Le Courrier des pays de l'Est 2003/6-7
Le Courrier des pays de l'Est
2003/6-7 (n° 1036-1037)
256 pages
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Vous consultezMacédoine 2002-2003

Entre semi-protectorat et espoirs d’intégration euro-atlantique

AuteursNadège Ragaru du même auteur

Chercheur à l’Iris, rédactrice en chef de La revue internationale et stratégique.

Assen Slim du même auteur

Maître de conférences à l’Inalco, membre du Roses.

Deux ans après la signature des accords d’Ohrid (13 août 2001), qui avaient mis un terme aux affrontements entre guérilla albanaise et forces de l’ordre, la Macédoine aborde une phase de normalisation incertaine : lancée sur la voie de réformes ambitieuses avec le soutien de la communauté internationale, elle présente en même temps des signes de fragilité inquiétants, dans un contexte de crise économique et sociale aiguë et de relations intercommunautaires dégradées. Certes, en l’espace d’un an, quelques hypothèques ont été levées. L’exercice du pouvoir par une formation, l’Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne (VMRO-DPMNE), dont certains représentants avaient prôné la politique du pire en 2001, figurait parmi celles-ci. En votant pour l’alternance lors du scrutin législatif du 15 septembre 2002, les électeurs slavophones et albanophones ont exprimé leur désir de paix. La nouvelle coalition scellée entre l’Alliance social-démocrate (SDSM) de Branko Crvenkovski, côté slave, et l’Union démocratique pour l’intégration (BDI) de l’ancien leader e la guérilla, Ali Ahmeti, côté albanais, a décidé de jouer la carte de la coopération intercommunautaire, sans enthousiasme certes, mais avec la conscience que le soutien de la communauté internationale est à ce prix et qu’une Macédoine unie n’a d’avenir qu’au sein de l’UE et de l’Otan. En matière de sécurité aussi, des signes encourageants ont été enregistrés. En dépit de quelques incidents, la reprise des combats à l’initiative de l’Armée de libération albanaise (AKSH), redoutée depuis l’émergence de cette organisation radicale en août 2001, n’a pas eu lieu[1] [1] L’AKSH s’est fait connaître, le 7 août 2001, en revendiquant...
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. Au sein de l’appareil d’Etat, les réformes de la police et de l’armée entreprises avec le soutien de l’OSCE, de l’Otan et de l’UE sont, pour l’instant, parvenues à faire taire les partisans d’une solution par la force du « problème albanais ». Enfin, le remplacement, le 31 mars 2003, de la mission Harmonie alliée de l’Otan par l’opération Concordia, que pilote l’Union européenne, s’est déroulé sans accrocs. Quoique de taille modeste, la mission contribue à rassurer une population qui y voit une preuve de l’engagement international en faveur de la stabilité de la Macédoine.

2 A y regarder de plus près, cependant, le retour à la normalité vanté par les observateurs internationaux paraît bien relatif. Si la consultation du 15 septembre 2002 a conduit à une recomposition de l’échiquier politique, elle n’est parvenue ni à modifier les logiques clientélistes des partis, ni à susciter une adhésion populaire durable aux transformations engagées dans le cadre des accords d’Ohrid. A l’été 2003, le gouvernement Crvenkovski, formé le 1er ovembre 2002, semblait avoir déjà épuisé son crédit, tant dans la majorité slave que parmi les Albanais. Pour la première, Ohrid reste un compromis inique qui, loin de freiner les « ambitions séparatistes » des Albanais, les a encouragées en montrant que force peut faire loi. Chez les seconds, les désillusions sont à la hauteur des espoirs − largement irréalistes − suscités par la victoire de l’Union démocratique pour l’intégration (BDI) à l’automne 2002. De l’alternance politique étaient attendus créations d’emplois et rétablissement de la sécurité dans les anciennes zones de conflit, deux évolutions qui tardent à se matérialiser.

3 De fait, seules une embellie sur le marché du travail et une hausse sensible du pouvoir d’achat moyen pourraient convaincre la société macédonienne que la ligne suivie par le pouvoir exécutif est la bonne. Les responsables occidentaux se heurtent en l’occurrence à une difficulté majeure : depuis l’automne 2002, ils ont fait de la mise en œuvre des accords d’Ohrid leur principal, voire leur seul, projet politique. Or, non seulement les réformes législatives et institutionnelles prévues par les accords ne devraient pas être achevées avant 2004-2005, mais en outre elles ne constituent pas, à elles seules, un gage de reprise économique. Le cercle vertueux « stabilité politiqueinvestissements étrangers-croissance », sur lequel les Occidentaux continuent de miser, ne suffira pas à contrer les tendances au développement d’une société duale dans laquelle une grande partie de la population connaît une paupérisation accentuée. Dans une situation où les rapports intercommunautaires demeurent extrêmement volatils, chaque journée de crise sociale réduit les chances d’un retour à une multiethnicité apaisée.

4 A court terme, la survie de l’Etat de Macédoine est assurée par la présence internationale et la modération des élites dirigeantes qui ont placé leurs espoirs dans une intégration euro-atlantique. A moyen terme, cependant, l’évolution des rapports intercommunautaires risque de continuer à faire peser de lourdes incertitudes sur l’avenir d’un pays dont les capacités étatiques sont faibles, l’économie défaillante et qui se trouve dans un environnement régional précaire. Depuis la signature des accords d’Ohrid, en effet, le fossé n’a cessé de s’élargir entre Albanais et Slaves de Macédoine[2] [2] Dans le présent texte, c’est une définition « citoyenne »...
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, laissant entrevoir la mise en place d’un système de « développement séparé » plus que de coexistence. Unique bouée de sauvetage, l’adhésion aux structures européennes et atlantiques représente un projet bien abstrait − trop peut-être − pour que la logique de la coopération l’emporte durablement sur celle des clivages.

L’élan réformateur du 15 septembre 2002

5 Les accords d’Ohrid prévoyaient la tenue d’élections générales anticipées une fois adoptés par le Parlement les changements constitutionnels nécessaires au rééquilibrage des rapports entre majorité slave et minorité albanaise, un processus entravé par les pratiques dilatoires de la VMRO-DPMNE au pouvoir[3] [3] Si le calendrier originel avait été respecté, les amendements...
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. Reporté à plusieurs reprises, le scrutin a finalement été organisé le 15 septembre 2002. Tout au long du printemps, seule la pression continue de la communauté internationale et, tout particulièrement de l’Office de l’envoyé spécial de l’Union européenne en Macédoine, Alain Le Roy, était parvenue à contraindre le Premier ministre, Ljubco Georgievski, et le ministre de l’Intérieur, Ljube Boskovski, à rester sur la voie du compromis. A chaque blocage gouvernemental, médias et analystes politiques redoutaient de nouveaux affrontements armés. C’est donc dans une atmosphère particulièrement tendue que la campagne électorale s’est ouverte, le 14 août 2002, alors qu’une minorité de jusqu’au-boutistes slaves et albanais paraissait résolue à faire dérailler le processus d’Ohrid. Contrairement à ce que la multiplication des incidents violents à quelques semaines des élections aurait pu donner à craindre[4] [4] L’AKSH a revendiqué une attaque à la caserne Ilinden,...
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, le vote s’est déroulé dans le calme : avec un taux de participation de 73,50 %, les électeurs ont exprimé leur souhait de voir une nouvelle majorité œuvrer au plein rétablissement de la sécurité et, si possible, d’une certaine prospérité.

6 L’alternance du 15 septembre ne revêt cependant pas la même signification au sein des communautés slaves et albanaises. Dans le premier cas, en effet, c’est la formation qui avait tenu les rênes du pays entre 1991 et 1998 qui est revenue au pouvoir : issue de l’ancien Parti communiste, l’Alliance social-démocrate (SDSM) avait alors échoué à impulser une démocratisation réelle et une transformation en profondeur de l’ancienne économie socialiste. Peu de renouveau, donc, mais plutôt, pour les électeurs, un choix par défaut, sans grand enthousiasme. Misant sur le désir de retour à la normalité des Macédoniens slaves, l’Alliance social-démocrate a cependant su, au cours de la campagne, jouer la carte de la « raison », se présentant comme la force politique en mesure de ramener le pays sur la voie de la paix avec le soutien de la communauté internationale. Dénonçant le traitement de la crise nationale par le VMRO-DPMNE − un traitement jugé comptable de la guerre −, le parti de B. Crvenkovski s’est employé à présenter le scrutin comme un référendum pour ou contre la guerre. La conclusion, que les affiches, clips télévisuels et brochures des sociaux-démocrates, rappelaient à l’envi, était sans appel : « Il n’y a qu’un choix ». Au plan interne, les rumeurs de corruption dans les rangs de la VMRO-DPMNE ont fourni aux dirigeants de la SDSM une ligne d’attaque relativement facile. Et si la force de conviction de leur propos a été amoindrie par le souvenir, encore frais, de huit années de corruption version social-démocrate, la coalition n’a guère eu de peine à l’emporter, recueillant 40,5 % des suffrages (59 sièges sur 120), contre seulement 24,4 % au parti de Ljubco Georgievski (34 sièges). A l’inverse, c’est une offre politique renouvelée par l’entrée en lice de l’Union démocratique pour l’intégration (BDI), qui a été proposée aux électeurs albanais. L’ancien leader de l’Armée de libération nationale (UCK), Ali Ahmeti, avait fait connaître son désir de prendre part à la vie politique du pays, en créant le 21 janvier 2002 un Conseil de coordination des Albanais, qui avait vocation à rassembler l’ensemble des formations politiques albanaises. L’initiative avait achoppé devant l’opposition du Parti démocratique albanais (PDSH), allié de la VMRO-DPMNE au pouvoir et grand perdant de la crise de 2001. Le 5 juin 2002, A. Ahmeti a tiré les leçons de cet échec, en créant sa propre formation autour d’anciens guérilleros[5] [5] Parmi ceux-ci figuraient Gezim Ostreni et Fazli Veliu. Le...
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, de représentants de la société civile (comme Teuta Arifi, vice-présidente du BDI) et de transfuges du Parti pour la prospérité démocratique (PPD, dans l’opposition), à l’instar du député, Aziz Pollozhani. Auréolé du prestige de la lutte armée, fort de sa nouveauté, le BDI a su canaliser les aspirations au changement d’une population albanaise lasse de voir ses responsables consacrer plus d’énergie à leurs stratégies d’enrichissement privé qu’à la formulation de politiques publiques consistantes.

