organisées au mois de février 2002.
[(4)]
L’AKSH a revendiqué une attaque à la caserne Ilinden, le 15 août, qui a blessé deux soldats macédoniens slaves
et le meurtre de deux réservistes de police, le 26 août, à Ciglana, près de Gostivar. En réponse, huit suspects ont été
arrêtés. Pour obtenir leur libération, des Albanais ont intercepté un bus, le 30 août, sur l’autoroute Tetovo-Gostivar
et pris en otage cinq Macédoniens slaves. La libération de ces derniers a été obtenue, le 31, grâce à la médiation de
la communauté internationale. Les menaces d’arrestation proférées à l’encontre de Ali Ahmeti − qui avait bénéficié
d’une amnistie dans le cadre des accords d’Ohrid − par le ministre de l’Intérieur, Ljube Boskovski, le 29 août, ont
par ailleurs contribué à entretenir un climat d’incertitude autour des élections. Enfin, en plusieurs occasions, des bureaux
des partis d’opposition (le BDI albanais et la SDSM macédonienne slave) ont fait l’objet d’attaques à la grenade.
[(5)]
Parmi ceux-ci figuraient Gezim Ostreni et Fazli Veliu. Le BDI n’a toutefois pas été le seul à recourir aux
anciens guérilleros. La captation de la légitimité combattante a fait l’objet d’une vive compétition entre partis
albanais. Le Parti démocratique national (PDK) de Kastriot Haxhirexha, s’est adjoint le soutien du commandant
Hoxha (Xhezair Saqiri), initiateur des opérations à Tanusevci en février 2001. Le parti de A. Xhaferi a pour sa part
recruté les commandants Leka et Sokolli.
[(6)]
B. Fetai a été extradé depuis la Croatie en mai 2003. En août 2003, D. Daravelski était toujours en fuite. Un
mandat international d’arrêt a été lancé contre lui, le 2 juin.
[(7)]
Voir Eben Friedman, « The Spectre of Territorial Division and the Ohrid Agreement »,
European Center for
Minority Issues Brief, 9 juillet 2003.
[(8)]
Voir Arben Xhaferi, « Les Etats multiethniques ne sont pas une solution »,
Java, sur le site du
Courrier des
Balkans, à l’adresse : h
http :// www. balkans. eu. org/ article3009. html[consultation le 20 août 2003].
[(9)]
Créée en 1994 afin de pallier l’absence d’institution d’enseignement supérieur en langue albanaise en Macédoine,
l’université de Tetovo avait été au cœur de vives controverses. Les autorités macédoniennes slaves, qui y voyaient
un foyer séditieux, s’étaient refusées à la reconnaître. En dépit de la création, à l’initiative du Commissaire aux
questions des minorités de l’OSCE, Max Van der Stoehl, d’une Université du Sud-Est européen à Tetovo en 2001, le
statut de l’université de Tetovo était demeuré un enjeu symbolique fort.
[(10)]
Voir le texte des accords sur Internet à l’adresse : h
http :// www. coe. int/ T/ E/ Legal_Affairs/ Legal_cooperation/
Police_and_internal_security/Police_cooperation/OHRID%20Agreement%2013august2001.asp [consultation le
18 août 2003].
[(11)]
Chiffres cités dans Suncica Stojanovska, « Macedonia : Albanians Still Underemployed »,
Balkan Crisis Report,
n° 436,10 juin 2003.
[(12)]
Le 15 janvier, des résultats partiels ont été publiés : en 2002, la Macédoine comptait 2 038 059 habitants (plus
23 741 étrangers et réfugiés). En avril 2003, la rumeur a circulé selon laquelle la part des Albanais dans la population
aurait été inférieure à 20 % - un chiffre au fondement des calculs d’Ohrid. Démentie, « l’information » a contribué à
décrédibiliser le décompte aux yeux des Albanais comme des Slaves macédoniens, pareillement convaincus que les
résultats seront, de toute façon, « retouchés » par les partis au pouvoir.
