2003
Le Courrier des Pays de l’Est
Slovaquie 2002-2003
Naissance d’un tigre centreeuropéen ?
Jaroslav Blaha
La Documentation française. Manuscrit clos en septembre 2003.
Arrivé à son terme, le gouvernement
de Mikulas Dzurinda (1998-2002),
formé par une coalition entre
chrétiens-démocrates et partis du
centre-gauche, n’avait pas à rougir de
ses résultats, malgré une politique
d’austérité sévère. Le pays était par
ailleurs engagé sur la voie de l’intégration dans les structures euroatlantiques en 2004. Si les élections législatives de septembre 2002 (avec un
faible taux de participation) ont vu le
parti de V. Meciar arriver en tête, ce
dernier, se retrouva isolé et sans alliés.
M. Dzurinda fut alors de nouveau
chargé de former un gouvernement,
coalition de centre-droit et des partis
de la minorité hongroise. Le danger
du retour des populistes et des nationalistes était écarté. Elle s’est lancée
dans des réformes d’inspiration ultralibérale, censées donner naissance à
un «petit tigre» centre-européen.
L’apparente homogénéité au sein de
la coalition ne dura qu’un temps, car
très vite des désaccords sont apparus
et de vieilles antipathies entre
chrétiens-démocrates et libéraux se
sont réveillées. De rudes débats sur
le rôle des services secrets, de la
justice, sur la réforme de la santé et
de l’enseignement ou bien sur le degré
de coopération avec l’Eglise catholique et le Vatican ont fait parfois
vaciller le gouvernement et ont révélé
l’immaturité de certains partis politiques ou le danger de ceux qui ne sont
au service que d’une personne.
L’embellie économique que connaît
le pays depuis 2001 semble se poursuivre. La localisation géographique
du pays et la force de ses secteurs
manufacturiers (automobile, filière
bois), auxquels s’ajoute le développement des services vont sans doute
y concourir. Désormais, les privatisations ayant été rendues moins
opaques, la Slovaquie figure à une
bonne place pour attirer les investissements étrangers en jouant sur le
faible coût de la main-d’œuvre, sa
qualification et sur la fiscalité favorable aux entreprises. Mais cette
prospérité attendue pourra-t-elle
bénéficier aux régions orientales du
pays, frappées plus que les autres par
le chômage ? La population semble
résignée à se «serrer encore la
ceinture» et trouve, pour l’instant, un
palliatif à ses difficultés dans le travail
au noir.
At end of term, the government
of Mikulas Dzurinda (1998-2002)
formed by a Christian-Democratic
and Center-Left coalition,
should not be embarrassed by
its results, despite a heavy
austerity program. The country
was also on the path to
integration with Euro-Atlantic
organizations in 2004. If the
September 2002 legislative
elections (with a low turnout)
saw the party of V. Meciar take
the lead, it found himself
isolated and without allies.
M. Dzurinda was again called on
to form a government coalition
with the center-right and the
Hungarian minority parties. The
danger of a return of the
nationalist parties was circumvented. The coalition entered
into ultra-liberal inspired
reforms aimed at creating a
Central European “tiger”. The
apparently homogeneity within
the coalition only lasted a short
time as disagreements appeared
very rapidly and the old
antipathy between the Christian-Democrats and the Liberals
reappeared. Harsh debates on
the role of the secret service, on
justice, healthcare reforms and
education, as well as the degree
of cooperation with the Catholic
Church and the Vatican, often
caused rifts within the
government and revealed the
immaturity of some political
parties, or the danger of those
who serve the interests of just
one person. The economic
improvement which the country
has enjoyed since 2001 continued. The country’s geographic
situation and the strength of its
manufacturing sectors (automobile, wood products), as well
as the development of services
will undoubtedly contribute to
this. Privatizations have now
become more transparent,
Slovakia is in a good position
to attract foreign investors with
its inexpensive, qualified
workforce and favorable
business taxation. It is uncertain, however, as to whether
this prosperity will benefit the
eastern part of the country
where unemployment is heaviest.
The population seems resigned
to “tightening its belt” and is,
at this point in time, finding
relief in undeclared work.
Arrivé à son terme en 2002, le
gouvernement de Mikulas
Dzurinda (1998-2002), formé
par une coalition entre les
chrétiens-démocrates et des
partis du centre gauche, n’avait
pas à rougir de ses résultats,
même si la potion d’austérité
administrée à la population était
jugée « surdosée ». Désormais le
pays était fermement engagé sur
la voie de l’intégration aux structures euro~atlantiques. Mais plus s’approchait l’heure du verdict
des urnes (septembre 2002), plus la peur d’un
retour « des populistes et des nationalistes »
grandissait, tant à l’intérieur du pays qu’à l’extérieur. Finalement, bien que la formation de
V. Meciar ait obtenu le meilleur score, elle se
retrouvait isolée, sans alliés, laissant la voie
ouverte à une coalition de centre droit, avec la
participation des partis de la minorité hongroise
de Slovaquie, et, idéologiquement, plus homogène que la précédente. Elle s’est lancée dans des
réformes d’inspiration ultra-libérale, censées
donner naissance à un « tigre » centre-européen.
La situation géographique du pays et le dynamisme de ses secteurs manufacturiers (automobile, filière bois), auxquels s’ajoute le développement des activités tertiaires vont sans doute y
concourir. Mais va-t-on réussir à faire bénéficier
de cette prospérité tant attendue les régions orientales du pays, frappées plus que les autres par le
chômage ? La population semble résignée à se
« serrer la ceinture » et trouve, pour l’instant, un
palliatif à ses difficultés dans le travail au noir.
Des partis politiques
encore immatures
● Vladimir Meciar vainqueur,
mais sans alliés
Le parti de V. Meciar (HZDS - Mouvement pour
une Slovaquie démocratique) étant arrivé en tête
aux élections législatives de septembre 2002 avec
19,5 % des suffrages, son
leader fut chargé par
le chef de l’Etat, conformément à la Constitution,
de trouver un partenaire ou de conclure un pacte
d’opposition lui permettant de former un gouvernement minoritaire. Ses opposants de toujours
n’eurent aucune peine à décliner ses offres, eux
qui avaient tout fait pendant cinq ans pour mettre
hors jeu celui dont le style autoritaire avait conduit
à l’isolement international du pays. Pour d’autres,
situés au centre gauche, comme le parti Smer
(R. Fico), les échéances à venir (notamment les
élections européennes en 2004) excluaient toute
compromission avec une force conservatrice ou
« populaire » de la scène politique slovaque, pour
le moment incontournable, mais déjà entrée dans
un processus de lente décomposition. Deux
scissions du HZDS sont intervenues en 2002 et
2003, en raison du non-respect des statuts de la
part de V. Meciar, mais également de l’incapacité de ses ex-lieutenants, qui lui sont redevables
de leur carrière politique, à le déposer. Pourtant,
le HZDS et Smer continuent de figurer en tête
des sondages
[1].