7 En apportant un soutien enthousiaste au BDI, les électeurs albanais n’ont pas seulement sanctionné leurs partis ; ils ont aussi parié sur la réussite du compromis d’Ohrid. Car, de ce point de vue, le discours de l’Union a été sans ambiguïté. Sans renier le choix du recours aux armes de 2001, A. Ahmeti a mis toute son autorité au service de la défense des accords d’Ohrid, appelant à la construction d’une Macédoine unie et multi-ethnique, où les Albanais pourraient pleinement exercer leurs droits de citoyens. Toute revendication séparatiste (fédéralisation, création d’un Etat séparé) a été exclue. La fermeté du propos a pu surprendre ; la légitimité combattante de l’ancienne Armée de libération nationale a en tout cas interdit aux autres partis albanais de chercher à « doubler » le BDI par une surenchère nationaliste. Au final, l’Union démocratique pour l’intégration a obtenu 11,9 % des voix et 16 sièges, devançant largement son principal rival, le Parti démocratique albanais (PDSH) (7 sièges, 5,2 %). Le Parti pour la prospérité démocratique (PPD) a subi un revers encore plus dramatique (2 sièges, 2,3 % des voix) et son retour sur le devant de la scène politique paraît compromis. Enfin, la seule formation ayant déployé une rhétorique radicale, le Parti démocratique national (PDK) de Kastriot Haxhirexha, organisation née au moment de la crise de 2001, n’a pu envoyer au Parlement qu’un seul représentant, Xhezair Saqiri, le très populaire commandant Hoxha, initiateur de l’offensive albanaise de Tanusevci, en février 2001.

Les espoirs déçus de l’alternance politique

8 Bien que détenant, à un siège près, la majorité à l’Assemblée, l’Alliance social-démocrate a proposé une coalition au parti albanais sorti vainqueur du scrutin, comme il est de coutume depuis 1991. Le 1er novembre 2002, un gouvernement SDSM-BDI a été formé sous la direction de Branko Crvenkovski, déjà Premier ministre entre le 17 août 1992 et le 30 novembre 1998. Le BDI y a obtenu les portefeuilles de l’Education, de la Justice, de la Santé et des Transports, un poste de vice-Premier ministre et quatre de viceministre. Dès son entrée en fonction, le nouveau chef du gouvernement a souhaité se démarquer de ses prédécesseurs, en soulignant son engagement en faveur de la pleine réalisation des accords d’Ohrid et son désir de partenariat avec la communauté internationale. Pourtant, à l’été 2003, le nouveau pouvoir traversait une profonde crise de confiance.

9 Plusieurs facteurs viennent expliquer cette tombée en disgrâce. B. Crvenkovski a très tôt entrepris d’asseoir son autorité en procédant au remplacement des responsables de la haute administration liés à la VMRO-DPMNE. Le geste, peut-être nécessaire en raison des réticences de certains d’entre eux à mettre en œuvre les accords d’Ohrid, a cependant prêté le flanc à la critique : ne fallait-il pas y voir un retour aux anciennes pratiques de spoil system des sociaux-démocrates ? La lutte contre la corruption représentait un deuxième chantier test pour la nouvelle majorité. En octobre 2002, une nouvelle commission anti-corruption a été établie auprès du ministère des Finances. Par la suite, plusieurs anciens hauts responsables, membres de la VMRO-DPMNE et du PDSH, ont été mis en examen. Parmi eux, figuraient l’ancien directeur des douanes, Dragan Daralevski, et l’exministre de l’Economie, Besnik Fetai. La démarche est cependant apparue trop sélective, politiquement, pour convaincre. Les lenteurs du système judiciaire ont par ailleurs mis en doute la volonté d’assainissement du pouvoir[6] [6] B. Fetai a été extradé depuis la Croatie en mai 2003. ...
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. Enfin, la chute de popularité du gouvernement Crvenkovski − tout comme celle de son partenaire, le BDI − tient au caractère peu lisible des réformes d’Ohrid, sur lesquelles on reviendra plus loin. Présentées comme une potion magique, celles-ci demeurent étonnamment abstraites. Les débats sur la langue, sur la représentation équitable et sur la décentralisation se sont poursuivis au printemps et à l’été 2003, sans que la société puisse en ressentir le moindre bénéfice en termes de qualité de vie.

10 Dans ces conditions, seuls le soutien dont la SDSM jouit au sein de la communauté internationale et l’absence d’alternative politique assurent la pérennité du pouvoir. Depuis son retrait de l’exécutif, la VMRO-DPMNE connaît en effet une crise d’identité profonde. Un bilan gouvernemental peu louable et la révélation de plusieurs affaires de corruption ont terni son image. Le 18 avril 2003, dans un article pour le quotidien Dnevnik, L. Georgievski a bien essayé de reprendre l’initiative en relançant l’idée − caressée lors de la crise de 2001 − d’une partition de la Macédoine[7] [7] Voir Eben Friedman, « The Spectre of Territorial Division...
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. La voie de la radicalisation ne semble toutefois pas séduire une majorité slave qui redoute la guerre. Tirant les leçons de son désaveu populaire, l’ancien Premier ministre s’est finalement résolu à quitter la direction de la VMRO-DPMNE à l’issue du XIIe ongrès annuel des 24 et 25 mai 2003. Son successeur, Nikola Gruevski, est un économiste de 33 ans, ancien ministre du Commerce, puis des Finances, dans le gouvernement Georgievski. Il n’est toutefois pas évident que le nouveau leader, qui jouit d’une réputation d’intégrité et de modération, parvienne à restructurer une formation dont l’histoire s’est, pendant douze années, confondue avec celle de son chef charismatique.

11 Le climat politique n’est guère meilleur, côté albanais, où l’Union démocratique pour l’intégration aborde une phase délicate. Son manque d’expérience en politique, la difficulté à recruter des cadres locaux de valeur ont contribué à affaiblir son autorité ; les lenteurs d’Ohrid jouent aussi contre elle. Mais, à la différence de l’échiquier politique slave, sur la scène partisane albanaise, deux acteurs au moins peuvent prétendre se poser en recours en cas d’échec du compromis multiethnique. Le premier est le commandant Hoxha, député du PDK à l’Assemblée nationale, qui jouit d’une grande renommée dans les zones albanaises de Skopje et du nord du pays. Sa capacité à mettre sa popularité au service d’un projet et d’une stratégie politiques reste cependant à prouver. Le second défi est d’une toute autre envergure : il émane du Parti démocratique albanais (PDSH), qui a réélu à sa présidence, Arbën Xhaferi, lors de son Congrès annuel, le 12 juillet 2003. Contrairement au controversé Menduh Thaçi, vice-président du PDSH, A. Xhaferi reste perçu au sein de la communauté albanaise comme un homme politique de grande valeur. Reléguée dans l’opposition, sa formation a renoué avec la tactique qui lui avait si bien réussi en 1998, à savoir la radicalisation nationaliste. Entre le 19 avril et le 19 juin, les députés PDSH ont boycotté les débats parlementaires pour protester contre l’enlisement du processus d’Ohrid. Surtout, A. Xhaferi a repris à son compte les propositions de partition de la Macédoine avancées par L. Georgievski, dans un entretien à l’hebdomadaire kosovar, Java, le 24 avril 2003, soulignant que, dans les Balkans, seuls les Etats « ethniques » étaient viables[8] [8] Voir Arben Xhaferi, « Les Etats multiethniques ne sont...
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. Le principe de l’autodétermination a par ailleurs été inclus dans la nouvelle version du programme du PDSH élaborée par le Congrès de juillet, suggérant la possibilité qu’à terme les terres albanaises de Macédoine soient rattachées au Kosovo ou servent de noyau dur à un nouvel Etat. En parallèle, un lent et méticuleux travail de sape est déployé pour éroder la crédibilité de A. Ahmeti : les partisans du PDSH ne manquent jamais une opportunité de rappeler que le leader du BDI a certes conduit la guérilla, mais depuis le confortable quartier général de Mala Recica, près de Tetovo, tandis que le gros des opérations était assuré par le commandant Hoxha, dans la région de Kumanovo et de Lipkovo ; le chef du BDI, poursuivent-ils, a vécu trop longtemps dans la diaspora pour bien connaître le terrain macédonien. La vigueur de son nationalisme se serait par ailleurs émoussée dans une coopération inégale avec les sociaux-démocrates.

12 Jusqu’à présent, le BDI a tenté de parer aux critiques en cherchant à médiatiser un de ses plus grands succès, à savoir la légalisation de l’université en langue albanaise de Tetovo, dont le principe a été acquis dans la nouvelle loi sur l’enseignement supérieur adoptée par le Parlement macédonien, le 17 juillet 2003[9] [9] Créée en 1994 afin de pallier l’absence d’institution...
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. Au terme d’une évaluation des enseignements par une commission ad hoc, cinq des onze facultés de l’université devraient voir leurs diplômes reconnus d’ici la rentrée scolaire 2004-2005. L’établissement devrait en outre pouvoir bénéficier, à l’avenir, de subsides publics. Par ailleurs, pour contrer les attaques relatives à son manque d’ardeur nationaliste, le BDI a fusionné, le 20 juin 2003, avec la petite formation radicale de Kastriot Haxhirexha. Quels que soient les efforts tactiques déployés par l’Union démocratique pour l’intégration, en dernière instance son expérience gouvernementale sera jugée à l’aune des succès d’Ohrid, ce qui, au regard des attentes démesurées suscitées par les accords, n’augure rien de bon.