[(13)]
Tel est le cas, en particulier, de l’hebdomadaire albanais,
Lobi, dirigé par Iso Rusi, qui a consacré sa première
page de couverture à la Saint-Elie.
[(14)]
La France a exprimé son désir de ne plus en assurer le commandement et de retirer une partie de son contingent.
[(15)]
State Statistical Office of the Republic of Macedonia,
Bulletin, n° 1,2003, p. 1.
[(16)]
Au début de 2003,1 000 producteurs de tabac avaient protesté en précisant que l’Etat avait honoré moins de la
moitié (49 %) des factures liées à des livraisons de tabac à des entreprises publiques. Le tabac est un sujet sensible
en Macédoine. Le secteur assure un revenu à environ 40 000 ménages et représente à lui seul 6,84 % des exportations
du pays (en 2002).
[(17)]
La Conférence des donateurs à la Macédoine (12 mars 2002) avait décidé d’accorder un soutien de 583 millions
d’euros, dont 75 % sous forme de dons. Les principaux contributeurs sont la Commission européenne (129,2 millions
d’euros), les Etats-Unis (85,4 millions), les Pays-Bas (73 millions), l’Allemagne (64,1 millions), la Banque mondiale
(56,1 millions) et la Berd (55 millions). La France, pour sa part, a accordé 5,4 millions (EIU,
Country Report,
« Macedonia », mai 2002, p. 17). L’Agence européenne de reconstruction (AER), chargée de gérer l’attribution des
fonds, en avait rapidement bloqué le versement, le FMI ne parvenant pas à trouver un accord avec le gouvernement
de L. Georgievski.
[(18)]
D’après EIU,
Country Report, « Macedonia », juin 2003, pp. 9 et 18.
[(19)]
Les principaux syndicats du pays ont estimé à 13 % la hausse des prix dans ces secteurs induite par l’harmonisation
des taux de TVA. Ils ont par ailleurs dénoncé cette mesure, soulignant son caractère contradictoire avec l’objectif
de baisse des prix du FMI.
[(20)]
h
http :// www. nbrm. gouv. mk/ governorsspeeches/ interview_Denes_30_01_03. htm(consultation du 02/07/2003).
[(21)]
Début avril 2003, le taux discount est passé de 8 % à 6,5 % et le Lombard de 17,5 % à 16 %.
[(22)]
h
http :// www. nbrm. gouv. mk(consultation du 02/07/2003).
[(23)]
h
http :// www. nbrm. gouv. mk/ foreigntrade. htm(consultation du 02/07/2003). La balance des paiements indique
un déficit commercial (fob/fob) de 767,56 millions de dollars.
[(24)]
Les recettes douanières devraient continuer de baisser dans un proche avenir dans la mesure où la Macédoine
devra libéraliser 90 % de son commerce intra-balkanique avant 2008 et réduire la moyenne de ses droits de douane
vis-à-vis des membres de l’OMC de 14,3 % à 8 % d’ici à 2010.
[(25)]
En 2002, l’UE comptait pour 50,76 % dans les exportations macédoniennes et pour 45,27 % dans les importations.
Au premier trimestre de 2003, les chiffres étaient de 56,6 % et de 46 %. En 2002, les pays de l’ex-RFSY représentaient
31 % des exportations et 19,5 % des importations macédoniennes. Pour le premier trimestre de 2003, les chiffres
correspondants étaient de 23,4 % et de 17,37 %. Calculs effectués à partir de State Statistical Office of the Republic
of Macedonia,
Bulletin, n° 1,2003, p. 10.
[(26)]
Rachat de la mine Sasa par une filiale chypriote de la société grecque Mitilineos.
[(27)]
Les fonctionnaires seraient 128 000 selon le gouvernement, 86 000 selon les syndicats.
[(28)]
Les syndicats avaient demandé une indemnité au moins égale à 24 mois de salaire (soit 21 millions d’euros
pour 2003).
[(29)]
20 000 emplois devraient être ainsi créés en 2003 pour un coût budgétaire estimé à 33 millions d’euros.