Pendant que V. Meciar s’activait en vain, le
courant chrétien-démocrate, mené par
M. Dzurinda, a réussi à négocier un projet de
gouvernement avec les libéraux de l’Alliance du
nouveau citoyen (ANO) et le Parti de la coalition hongroise (SMK). Le projet est ambitieux,
dans la mesure où il tente de marier l’eau avec
le feu, mais c’était la seule solution pour disposer
d’une majorité, assez courte il est vrai, au
Parlement.
● Le gouvernement Dzurinda II :
un virage très libéral
La coalition de quatre partis de droite, revenue
aux commandes pour la première fois depuis
1945, a ceci de particulier par rapport aux précédentes qu’elle a rallié 29,4 % seulement du corps
électoral, soit le résultat le plus faible depuis les
élections législatives de 1992
[2]. Autrement dit,
près des deux tiers des électeurs ne se sont pas
reconnus dans les programmes que ces formations leur avaient présentés. Les partis qualifiés
de centristes et de « populistes », le HZDS et Smer,
ont totalisé 33 % et ceux de la gauche 11 %, parmi
lesquels seuls les communistes ont dépassé la
barre des 6 % nécessaires pour avoir des députés.
Se retrouvant, « par défaut », aux affaires, comme
en 1998, l’équipe du second gouvernement de
M. Dzurinda a saisi cette occasion pour faire table
rase des projets antérieurs qui avaient été négociés
par une coalition de partis de centre gauche en
2001- 2002, dont la réforme des retraites et des
assurances sociales, pour donner à leur politique
une orientation très libérale. Ce virage est
perceptible dans la réforme du Code du travail
dont les deux grands axes sont une flexibilité
maximale de la main-d’œuvre et l’attribution de
droits plus importants aux employeurs. Notons
aussi les coupes pratiquées dans le secteur des
transports en commun, le relèvement de la TVA
et l’introduction d’abattements fiscaux dans la
catégorie des revenus supérieurs. L’objectif
affiché de la politique économique est de faire
de la Slovaquie une sorte de « nouvelle Irlande »
au centre de l’Europe. D’autres rêvent de voir
le pays, situé à mi-chemin entre Vienne et
Budapest, devenir un paradis pour investisseurs,
grâce notamment à l’unification du taux de la
TVA et de celui de l’impôt sur les bénéfices des
sociétés.
Confrontée à une transformation aussi radicale,
la société slovaque n’a pas manifesté de mécontentement − hormis deux manifestations dans les
transports et le blocage des frontières pendant une
journée par la confédération syndicale (KOZ) −
tant il est vrai que l’invitation à intégrer les
structures de l’Otan et de l’Union européenne
(UE), a occulté les effets de la réforme libérale
entreprise. Aussi, les élections municipales
(décembre 2002), ont-elles donné la victoire aux
partis du centre droit dans les huit capitales
régionales et aux candidats indépendants dans les
villes petites et moyennes. Ces derniers dirigent
actuellement environ un tiers des mairies.
Cela étant, on peut s’attendre dans les mois à venir
à un bras de fer entre les syndicats de la confédération (KOZ) et le gouvernement, d’autant que la
négociation tripartite (Etat, patronat, syndicats),
qui doit se tenir au moins deux fois par an, est en
panne depuis 2002, que l’enseignement est en
crise et que le secteur de la santé, complètement
désorganisé, se trouve au bord de l’insolvabilité.
Le KOZ, qui envisage de se muer en parti politique, a l’intention, en cas de non-satisfaction de
ses revendications (salaire minimum équivalent
à 60 % du salaire moyen, révision des réformes
de la retraite et de la fiscalité…) de réclamer un
référendum sur la question de la tenue anticipée
des élections. L’idée est soutenue, naturellement,
par l’opposition parlementaire, mais également,
par prudence, par une partie des « managers » de
l’Alliance du nouveau citoyen (ANO), membre
de la coalition au pouvoir.
● Premières fissures
Il y a un an, la coalition au pouvoir était encensée
pour son unité idéologique, gage de stabilité. Mais
au bout de six mois d’exercice, M. Dzurinda se
trouve face à une crise ouverte entre alliés politiques. Tout a commencé durant l’hiver 2002-2003, lorsque P. Rusko (chef de l’ANO) accusa
les services secrets d’écoutes illégales à son
encontre. Il s’en est suivi une avalanche de
démissions et de révocations et une déstabilisation grave de ces services, qui rejaillit sur l’appareil
judiciaire, le tout en plein processus d’intégration aux structures euro-atlantiques. Cette image
troublée ne s’atténua pas avec la parution dans le
journal britannique
Jane’s Intelligence Digest, à
partir de janvier 2003, d’articles bien informés
se faisant l’écho d’une prétendue infiltration par
d’anciens communistes et par des Russes des
services de sécurité et de la corruption généralisée au sein de l’Etat
[3]. En effet, la lutte contre
ce fléau ne semble pas porter ses fruits
[4] et des
mises en garde ont été adressées par l’UE et l’Otan
aux autorités slovaques. Etrangement, ces allégations n’ont fait l’objet d’aucun démenti officiel
et les raisons ayant motivé ces révélations
restaient obscures au début de l’été 2003
[5].
● Parti à « usage unique »
ou « Sarl » ?
Certaines expressions sont passées dans le
langage quotidien des analystes de la scène politique. Ainsi peut-on lire que tel parti est « à usage
unique » à l’exemple du Parti de l’entente civique
(SOP), qui servit à propulser l’actuel Président,
R. Schuster, à la tête de l’Etat, avant de se diluer
dans d’autres formations. De la même manière,
en 1994, V. Meciar, revenu au pouvoir, utilisa
l’Association des ouvriers slovaques (ZRS) pour
constituer une coalition gouvernementale, avant
de l’étouffer politiquement.
Une autre expression en vogue est celle de parti
« Sarl », employée pour décrire le style et l’action
de l’Alliance du nouveau citoyen (ANO)
[6] de
Pavol Rusko. A l’origine, ce magnat de la presse
locale décida d’entrer en politique grâce à ses
médias (la chaîne de télévision privée
Markiza et
plusieurs journaux). Il créa un parti avec des stars
du journalisme et engagea des experts pour
préparer et plaider les dossiers de son programme.
Sur l’échiquier politique, cette formation était
appelée à combler, au centre gauche, le vide créé
par la disparition du SOP (Parti de l’entente
civique) et exprimer la sensibilité « sociale-libé-rale ». Mais, au vu des bons résultats des élections législatives de 2002 et dans l’objectif de
participer au pouvoir, Pavol Rusko, devenu vice-président du Parlement, ne garda que l’étiquette
« libérale ». L’ANO fonctionne sur le « principe
managérial », qui rappelle par certains côtés le
centralisme démocratique : les décisions sont
prises par celui qui finance la formation, avec
l’aide de quelques fidèles. Le programme, œuvre
d’un petit cercle de responsables, n’est jamais
soumis à une discussion générale et les congrès à
grand spectacle n’ont lieu que pour légitimer les
options des dirigeants. Dans l’exercice du pouvoir
au sein d’une coalition avec trois partis d’inspiration chrétienne-démocrate, la méthode du
« manager-propriétaire » s’avère encore plus
malvenue, provoquant tensions et critiques parmi
les membres mêmes du parti, qui, pour certains,
ne se cachent plus pour évoquer la dérive autoritaire de P. Rusko. D’autres prennent les devants
et cherchent à quitter le navire ou se rapprochent
de M. Dzurinda, dont l’objectif est de rassembler
la droite slovaque sous sa houlette. La crise au
sein de l’ANO a aussi pour origine les soupçons
sur la sincérité de P. Rusko : il aurait en fait créé
ce parti pour détourner l’attention de ses activités
douteuses d’entrepreneur et d’opérateur dans les
privatisations, pour, une fois élu, se mettre à l’abri
de la justice grâce à son immunité parlementaire.