La lente mise en oeuvre des accords d’Ohrid

13 Le compromis, signé le 13 août 2001, prévoyait un ensemble de réformes destiné à assurer une représentation équitable des Albanais dans l’appareil d’Etat, à réglementer l’usage des langues minoritaires et à promouvoir une politique de décentralisation. En contrepartie, l’intégrité territoriale de la Macédoine et son caractère unitaire étaient réaffirmés, tandis que les combattants albanais s’engageaient à rendre leurs armes[10] [10] Voir le texte des accords sur Internet à l’adresse :...
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. Depuis le vote des amendements constitutionnels du 16 novembre 2001, plusieurs avancées ont été réalisées dans chacun de ces domaines, sans parvenir, pour autant, à légitimer un processus d’Ohrid vécu de manière très contrastée par les communautés slaves et albanaises.

14 Le progrès le plus important concerne sans doute la restructuration des ministères de l’Intérieur et de la Défense. Le 28 janvier 2003, le nouveau ministre de l’Intérieur, Hari Kostov, a annoncé le démantèlement de l’unité paramilitaire des Lions, mise en place à l’instigation du ministre de l’Intérieur de la VMRO-DPMNE, Ljube Boskovski, en 2001 et qui s’était illustrée par des exactions sur des civils et des dérives criminelles : 409 membres sur les 1 200 qu’elle comptait devraient être versés dans d’autres corps de police. Les responsables les plus radicaux ont par ailleurs été démis de leurs fonctions. De plus, l’OSCE a supervisé la formation de 1 065 Albanais, Turcs, Bosniaques, Serbes, Roms, Valaques et Macédoniens slaves à l’académie de police d’Idrizovo et des patrouilles mixtes ont été établies dans les régions à peuplement albanais. Dans les anciennes zones de conflit, cependant, la sécurité demeure précaire. A Tetovo, un certain retour à la normale a pu être observé depuis 2002. Le retrait des forces de l’ordre, au moment de la crise en 2001, et la démobilisation des anciens combattants de l’UCK, successive à la signature des accords de paix ont toutefois encouragé le développement de gangs criminels que les unités de police mixte peinent à contrôler. Depuis le mois de décembre 2002, plusieurs cas de kidnapping de fils d’hommes d’affaires ou de responsables politiques albanais ont été enregistrés à Tetovo et à Skopje, qui entretiennent un climat d’insécurité. Mais c’est surtout dans la région de Lipkovo et de Kumanovo − où les affrontements de 2001 avaient été particulièrement durs − que la situation est la plus indécise. Une conjoncture économique et sociale désastreuse, les déceptions par rapport aux accords d’Ohrid qui ont échoué à améliorer les conditions de vie, la présence de groupuscules armés engagés dans des activités criminelles et maniant une rhétorique nationaliste sont autant de facteurs qui entretiennent l’incertitude. A plusieurs reprises, seule la médiation des députés albanais et de la communauté internationale est parvenue à faire retomber les tensions intercommunautaires. La revendication par l’Armée de libération albanaise (AKSH) d’une attaque contre un checkpoint serbe dans la région de Bujanovac, le 17 août, est par ailleurs venue souligner la capacité de nuisance d’une organisation de taille pourtant modeste et, de plus, faiblement soutenue par la population locale.

15 Après le rétablissement de la paix, le second chantier ouvert par les accords d’Ohrid concernait la représentation des minorités dans la fonction publique et les entreprises d’Etat. Précédemment, les Albanais occupaient environ 10 % des emplois publics pour une communauté estimée, selon le recensement de 1994, à 23 % de la population[11] [11] Chiffres cités dans Suncica Stojanovska, « Macedonia :...
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. Près d’un an après les élections du 15 septembre 2002, le bilan apparaît, là aussi, mitigé. Si des Albanais ont été nommés au sommet de l’appareil d’Etat, plus bas dans la hiérarchie institutionnelle, l’attribution de postes à des représentants des minorités a pris du retard. La poursuite du processus de rééquilibrage devrait en outre se heurter aux effets des politiques de dégraissage de la fonction publique recommandées par les grandes institutions financières internationales. Dans la mesure où elle s’accompagnera d’une redistribution des postes en faveur des Albanais, cette compression des effectifs alimentera immanquablement les ressentiments des Slaves de Macédoine.

16 Enfin, la politique de décentralisation, troisième volet des réformes d’Ohrid, commence tout juste à être esquissée. De l’avis des observateurs internationaux, les réformes ne devraient pas être achevées avant le milieu de 2004. Le 24 janvier 2002, le gouvernement macédonien avait adopté une loi cadre sur le gouvernement local. Mais environ 80 textes de lois doivent être amendés, afin d’être mis en conformité avec les nouveaux principes. Est notamment prévu un redécoupage territorial de la Macédoine. En 1992, le pays avait opté pour une division en 124 municipalités. La Commission pour la révision du découpage territorial propose que leur nombre soit ramené à environ 50. La question cristallise les affrontements entre majorité slave et minorité albanaise puisque la délimitation des communes conditionnera les « rapports de forces » entre communautés. Là où les partis slaves semblent soucieux d’empêcher la formation de régions albanaises compactes − qui pourraient être, un jour, tentées de faire sécession −, les Albanais souhaitent éviter un découpage « en gruyère », enserrant de petites communes albanaises dans des ensembles slaves comme cela avait été le cas en 1992. L’issue des discussions dépendra pour partie des résultats du recensement réalisé, avec le soutien de la communauté internationale, en novembre 2002 et dont les résultats définitifs devraient être connus en novembre 2003[12] [12] Le 15 janvier, des résultats partiels ont été publiés :...
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17 Indépendamment des progrès concrets enregistrés dans la mise en œuvre des réformes, Ohrid continue à faire l’objet de malentendus fondamentaux. Côté slavophone, les accords restent perçus comme des concessions arrachées de force sous la pression internationale. Côté albanais, grande est la peur que les acquis d’Ohrid ne soient progressivement « détricotés » par une équipe SDSM dont l’expérience politique ne saurait être comparée à celle de l’Union démocratique pour l’intégration. En arrière-plan, la distance s’agrandit entre les deux communautés.

Des relations intercommunautaires dégradées

18 Une illustration parlante de cette évolution parallèle, presque séparée, des Slaves et des Albanais de Macédoine, a été fournie le 2 août 2003. Rarement aura-t-il été donné de voir de manière plus saisissante le décalage entre les imaginaires slaves et albanais sur l’Etat et la nation. Le gouvernement macédonien avait décidé de célébrer en grande pompe les «100 ans de l’Etat macédonien », à l’occasion de l’anniversaire du soulèvement de la Saint-Elie qui, en août 1903, avait vu la création d’une éphémère République de Krusevo, rapidement écrasée par les forces de l’Empire ottoman. Tout avait été fait pour donner à la manifestation un caractère historique. Mais la date choisie correspondait à un événement dans lequel les communautés albanaises de Macédoine ne pouvaient que marginalement se retrouver. Au moment même où la presse et la télévision en langue macédonienne décrivaient l’organisation des festivités, les journaux de langue albanaise (Flaka, Fakti) discutaient des incidences de la nomination d’un nouveau représentant de la communauté internationale au Kosovo. De fait, certains médias albanais s’interrogeaient sur le choix de la Saint-Elie[13] [13] Tel est le cas, en particulier, de l’hebdomadaire albanais,...
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. De même, l’Union démocratique pour l’intégration s’employait à convaincre ses électeurs que c’était bien un imaginaire partagé qui était en voie d’émergence. Mais les commentaires dans les quartiers nord de Skopje étaient cyniques : « Ali Ahmeti est en train de perdre la tête. S’il continue à jouer les idiots ainsi, bientôt plus personne ne l’écoutera ».

19 De fait, un lent processus de « dés-emboîtement » n’en est pas moins à l’œuvre sur le terrain, qu’alimente la défiance grandissante entre les deux communautés. Il est sensible au niveau de l’habitat, de plus en plus souvent séparé : à Tetovo et dans ses environnements, nombreuses sont les familles slaves qui, ne se sentant plus en sécurité, ont cessé de fréquenter les quartiers à majorité albanaise ou qui se sont résignées à partir chercher logement et perspectives d’emploi dans la capitale. A Skopje même, les Slaves de certains quartiers autrefois mixtes, au nord du Vardar, vendent leur habitation pour aller vivre de l’autre côté du fleuve. Dans la région de Lipkovo-Kumanovo, le retour des personnes déplacées lors du conflit est ralenti non seulement par l’inachèvement du processus de reconstruction des maisons, mais aussi par les réticences des Macédoniens slaves à se ré-installer en milieu albanais. Les habitants ne reviennent souvent que le temps de vendre leur logement.

20 Dans les écoles aussi, la tentation de la séparation est de plus en plus forte. Faute de locaux, dans certains villages au nord de Skopje et, dans une moindre mesure, à Tetovo, élèves slavophones et albanophones se succédent, selon un système de rotation, dans les mêmes établissements. Mais, depuis le conflit de 2001, les parents d’élèves slaves comme albanais ne souhaitent plus envoyer leurs enfants dans des établissements mixtes. Le budget du ministère de l’Education − consacré pour l’essentiel au paiement des salaires − n’étant pas suffisant pour assurer la construction rapide de nouvelles écoles, les cas de frictions locales se multiplient. A l’approche de l’hiver, il est à craindre que ces tensions ne s’accentuent.

