2003
Le Courrier des Pays de l’Est
Bulgarie 2002-2003
L’Europe se rapproche, alors que la prospérité s’éloigne
Nadège Ragaru
Chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et rédactrice en chef de La revue internationale et stratégique.
Un grand espoir était né en Bulgarie
avec la victoire aux élections législa-
tives de 2001 du parti créé par
l’ancien roi, Siméon de Saxe-
Cobourg-Gotha, nommé dans la
foulée Premier ministre. Celui-ci se
faisait fort de redresser le pays en
l’espace de 800 jours. Cette échéance
arrivée, force est de constater que le
pari a été perdu. Certes, des succès
ont été remportés sur la voie de
l’intégration euro-atlantique, puisque
la Bulgarie a été invitée en novembre
2002 à rejoindre l’Otan et qu’elle fera
partie de la deuxième vague de l’élar-
gissement à l’Est de l’Union euro-
péenne (2007). Mais, parallèlement,
la majorité parlementaire s’effritait,
la popularité du Premier ministre
s’effondrait et la population perdait
ses illusions de voir les sacrifices
consentis pour se conformer aux
critères d’adhésion (le déficit budgé-
taire, en particulier, a été ramené à
0,7 % et le taux d’inflation à 5,8 %)
déboucher sur une amélioration de
son sort. Une croissance de plus de
4 % maintenue pour la cinquième
année consécutive en dépit d’une
conjoncture morose ne s’est pas non
plus répercutée sur le niveau de vie.
C’est ainsi que le revenu moyen
stagne à 31 % de la moyenne euro-
péenne et que le taux de chômage
demeure élevé (16 %, soit 3 % de plus
que la moyenne des pays candidats à
l’UE). Le pays demeure peu attractif
pour les investisseurs étrangers,
découragés par la lenteur des réformes
structurelles, en particulier dans les
secteurs des télécommunication, du
tabac et de l’énergie. En outre, les
ambitions affichées pour lutter contre
la corruption ont été progressivement
abandonnées et la vague d’assassinats
d’hommes d’affaires liés à l’économie
clandestine, même si elle ne touche
pas le citoyen ordinaire, n’a fait
qu’approfondir le climat d’incerti-
tude.
Hopes rose with the victory of
the party created by the
previous king, Simeon Saxe-
Coburg-Gotha, who later became
Prime minister, after the
Bulgarian 2001 legislative
elections. He undertook enor-
mous efforts to restore the
country in 800 days. As this
deadline passed, it had to be
admitted that this challenge had
not been met. The road to Euro-
Atlantic integration proceeded
with success, as in November
2002 Bulgaria was invited to
join NATO and will be part of the
second wave of enlargement
from the East of the European
Union (2007). Coincidentally,
however, the parliamentary
majority crumbled, the Prime
minister’s popularity collapsed
and the population lost its illu-
sions that the sacrifices
accepted to meet membership
criteria (the budget deficit, in
particular, was brought down to
0.7 % and the rate of inflation to
5.8 %) would improve their
situation. Growth, at over 4 %
maintained for the fifth conse-
cutive year despite a morose
economic situation, has also
had no repercussions on the
standard of living. Thus, the
average income stagnated to
31 % of the European average
and the unemployment rate
remained high (16 %, or 3 %
higher than the average of the
EU candidate countries). The
country still holds little attrac-
tion for foreign investors,
discouraged by the slow pace
of structural reforms, in parti-
cular in the telecommunica-
tions, tobacco and energy
sectors. Moreover, stated ambi-
tions to fight corruption were
gradually abandoned and the
wave of assassinations of
businessmen linked to the
underground economy which,
while they did not touch the
ordinary citizen, increased the
climate of uncertainty.
L’heure fixée a sonné : en juin
2001, le futur Premier ministre,
Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha, avait demandé aux électeurs bulgares de lui accorder
leur confiance, parce qu’il
s’engageait, lui qui venait de
rentrer en Bulgarie après plusieurs
décennies d’exil, à faire valoir
une « nouvelle morale politique »
et à améliorer la qualité de vie
des citoyens en quelque «800
jours ». Le slogan avait de quoi séduire ; et, dans
un élan d’enthousiasme que la vie politique
bulgare n’avait guère connu depuis les débuts de
la transition vers la démocratie, 42,73 % des
votants l’avaient suivi. Huit cents jours plus tard,
la Bulgarie a certes enregistré quelques succès
sur la voie de l’intégration euro-atlantique. Les
21 et 22 novembre 2002, à Prague, elle a ainsi
été invitée, avec six autres Etats d’Europe centrale
et orientale, à rejoindre l’Organisation du Traité
de l’Atlantique Nord (Otan) – perspective qui
semblait bien éloignée il y a deux ans encore.
Cependant, la hausse du pouvoir d’achat et
l’assainissement de la vie politique tant attendus
ne se sont pas matérialisés.
En lieu et place, les Bulgares ont observé, un peu
las, la lente désagrégation d’une majorité dont
les conflits internes et les pratiques erratiques ne
sont pas sans rappeler les sombres années du
gouvernement Berov (30 décembre 1992-2 septembre 1994). Entre juin 2001 et juillet 2003,
une série de défections a ramené le groupe parlementaire du Mouvement national Siméon II
(NDS II) de 120 à 108 députés sur un total de
240. Face à lui, le pouvoir exécutif paraît faible
et ses performances décevantes. Affichée comme
une priorité par les autorités (et la Commission
européenne), la réforme du système judiciaire
tarde, par exemple, à porter ses fruits. Pour
l’heure, la manifestation la plus tangible en a été
une guerre sans merci entre le Conseil suprême
de la magistrature, le procureur général Nikola
Filtchev, le ministère de la Justice et celui de
l’Intérieur. Dans la société, le climat d’incertitude est accentué par la multiplication des
réglements de compte violents entre milieux
criminels. Depuis août 2002, une série de meurtres
a touché non seulement des hommes d’affaires
connus pour entretenir des relations étroites avec
les réseaux d’économie illicite, mais aussi quelques
figures en vue de l’appareil judiciaire.