Une fois ce but atteint, son parti « Sarl » peut être
mis en liquidation.
Une république laïque
ou cléricale ?
Après la visite d’Etat du président Schuster au
Vatican et l’annonce d’une troisième visite du
pape en Slovaquie à l’automne 2003, le gouvernement s’est déclaré ouvertement en faveur d’une
coopération plus étroite avec l’Eglise catholique.
Il s’engage ainsi clairement dans la voie d’un
concordat, à l’instar de la Pologne ou de la
Croatie. Depuis la signature d’un traité général
avec le Saint-Siège en novembre 2000 et l’entrée
en vigueur d’un premier texte « sur le service
spirituel » (dans l’armée, et les forces de sécurité) en août 2002, la hiérarchie catholique espère
la signature, durant cette législature dominée par
le courant chrétien-démocrate, de trois traités
bilatéraux portant sur le financement du culte, sur
l’éducation et les médias et sur l’exercice de « la
clause de conscience » dans divers métiers.
La question la plus importante pour l’Eglise
semble être l’enseignement, où elle souhaite voir
les écoles publiques et confessionnelles financées
à égalité par la puissance publique et des cours
sur la religion dispensés dans tous les établissements. L’Etat qui assume déjà la charge de 150
établissements religieux, des traitements du clergé
et d’un tiers des dépenses de fonctionnement des
évêchés, devra rétribuer 70 nouveaux prêtres
affectés au « service spirituel ». L’influence que
tente d’exercer dans la société l’Eglise catholique
est loin de faire l’unanimité, même si la Slovaquie
reste un pays de « chrétiens traditionalistes » (selon
le recensement de 2001, ils étaient 83 % à se
déclarer comme tels, dont 70 % de catholiques).
Les ingérences directes dans la vie politique, avec,
à l’occasion des élections législatives de 2002,
les appels de la hiérarchie religieuse à ne pas voter
pour certains partis, ou celles qui touchent à la
vie privée des personnes, vont, sans doute,
continuer de nourrir le débat, mais aussi
provoquer ponctuellement des crises. Tel fut déjà
le cas au printemps 2003, lorsqu’il s’est agi
d’amender la législation sur l’IVG et de prolonger
le délai légal de l’avortement pour raisons thérapeutiques. L’empoignade entre libéraux (ANO)
et chrétiens-démocrates (KDH) faillit alors faire
tomber le gouvernement.
Economie : l’embellie
sera-t-elle durable ?
En 2002, le pays a connu un des plus forts taux
de croissance du PIB dans la région, avec 4,4 %,
notamment grâce à la consommation des
ménages, à l’accroissement des salaires réels et
aux performances du principal exportateur
slovaque, la firme Volkswagen. L’inflation, après
avoir atteint le chiffre le plus faible depuis 1990
(2 % vers le milieu de 2002), est remontée à 3,4 %
à la fin de l’année. Ce bon résultat est à mettre au
compte du report, élections obligent, de la libéralisation des prix et du relèvement des tarifs de
divers services. A la fin du premier trimestre de
2003, la hausse de l’indice des prix à la consommation oscillait entre 7,5 et 8,0 %.
La menace d’un « retour des populistes~nationalistes » s’étant éloignée avec les élections et la
perspective prochaine d’adhésion à l’UE et à
l’Otan ont amélioré la cote générale du pays
attribuée par les agences de notation et ce, malgré
une détérioration des paramètres de l’endettement
extérieur. Selon la Banque centrale (NBS), la dette
globale s’est élevée à 12,7 milliards de dollars,
soit une progression de 1,8 milliard par rapport à
2001. Quant à la balance des transactions
courantes, elle a enregistré un déficit égal à 8,6 %
du PIB en 2002 (contre 8,2 % en 2001).
Dans les échanges de marchandises, la tendance
est à la réduction progressive du déficit de la
balance commerciale : entre janvier 2002 et
janvier 2003, il a été diminué de deux tiers.
L’amélioration de la compétitivité des produits
fabriqués en Slovaquie se reflète dans la progression des exportations vers l’UE (60 % du total
des exportations et 50 % des importations en
2002) et, en particulier, vers l’Allemagne, qui
reste la principale partenaire commerciale, avec
26 % des exportations slovaques et 22 % des
importations, avant la République tchèque (15 %
des importations et des exportations). Les principaux déficits commerciaux ont été enregistrés
avec la Russie (17 milliards de couronnes, soit
409 millions d’euros), la Chine, l’Espagne et le
Japon (de 1,6 à 1,8 milliard de couronnes, soit de
38 millions à 43 millions d’euros) ; les excédents
les plus notables ont été réalisés avec l’Allemagne
(7,8 milliards de couronnes, 188 millions d’euros),
l’Italie (3,8 milliards de couronnes, 91 millions
d’euros), l’Autriche (3,2 milliards de couronnes,
77 millions d’euros), la Hongrie et les Pays-Bas
(2,2 milliards de couronnes, 53 millions d’euros).
Investissements
étrangers : une année
faste
En 2002,2,7 milliards de dollars d’investissements
étrangers, sur un total de près de 4 milliards,
provenaient en fait de la seule vente du produc-teur-distributeur de gaz SPP. Cette année a été
exceptionnelle à bien des égards, le premier
gouvernement Dzurinda parvenant à rétablir la
confiance et à rendre moins opaques les privatisations. En 2003, le contexte devrait être le même,
à condition de réussir la vente de la compagnie
d’électricité SE, ce qui devrait accroître les
investissements étrangers de 1 à 2 milliards de
dollars. Les Slovaques tentent de tirer profit de
la dynamique tchèque et présentent de plus en
plus souvent des projets concurrents. L’abondance et la qualification de la main-d’œuvre
constituent un atout important et l’Agence pour
la promotion des investissements étrangers
(Sario) tente d’attirer des sociétés de services
comme des centres d’appels (numéros verts,
télémarketing… )
[7]. La mise en place d’une
fiscalité avantageuse va également représenter
une carte majeure pour les activités tertiaires. A
partir de 2004, le taux de l’impôt sur les bénéfices ne sera que de 19 %, alors que les Tchèques
se préparent à l’abaisser progressivement de 32
à 24 %. Déjà des sièges de sociétés tchèques,
allemandes et autrichiennes envisageraient de
venir s’installer en Slovaquie. L’Allemagne, avec
1,9 milliard d’euros placés depuis une décennie,
principalement dans le secteur industriel, reste en
tête avec plus de 26 % du stock total des investissements directs étrangers. Dans les industries
manufacturières, la part des capitaux étrangers
représente près de 33 % du total. Les grands
groupes exportent la majeure partie des produits
fabriqués en Slovaquie (Volkswagen plus de
95 %, Siemens près de 70 %). D’autres firmes allemandes dominent dans le secteur énergétique et
pharmaceutique
[8].