Les défis de la présence internationale en Macédoine

21 Depuis la crise de 2001, la Macédoine connaît de facto une situation de semi-protectorat avec une présence internationale qui couvre de larges champs d’intervention (sécurité, reconstruction, mise en œuvre des accords d’Ohrid, soutien aux réformes économiques et sociales, etc.). Sur le plan sécuritaire, elle vit au rythme des missions de l’Otan (Renard roux, Harmonie alliée) et, depuis peu, de l’Union européenne (Concordia). Tour à tour, chacune d’entre elles a vu son mandat prorogé. Harmonie alliée devait originellement se terminer le 15 décembre 2002 ; mais les discussions relatives à un passage sous responsabilité européenne des forces de sécurisation des accords d’Ohrid se sont heurtées à des différends grécoturcs, ralentissant la conclusion d’un accord entre l’Otan et l’UE. Ce n’est finalement que le 31 mars 2003 que l’opération Concordia a pu être déployée. Forte de quelque 350 hommes et placée sous le commandement du général français, Pierre Maral, la mission devait originellement quitter le pays le 31 juillet 2003. Elle restera finalement jusqu’au 15 décembre 2003[14] [14] La France a exprimé son désir de ne plus en assurer le...
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. En parallèle, des discussions devraient être engagées en vue du déploiement d’une mission de police européenne. Bien que faisant appel à des effectifs réduits, ces opérations ont sans conteste joué un rôle de premier plan dans la stabilisation de la Macédoine, en contribuant à rassurer la population et en effectuant un travail de médiation de concert avec l’EU Monitoring Mission et les observateurs civils de l’OSCE. Aux yeux des Albanais, la présence militaire internationale représente un garant irremplaçable des accords d’Ohrid. Dans la majorité slave, en revanche, cette situation de dépendance tend à être de plus en plus souvent perçue comme une atteinte pesante à la souveraineté du pays. Ce n’est donc qu’à contrecœur que les autorités slaves ont accepté le maintien des troupes pendant trois mois de plus.

22 La marge de manœuvre du gouvernement reste cependant réduite. A court terme, la Macédoine dépend des financements extérieurs pour sa survie économique. A moyen terme, des relations étroites avec les Européens et les Etats-Unis sont indispensables à la concrétisation de perspectives d’intégration euro-atlantique, très largement tenues − parmi les Slaves comme les Albanais − pour la seule issue au conflit intercommunautaire. Des efforts tout particuliers ont été accomplis, en 2002, en vue d’améliorer les relations avec les Etats-Unis. Le président B. Trajkovski a ainsi apporté un soutien sans ambiguïté à l’administration Bush au moment du conflit en Irak. Dès le 11 janvier 2003, le ministère de la Défense a autorisé le survol de l’espace aérien par les forces américaines et proposé de mettre aéroports et infrastructures routières à la disposition d’une éventuelle coalition. Le 5 février, la Macédoine a signé la déclaration du groupe de Vilnius, dans laquelle les Etats candidats à l’Otan se déclaraient prêts à envisager une intervention armée pour désarmer le régime de Saddam Hussein, y compris sans nouvelle décision du Conseil de sécurité des Nations unies. Enfin, le 23 avril 2003, le Parlement a voté l’envoi, en Irak, d’un contingent de 28 soldats, de deux officiers de liaison, de trois médecins et de six assistants médicaux.

23 Sur la question de la Cour pénale internationale de La Haye (CPI), autre pomme de discorde entre les Etats-Unis et l’Union européenne, les autorités macédoniennes se sont également ralliées à la position des premiers, en signant, le 1er juillet 2003, un accord bilatéral exemptant les citoyens américains d’éventuelles poursuites devant la Cour. Il est vrai qu’en contrepartie, les Américains avaient accepté d’utiliser, dans l’accord, le nom de « République de Macédoine » plutôt que celui d’« Ancienne République yougoslave de Macédoine » sous lequel le pays a été reconnu à l’Onu en avril 1993, geste très apprécié par les dirigeants macédoniens, qui bataillent toujours pour voir la Grèce reconnaître cette appellation.

24 L’ardeur à répondre aux demandes de l’équipe Bush s’explique notamment par l’importance que le gouvernement macédonien attache à une entrée dans l’Otan en 2006. Du point de vue de la majorité slave, seule l’adhésion à l’Alliance permettra de sécuriser les frontières extérieures du pays et, partant, d’assurer la viabilité de l’Etat de Macédoine. Sous la houlette des Etats-Unis, une initiative trilatérale, la Charte adriatique, a été officiellement inaugurée à Tirana, le 5 mai 2003, en présence du secrétaire d’Etat américain, Colin Powell. Elle vise à favoriser la coordination des efforts de préparation à l’adhésion de l’Albanie, de la Croatie et de la Macédoine. Parallèlemment, le gouvernement Crvenkovski a entrepris de réformer l’armée avec l’aide des Etats-Unis (réduction des effectifs et de la durée du service militaire, professionnalisation, acquisition de nouveaux équipements).

Une reprise économique fébrile

25 L’économie macédonienne continue de souffrir des contrecoups de la crise traversée par le pays en 2001 et de l’instabilité politique qui a accompagné les élections de 2002. Si le PIB nominal a progressé de 2 % en 2002 (seulement + 0,3 % en termes réels), c’est principalement grâce au dynamisme des services financiers et du commerce. Les autres secteurs économiques ont enregistré, quant à eux, des performances médiocres. La production agricole a chuté de 5,2 % en 2002, les produits les plus touchés étant le blé, le riz, le raisin et le tabac. Les perspectives de croissance du secteur agricole (qui représentait 12,1 % du PIB en 2002)[15] [15] State Statistical Office of the Republic of Macedonia, Bulletin,...
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étant des plus pessimistes, le gouvernement a accepté de débloquer, en mai 2003,15 millions d’euros destinés à régler une partie de ses dettes aux producteurs de tabac[16] [16] Au début de 2003,1 000 producteurs de tabac avaient protesté...
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. L’activité industrielle, elle aussi, s’est contractée (- 5,2 % en 2002), les branches les plus touchées étant l’électricité (- 22,6 %) et la production de fer et d’acier (- 21,5 %). Toutefois, les « cadeaux » fiscaux et salariaux consentis par l’ancien gouvernement lors de la campagne pour les élections législatives de septembre 2002 ont entraîné un sursaut de la consommation nationale, en particulier pour les biens durables (+ 96,7 % au premier trimestre de 2003) et pour les biens intermédiaires (+ 18,6 %). Cela a stimulé l’activité industrielle qui a fait un bond de 45 % pour le seul mois de mars 2003 (mais seulement + 3,5 % pour le premier trimestre de 2003 par rapport à la même période de 2002).

26 Malgré ce sursaut de la consommation, les perspectives générales de croissance économique restent pessimistes pour 2003 et 2004 en raison de l’austérité budgétaire pratiquée par le nouveau gouvernement, de la mise en faillite programmée d’un grand nombre d’entreprises publiques, de l’aggravation du déficit commercial et de la dégradation inquiétante du climat social.

Une politique budgétaire et monétaire sous la pression du FMI

27 Alors que la fin de 2002 avait été marquée par un relâchement budgétaire, l’année 2003 est à placer sous le signe de l’austérité. Coupes claires dans les dépenses publiques et augmentation des taux d’imposition étaient les pré-requis incontournables du FMI pour l’attribution d’un crédit standby. L’accord conclu entre le gouvernement de B. Crvenkovski et l’institution de Bretton Woods (février 2003) a permis la reprise du déboursement des fonds promis lors de la Conférence des donateurs de mars 2002[17] [17] La Conférence des donateurs à la Macédoine (12 mars 2002)...
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. Le prêt du FMI (28,4 millions de dollars) sera, pour sa part, versé à partir de juin 2004, pour laisser à ce dernier le temps de mesurer la motivation réelle du nouveau gouvernement à tenir le cap d’une politique de rigueur fort impopulaire. Parmi les cibles du FMI, le déficit budgétaire (4,5 % du PIB en 2002) qui devra être contracté de 6,5 milliards de denars (104 millions d’euros, soit la moitié des dépenses publiques du pays). L’objectif est si ambitieux que, même au FMI, on doute de sa réalisation. Le gouvernement a annoncé officiellement son espoir de ramener le déficit budgétaire à 3,2 % du PIB en 2003 (contre 1,6 % souhaité par le FMI) et à 2,6 % en 2004 (contre 0,9 % pour le FMI)[18] [18] D’après EIU, Country Report, « Macedonia », juin...
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. Autre exigence de l’institution financière, la TVA (introduite en avril 2000) a été unifiée en avril 2003 au taux de 18 %, avec pour conséquence immédiate une hausse des prix dans les secteurs habituellement taxés à 5 % (électricité, chauffage, eau)[19] [19] Les principaux syndicats du pays ont estimé à 13 %...
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. Le gouvernement table toutefois sur un taux d’inflation ne dépassant pas les 3 % en 2003. De son côté, face à un secteur bancaire en crise et en perte de légitimité auprès de sa clientèle, le gouverneur de la Banque centrale (NBRM), Ljube Trepski, a multiplié les déclarations et les appels à un retour de la confiance. Oubliant l’épisode des faillites bancaires de 1997, il déclarait en janvier 2003 : « Croyez-moi, nous sommes l’un des rares pays en transition à avoir su éviter une crise bancaire systémique, c’est-à-dire une faillite généralisée du secteur bancaire »[20] [20] h http :/ / www. nbrm. gouv. mk/ governorsspeeches/ interview_ Denes_ 30_ 01_ 03. htm(consultation...
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28 Mais face à l’instabilité du secteur, la NBRM a finalement pris l’initiative de baisser ses taux d’intérêts directeurs[21] [21] Début avril 2003, le taux discount est passé de 8 %...
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, ce qui a entraîné aussitôt un décuplement de l’encours des crédits, qui est passé de 1,16 million de dollars en janvier 2003 à 11,682 millions en mai[22] [22] h http :/ / www. nbrm. gouv. mk(consultation du 02/ 07/ 2003). ...
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Principaux indicateurs économiques de la Macédoine en 1995-2002 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 PIB (variation en %) - 1,2 1,2 1,4 3,4 4,3 4,6 - 4,1(1) 2,0(1) Production industrielle (variation en %) - 10,7 3,2 1,6 4,5 - 2,6 3,5 - 3,1 - 5,2(1) Production agricole (variation en %) 2,3 - 2,9 0,0 3,9 0,3 nd nd nd Ventes au détail (variation en %) - 1,8 - 10,2 8,6 3,2 17,6 11,1 - 10,7 6,7(2) Formation brute de capital fixe (variation en %) nd 6,5 - 4,3 1,5 - 1,4 - 3,2 nd nd Taux de chômage officiel (en % des actifs, en décembre) 36,6 38,8 41,7 41,4 44.0(1) 45,0(1) 42,0(1) nd Indice des prix à la consommation (moyenne annuelle, %) 16,4 2,5 0,9 - 1,4 - 1,3 6,6 5,2 nd Solde budgétaire (en % du PIB) - 1,0 - 1,0 - 0,4 - 1,9 - 1,6 - 1,3 - 5,9 - 4,5(1) Exportations de marchandises (en millions de dollars) 1 204 1 147 1 237 1 292 1 192 1 319 1 183(1) 1 187(1) Importations de marchandises (en millions de dollars) 1 425 1 464 1 623 1 711 1 584 1 875 1 580(1) 1 674(1) Balance commerciale (en millions de dollars) - 221 - 317 - 386 - 419 - 392 - 556 - 397(1) - 487(1) Balance des transactions courantes (en % du PIB) - 5,5 - 6,5 - 7,5 - 8,8 - 3,9 - 2,1 - 6,9 - 7,7(3) Dette extérieure brute (en % du PIB) 31 30 35 41 44 41 42 41(4) Investissements directs étrangers (en millions de dollars) 12 12 18 175 27 175 445(1) 70(1) (1) Estimation (2) Janvier-octobre (3) Janvier-septembre (4) Fin septembre. Source : Commission économique pour l’Europe (Onu), Economic Survey of Europe, 2003, n° 1 et années antérieures ; Berd, Transition Report 2002.