Parallèlement, la popularité du gouvernement
Saxe-Cobourg-Gotha a décliné de manière régulière en 2002, pour atteindre 21,5 % d’avis positifs
au mois de juillet 2003
[1]. Afin d’enrayer ce déclin,
le Premier ministre a annoncé un double remaniement, à la direction du groupe parlementaire,
le 6 juillet, et au gouvernement, le 16 juillet. Le
principal bénéficiaire de ce changement est le
Mouvement des droits et libertés (DPS, représentant la minorité turque), dont le soutien gagne en
importance à mesure que le groupe parlementaire
de l’ancien roi se délite. Pour le reste, les choix
effectués font plus penser à un jeu de chaises
musicales parmi les personnalités aux commandes
de l’Etat (trois anciens vice-ministres ont été
promus ministres et deux ministres ont vu leurs
attributions changer) qu’à la promotion de figures
nouvelles. C’est donc dans un contexte politique
très dégradé que le pouvoir aborde les élections
locales prévues pour le 26 octobre 2003. Le Parti
socialiste bulgare (BSP, ex-communiste) semble
le mieux placé pour récolter le fruit des échecs de
la politique de Siméon II, d’autant qu’il a entrepris
de mettre en avant des thématiques auxquelles les
électeurs sont sensibles, comme la question sociale
et l’emploi.
Alors que la part des citoyens se déclarant pessimistes quant à l’avenir est toujours extrêmement
élevée (45,6 % en juillet 2003 contre 48,1 % en
mai 2003)
[2], le principal ciment politique en
Bulgarie demeure un projet d’intégration euroatlantique qui fournit aux réformes cadre et
calendrier. Présenter le visage d’un partenaire
fiable constitue le plus petit commun dénominateur à une classe politique qui connaît de forts
clivages. A court terme, la rhétorique européenne
et atlantique paraît cependant impuissante à
répondre aux attentes de mieux-être de la population. Certains partis d’opposition pourraient en
conséquence être tentés de s’ériger en défenseurs
des intérêts nationaux face aux exigences de la
Commission européenne (comme ce fut le cas au
sujet de la fermeture des réacteurs 3 et 4 de la
centrale nucléaire de Kozlodui). Plus fondamentalement, rares sont les
leaders politiques ayant
jusqu’à présent entrepris de préparer l’opinion
publique aux restructurations à venir, afin
d’intégrer l’UE à l’horizon 2007. La dernière
ligne droite des négociations − que le gouvernement bulgare espère achever fin 2004 −
s’annonce dans ces conditions malaisée. Aujourd’hui plus que jamais, il apparaît urgent de
comprendre que l’intégration ne saurait constituer
un substitut à une réflexion sur la légitimité des
démocraties en situation de crise sociale.
L’intégration euroatlantique au prix fort
Les 21 et 22 novembre 2002, la Bulgarie a été
invitée à rejoindre l’Otan avec six autres pays
candidats
[3]. L’Alliance venait de faire le choix
d’un élargissement ambitieux. Pour les autorités
bulgares, il s’agit d’un grand succès diplomatique,
un premier pas vers une intégration euroatlantique érigée, depuis quelques années, en principal
critère d’évaluation des succès du post-commu-nisme. En tant que preuve de son ancrage à
l’Ouest, l’adhésion à l’Alliance atlantique est vue
comme étant de nature à rassurer les investisseurs étrangers et, donc, à avoir un effet
d’entraînement sur l’économie. Au niveau
géopolitique, elle reste perçue comme une
garantie de sécurité irremplaçable dans un
contexte marqué par la fragilité des Balkans de
l’Ouest et par les risques de dérive autoritaire
des Etats issus de l’URSS.
Les élites politiques bulgares ne s’étaient pourtant
ralliées que tardivement au principe d’une adhésion à l’organisation de sécurité collective : la
Bulgarie s’était portée candidate en février 1997
et le Parti socialiste bulgare (BSP, excommuniste), de tradition russophile, avait fini par se
résigner à soutenir ce projet au terme de son
congrès des 6 et 7 mai 2000. Depuis lors, cependant, de vigoureux efforts ont été accomplis en
vue de « mériter » l’appartenance à l’Otan :
premièrement, l’armée a été ramenée de 150 000
hommes à environ 60 000 (45 000 d’ici la fin de
2004) et a entamé un programme de professionnalisation qui devrait s’achever en 2010, tandis que
le budget de la défense était porté à plus de 2 %
du PIB (2,65 %, soit 398 millions de dollars en
2002)
[4]. Dans le même temps, la Bulgarie a
liquidé les arsenaux issus de la période soviétique.
Le processus de destruction d’une centaine de
missiles surface-surface SS-23, SCUD et Frog est
ainsi arrivé opportunément à terme, le 19 octobre
2002, à quelques semaines du sommet de Prague.