Sario entend bien tirer le meilleur parti possible
de la situation géographique favorable du pays et
de sa proximité des régions orientales et méridionales du continent européen et mise sur les
secteurs traditionnels (industrie papetière, du bois
et de l’ameublement, électrotechnique), avec
l’espoir de voir peu à peu une zone de prospérité
s’étendre de la capitale vers l’est du pays. C’est
aussi l’un des objectifs des mesures d’allégement
de la taxation des sociétés.
Principaux indicateurs économiques de la Slovaquie en 1995-2002
1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002
PIB (variation en %) 6,7 6,2 6,2 4,1 1,9 2,2 3,3(1) 3,5(1)
Production industrielle
(variation en %) 8,3 2,5 2,7 3,8 - 3,0 8,6 6,9 6,0(1)
Production agricole
(variation en %) 2,3 2,0 - 1,0 - 5,9 1,0 3,2 0,0(1) nd
Ventes au détail
(variation en %) 2,0 6,9 4,6 8,2 9,8 2,3 4,5 3,7(2)
Formation brute
de capital fixe
(variation en %) - 0,2 39,8 14,5 11,0 - 18,8 1,2 9,6 - 0,6(3)
Taux de chômage
officiel (en % des actifs,
en décembre) 13,1 12,8 12,5 15,6 19,2 17,9 18,6 17,5
Indice des prix
à la consommation
(moyenne annuelle, %) 10,0 6,1 6,1 6,7 10,5 12,0 7,0 3,3
Solde budgétaire
(en % du PIB) - 0,5 - 3,9 - 6,1 - 6,0 - 4,4 - 8,5 - 4,0 - 7,7(1)
Exportations
de marchandises
(en millions de dollars) 8 579 8 831 9 639 10 667 10 197 11 870 12 632(1) 13 500(1)
Importations
de marchandises
(en millions de dollars) 8 807 11 124 11 720 12 959 11 301 12 786 14 766(1) 16 000(1)
Balance commerciale
(en millions de dollars) - 228 - 2 293 - 2 081 - 2 292 - 1 104 - 916 - 2 134(1) - 2 500(1)
Balance des transactions
courantes (en % du PIB) + 3,7 - 11,2 - 9,6 - 9,7 - 5,5 - 3,6 - 8,6 - 7,1(3)
Dette extérieure brute
(en % du PIB) 33 42 49 58 53 55 54 51(4)
Investissements directs
étrangers (en millions
de dollars) 194 199 84 374 701 2 058 1 460(1) 4 000(1)
(1) Estimation (2) Janvier-novembre (3) Janvier-septembre (4) Fin septembre.
Source : Commission économique pour l’Europe (Onu), Economic Survey of Europe, 2003, n° 1 et années antérieures ; Berd, Transition
Report 2002.
Commission économique pour l’Europe (Onu), Economic Survey of Europe, 2003, n° 1 et années antérieures ; Berd, Transition
Report 2002.
● La Cendrillon du Nord-Est
La région de Presov reste largement inconnue des
investisseurs, qui sont surtout présents dans la
partie occidentale du pays. Cette région (18 %
du territoire et 15 % de la population), voisine de
la Pologne, de l’Ukraine et proche de la Hongrie,
à laquelle elle sera reliée par un tronçon de la
route européenne « Via Baltica », attend l’heure
du développement dans les industries mécaniques, l’électronique, l’électrotechnique, le
textile et la transformation du bois, principale
ressource locale. Mais, pour l’instant, elle reste
la « Cendrillon » de la Slovaquie : sa part dans le
stock total d’investissements directs étrangers est
tombée de 4,4 % en 1999 à 2,3 % en 2002. Et
pourtant, certaines firmes étrangères y sont déjà
implantées dans la chimie (le Français Rhodia et
Nylstar à Humenne, ou le Finlandais Rainplast à
Svit), dans l’électroménager (Whirlpool a
délocalisé à Poprad ses sites de Pologne, de
France et d’Allemagne, créant ainsi sa plus grosse
unité européenne), dans la brasserie (le Sud-Africain SAB Miller produit à Saris ses marques
slovaques et tchèques pour l’exportation et détient
25 % du marché local).
Afin de stimuler l’activité − la région connaît un
taux de chômage de 20 % en moyenne, avec des
pics de 35 % − les autorités tablent sur le potentiel
touristique des Tatras et de la chaîne des
Carpathes, sur le patrimoine culturel et historique,
mais également sur le développement des parcs
industriels près des principales villes : cinq sont
déjà en cours d’installation.
● Secteurs industriels
en pointe
La base de production de la firme Volkswagen
Slovakia continue de s’étendre. VW emploie déjà
8 000 personnes dans l’ouest du pays et se procure
la plus grande partie de ses approvisionnements
dans le premier parc industriel privé (à Lozorno,
distant de 5 km de l’usine située près de Bratislava). La firme a fourni 225 000 véhicules (Polo,
Golf, Bora, Touareg, Colorado) en 2002, et elle
tente de sauver le modèle Ibiza en en transférant
le montage de l’Espagne vers sa base slovaque.
Sans doute, restera-t-elle encore pour quelques
années le fer de lance de l’industrie slovaque.
Pourrait lui succéder dans ce rôle l’unité de PSA
Peugeot-Citroën à Trnava, dont la capacité
projetée est de 300 000 véhicules par an. De plus
les Slovaques gardent leurs chances, dans la
compétition qui les oppose à la Hongrie et à la
République tchèque, de voir s’implanter chez eux
une nouvelle unité du groupe sud-coréen Hyundai
(celui-ci doit prendre sa décision définitive au
début de 2004). Cette concentration, qui s’est
accélérée depuis 1998, fait de la Slovaquie l’un
des pôles automobiles les plus importants dans
la région et une plate-forme européenne pour les
équipementiers du secteur. Aux 64 firmes, en
majorité à capitaux étrangers, viennent de
s’ajouter les sociétés américaines Delphi et
Tower. Depuis 1998, la production de pièces et
équipements pour l’automobile a augmenté de
plus de 70 %.
Le nouveau gouvernement a placé la transformation du bois parmi les priorités, étant donné
l’abondance de cette matière première et les
traditions caractérisant ce secteur. L’association
des professionnels de la filière bois lui a soumis
un plan de restructuration, calqué sur le modèle
autrichien, impliquant notamment que l’entreprise
d’Etat (Slovenske Lesy) devienne une société par
actions, détenue entièrement par l’Etat. C’est
chose faite depuis 2003. Ainsi, « le trésor national »
pourra être sauvegardé, tandis que sa gestion sera
plus transparente et offensive. Bien entendu, les
forestiers n’étaient pas de cet avis, craignant que
les manufacturiers ne s’emparent d’une ressource
stratégique. Mais leurs arguments ont peu pesé,
dès lors qu’a éclaté le scandale des ventes
frauduleuses de bois à l’exportation. Le ministère de l’Agriculture a évalué ces pertes à 1,4 milliard de couronnes (34 millions d’euros). Depuis
le printemps 2003, l’affaire est entre les mains
de la police et les ventes à l’exportation ont été
centralisées et réduites de 50 % au profit du
marché local. De plus − UE oblige − la suppression des subventions aux forestiers a été
confirmée pour 2004 (50 millions de couronnes
en 2002, soit 1,2 million d’euros).