Un commerce extérieur structurellement déficitaire

29 En 2002, avec 849,38 millions de dollars, le déficit commercial a dépassé les estimations les plus pessimistes[23] [23] h http :/ / www. nbrm. gouv. mk/ foreigntrade. htm(consultation...
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. En février 2003, il atteignait déjà 123,29 milliards de dollars. La signature de différents accords de libre-échange (avec l’UE en avril 2001, avec l’Albanie en mars 2002, avec la Bosnie-Herzégovine en avril 2002) ne semble pas en mesure d’enrayer cette tendance. De plus, ces accords tendent à diminuer les recettes douanières du pays et l’entrée de la Macédoine dans l’OMC (avril 2003) ne devrait rien arranger (les taxes douanières ne représentaient plus que 11,9 % du budget au premier trimestre de 2003)[24] [24] Les recettes douanières devraient continuer de baisser...
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.

30 Ce mauvais résultat du commerce extérieur a été présenté par le gouvernement comme le contre-coup de la crise ethnique (intérieure) que le pays a traversée en 2001. Mais, en réalité, la récurrence d’un tel déficit commercial depuis l’indépendance traduit une mauvaise spécialisation internationale. La Macédoine exporte traditionnellement de l’habillement (31 % des exportations en 2002), du fer et de l’acier bruts (14 %), du tabac (6,8 %) et des métaux non ferreux (5,5 %), c’est-à-dire des produits dont la demande mondiale est faible, en déclin ou fortement volatile. Le pays importe principalement des machines et des matériels de transport (20,7 % des importations en 2002), des biens manufacturés (13,5 %) et du pétrole et produits dérivés (9,3 %).

31 L’UE, principal client et fournisseur de la Macédoine, a réduit en 2002 sa demande pour les produits textiles et les métaux[25] [25] En 2002, l’UE comptait pour 50,76 % dans les exportations...
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. Cela a entraîné un ralentissement immédiat des ventes macédoniennes de ces produits vers l’UE, ce qui a aggravé d’autant le déficit commercial de la Macédoine vis-à-vis de cette dernière (323,52 millions de dollars en 2002,77,5 millions au premier trimestre de 2003).

32 Il en va de même pour les investissements directs étrangers (IDE) dont les flux sont passés de 443,21 millions de dollars en 2001 à 77,54 millions en 2002. A l’origine de cette chute, le conflit armé avec l’UCK en 2001 et l’instabilité politique en 2002 qui ont sapé la confiance des investisseurs étrangers. A titre d’exemple, les IDE hongrois sont tombés de 322,7 millions de dollars en 2001 à 2 000 dollars en 2002 ! Le principal investisseur en Macédoine est désormais la Grèce (44,28 millions de dollars en 2002)[26] [26] Rachat de la mine Sasa par une filiale chypriote de la société...
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, suivie de la Bulgarie (4,83 millions) et des Etats-Unis (4,14 millions). Le secteur des services a bénéficié de 60,6 % du total des flux d’IDE en 2002, suivi de l’industrie (34,2 %) et de l’agriculture (5,2 %).

Les relations France-Macédoine
En 2002, la France était destinataire de 2,2 % des exportations de la Macédoine (11e place) et lui fournissait 2,7 % des importations (11e place). De son côté, ce pays ne représentait, pour la même année, que 0,02 % des exportations françaises (61e place) et 0,003 % des importations (89e place). Traditionnellement excédentaire avec ce pays, la France a dégagé en 2002 un excédent record de 46,3 millions d’euros qui s’explique principalement par la contraction des achats français depuis deux ans (- 56 % de 2000 à 2002), les produits les plus touchés étant l’habillement, les métaux, les appareils ménagers et les équipements automobiles.
En 2002, le premier poste français à l’importation était toujours occupé par les métaux et produits métalliques (34,8 % du total des importations en provenance de la Macédoine) ; il était suivi de l’habillement et du cuir (24,5 %) et des composants électriques et électroniques (9,1 %). Par ailleurs, la France enregistre une hausse régulière, depuis deux ans, de ses exportations vers la Macédoine (+ 5,6 % de 2000 à 2002), les produits de l’industrie automobile (21,9 % du total) et ceux de l’agroalimentaire (19,8 %) se positionnant en tête. La France se situe, avec 60 000 dollars en 2002, au 24e rang des investisseurs.

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Les échanges France – Macédoine, 2000-2002 (millions d’euros) 2000 2001 2002 Exportations (fob) 59,0 59,9 62,3 Importations (cif) 25,0 20,4 16,0 Solde + 34,0 + 39,5 + 46,3 Source : Douanes françaises.

Un climat social des plus tendus

33 Dans le cadre du crédit FESAL-2 négocié avec la Banque mondiale, le gouvernement macédonien s’est engagé à vendre ou à liquider près de 25 entreprises non rentables avant la fin de 2003. Toutefois, la prudence est de mise pour le nouveau gouvernement soucieux d’éviter que les suppressions d’emplois liées aux privatisations n’aillent alimenter le flot grandissant des mécontents. Les entreprises concernées emploient au total 18 650 employés, parmi lesquels 7 500 environ devraient être licenciés après la privatisation. Sachant que l’une des promesses pré-électorales les plus entendues de Branko Crvenkovski était de tout mettre en œuvre pour réduire le chômage, on comprend pourquoi seule une entreprise de la liste avait été vendue à la mi-juin 2003 (Astibo, dans l’industrie textile). Elektrostopanstvo na Makedonija (ESM, dans le secteur de l’électricité) devrait être la prochaine candidate.

34 L’annonce par le gouvernement, en juin 2003, de différents plans de réduction des effectifs de fonctionnaires sur deux ans a mis le feu aux poudres. Les syndicats ont reproché pêle-mêle aux dirigeants du pays de ne pas connaître le nombre exact de fonctionnaires[27] [27] Les fonctionnaires seraient 128 000 selon le gouvernement,...
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, de mener une politique d’austérité exagérément dure et de ne pas respecter ses engagements électoraux en matière de lutte contre l’exclusion et le chômage, qui frappe environ 360 000 personnes, soit 44 % de la population active. Des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour dénoncer le « diktat » imposé par le FMI et pour demander une renégociation de l’accord signé avec ce dernier. Afin d’éviter que ces protestations ne rencontrent un écho favorable auprès d’une population exas-pérée par une décennie de dégradation sociale, le gouvernement a pris l’engagement (contre l’avis du FMI) de verser à chaque employé licencié une indemnité égale à huit mois de salaire moyen (ce qui représente une enveloppe budgétaire totale équivalant à 7,3 millions d’euros pour la seule année de 2003)[28] [28] Les syndicats avaient demandé une indemnité au moins égale...
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. Par ailleurs, le Parlement a voté (fin mars 2003) une loi exemptant de contributions sociales pendant deux ans tout employeur qui s’engagerait à créer des emplois d’une durée au moins égale à quatre ans[29] [29] 20 000 emplois devraient être ainsi créés en 2003 pour...
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.

35 Il est toutefois peu probable que ces mesures soient suffisantes pour rassurer la composante slave de la population qui craint que l’application des accords d’Ohrid (impliquant notamment le recrutement d’un nombre plus important de Macédoniens albanais dans la fonction publique) ne se traduisent pour elle par de nouvelles suppressions d’emplois. En écho, la puissante Fédération de l’union des commerçants (SSM) a annoncé pour les mois prochains une « protestation sociale à une échelle encore jamais vue auparavant ». Les perspectives d’intégration à l’Union européenne demeurent, quant à elles, plus lointaines. Si le sommet européen de Thessalonique, les 20 et 21 juin 2003, avec lequel s’achevait la présidence grecque de l’UE, a réaffirmé la vocation des Balkans occidentaux à rejoindre l’Union à terme, la Macédoine sait qu’il lui faudra consolider l’Etat de droit et réformer en profondeur son économie avant de pouvoir prétendre à être admise dans la « grande Europe ».

36 Notes :

Annexe

Annexe Chronologie

37 2002

38 21 janvier Formation d’un Conseil de coordination des Albanais à l’initiative de l’ancien dirigeant de l’UCK, Ali Ahmeti, en vue de favoriser une meilleure coopération entre partis politiques albanais et responsables issus de l’ancienne guérilla.

39 24 janvier
• Adoption de la nouvelle loi sur la décentralisation, l’un des principaux textes faisant partie du compromis d’Ohrid, dont le report avait retardé la mise en œuvre des accords.
• Visite du vice-Premier ministre de Serbie, Nebojsa Covic, pour rechercher une meilleure coopération dans la lutte contre les « extrémistes albanais ».