Deuxièmement, un contrôle plus strict a été établi
sur les exportations d’armes, florissantes à
l’époque communiste, en chute depuis le
changement de régime. A plusieurs reprises, la
Bulgarie avait été soupçonnée de vendre des
armes à des Etats sous embargo des Nations unies,
sans que cela puisse être formellement démontré.
Le 20 octobre 2002, un chargement de pièces
détachées pour blindés a été intercepté au poste
frontière de Kapitan Andreevo, à la frontière avec
la Turquie. Exporté par la compagnie d’armement,
Terem, il aurait été destiné à une firme basée en
Syrie, Al-Karnak. Immédiatement, le directeur et
cinq autres employés de la firme ont été mis en
examen, tandis que le conseil d’administration
était renouvelé
[5].
Mais ce sont surtout les bouleversements
géostratégiques intervenus dans le sillage des
attentats du 11 septembre 2001 à New York qui
ont sensiblement accru les chances, pour la
Bulgarie (et la Roumanie), d’intégrer l’Otan :
dans la guerre contre le terrorisme érigée en
objectif numéro un par l’administration Bush, tout
allié se situant à proximité du Proche-Orient est
le bienvenu. Consciente de la carte qu’elle avait
à jouer en la matière, la Bulgarie n’a pas manqué
une opportunité de signifier son soutien aux Etats-Unis. Au moment de l’intervention en
Afghanistan, à l’automne 2001, elle avait déjà
permis aux avions de combat américains de faire
escale sur la base militaire de Sarafovo, près de
Burgas, pour se réapprovisionner. En février
2002, une unité de 31 experts en armes nucléaires,
biologiques et chimiques avait par ailleurs rejoint
la mission de maintien de la paix déployée dans
le pays
[6]. Surtout, pendant la crise en Irak, en
dépit d’une opinion publique majoritairement
hostile à la guerre, le gouvernement Saxe-Cobourg-Gotha s’est aligné sur la position américaine, en particulier au Conseil de sécurité, où
la Bulgarie occupait depuis janvier 2002 un siège
de membre non permanent
[7]. Le 5 février 2003,
le ministre des Affaires étrangères bulgare,
Solomon Passi, a, de concert avec les autres
membres du groupe de Vilnius, signé la « Lettre
des Dix »
[8] onfirmant l’adhésion des Etats
candidats à l’Otan au principe d’une intervention
militaire pour désarmer l’Irak, y compris sans
deuxième résolution de l’Onu. Deux jours plus
tard, le 7 février, le Parlement bulgare adoptait
par 165 voix (101 NDS II, 44 SDS, 19 DPS) une
déclaration autorisant le gouvernement à mettre
l’espace aérien et l’aéroport de Sarafovo à la
disposition des forces de la coalition américanobritannique. Seuls les députés socialistes (43), qui
marquaient ici leur réserve pour la première fois
de façon explicite, et cinq indépendants se sont
abstenus
[9]. Enfin, le 3 avril, la Bulgarie a annoncé
l’envoi d’une unité spécialisée dans les armes
chimiques, biologiques et nucléaires au Koweït.
Un bataillon de 485 hommes a par ailleurs été
dépêché en Irak, en août 2003, pour participer à
la force de sécurisation sous commandement
polonais déployée dans le sud du pays (région de
Kerbala).
Cet engagement très net en faveur des Etats-Unis
n’a pas été sans susciter quelques tensions entre
la Bulgarie, candidate à l’Union européenne, et
certains Etats membres opposés à la guerre,
singulièrement la France. Le 17 février 2003, le
Président français, Jacques Chirac, s’est ainsi
emporté contre des gouvernements d’Europe de
l’Est qui « auraient mieux fait de se taire » plutôt
que de cautionner la position américaine au
moment où ils aspirent à rejoindre les structures
européennes... Etaient tout particulièrement mis
en cause les pays dits de la seconde vague
(Bulgarie et Roumanie), en cours de négociation
d’adhésion. La tonalité paternaliste du propos a
été très mal ressentie dans la classe politique et
les médias bulgares. Les désaccords autour de la
crise en Irak auront en tout cas servi à mettre en
évidence la différenciation croissante des deux
pôles du monde occidental, l’Europe et les Etats-Unis. Pour des pays comme la Bulgarie, qui
avaient jusqu’alors tendance à percevoir l’entrée
dans l’UE et l’Otan comme constituant les deux
facettes d’un même projet de « normalisation »
occidentale et démocratique, cette évolution
représente un défi supplémentaire, imposant des
choix d’allégeance souvent malaisés
[10].
Le problème de l’articulation entre priorités
atlantique et européenne s’est posé avec une
acuité particulière dans le cas de la Cour pénale
internationale (CPI), établie à La Haye et
compétente depuis le 1
er juillet 2002
[11]. Les Etats-Unis souhaitaient soustraire leurs soldats engagés
à l’étranger dans des opérations de maintien ou
de rétablissement de la paix à d’éventuelles
poursuites pour crimes de guerre, crimes contre
l’humanité ou génocide devant la CPI. Le 2 août
2002, le Congrès avait adopté l’
American Service
Members Protection Act (ASPA), qui autorisait
le gouvernement à suspendre toute aide militaire
aux Etats parties à la CPI un an après l’entrée en
vigueur de celle-ci
[12]. L’Union européenne avait
pour sa part signifié qu’elle n’entendait pas se
soumettre aux injonctions américaines et attendait
des Etats candidats qu’ils en fassent autant.
Soumise à des pressions contradictoires, la
Bulgarie a finalement refusé de signer un accord
bilatéral avec les Etats-Unis, ce qui lui a valu, le
1
er juillet, de figurer parmi les 35 Etats soumis à
un gel des crédits militaires et de perdre quelque
10 millions de dollars d’aide bilatérale
[13].