Les relations France - Slovaquie
Dans les échanges commerciaux entre les deux pays, après plusieurs années
d’absence, l’excédent, même modeste, en faveur de la France est de retour au premier
semestre de 2003, avec un taux de couverture de 103 %. Malgré une conjoncture
européenne difficile, les parts de la France sur le marché slovaque, avec 4,4 %
des échanges, ont été maintenues. Le fait est d’autant plus significatif que, dans les
échanges des Quinze avec la Slovaquie, le déficit commercial s’est dégradé, passant
de - 272 à - 865 millions d’euros entre le premier semestre de 2002 et celui de 2003. Les
trois constructeurs automobiles français ont vu progresser leur chiffre d’affaires de 43 %
en un an et détiennent 22,6 % du marché slovaque. Les équipementiers automobiles
français profitent du mouvement (+ 60 %), avec notamment deux unités industrielles de
Plastic Omnium. Hors secteur automobile, les produits pharmaceutiques, les biens de
consommation courante se comportent également de manière satisfaisante.
Du côté des importations françaises, les principaux postes sont l’automobile (Volkswagen
Bratislava), les produits sidérurgiques (US Steel à Kosice), les ordinateurs et équipements
informatiques (Lexmark à Dubnica nad Vahom). Un fait surprenant a marqué la période
2002-2003 : l’effondrement des ventes de VW de 73 %. Parmi les explications avancées
figurent le changement de la politique commerciale et de facturation, à partir de
l’Allemagne et non plus de la Slovaquie, ainsi qu’un mauvais positionnement des
véhicules fabriqués en Slovaquie sur le marché français. En effet, la nouvelle Polo
affronte la concurrence des modèles à succès des trois constructeurs français. Le
tout-terrain Touareg, vendu surtout en Amérique du Nord, n’a pas non plus trouvé une
clientèle en France. Enfin, la production à Bratislava de la Golf, modèle en fin de vie,
devrait être arrêtée.
Le lancement de la construction de l’usine automobile de PSA Peugeot à Trnava a
constitué la pièce maîtresse des relations entre les deux pays. Après un accord de
principe conclu en 2002, la première pierre a été posée en juin 2003. L’usine s’étendra
sur 190 hectares, aura une capacité annuelle de 280 à 300 000 véhicules, va créer plus
de 3 500 emplois directs et entre 6 000 et 7 000 emplois induits. La firme française
compte investir 710 millions d’euros et la Slovaquie s’est engagée à consacrer près de
120 millions d’euros dans le rachat des terrains, l’aménagement du site et sous forme
d’aides à la formation du personnel. L’apport de l’Etat sera limité à 15 % du coût total et
devra être remboursé à partir de 2006, date des premières exportations. Le constructeur
français a choisi la Slovaquie – et non pas les pays tchèques, où il est engagé avec
Toyota, ou un autre pays du groupe de Visegrad – afin de diversifier son risque. Par
ailleurs, le parc industriel de Trnava possède nombre d’avantages : il est situé près d’une
autoroute et d’un noeud ferroviaire, à 50 km d’un aéroport international, et également non
loin des équipementiers du secteur, qu’ils soient en pays tchèques ou en Slovaquie. Cela
a fait toute la différence avec les offres concurrentes de la Pologne et de la Hongrie. De
plus, à Trnava on a construit des véhicules utilitaires Skoda 1203 jusqu’au début des
années 1990, d’où la présence d’une main-d’oeuvre qualifiée dans ce type de production.
La volonté politique évidente des autorités slovaques de voir cet investissement être
réalisé dans leur pays et la souplesse de la législation concernant l’expropriation des
terrains ont fait le reste. Les négociations se sont déroulées dans le plus grand secret
et sans aucune consultation des riverains
[*].
Framatome ANP, filiale d’Areva, a reçu une commande d’instruments de contrôle pour
deux réacteurs VVER de 440 MW de la centrale nucléaire de Bohunice. Ce contrat
parachève les programmes de coopération réalisés avec la compagnie slovaque
d’électricité (SE) entre 1995 et 2000 : c’est en effet Siemens (aujourd’hui au sein de
Framatome) qui avait équipé Bohunice I et II.
Les échanges France – Slovaquie,
2000-2002 (millions d’euros)
2000 2001 2002
Exportations (fob) 385,8 530,7 622,9
Importations (cif) 582,3 595,7 676,6
Solde - 196,5 - 65,0 - 53,7
Source : Douanes françaises.
Douanes françaises.
Une situation sociale
plutôt stable
Le programme du gouvernement dans le secteur
de la santé, élaboré en grande partie au sein du
parti ANO, n’en est qu’à sa première étape, celle
de la réduction des coûts et de l’introduction de
la médecine payante. Il considère, en effet, que
la consommation par la population de soins
médicaux et de médicaments est excessive. Mais
aucune conception d’ensemble ne semble présider
aux changements induits par la décentralisation
et le transfert des établissements, fortement
endettés, aux districts. Immanquablement, les
mesures d’économie frappent avant tout la
population rurale.
Malgré une amélioration notable sur le marché
du travail (418 600 chômeurs en juin 2003, soit
80 000 de moins qu’un an auparavant), les autorités constatent que 26 000 personnes seulement
ont été enregistrées dans un emploi nouveau. Où
sont passées les 54 000 autres ? D’après les estimations de l’Inspection nationale du travail, l’économie informelle emploierait environ 120 000
personnes et serait à l’origine d’un manque à
gagner pour l’Etat de 4 à 5 milliards de couronnes
(96 à 120 millions d’euros). Par ailleurs, les analystes évaluent la part de ce secteur dans le PIB
annuel à 18,3 % « seulement », soit la proportion
la moins forte parmi les pays du centre est-euro-péen, où elle avoisinerait en moyenne 29 %
[9].
En tous cas, les autorités, tout en souhaitant légiférer sur ce point − en 2002, un projet de loi sur
le travail illicite a été rejeté par le Conseil législatif, parce qu’il contenait des aspects discriminatoires − ne se montrent guère empressées à lutter
contre le travail au noir, car, dans certaines régions
défavorisées, il s’agit d’un palliatif pour tous ceux
qui sont confrontés à un chômage chronique.
D’après l’Eurobaromètre de l’été 2003, les
Slovaques se déclarent satisfaits de leur vie à
62 %, tandis que seuls 9 % ne le sont pas et que
29 % n’ont pas d’opinion. D’après ces données,
les Slovaques semblent mieux lotis que les
Bulgares et les Roumains, mais moins bien que
les Slovènes ou les Maltais. Mais qu’en est-il en
réalité ?