40 26-27 février Visite officielle du Président bulgare, Gueorgui Parvanov.

41 8 mars Entrée en vigueur de la loi d’amnistie pour les anciens combattants de l’UCK. Elle ne concerne pas les crimes de guerre.

42 12 mars A Bruxelles, la Conférence des donateurs décide d’attribuer 583 millions d’euros à la Macédoine dans le but de reconstruire le pays après les affrontements ethniques de 2001. L’Agence européenne de reconstruction (AER) a été chargée de la gestion des fonds.

43 20 mars Signature d’un accord de libre-échange avec l’Albanie.

44 3 avril L’université d’Europe du Sud-Est, inaugurée à Tetovo le 20 novembre 2001, est enregistrée par le ministère de l’Education, après plusieurs mois d’atermoiements.

45 20 avril Signature d’un accord de libre-échange avec la Bosnie-Herzégovine.

46 26 avril La Macédoine interdit l’importation d’une série de produits pétroliers, de matériaux de construction et certaines denrées alimentaires de Serbie pour protester contre le non-respect de l’accord de libre-échange signé entre les deux pays le 7 mars. Belgrade s’était alors engagée à lever les restrictions à l’importation des hydrocarbures en provenance de Macédoine, introduites en 2001.

47 5 juin Après l’échec du Conseil de coordination des Albanais de Macédoine, l’ancien leader e l’UCK, Ali Ahmeti, fonde l’Union démocratique pour l’intégration en vue des élections législatives de septembre 2002.

48 8 juin Publication du rapport de la Commission Vahlund sur les personnes disparues pendant le conflit de 2001.

49 19 juin Adoption par le Parlement d’un ensemble de lois réglementant l’usage de l’albanais dans l’administration, les institutions gouvernementales, ainsi que dans les formulaires du recensement prévu pour novembre 2002.

50 11 juillet
• Le ministre de l’Intérieur, Ljube Boskovski, annonce que les forces de police macédoniennes ont achevé la « réintégration pacifique » des territoires de l’ouest du pays à population albanaise, avec le rétablissement de patrouilles dans le village de Tanusevci.
• Un compromis est trouvé, grâce à la médiation de Alain Le Roy, Envoyé spécial de l’UE en Macédoine, concernant les règlements intérieurs du Parlement. Les députés pourront s’exprimer en albanais, mais non les ministres, et aucun document écrit ne sera rédigé en albanais.

51 26 août Deux policiers réservistes macédoniens sont tués dans le village de Ciglana, près de Gostivar. Leur assassinat est revendiqué par l’Armée nationale albanaise (AKSH), formation radicale et minoritaire créée en août 2001. En réponse, le ministère de l’Intérieur procède à l’arrestation de huit personnes soupçonnées d’être impliquées dans les attentats. Pour obtenir leur libération, des Albanais interceptent un bus, le 30 août, sur l’autoroute Tetovo-Gostivar, et prennent en otage cinq Macédoniens slaves. La libération de ces derniers est obtenue, le 31, grâce à la médiation de la communauté internationale.

52 9 septembre Les ministres des Transports d’Albanie, de Bulgarie, de Grèce, d’Italie, de Macédoine et de Turquie signent un mémorandum d’accord à Bari (Italie), portant sur le tracé du corridor paneuropéen n° 8 qui doit relier le Caucase et l’Asie centrale à l’Europe.

53 15 septembre Les élections législatives prévues par les accords d’Ohrid sont remportées, côté slavophone, par la coalition « Ensemble pour la Macédoine » dirigée par l’Alliance social-démocrate (SDSM) avec 40,5 % des suffrages exprimés et, côté albanophone, par l’Union démocratique pour l’intégration (BDI) avec 11,9 % des voix.

54 21 octobre Alexis Brouhns (Belge) est nommé Envoyé spécial de l’Union européenne en Macédoine, en remplacement de Alain Le Roy, dont le mandat devait s’achever au 31 décembre, mais qui avait demandé à quitter ses fonctions au 31 octobre.

55 1er novembre Formation d’un nouveau gouvernement de coalition entre le SDSM et le BDI, sous la direction de Branko Crvenkovski. Le BDI obtient les portefeuilles de la Justice, de la Santé, de l’Education et des Transports et Communications, ainsi que quatre postes de vice-ministre (Défense, Agriculture, Economie et Intérieur).

56 13 novembre Sommet de l’Initiative centre-européenne à Skopje en présence de représentants de 17 pays d’Europe centrale et orientale.

57 1er -15 novembre Un recensement national est organisé sous la supervision de la communauté internationale. Le précédent, en 1994, avait été boycotté par les Albanais. La publication des résultats est prévue pour novembre 2003.

58 7 décembre Fin de la mission Renard roux de l’Otan en Macédoine. L’opération Harmonie alliée, qui lui succède, a vocation à assister les réformes de l’armée macédonienne.

59 2003

60 5 janvier Le ministre de la Défense annonce une réduction de la durée du service militaire de neuf à six mois (de quatorze à neuf mois pour les objecteurs de conscience).

61 9 janvier Visite de la ministre des Affaires étrangères, Ilinka Mitreva, en Albanie, où sont discutées la lutte contre le crime organisé et les perspectives de construction du corridor n° 8.

62 5 février La Macédoine, membre du groupe de Vilnius, cosigne aux côtés de neuf autres pays une déclaration de soutien au projet américano-britannique d’intervention militaire en Irak.

63 7 février La Macédoine signe une lettre d’intention avec le FMI concernant un accord stand-by, d’un montant de 300 millions de dollars.

64 4 mars Une mine fait quatre victimes à Sopot, deux civils et deux soldats polonais de l’Otan en patrouille dans la zone.

65 14 mars Le SDSM et le BDI scellent un compromis qui relance la mise en œuvre des accords d’Ohrid. Les Albanais s’engagent à reconnaître les frontières du Kosovo, le nom constitutionnel de la République de Macédoine et le drapeau. En échange de quoi, ils obtiennent que les passeports des Albanais de Macédoine puissent être rédigés en macédonien, en albanais et en anglais. Enfin, il est convenu que les séances plénières du Parlement et les travaux en commission auront lieu en macédonien.

66 15 mars Licenciement de 1 500 mineurs, à la suite de la fermeture des mines de Zletovo, endettées à hauteur de 23 millions d’euros.

67 20 mars Le président Trajkovski déclare son soutien à l’intervention américano-britannique déclenchée en Irak.

68 31 mars L’opération Concordia, mission de 350 hommes déployés à l’initiative de l’UE, prend la relève de la mission Harmonie alliée de l’Otan. Première mission militaire de l’UE dans les Balkans, prévue initialement pour six mois, elle sera prorogée, en juillet, jusqu’au 15 décembre 2003.

69 1er avril Passage à un taux unique de la TVA, fixé à 18 %.

70 4 avril Adhésion de la Macédoine à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ; Skopje s’engage à réduire la moyenne de ses tarifs douaniers vis-à-vis des membres de l’Organisation de 14,3 % à 8 % avant 2010.

71 9 avril Sixième sommet à Belgrade des chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres du Processus de coopération en Europe du Sud-Est (SEECP), à savoir l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Bulgarie, la Croatie, la Grèce, la Macédoine, la Roumanie, la Serbie-Monténégro, la Turquie. La déclaration finale souligne la détermination des Etats balkaniques à faire partie de l’UE et de l’Otan dans un avenir proche et à lutter contre le crime organisé.

72 19 avril Le Parti démocratique albanais (PDA) de Arbën Xhaferi entame un boycott des travaux de l’Assemblée nationale qui durera jusqu’au 19 juin. 19-21 avril Visite officielle du Premier ministre bulgare, Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha.

73 23 avril
• Le Parlement décide l’envoi au Koweït d’un contingent de 28 soldats des forces spéciales « Scorpions », de deux officiers de liaison, de trois médecins et de six assistants médicaux, pour contribuer à la sécurisation du pays.
• Le FMI approuve un crédit stand-by de 28,4 millions de dollars, la première tranche devant être versée en juin 2004.

74 24-25 mai XIIe ongrès annuel de la VMRO-DPMNE. L’économiste, Nikola Gruevski, 33 ans, est élu président en remplacement de L. Georgievski, par 220 voix (sur 289 délégués) contre 60 à son concurrent, Marjan Gorcev.

75 12 juin Sept policiers macédoniens sont retenus en otage pendant quelques heures dans le poste de police d’Aracinovo, bourg situé au nord de Skopje, après que la police eut tué un jeune Albanais lors de son interpellation. Ils seront libérés grâce à la médiation de députés albanais et de représentants de la communauté internationale.

76 20 juin Le Parti démocratique national (PDK, albanais) de Kastriot Haxhirexha, représenté par un député au Parlement, fusionne avec l’Union démocratique pour l’intégration (BDI).

77 21 juin
• Lors de la rencontre au sommet entre l’UE et les Etats des Balkans occidentaux, à Thessalonique, le lendemain du Conseil européen, l’UE confirme les « perspectives européennes » de ces pays sans que la date d’ouverture d’éventuelles négociations soit fixée.
• Abdulmenaf Bexheti, ancien ministre des Transports et des Communications, est élu à la tête du Parti pour la prospérité démocratique (PDP, albanais, dans l’opposition), en remplacement de Abdurrahman Haliti.

78 1er juillet La Macédoine devient le 43e Etat à signer un accord bilatéral avec les Etats-Unis, exemptant les citoyens américains résidant en Macédoine d’une éventuelle comparution devant la Cour pénale internationale de La Haye, nouvellement créée. L’UE, tout en se déclarant déçue par le non-respect de la position communautaire, indique que ce choix ne pèsera pas sur l’avenir de ses relations avec la Macédoine.

79 11 juillet Visite officielle du président Boris Trajkovski en Croatie.