Incontestablement, l’Europe reste une des
priorités du gouvernement Saxe-Cobourg-Gotha.
Son objectif est de parvenir à clore les discussions
d’adhésion d’ici la fin de 2004. Dans ce domaine,
quelques avancées ont pu être notées. En termes
de reconnaissance, tout d’abord : à l’issue du
Conseil européen de Thessalonique, les 19 et
20 juin 2003, pour la première fois, la date de
2004 a été officiellement mentionnée comme un
objectif pour la conclusion des négociations et
celle de 2007 pour une entrée dans l’UE, tandis
que le caractère irréversible du processus d’élargissement était rappelé. Dans les discussions,
ensuite : fin juillet 2003, la Bulgarie avait clos
22 des 31 chapitres que comprend l’acquis
communautaire. Cependant, de l’avis de la
Commission européenne, les capacités administratives et judiciaires du pays demeurent faibles.
La Commission craint par ailleurs qu’une fonction
publique recrutée selon des procédures souvent
opaques, sous-payée et parfois insuffisamment
qualifiée, gère de façon insatisfaisante les aides
européennes. Enfin, plusieurs négociations délicates s’annoncent, qui concernent notamment
l’agriculture, la concurrence et l’énergie.
Les polémiques ayant accompagné, à l’automne
2002, les discussions sur le chapitre « Energie »
(provisoirement fermé en novembre 2002), sont
venues rappeler combien ces questions, qui
touchent à la souveraineté et à l’intérêt national,
peuvent être politiquement sensibles. Le désaccord
entre l’Union européenne et la Bulgarie portait
sur l’avenir de la centrale nucléaire de Kozlodui,
de conception soviétique et jugée peu sûre par
les experts européens. Le 29 novembre 1999, la
Bulgarie avait accepté de fermer de manière
anticipée quatre des six réacteurs de la centrale
en échange d’une aide de 200 millions d’euros
pour le stockage des déchets nucléaires et la
modernisation du secteur énergétique. Par
ailleurs, 250 millions d’euros devaient être
consacrés à l’amélioration des conditions de
sécurité des réacteurs 5 et 6 (mis en service
respectivement en 1988 et en 1993). Aux termes
de l’accord, le gouvernement s’engageait à fermer
les réacteurs 1 et 2 d’ici la fin de 2002, les
réacteurs 3 et 4 en 2006 au plus tard, le réacteur 5
en 2008 et le réacteur 6 en 2010. Produisant
environ 45 % de l’électricité bulgare, la centrale
de Kozlodui représente toutefois un enjeu économique majeur pour le marché domestique, mais
aussi à l’exportation. Depuis plus d’une décennie,
en effet, la Bulgarie aspire à devenir un centre
énergétique dans les Balkans − elle exporte d’ores
et déjà chaque année de l’électricité, en direction
principalement de la Grèce et de la Turquie. Du
point de vue des experts bulgares, la fermeture
anticipée des réacteurs risque non seulement
d’entraîner une hausse des prix de l’énergie en
Bulgarie, mais aussi de représenter un manque à
gagner d’environ 16 milliards de dollars
[14]. A
moyen terme, les autorités misent sur la construction d’une nouvelle centrale à Belene
[15] dont
les travaux devraient commencer en 2004. Mais
son coût est estimé entre 2 et 3 milliards de dollars
et, surtout, la centrale ne pourra pas entrer en
service avant 2008. Dans ces conditions, la
question de Kozlodui en est venue à occuper une
place centrale dans le débat public, servant de
catalyseur à l’expression des frustrations des élites
et de l’opinion face aux exigences de la
Commission européenne. Le désaveu de la politique gouvernementale est notamment venu du
Parlement qui, le 2 octobre 2002, a adopté une
résolution exigeant le report de la fermeture des
réacteurs 3 et 4 jusqu’à l’entrée de la Bulgarie
dans l’Union européenne, soit en 2007. La
décision était soutenue par l’opposition de droite
(SDS) et de gauche (BSP), ainsi que par la majorité des députés du Mouvement national
Siméon II ; le président Parvanov s’est rallié à la
position des députés. Cela n’a pas empêché le
Premier ministre, Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha, de réaffirmer, le 18 novembre 2002, que
la Bulgarie tiendrait ses engagements. En
contrepartie, une mission d’experts européens
devrait évaluer la sécurité des tranches 3 et 4 de
la centrale avant d’en décider la fermeture définitive.
La poursuite
des réformes :
une croissance sans
dividendes sociaux
En 2002, le gouvernement Saxe-Cobourg-Gotha
s’en est tenu à une ligne d’austérité budgétaire et
de respect des grands équilibres macroéconomiques. Bénéficiant de la stabilité monétaire
assurée par le régime de caisse d’émission établi
le 1er juillet 1997, la Bulgarie a enregistré pour la
cinquième année consécutive une croissance de
plus de 4 % (4,4 %) en dépit d’une conjoncture
internationale morose, et un taux d’inflation de
5,8 %. En outre, le déficit budgétaire a été contenu
à 0,7 % et la tendance au creusement du déficit
du commerce extérieur s’est inversée (10 % du
PIB en 2002, contre 12 % en 2001). Les résultats
obtenus dans la sphère monétaire figurent incontestablement parmi les plus grandes réussites du
gouvernement et ont valu au pays une amélioration de sa cote sur les crédits à long terme et les
dépôts en devises par les agences de notation
internationales (Standard & Poor’s, Moody’s).