L’Office de statistiques a mené une étude visant
à évaluer le climat social sur la période 2002-2003. Il en ressort que, pour 48 % des personnes
interrogées, la situation sociale s’est dégradée en
un an, les autres estimant au contraire qu’elle est
restée inchangée. Dans un pays soumis à une
vague de réformes libérales, on aurait pu
s’attendre à un nombre plus grand encore de
jugements négatifs, d’autant que le Slovaque est
par nature pessimiste. Mais il est vrai aussi que
la politique du gouvernement n’a eu, pour
l’instant, que peu d’effets tangibles, ceux-ci
devant apparaître en pleine lumière en 2004.
Certains signes sont pourtant d’ores et déjà alarmants : 17 % de la population active, soit 336 000
personnes, vivent avec des revenus mensuels
inférieurs à 11 000 couronnes (265 euros), donc
largement en dessous du salaire moyen national,
qui s’élève à 13 600 couronnes (327 euros) par
mois. Un ménage avec deux enfants parvient ainsi
à équilibrer son budget si les deux parents ont un
emploi, mais se trouve dans l’incapacité
d’épargner ou d’emprunter. Il lui faudrait − et ils
sont 47 % à ne pas être dans ce cas − disposer de
27 000 couronnes (650 euros) pour éprouver un
sentiment de sécurité.
Constat également préoccupant, 33 % des
personnes interrogées sont persuadées que leur
santé se dégrade, 25 % d’entre elles l’attribuant
au stress et au manque d’hygiène de vie.
Qu’envisagent-elles pour améliorer leur situation ?
Elles sont prêtes pour 62 % à se « serrer la ceinture »,
comme d’habitude, et pour 22 % à chercher un
second emploi officiel ou au noir, ce qui n’ira pas
de soi, dans un cas comme dans l’autre
[10].
2002
1er janvier
Entrée en vigueur du nouveau Code commercial
(voté le 3 octobre 2001). Il améliore l’information des petits actionnaires, rend plus strictes les
conditions de convocation des assemblées et autorise ceux qui détiennent au minimum 5 % des
parts à poursuivre en justice les dirigeants qui
manqueraient à leurs obligations ou à convoquer
une assemblée extraordinaire.
28 janvier
Figure emblématique du centre gauche et ministre
des Finances, B. Schmögnerova quitte le gouvernement. Ayant perdu le soutien de son parti, la
Gauche démocratique (SDL), à l’issue du conseil
national de ce dernier, le 22 janvier, elle ne
souhaitait pas provoquer une crise gouvernementale. M. Dzurinda refuse cette démission. Le SDL
menace alors de cesser toute coopération avec
les partis de la coalition.
6 février
Le gouvernement remanie la composition de la
commission habilitée à octroyer les licences pour
le commerce des armes. Ses membres ayant des
liens avec des firmes actives dans ce secteur
doivent la quitter.
14 mars
Vente pour un montant de 2,7 milliards de dollars
de 49 % des parts de la société de gaz SPP,
deuxième transporteur de gaz au monde, au
consortium international Rurhgaz-GdF-Gazprom.
Une partie du produit de la vente servira à financer
le premier pilier de la réforme des retraites.
8 avril
Avec l’aide de l’UE (2 millions d’euros), début
de la construction du troisième parc industriel,
qui s’ajoutera à ceux de Vrable et de Lozorno
(créé spécialement pour Volkswagen). Le parc
de Spisska Nova Ves sera spécialisé dans la
transformation du bois.
13 avril
Le Parlement vote une série de lois sur la sécurité (état d’urgence, loi martiale…). La législation en vigueur datait des années 1960.
24 avril
Le député non inscrit et ministre de l’Intérieur
tchécoslovaque de 1990 à 1992, J. Langos,
propose, afin d’améliorer l’image de son pays
avant le sommet de l’Otan, une loi sur le
« nettoyage » des services de sécurité et de renseignement qui s’appliquerait à toutes les personnes
y ayant travaillé avant le 15 février 1990. La
moitié du gouvernement est opposée à cette
proposition, en raison de son caractère rétroactif.
3 mai
Le Premier ministre accompagne le commissaire
européen à l’Elargissement (G. Verheugen) dans
la localité pilote de Zehra (est du pays) dont les
deux tiers des habitants sont des Tziganes-Roms
et où ils bénéficient de logements sociaux. Sur la
demande du maire, les futurs locataires effectuent
eux-mêmes divers travaux, équivalant à 20 % du
coût total.
11 juillet
Dernier pays à ne pas avoir ouvert au public les
archives de l’ex-police secrète (StB), la Slovaquie
se dote d’un « Institut de la mémoire de la nation »
qui assurera la gestion de ces archives sous la
tutelle du ministère de la Justice. Particularité
slovaque, celles-ci portent sur la période 1939-1989, contrairement aux autres pays ex~communistes qui n’ont rendu accessibles les leurs que
depuis 1944 ou 1945.
15 juillet
J. Stank, ministre de la Défense, effectue une
visite en Pologne. Au programme, la lutte contre
le terrorisme, les Balkans, le sommet de l’Otan
(soutien polonais à la candidature slovaque) et
les projets de coopération militaire entre les deux
pays.
3 septembre
Après un premier débours, moyennant une
décote, la Russie verse à Bratislava 150 millions
de dollars en règlement de sa dette datant de la
période soviétique. Celle-ci, qui s’élevait à la fin
de 2001 à 1,1 milliard de dollars, n’est plus alors
que de 460 millions de dollars. Un autre versement
de 150 millions de dollars doit être effectué à la
fin de 2002.
8 septembre
Dans deux des plus grands diocèses (Bratislava
et Trnava), la lettre pastorale de la Conférence
des évêques est accompagnée d’un appel
« personnel » de l’archevêque J. Sokol, invitant « les
bons catholiques » à ne pas voter pour « les libéraux,
les anciens communistes et les athées », formule qui
vise deux partis politiques, Smer et l’ANO.
21-22 septembre
Elections législatives. Arrive en tête le HZDS
(V. Meciar) qui ne peut former une coalition.
C’est le SDKU (M. Dzurinda) qui, associé aux
partis chrétiens du centre droit (SMK et KDH) et
aux libéraux (ANO), est chargé de former une
coalition gouvernementale. Ayant obtenu 42 %
des suffrages, celle-ci dispose au Parlement de
78 sièges sur 150.
8 octobre
Le président R. Schuster, accompagné de représentants des sept partis parlementaires, se rend
en visite officielle au Vatican. A cette occasion,
la Slovaquie (après la Hongrie, la Pologne, la
Lettonie et la Croatie) officialise l’introduction
d’aumôneries dans les forces armées et de sécurité et entame des discussions sur trois traités
bilatéraux (enseignement, financement du culte,
clause de conscience).
16 octobre
Le deuxième gouvernement de M. Dzurinda
annonce ses priorités : réduction des dépenses
publiques, adoption de mesures anti-corruption,
adhésion à l’UE et à l’Otan. Il décide de libéraliser le marché énergétique, en permettant aux
principaux consommateurs industriels de satisfaire
une partie de leurs besoins par l’importation.
6-7 décembre
Elections communales. Le taux de participation
(49,5 %) est particulièrement faible. Les quatre
partis de la coalition au pouvoir remportent
21,5 % des mandats de maires et 30,9 % des
sièges de conseillers municipaux et les trois partis
de l’opposition respectivement 16,6 % et 23,2 %.