80 12 juillet
• Sommet trilatéral des présidents d’Albanie, de Bulgarie et de Macédoine à Ohrid.
• Lors du congrès annuel du Parti démocratique des Albanais (PDSH), Arbën Xhaferi et Menduh Thaçi, qui avaient proposé leur démission, sont réélus à sa direction. Le nouveau programme du PDSH se déclare favorable au principe d’une autodétermination pour les Albanais de Macédoine, suscitant de très vives réactions au sein de la communauté internationale.

81 2 août Célébration des «100 ans d’existence étatique » de la Macédoine, à l’occasion du centenaire du soulèvement de la Saint-Elie et de la création d’une République de Krusevo qui survécut dix jours aux assauts de l’armée ottomane.

82 17 août L’Armée de libération nationale (AKSH) revendique une attaque contre un poste de police serbe à la frontière entre le Kosovo et la Serbie.

Principales formations politiques

83 SDSM Alliance social-démocrate de Macédoine (fondée en mai 1992, issue de l’ancienne Ligue des communistes de Macédoine). Président : Branko Crvenkovski

84 DA Alternative démocratique. Président : Vassil Tupurkovski

85 VMRO-DPMNE Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne-Parti démocratique pour l’unité nationale macédonienne (fondée en juin 1990). Président : Nikola Gruevski

86 PDSH Parti démocratique albanais (représentant la minorité albanaise). Président : Arbën Xhaferi

87 DPM Parti démocratique de Macédoine

88 PDK Parti démocratique national (représentant la minorité albanaise). Président : Kastriot Haxhirexha

89 LDP Parti libéral démocratique. Président : Risto Penov

90 PPD Parti pour la prospérité démocratique (représentant la minorité albanaise). Président : Abdulmenaf Bexheti

91 SPM Parti socialiste macédonien

92 DS Union démocratique. Président : Pavel Trajanov

93 BDI Union démocratique pour l’intégration. Président : Ali Ahmeti

94 SRM Union des Roms de Macédoine

Résultats des dernières élections

Election présidentielle premier tour du 31 octobre 1999)

95 Taux de participation : 65 %.

 - 

Candidats % des voix Tito Petkovski (SDSM) 32,7 Boris Trajkovski (VMRO) 20,9 Vasil Tupurkovski (DA) 15,5 Muharen Mexhipi (PDSH) 14,9 Stojan Androv (LDP) 10,7 Mohamed Halili (PPD) 4,4

96 Deuxième et troisième tours : 14 novembre et 5 décembre 1999

 - 

Candidats 2e tour 3e tour* Boris Trajkovski (VMRO) 52 90 Tito Petkovski (SDSM) 46 10 * Un 3e tour a été organisé dans 24 circonscriptions où les votes avaient été invalidés.

97 Prochaine échéance présidentielle : octobre 2004

Elections législatives du 15 septembre 2002

98 Taux de participation : 73,5%

 - 

Partis % des voix Nombre de sièges Coalition « Pour la Macédoine ensemble »* (SDSM-LDP) 40,5 59 (LDP 13) Coalition VMRO-DMPNE- 24,4 34 LPM** (LPM 5) Union démocratique pour l’intégration (BDI, albanais) 11,9 16 Parti démocratique albanais (PDSH) 5,2 7 Parti pour la prospérité démocratique (PPD, albanais) 2,3 2 Parti national démocratique (PDK, albanais) 2,1 1 Parti socialiste de Macédoine (SPM) 2,1 1 Alternative démocratique (DA) 1,4 0 Union démocratique (DS) 1,2 0 Source: w www.izbori.org.mket Agence d’information macédonienne (MIA) * La coalition «Pour la Macédoine ensemble» comprenait les partis suivants : la Ligue social-démocrate de Macédoine (SDSM), le Parti libéral démocratique (LDP), la Ligue démocratique des Bosniaques (DLB), le Parti uni des Roms de Macédoine (OPRM), le Parti démocratique des Serbes (DPS), le Parti démocratique des Turcs (DPT), l’Union démocratique des Valaques (DSV), le Parti agraire des travailleurs (RZP), le Parti socialiste-chrétien de Macédoine (SCPM), le Parti vert de Macédoine (ZPM). ** La coalition VMRO-DPMNE-LPM comprenait l’Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne-Parti démocratique pour l’unité nationale macédonienne et le Parti libéral de Macédoine (LPM)

99 Prochaines élections législatives : automne 2006

Composition du gouvernement (au 15 août 2003)

100

  • Premier ministre : Branko Crvenkovski (SDSM)
  • Vice-Premiers ministres :
  • chargée de l’Intégration européenne : Radmila Cekirinska (SDSM)
  • chargé des Finances : Petar Gosev (LDP)
  • chargé de la Décentralisation : Musa Xhaferi
  • BDI)
  • Défense : Vlado Buckovski (SDSM)
  • Affaires étrangères : Ilinka Mitrova (SDSM)
  • Justice : Ismail Darlishta (BDI)
  • Transports et Communications : Milaim Ajdini
  • BDI)
  • Travail et Politique sociale : Jovan Manasijevski (LDP)
  • Culture : Blagoka Stefanovski (SDSM)
  • Administration locale : Aleksandar Gestakovski (SDSM)
  • Intérieur : Hari Kostov (SDSM)
  • Economie : Ilija Filipovski (SDSM)
  • Agriculture et Artisanat : Slavko Petrov (LDP)
  • Education et Sciences : Aziz Pollozhani (BDI)
  • Santé : Rexhep Semlani (BDI)
  • Environnement et Aménagement du territoire : Ljubomir Janev (SDSM)
  • Sans portefeuille : Vlado Popovski

Bibliographie

Bibliographie

Georges Castellan, La Macédoine : un pays inconnu, Crozon, Armeline, 2003.

Wolf Oschlies, Schwierige interethnische Koexistenz in Makedonien, Deutschen Institut für Internationale Politik und Sicherheit, 20 juin 2003, sur Internet à l’adrese : h http ://www.swp-berlin.org/ produkte/brennpunkte/make101.htm

Wolf Oschlies, Makedonien : Start in einen konstruktiven Wahlkampf, Deutschen Institut für Internationale Politik und Sicherheit, 5 août 2002, sur Internet à l’adresse : h http ://www.swp-berlin.org/ produkte/brennpunkte/make301.htm

Eiki Berg et Wim Van Meurs, « Borders and Orders in Europe : Limits of Nation- and State-Building in Estonia, Macedonia and Moldova », Journal of Communist Studies and Transition, 18(4), décembre 2002, pp. 51-74.

« Albanie, Kosovo, Macédoine : tout redevient possible ». MOCI, n° 1567,2002, 10/16 octobre, pp. 14-25.

Alice Ackermann, « Macedonia in a Post-Peace Agreement Environment : A Role for Conflict Prevention and Reconciliation », International Spectator, 37(1), 2002, pp. 71-82.

John Frazer, « Macedonia : What’s the Problem ?», International Journal, 57(3), été 2002, pp. 349-364.

Nadège Ragaru, Assen Slim, « Macédoine. Une stabilisation fragile », in « Europe centrale et orientale. Une croissance pérenne, un jeu politique rodé, des sociétés désenchantées », n° 1026, juin-juillet 2002, pp. 124-141.

Claire Piana, « The EU’s Decision-Making Process in the Common Foreign and Security Policy : the Case of the former

Yugoslav Republic of Macedonia », European Foreign Affairs Review, 7(2), été 2002, pp. 209-226.

Economist Intelligence Unit, Country Report trimestriel), Country Profile (annuel), « Macedonia ».

 

Notes

[ (1)] L’AKSH s’est fait connaître, le 7 août 2001, en revendiquant un attentat à Prilep dans lequel dix policiers macédoniens avaient trouvé la mort. L’organisation revendique la création d’une « grande Albanie ».Retour

[ (2)] Dans le présent texte, c’est une définition « citoyenne » du terme « macédonien » qui a été retenue. On l’emploiera ainsi pour désigner toute personne de citoyenneté macédonienne indépendamment de son apparternance culturelle ou religieuse. Pour parler de la seule partie « ethniquement » macédonienne de la population, on sera donc amené à utiliser le terme « slave » en dépit de son imprécision (il peut désigner les Macédoniens au sens ethnique, comme les Serbes et les Bulgares de Macédoine). Il sera donc question de « Slaves de Macédoine » ou de « Macédoniens slaves ». Notons qu’en Macédoine même, l’appellation « Macédonien » a une acception strictement ethnique.Retour

[ (3)] Si le calendrier originel avait été respecté, les amendements constitutionnels auraient dû être ratifiés sous quarante jours et des élections législatives anticipées organisées au mois de février 2002.Retour

[ (4)] L’AKSH a revendiqué une attaque à la caserne Ilinden, le 15 août, qui a blessé deux soldats macédoniens slaves et le meurtre de deux réservistes de police, le 26 août, à Ciglana, près de Gostivar. En réponse, huit suspects ont été arrêtés. Pour obtenir leur libération, des Albanais ont intercepté un bus, le 30 août, sur l’autoroute Tetovo-Gostivar et pris en otage cinq Macédoniens slaves. La libération de ces derniers a été obtenue, le 31, grâce à la médiation de la communauté internationale. Les menaces d’arrestation proférées à l’encontre de Ali Ahmeti − qui avait bénéficié d’une amnistie dans le cadre des accords d’Ohrid − par le ministre de l’Intérieur, Ljube Boskovski, le 29 août, ont par ailleurs contribué à entretenir un climat d’incertitude autour des élections. Enfin, en plusieurs occasions, des bureaux des partis d’opposition (le BDI albanais et la SDSM macédonienne slave) ont fait l’objet d’attaques à la grenade.Retour

[ (5)] Parmi ceux-ci figuraient Gezim Ostreni et Fazli Veliu. Le BDI n’a toutefois pas été le seul à recourir aux anciens guérilleros. La captation de la légitimité combattante a fait l’objet d’une vive compétition entre partis albanais. Le Parti démocratique national (PDK) de Kastriot Haxhirexha, s’est adjoint le soutien du commandant Hoxha (Xhezair Saqiri), initiateur des opérations à Tanusevci en février 2001. Le parti de A. Xhaferi a pour sa part recruté les commandants Leka et Sokolli.Retour