Côté Union européenne, le bilan des réformes
économiques a été jugé suffisamment encourageant pour que la Commission accorde à la
Bulgarie le statut d’« économie de marché viable »
dans son rapport annuel du 9 octobre 2002.
Plusieurs éléments incitent cependant à relativiser
ce bilan.
Premièrement, les grandes privatisations
attendues dans le secteur des télécommunications,
du tabac et de l’énergie n’ont pu être menées à
terme. Le conglomérat du tabac, Bulgartabak, qui
devait être cédé au consortium Tobacco Capital
Partners (bulgare)-Klar Inc. (une compagnie
hollandaise détenue par une filiale londonienne
de la Deutsche Bank), a vu sa vente annulée par
la Cour suprême administrative bulgare en
octobre 2002, cette décision ayant été confirmée
en appel en novembre de la même année
[16]. Une
confusion plus grande encore a entouré la cession
de 65 % des parts de l’opérateur des télécommunications bulgares (BTK) à un investisseur
stratégique. Au terme d’un appel d’offres, la firme
avait été initialement attribuée à Viva Ventures,
une entreprise autrichienne filiale d’un fonds
d’investissement américain. La promesse de vente
devait cependant être annulée sur décision du
conseil de surveillance de l’Agence pour la
privatisation qui, pendant que Viva Ventures
contestait la décision en justice, engageait des
discussions avec un deuxième acquéreur
potentiel, le consortium turc Koc Holding-Turk
Telekom.
Principaux indicateurs économiques de la Bulgarie en 1995-2002
1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002
PIB (variation en %) 2,9 - 9,4 - 5,6 4,0 2,3 5,4 4,0(1) 4,0(1)
Production industrielle
(variation en %) 4,5 3,8 - 10,0 - 7,9 - 9,3 10,3 - 2,4 3,5(1)
Production agricole
(variation en %) 16,0 - 10,9 13,7 - 0,6 2,7 - 9,1 - 0,3(1) nd
Ventes au détail
(variation en %) 2,6 0,5 - 34,9 2,3 12,3 12,7 4,3 2,2(2)
Formation brute
de capital fixe
(variation en %) 16,1 - 21,2 - 23,9 16,3 25,3 15,4 19,9 7,4(3)
Taux de chômage
officiel (en % des actifs,
en décembre) 11,1 12,5 13,7 12,2 16,0 17,9 17,9 16,3
Indice des prix
à la consommation
(moyenne annuelle, %) 62,0 121,7 1 058,3 18,7 2,6 10,2 7,3 5,8
Solde budgétaire
(en % du PIB) - 6,0 - 16,4 - 1,6 + 1,0 - 0,9 - 1,0 - 0,9 - 0,7(1)
Exportations
de marchandises
(en millions de dollars) 5 345 4 890 4 940 4 193 4 006 4 812 5 099(1) 5 350(1)
Importations
de marchandises
(en millions de dollars) 5 224 4 703 4 559 4 574 5 087 5 988 6 665(1) 7 050(1)
Balance commerciale
(en millions de dollars) + 121 + 187 + 381 - 381 - 1 081 - 1 176 - 1 566(1) - 1 700(1)
Balance des transactions
courantes (en % du PIB) - 0,2 + 0,2 + 10,3 - 0,5 - 5,3 - 5,6 - 6,2 - 0,5(3)
Dette extérieure brute
(en % du PIB) 78 98 96 84 82 89 75 67(4)
Investissements directs
étrangers (en millions
de dollars) 98 138 507 537 789 1 003 641(1) 800(1)
(1) Estimation (2) Janvier-novembre (3) Janvier-septembre (4) Fin septembre.
Source : Commission économique pour l’Europe (Onu), Economic Survey of Europe, 2003, n° 1 et années antérieures ; Berd, Transition
Report 2002.
Commission économique pour l’Europe (Onu), Economic Survey of Europe, 2003, n° 1 et années antérieures ; Berd, Transition
Report 2002.
Le 18 juillet 2003, une lettre d’intention de vente
était signée, ouvrant la voie à la discussion des
aspects techniques du contrat. Un nouveau rebondissement juridique est cependant venu
interrompre la procédure, après que la Cour
administrative suprême eut donné raison à Viva
Ventures, en deuxième, puis en troisième instance
(respectivement le 20 juin et le 29 juillet). Dans
le cas de Bulgartabak comme de BTK, les difficultés soulevées par la cession sont à mettre en
relation avec les enjeux politiques que représentent des opérations concernant des richesses
nationales de grande valeur. Les conditions de la
privatisation de Bulgartabak sont d’une importance toute particulière pour le Mouvement des
droits et libertés (DPS) dont l’électorat dans les
Rhodopes, majoritairement turc, dépend de la
culture du tabac. Le parti d’Ahmed Dogan s’est
également fortement impliqué dans les discussions portant sur la cession de BTK, et a pris fait
et cause pour l’offre du consortium turc. Quoi
qu’il en soit, les retards accumulés en matière de
privatisation ont une incidence doublement négative. Dans l’opinion publique, la conviction a
été renforcée que, sous le gouvernement Saxe-Cobourg-Gotha comme sous ses prédécesseurs,
le transfert de la propriété publique au secteur
privé reflète plus des rapports de forces politiques qu’une réflexion sur l’avenir de la Bulgarie. A l’extérieur, la confusion entourant les privatisations ne peut qu’alimenter le scepticisme
des investisseurs étrangers dont le pays a pourtant grandement besoin.