Les candidats indépendants obtiennent 32,7 % des
mairies et 13,5 % des sièges de conseillers.
2003
8 janvier
La coalition trouve un accord pour achever la
privatisation des entreprises encore détenues en
majorité par l’Etat. Par ailleurs, elle décide de ne
pas accorder de fonds aux partis politiques pour
la campagne du référendum sur l’adhésion à l’UE.
Les 50 millions de couronnes votés à cet effet ne
pourront donc être utilisés que par le gouvernement.
6-7 mars
Par 95 voix (sur 135 présents), les députés
adoptent une résolution demandant au gouvernement de prendre rapidement un train de mesures
contre la corruption. Cette initiative de R. Fico
(Smer) est qualifiée d’« action démagogique de
bas étage » par M. Dzurinda.
10-11 mars
Après une série de scandales concernant les
écoutes effectuées par les services secrets (SIS)
à l’encontre de personnalités, leur directeur,
V. Mitro, donne sa démission. Le secrétaire
général de l’Otan, G. Robertson, en visite en
Slovaquie, exprime son inquiétude à propos des
allégations contenues dans le journal britannique
Jane’s Intelligence Digest sur l’implication des
services slovaques dans des trafics d’armes, des
écoutes illégales ou rendues publiques, la désorganisation du pays et la corruption. V. Mitro sera
remplacé le 2 avril par l’ancien ministre de
l’Intérieur, L. Pittner.
24 mars
Annonce du projet prévoyant de rendre payantes
les études universitaires à partir de janvier 2004,
les droits d’inscription allant de 7 000 à 12 000
couronnes (170-290 euros). En même temps, il
est proposé de porter de 120 à 500 millions de
couronnes (2,9 à 11,9 millions d’euros) l’enveloppe destinée aux boursiers. Les dépenses
mensuelles d’un étudiant sont estimées à 4 000
couronnes (96 euros), soit près d’un tiers du
salaire moyen.
28 mars
Après avoir acquis, en 2000,36 % du capital de
la raffinerie Slovnaft, la société pétrolière hongroise MOL porte ses parts à 70 %. Cette opération, d’un montant de 216 millions d’euros, donne
lieu à la formation du plus grand pôle régional de
raffinage.
2 avril
Nouveau plan du gouvernement en faveur des
Tziganes-Roms, qui s’accompagne d’une enveloppe de 50 millions de couronnes (1,2 million
d’euros). Il est loin de donner satisfaction aux
représentants de la minorité, qui demandaient au
moins 1,5 milliard de couronnes (36 millions
d’euros) pour 2003.
7-11 avril
Visite officielle de R. Schuster aux Etats-Unis. Il
reçoit de la part de G. W. Bush l’assurance que
son pays participera à la reconstruction de l’Irak
et plaide pour une association de l’industrie
d’armement slovaque aux programmes d’équipement de l’Otan. R. Schuster se rend dans l’Etat
du Michigan qui abrite la majeure partie de la
diaspora slovaque en Amérique du Nord. Un
accord de coopération portant sur l’économie, la
culture et l’enseignement est signé.
10 avril
Le Parlement vote par 124 voix (sur 136 présents)
en faveur de l’entrée du pays dans l’Otan. Seuls
les 11 députés du Parti communiste slovaque se
prononcent contre, considérant que la sécurité
collective participe du cadre européen et non de
l’Otan. Les militants de la société civile qui
réclamaient la tenue d’un référendum jettent
l’éponge. Un sondage, le même jour, indique que
43,5 % des personnes interrogées sont favorables
à cette adhésion, 52,8 % y étant opposés.
22 avril
Le sondage de l’institut UVVM (Office slovaque
des statistiques) sur la popularité des hommes
politiques place en tête R. Fico (Smer), avec
26,3 % de réponses positives, suivi par l’ex-Premier ministre, V. Meciar, avec 16,9 %.
16-17 mai
Référendum sur l’adhésion à l’UE. Avec une
faible participation (52 %), le « oui » l’emporte à
92,5 % (6 % de « non »).
19 mai
Le ministre de la Défense, I. Simko, propose à
Bruxelles de mettre à la disposition des forces
d’intervention rapide de l’UE une unité antiterroriste (accompagnée éventuellement d’hélicoptères de combat). Elle complète les unités
d’artillerie, de déminage, de police militaire et
sanitaire et les quatre hélicoptères déjà affectés à
cette fin en 2000.
30 juin
Pour la première fois depuis 1998, le taux de
chômage descend en dessous de 14,5 % (soit
- 3,1 % par rapport à 2002).
Principales formations
politiques
Coalition gouvernementale :
-
SDKU Union chrétienne et démocrate slovaque
-
KDH Mouvement chrétien-démocrate
-
SMK Parti de la coalition hongroise
-
ANO Alliance du nouveau citoyen
HZDS-LS Mouvement pour une Slovaquie
démocratique - Parti populaire
Smer Direction
KSS Parti communiste slovaque
SNS Parti national slovaque
PSNS Véritable parti national slovaque, créé par
scission du précédent en 2001
Nouveaux partis :
SDA Alternative social-démocrate. Regroupe une
fraction du Parti de la gauche démocratique
(SDL), le Parti social-démocrate (SDSS), le Parti
des Verts de Slovaquie (SZS) et les derniers
membres du Parti de l’entente civique (SOP)
HZD Mouvement pour la démocratie, fondée en
2002 par scission du HZDS-LS
LU Union du peuple, fondée en 2003 par scission
du HZDS-LS
Résultats des dernières
élections
● Election présidentielle des 15 et 29 mai 1999
Candidats Premier tour Second tour
(% des voix) (% des voix)
Rudolf Schuster (SOP) 47,4 57,2
Vladimir Meciar (HZDS) 37,2 42,8
Magdalena Vasaryova (DS) 6,6 -
Ivan Mjarta 3,6 -
Jan Slota 2,5 -
Boris Zala 1,0 -
Juraj Svec (DU) 0,8 -
Juraj Lazarcik 0,5 -
Jan Demikat 0,2 -
Michal Kovac (KSS) 0,2 -
Source : Office des statistiques de la République slovaque.
Office des statistiques de la République slovaque.
Prochaine échéance présidentielle : mai 2004
● Elections législatives des 20 et 21 septembre
2002
Taux de participation : 70,07 %.
Partis % des voix Nombre de sièges
HZDS-LS 19,5 36
SDKU 15,0 28
Smer 13,5 25
SMK 11,1 20
KDH 8,2 15
ANO 8,0 15
KSS 6,3 11
Prochaines échéances législatives : septembre
2006
Composition
du gouvernement
(au 30 juillet 2003)
- Premier ministre : Mikulas Dzurinda ( SDKU)
- Vice-Premiers ministres :
- chargé de l’intégration européenne, des droits
de l’homme et des minorités : Pal Csaky (SMK)
- chargé des Finances : Ivan Miklos (SDKU)
- chargé de la Justice : Daniel Lipsic (KDH)
- chargé de l’Economie : Robert Nemcsics (ANO)
- Défense : Ivan Simko (SDKU)
- Intérieur : Vladimir Palko (KDH)
- Affaires étrangères : Eduard Kukan (SDKU)
- Agriculture : Zsolt Simon (SMK)
- Construction et Développement régional :
Laszlo Gyurovszky (SMK)
- Culture : Rudolf Chmel (ANO)
- Environnement : Laszlo Miklos (SMK)
- Santé : Rudolf Zajac (ANO)
- Education : Martin Fronc (KDH)
- Travail, Affaires sociales et Famille : Ludovit
Kanik (SDKU)
- Transports, Postes et Télécommunications :
Pavol Prokopovic (SDKU)
·
Ouvrages
·
Georges Mercier, Développement régional
en Slovaquie et intégration européenne.