[ (6)] B. Fetai a été extradé depuis la Croatie en mai 2003. En août 2003, D. Daravelski était toujours en fuite. Un mandat international d’arrêt a été lancé contre lui, le 2 juin.Retour

[ (7)] Voir Eben Friedman, « The Spectre of Territorial Division and the Ohrid Agreement », European Center for Minority Issues Brief, 9 juillet 2003.Retour

[ (8)] Voir Arben Xhaferi, « Les Etats multiethniques ne sont pas une solution », Java, sur le site du Courrier des Balkans, à l’adresse : h http ://www.balkans.eu.org/article3009.html[consultation le 20 août 2003].Retour

[ (9)] Créée en 1994 afin de pallier l’absence d’institution d’enseignement supérieur en langue albanaise en Macédoine, l’université de Tetovo avait été au cœur de vives controverses. Les autorités macédoniennes slaves, qui y voyaient un foyer séditieux, s’étaient refusées à la reconnaître. En dépit de la création, à l’initiative du Commissaire aux questions des minorités de l’OSCE, Max Van der Stoehl, d’une Université du Sud-Est européen à Tetovo en 2001, le statut de l’université de Tetovo était demeuré un enjeu symbolique fort.Retour

[ (10)] Voir le texte des accords sur Internet à l’adresse : h http ://www.coe.int/T/E/Legal_Affairs/Legal_cooperation/ Police_and_internal_security/Police_cooperation/OHRID%20Agreement%2013august2001.asp [consultation le 18 août 2003].Retour

[ (11)] Chiffres cités dans Suncica Stojanovska, « Macedonia : Albanians Still Underemployed », Balkan Crisis Report, n° 436,10 juin 2003.Retour

[ (12)] Le 15 janvier, des résultats partiels ont été publiés : en 2002, la Macédoine comptait 2 038 059 habitants (plus 23 741 étrangers et réfugiés). En avril 2003, la rumeur a circulé selon laquelle la part des Albanais dans la population aurait été inférieure à 20 % - un chiffre au fondement des calculs d’Ohrid. Démentie, « l’information » a contribué à décrédibiliser le décompte aux yeux des Albanais comme des Slaves macédoniens, pareillement convaincus que les résultats seront, de toute façon, « retouchés » par les partis au pouvoir.Retour

[ (13)] Tel est le cas, en particulier, de l’hebdomadaire albanais, Lobi, dirigé par Iso Rusi, qui a consacré sa première page de couverture à la Saint-Elie.Retour

[ (14)] La France a exprimé son désir de ne plus en assurer le commandement et de retirer une partie de son contingent.Retour

[ (15)] State Statistical Office of the Republic of Macedonia, Bulletin, n° 1,2003, p. 1.Retour

[ (16)] Au début de 2003,1 000 producteurs de tabac avaient protesté en précisant que l’Etat avait honoré moins de la moitié (49 %) des factures liées à des livraisons de tabac à des entreprises publiques. Le tabac est un sujet sensible en Macédoine. Le secteur assure un revenu à environ 40 000 ménages et représente à lui seul 6,84 % des exportations du pays (en 2002).Retour

[ (17)] La Conférence des donateurs à la Macédoine (12 mars 2002) avait décidé d’accorder un soutien de 583 millions d’euros, dont 75 % sous forme de dons. Les principaux contributeurs sont la Commission européenne (129,2 millions d’euros), les Etats-Unis (85,4 millions), les Pays-Bas (73 millions), l’Allemagne (64,1 millions), la Banque mondiale (56,1 millions) et la Berd (55 millions). La France, pour sa part, a accordé 5,4 millions (EIU, Country Report, « Macedonia », mai 2002, p. 17). L’Agence européenne de reconstruction (AER), chargée de gérer l’attribution des fonds, en avait rapidement bloqué le versement, le FMI ne parvenant pas à trouver un accord avec le gouvernement de L. Georgievski.Retour

[ (18)] D’après EIU, Country Report, « Macedonia », juin 2003, pp. 9 et 18.Retour

[ (19)] Les principaux syndicats du pays ont estimé à 13 % la hausse des prix dans ces secteurs induite par l’harmonisation des taux de TVA. Ils ont par ailleurs dénoncé cette mesure, soulignant son caractère contradictoire avec l’objectif de baisse des prix du FMI.Retour

[ (20)] h http ://www.nbrm.gouv.mk/governorsspeeches/interview_Denes_30_01_03.htm(consultation du 02/07/2003).Retour

[ (21)] Début avril 2003, le taux discount est passé de 8 % à 6,5 % et le Lombard de 17,5 % à 16 %.Retour

[ (22)] h http ://www.nbrm.gouv.mk(consultation du 02/07/2003).Retour

[ (23)] h http ://www.nbrm.gouv.mk/foreigntrade.htm(consultation du 02/07/2003). La balance des paiements indique un déficit commercial (fob/fob) de 767,56 millions de dollars.Retour

[ (24)] Les recettes douanières devraient continuer de baisser dans un proche avenir dans la mesure où la Macédoine devra libéraliser 90 % de son commerce intra-balkanique avant 2008 et réduire la moyenne de ses droits de douane vis-à-vis des membres de l’OMC de 14,3 % à 8 % d’ici à 2010.Retour

[ (25)] En 2002, l’UE comptait pour 50,76 % dans les exportations macédoniennes et pour 45,27 % dans les importations. Au premier trimestre de 2003, les chiffres étaient de 56,6 % et de 46 %. En 2002, les pays de l’ex-RFSY représentaient 31 % des exportations et 19,5 % des importations macédoniennes. Pour le premier trimestre de 2003, les chiffres correspondants étaient de 23,4 % et de 17,37 %. Calculs effectués à partir de State Statistical Office of the Republic of Macedonia, Bulletin, n° 1,2003, p. 10.Retour

[ (26)] Rachat de la mine Sasa par une filiale chypriote de la société grecque Mitilineos.Retour

[ (27)] Les fonctionnaires seraient 128 000 selon le gouvernement, 86 000 selon les syndicats.Retour

[ (28)] Les syndicats avaient demandé une indemnité au moins égale à 24 mois de salaire (soit 21 millions d’euros pour 2003).Retour

[ (29)] 20 000 emplois devraient être ainsi créés en 2003 pour un coût budgétaire estimé à 33 millions d’euros.Retour

Résumé

En sanctionnant, lors des élections législatives du 15 septembre 2002, le parti au pouvoir dont certains membres prônaient la politique du pire dans un pays qui, en 2001 encore, était au bord de la guerre civile, les Macédoniens ont montré qu’ils souhaitaient tourner une page. Et leur choix pour une coalition rassemblant Slaves et Albanais et déterminée, certes plus par nécessité que par conviction, à œuvrer pour un apaisement des relations intercommunautaires, témoigne de leur volonté de vivre en paix. Toutefois, le gouvernement porté au pouvoir par cette vague a vu son image très vite se ternir, car il a mis à l’écart un certain nombre de responsables liés au parti majoritaire précédent, a engagé une lutte contre la corruption qui ne ménage personne et, surtout, n’a pas su expliquer à la population le bienfondé des réformes prévues par les accords d’Ohrid d’août 2001. Celles-ci, qui portent sur la représentation des Albanais dans l’appareil d’Etat, l’usage des langues minoritaires et la décentralisation, sont vécues de manière très différente dans les deux communautés, comme une concession arrachée sous la pression internationale, côté slavophone, et une promesse d’amélioration de leur sort, côté albanophone. Enfin, les missions déployées par l’Otan, puis par l’UE, pour assurer la sécurité n’ont pas permis d’éviter les frictions entre Slaves de Macédoine et Albanais. Les uns et les autres se rejoignent cependant sur un point : l’intégration aux structures euro-atlantiques représente le seul moyen de mettre un terme au conflit intercommunautaire et de garantir la viabilité de l’Etat de Macédoine. Mais encore faudrait-il que la situation économique se redresse suffisamment pour contre-carrer les tendances au développement d’une société duale. Or, les perspectives sont pessimistes en raison de l’austérité budgétaire dictée par le FMI, de la mise en faillite programmée d’un grand nombre d’entreprises publiques et de l’aggravation du déficit commercial. Dès lors, le marché du travail demeure complètement déprimé avec un taux de chômage qui atteint 44 % des actifs.



Macedonia Between Semi-Protectorate and Hopes of Euro-Atlantic Integration
During the 15 September 2002 elections, the Macedonians, in a country which in 2001 was still close to civil war, manifested their desire for change by ousting the party in power, despite dire predictions from some of its members. Their choice of a coalition comprised of Slaves and Albanians, determined, more by necessity than conviction, to work for an appeasement in inter-community relations, bears witness to their desire to live in peace. The image of the government so brought to power was soon tarnished as it had excluded a certain number of officials from the preceding majority, had entered into a war on corruption which excludes no one, and, more importantly, was unable to justify the reasonableness of the reforms called for by the August 2001 Ohrid accords to the population. Those concerning Albanian representation in government, the use of minority languages and decentralization, are perceived very differently by the two communities. For the Slaves, they are a concession forced by international pressure, while for the Albanians they promise an improvement in their condition. Finally, the missions carried out first by NATO and then the EU to ensure security have not put an end to friction between Macedonian Slaves and Albanians. Both, however, agree on one point : integration into Euro-Atlantic organizations is the only way to end the intercommunity conflict and to guarantee the continuation of the Macedonian state. It is uncertain, however, whether the economic situation will improve to the extent that it will be able to counter the development of a dual society. The outlook is pessimistic in view of the budget austerity demanded by the IMF, the expected bankruptcy of a large number of public enterprises and the aggravation of the trade deficit. The labor market remains completely depressed with unemployment at 44 %.

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Nadège Ragaru et Assen Slim « Macédoine 2002-2003 », Le Courrier des pays de l'Est 6/2003 (n° 1036-1037), p. 121-138.
URL :
www.cairn.info/revue-le-courrier-des-pays-de-l-est-2003-6-page-121.htm.