Echanges France-Bulgarie
Après six années consécutives de croissance, les échanges commerciaux entre
la France et la Bulgarie ont fléchi de 3 % en 2002, atteignant 797,7 millions d’euros.
En dépit d’une contraction des exportations françaises de 5 % (- 1 % pour les importations),
le solde des échanges bilatéraux est resté positif (48,28 millions d’euros). La part de
marché de la France (soit 5,6 %), demeure supérieure à celle observée dans
les autres pays d’Europe centrale et orientale. En 2002, la France s’est placée au
5e rang des fournisseurs de la Bulgarie (derrière la Russie, l’Allemagne, l’Italie et la
Grèce) avec des ventes concentrées dans les secteurs de la sous-traitance textile,
de produits chimiques, pharmaceutiques et de parfumerie, de biens d’équipements
industriels et d’automobiles (principalement le groupe PSA). Côté bulgare, l’habillement
et le cuir représentent plus de la moitié des exportations (52 %) en raison du
développement du travail à façon pour des donneurs d’ordres français. Viennent ensuite
les produits chimiques, l’agroalimentaire et les matières premières (combustibles et
minéraux). En dépit d’un intérêt plus soutenu des entreprises pour le marché bulgare,
la présence française se caractérise toujours par un faible montant d’investissements
étrangers, concentrés dans un nombre réduit de secteurs (banque, énergie, électronique, cimenterie, bricolage et agroalimentaire) : avec un montant total d’investissements
de 129 millions de dollars en mars 2003, la France ne se situe qu’au 13e rang des
investisseurs, loin derrière l’Allemagne (637 millions), la Grèce (634), l’Italie (569),
la Belgique (484) et l’Autriche (451).
Les échanges France – Bulgarie,
2000-2002 (millions d’euros)
2000 2001 2002
Exportations (fob) 322,9 443,8 423,0
Importations (cif) 305,1 379,7 374,7
Solde + 17,8 + 64,1 + 48,3
Source : Douanes françaises.
Douanes françaises.
Depuis les débuts de la transition, la Bulgarie
figure en effet parmi les Etats d’Europe centrale
et orientale qui ont le moins attiré d’investissements
directs étrangers (IDE) et elle peine à satisfaire
ses besoins de financement
[17]. Le niveau élevé
de la dette contraint la puissance publique à
épargner, avec des effets d’éviction sur l’épargne
privée des ménages (7 % du PIB). La faiblesse
de l’intermédiation financière limite par ailleurs
l’accès au crédit des petites et moyennes entreprises et, donc, le développement de l’investissement productif. L’économie bulgare se heurte
également à d’autres difficultés structurelles : les
gains de productivité récents ont été obtenus plus
de manière défensive, par des réductions
d’effectifs, que par une modernisation des lignes
de production et une amélioration de la qualité
des produits. La croissance apparaît dès lors tirée
par une insertion dans la division internationale
du travail qui est vouée à alimenter une dégradation du climat social. Car la compétitivité repose
encore très largement sur le faible coût de la main-d’oeuvre et, donc, sur la persistance d’un décalage entre les avancées réalisées par la croissance
et celles du niveau de vie.
En contrepoint, le revenu moyen par habitant en
Bulgarie stagne autour de 31% de la moyenne
européenne (chiffres de 2002). Si en termes
nominaux, les salaires ont connu un certain
rattrapage en 2002, en pratique l’essentiel des
majorations ont été absorbées par l’augmentation
des prix de l’électricité et l’introduction de la TVA
sur les médicaments. Le taux de chômage
demeure élevé, se chiffrant à 16 % en mai 2003
(3 points de plus que la moyenne des pays candidats à l’UE), en dépit de la mise en œuvre d’une
politique plus active de l’emploi (programmes de
retour à l’emploi, de formation, encouragement
à l’embauche par des allègements fiscaux aux
entreprises, etc.)
[18]. Sont particulièrement touchés
les femmes, les jeunes et les personnels peu
qualifiés. Surtout, la part des chômeurs de longue
durée (plus d’un an) est préoccupante (62,3 %,
soit 311 400 personnes, en mai 2003). Sur
moyenne période, on observe de fait une chute
du niveau de l’emploi dont il est difficile de
déterminer quand elle s’interrompra : sur une base
100 en 1990, il était de 68 en 2001 (67 en 2000)
[19].
Le choc social consécutif aux restructurations
économiques est rendu d’autant plus sensible que
le régime de protection sociale traverse une crise.
La réforme des systèmes de santé, d’assurance et
de retraite, entreprise dès 2000, a eu pour effet
de créer un système dual dans lequel une minorité bénéficie de services privés, plus performants,
progressivement mis en place, tandis qu’une
majorité voit sa couverture sociale se réduire. Des
cotisations élevées et la grande complexité des
dispositifs créés contribuent à cet état de fait. On
ne saurait alors s’étonner que « la pauvreté et la
misère » figurent au premier rang des « peurs »
pour 24,8 % de la population, devant « la criminalité et la corruption » (22,6 %), le chômage
(19,1 %), les maladies (10,7 %) et « le futur (pour
ma famille, mes enfants)» (9,6 %)
[20].
L’absence de retombées de la croissance sur le
pouvoir d’achat et le marché du travail est vouée
à fragiliser tout gouvernement prenant le parti
d’une poursuite des restructurations. A court
terme, cependant, la crise sociale ne constitue pas
le seul facteur expliquant la perte de légitimité
de l’équipe de Saxe-Cobourg-Gotha. Les
divisions entre les dirigeants, les ratés de la
réforme du système judiciaire, une lutte peu énergique contre la corruption et le retour à un climat
d’insécurité, dominé par des règlements de
compte entre criminels, ont une part aussi significative dans le désaveu essuyé par l’ancien roi.