Thèse soutenue le 13 décembre 2002, Université Pierre Mendès-France, Institut
d’urbanisme de Grenoble, 425 p.
·
Michel Dubost, La Slovaquie en quelques
facettes, L’Harmattan, collection Logiques
sociales, Paris, 2002,160 p.
·
Revues
·
« Slovaquie » (enquête), Moci, n° 1611-1612,14 août-3 septembre 2003, pp. 12-32.
·
Walter Goruppi, « Slovakia », in Economic
Situation in 2002 and Perspectives for 2003
in Central and South-Eastern Europe, Est-Ovest, n° 3,2003, pp. 46-58.
·
Bruno Schonfelder, « Debt Collection and
Bankrupcies in Slovakia : A Study of
Institutional Development », Post-Communist Economies, vol. 15, n° 2, juin
2003, pp. 155-180.
·
Tim Haugton, « Vladimir Meciar and His
Role in the 1994-1998 Government »,
Europe-Asia Studies, vol. 54, n° 8,
décembre 2002, pp. 1319-1338.
·
Jaroslav Blaha, « Robert Fico et son parti.
Un populisme à la slovaque », Le courrier
des pays de l’Est, n° 1027, août 2002,
pp. 80-82.
·
IMF, « Slovak Republic. Report on the
Observance of Standards and Codes ». IMF
Country Report, n° 2/189, août 2002,20 p.
·
Jaroslav Blaha, « Slovaquie. Achever la
transformation au plus vite », in « Europe
centrale et orientale 2002-2003. Une croissance pérenne, un jeu politique rodé, des
sociétés désenchantées », Le courrier des
pays de l’Est, n° 1026, juin- juillet 2002,
pp. 209-226.
·
Economist Intelligence Unit, Country
Report trimestriel), Country Profile
(annuel), « Slovakia ».
[(1)]
Sondage de l’Institut UVVM de l’Office slovaque de statistiques, réalisé en avril 2003 : 22,9 % (HZDS), 19,7 %
(Smer), 14,5 % (SDKU de M. Dzurinda), 12 % (KDH), 8,7 % (ANO), 7,3 % (SMK) et 5,7 % (KSS).
[(2)]
Résultats obtenus par les coalitions lors des élections législatives précédentes, en % des inscrits : 36,9 % en
1992 ; 35,4 % en 1994 ; 48,5 % en 1998 ; 29,4 % en 2002.
Nove slovo, n° 38,2003.
[(3)]
A leur création en 1992-1993, les services secrets slovaques ont dû embaucher d’anciens cadres et officiers des
services fédéraux tchécoslovaques (StB). Leur directeur, V. Mitro, nommé par M. Dzurinda, a démissionné en mars
2003. Avant de partir, pour faire pièce aux soupçons pesant sur ces services, il a précisé qu’en dix ans, la proportion
d’anciens membres de la StB était passée de 40 % à 9 %.
[(4)]
En décembre 2002, le ministre de la Justice, D. Lipsic, est nommé à la tête d’un nouveau département de lutte
contre la corruption, le précédent organisme, créé un an auparavant, ayant été jugé inefficace.
[(5)]
La révélation de plusieurs scandales en 2002 et 2003 semble montrer que, entre 1998 et 2002, le premier
gouvernement de M. Dzurinda a traité ces affaires avec légèreté et qu’après sa nouvelle victoire électorale, il s’est
davantage attaché à protéger les hommes politiques mis en cause qu’à faire prévaloir la loi et le droit, quitte à
affaiblir les organes de sécurité et les services d’Etat chargés de la protection des intérêts nationaux et des secrets
industriels. Voir B. Ondrus, « Naco je nam demokracia, ked neplatia zakony ?» (A quoi sert la démocratie quand il
n’y a pas force de loi ?),
Slovo, n° 25,2003. Au début de l’été 2003, on évoquait l’existence d’un groupe de
conspirateurs prêts à nuire au gouvernement et à l’Etat. Tout semble indiquer qu’il s’agit d’une lutte entre deux
clans du même bord politique, ayant (ou ayant eu) des intérêts économiques et financiers dans les importants appels
d’offres lancés par l’Etat depuis 1999 ou bien ayant été en relation avec des hommes d’affaires à la réputation
douteuse. Voir Economist Intelligence Unit,
Country Report Slovakia, mai 2003, p. 16. Par ailleurs, une enquête
auprès de 100 firmes ayant reconnu avoir contribué au financement des partis politiques a révélé que, dans 65 cas,
elles le font pour obtenir des contrats publics, ou, dans 47 cas, des postes dans l’administration et, dans 39 cas, pour
que soient adoptées des mesures favorables à leur activité.
[(6)]
D’après
Narodna obroda,
Slovo et
Pravda, 2003.
[(7)]
Par exemple, le centre de services destiné à la clientèle germanophone de la société américaine Dell a été
implanté à Bratislava plutôt qu’à Plzen, en pays tchèques pour deux raisons : une main-d’œuvre peu chère et
germanophone, sans doute à cause de la proximité de Vienne. Il s’agit du plus gros investissement réalisé dans le
secteur des services depuis 1997. Parmi les firmes du tertiaire ayant choisi la Slovaquie figurent IBM, OM
Semiconductors, SkyEurope et British Airways. Le groupe sud-coréen Samsung a décidé de poursuivre son expansion
en Slovaquie, plutôt qu’en Hongrie, où il ne trouvait pas les catégories de personnel dont il avait besoin.
[*]
La loi sur les investissements stratégiques stipule que ce statut est accordé à tout apport de plus
de 1 milliard de couronnes (environ 24 millions d’euros). Dans ce cas, l’investisseur peut déposer une
demande d’expropriation. A Trnava, les indemnités versées aux propriétaires pour les terres arables
expropriées équivalent à trois fois le prix officiel.
[(8)]
Dans le domaine de l’énergie, E.oN et RWE détiennent chacune 49 % dans deux sociétés régionales de distribution
d’électricité, RWE a acquis 41 % du capital de l’entreprise de stockage du gaz Nafta Gbely, et Ruhrgas 24,5 % de
celui de la compagnie du gaz slovaque SPP.
[(9)]
The Slovak Spectator, n° 29,2003. L’hebdomadaire fait référence aux analyses menées par le Centre d’études
économiques de l’Université de Munich (CESifo).
[(10)]
The Slovak Spectator, n° 29,2003 ;
Narodna Obroda, 26 septembre 2003.