Epuisement
de la majorité
à la veille des élections
locales
Au moment de sa formation, en juillet 2001, le
gouvernement de Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha avait bénéficié d’un soutien indirect du
Parti socialiste − dont deux proches l’avaient
rejoint − et passé alliance avec le Mouvement des
droits et libertés (DPS, représentant la minorité
turque). Progressivement, cependant, cet équilibre
a été remis en question. Une formation hétéroclite constituée dans la précipitation à la veille
des élections législatives de juin 2001, le NDS II,
a échoué à préserver sa cohésion. Départs de
députés et créations de courants se sont succédé.
Parallèlement, le Parti socialiste bulgare (BSP) a
pris ses distances par rapport au NDS II dès l’élection, en novembre 2001, d’un socialiste à la tête
de l’Etat, en la personne de l’historien Gueorgui
Parvanov, un positionnement durci dans la
perspective des élections locales d’octobre 2003.
Au cours de 2002, le pouvoir s’est ainsi retrouvé
en butte à une double opposition, à droite, avec
l’Union des forces démocratiques (SDS) et, à
gauche, avec le Parti socialiste. C’est ainsi qu’il
lui a fallu affronter pas moins de quatre votes de
défiance en moins de deux ans. Le dernier en date,
le 29 mai 2003, mené conjointement par le BSP
et la SDS, a obtenu le soutien de 104 députés (129
« contre »). Quatorze vice-ministres ont par ailleurs
quitté l’exécutif, certains en raison d’un conflit
avec leur ministre, d’autres dans le cadre
« d’affaires »
[21].
Il en est résulté une situation de dépendance
accrue de la majorité NDS II à l’égard du
Mouvement des droits et libertés, qui occupe
maintenant, avec ses 21 élus, une place charnière
au Parlement (108 sièges pour le NDS II). Le
remaniement gouvernemental décidé le 16 juillet
2003 et approuvé par le Parlement le lendemain
n’a fait que confirmer cette nouvelle distribution
des influences. Le Mouvement avait posé deux
demandes : qu’un ministère du Tourisme soit créé,
qui serait confié à l’un de ses membres, et que le
secteur agroalimentaire, jusqu’alors du ressort du
ministère de l’Economie, passe sous la responsabilité de celui de l’Agriculture, dirigé par Mehmed
Dikme. Il a partiellement obtenu satisfaction : à
défaut d’obtenir un ministère, le DPS nommera
un de ses membres à la tête de la nouvelle Agence
du tourisme ; par ailleurs, l’agroalimentaire sera
bien transféré au ministère de l’Agriculture, mais
sans le monopole du tabac, Bulgartabak, qui reste
sous la tutelle du ministère de l’Économie.
Les efforts du pouvoir pour offrir aux électeurs
un visage « recomposé » à l’approche du scrutin
du 26 octobre 2003 ne semblent toutefois pas en
mesure de convaincre. Le 8 juillet, l’influent et
controversé juriste, Plamen Panaïotov, avait été
remplacé à la direction du groupe parlementaire
NDS II par Stanimir Iltchev, jusqu’alors président de la commission des Affaires étrangères,
donnant à espérer une redistribution des cartes
au profit d’autres courants du parti, comme Temps
nouveau (Novo Vreme), la fraction d’Emil
Kochloukov et de Miroslav Sevlievski (devenu
l’un des trois vice-présidents du groupe parlementaire). A la surprise des observateurs, le même
P. Panaïotov a été nommé dix jours plus tard vice-Premier ministre en charge de la coordination des
activités des ministères des Affaires étrangères,
de l’Intégration européenne, de la Défense, de la
Justice et de l’Administration publique. Ce choix
est tout aussi peu clair que les autres changements
introduits. L’ancienne ministre du Travail et des
Affaires sociales, la dynamique Lidia Chouleva,
a été transférée à l’Economie, tandis que son
prédécesseur, le jeune Nikolaï Vassilev, prenait
en charge les Transports. Trois vice-ministres ont
été promus à la tête de leur ministère et les rares
sortants ont trouvé à se « reconvertir » en
conseillers ou en membres des cabinets ministériels.
Plus fondamentalement, les ambitions affichées
dans la lutte contre la corruption avec l’adoption
d’une stratégie nationale le 1
er octobre 2001 ont
été progressivement abandonnées. Tout au plus
ont-elles débouché, le 22 avril 2003, sur la remise
au Parlement d’un rapport du ministère de
l’Intérieur sur le crime organisé décrivant les
collusions entre responsables politiques, hommes
d’affaires, magistrats et milieux criminels. Le
pouvoir de conviction d’un gouvernement qui se
voulait partisan du renouveau a également été
amoindri par plusieurs décisions controversées.
En février 2003, l’exécutif avait ainsi proposé de
nommer le général de réserve, Brigo
Asparoukhov, à la tête du Service de renseignement national. Or, ce dernier avait travaillé pour
les services de renseignement (au premier département - espionnage économique) durant la
période communiste, avant de diriger les services
de renseignements entre 1991 et 1997 dans une
Bulgarie alors faiblement réformée. Sous la
pression des Etats-Unis, le gouvernement nommé
depuis était cependant revenu sur sa décision
[22].
En mai 2003, la Cour de Sofia a par ailleurs annulé
l’ordonnance du ministère de l’Intérieur de mai
2000, qui interdisait de territoire, pour une période
de dix ans, l’homme d’affaires russo-israélien,
Michael Tchorny (ancien propriétaire de
Mobiltel, et détenteur du club de football, Levski),
en raison de ses liens supposés avec les milieux
du crime organisé. Si l’actuel ministre de
l’Intérieur, Gueorgui Petkanov, a fait appel de la
décision devant la Cour suprême administrative,
le cas illustre assez bien l’atmosphère actuelle :
en raison d’un exécutif faible et de la restructuration laborieuse du pouvoir judiciaire, les temps
semblent propices au « retour » sur le devant de la
scène de figures controversées et à un nouveau
partage des sphères d’influence au sein des
réseaux de l’économie illicite, sans hésiter parfois
à recourir au crime...
La vague d’assassinats a commencé en août 2002,
avec le meurtre de cinq personnes appartenant
aux milieux de l’économie grise. Elle a été suivie
par l’élimination, le 28 décembre de la même
année, du procureur, Nikolaï Kolev, ancien bras
droit du procureur général, Nikola Filtchev − avec
qui il était en conflit depuis deux ans − et réputé
proche d’un conglomérat aux activités pour
certaines illicites, TIM, basé à Varna. Dans la
presse, des rumeurs ont alors circulé selon
lesquelles le procureur général aurait eu partie
liée avec le crime et bien que non confirmées,
elles ont contribué à la dégradation du climat
politique. Le 7 mars 2003, c’est Ilia Pavlov, le
patron du très puissant conglomérat, MG Corporation (ex-Multigroup), qui a été abattu à Sofia.
Il faisait partie de ces personnages troubles de la
transition post-communiste qui avaient su utiliser
leurs liens avec l’ancienne sécurité d’Etat pour
bâtir un empire financier. Après avoir exercé une
certaine influence dans les coulisses de la vie
politique bulgare entre 1994 et 1998, il semblait
avoir choisi de faire profil bas, sous la pression,
notamment, de l’offensive conduite par le
gouvernement Kostov contre lui en 1998-1999.
Peu après, le 25 mars, un attentat à la bombe visait
les locaux du Parquet régional de Sofia. Le
16 juin, Todor Tolev, homme d’affaires et ancien
agent des services de renseignement, passant pour
une relation de Michael Tchorny, était éliminé à
son tour dans la capitale. Le cas le plus récent est
celui du marchand d’armes, Filip Pavlov
Naïdenov-Fatik, tué en plein quartier résidentiel
de Sofia, le 19 août : impliqué dans des affaires
de trafics d’armes et de voitures volées, il avait
semble-t-il hérité des « affaires » de son père, Ismet
Shaban Fatik, Bulgare d’origine syrienne, déjà
« actif » dans des « commerces » mis en place par
le régime communiste. Bien que cette succession
de violences n’ait, jusqu’à présent, guère affecté
la vie des citoyens ordinaires, elle entretient le
sentiment, au sein de la société, que ni le pouvoir,
ni le système judiciaire ne sont en mesure de lutter
énergiquement contre les milieux criminels et
d’assurer la sécurité du pays
[23].
Le grand bénéficiaire de ce climat d’incertitude
et de frustrations est le Parti socialiste, qui n’a
pas d’adversaire réel. Deux ans après sa défaite
aux élections de juin 2001, l’Union des forces
démocratiques (SDS) n’est pas parvenue à se
reconsolider. Elle reste travaillée par des divisions
internes que l’autoritarisme d’Ivan Kostov, son
leader entre 1997 et 2001, était un temps parvenu
à faire taire. Peu habituée à jouer un rôle d’opposition constructive, la SDS peine également à
redéfinir un profil programmatique qui était, à
l’origine, marqué par une « inimitié constitutive »
envers l’ancien pouvoir communiste, ce qui la
plaçait automatiquement dans le camp de la
réforme. Mais au fur et à mesure que les
perspectives d’intégration à l’Union européenne
et à l’Otan se sont précisées, les objectifs au cœur
de son projet sont devenus ceux de l’ensemble
de la classe politique, l’obligeant à expliciter plus
à fond sa plate-forme. La situation est d’autant
plus délicate que les préoccupations actuelles des
citoyens ordinaires − les questions sociales, la
pauvreté, le chômage − sont plus aisément véhiculées par une force politique de gauche que de
droite. Depuis l’arrivée, le 12 mars 2002, de
l’ancien ministre des Affaires étrangères, Nadejda
Mihaïlova, à sa tête, la SDS hésite entre mettre
en lumière les insuffisances du pouvoir NDS II
dans la réalisation d’un programme, sur le fond,
assez proche du sien, ou déployer une offensive
démagogique. C’est pour l’essentiel cette seconde
approche qui a été retenue jusqu’à présent, au prix
de contradictions évidentes. La SDS s’est ainsi
opposée, en février 2002, à l’introduction de la
TVA sur les médicaments. De manière plus
révélatrice encore, elle a soutenu les députés
hostiles à l’arrêt des réacteurs 3 et 4 de la centrale
nucléaire de Kozlodui, alors que c’était le
gouvernement Kostov qui avait paraphé l’accord
de 1999 engageant la Bulgarie à les fermer avant
2006...
A l’été 2003, la sélection d’un candidat SDS à la
mairie de Sofia a relancé une guerre des chefs
qui témoigne de la profondeur de la crise du parti.
Plamen Orecharski, ancien vice-ministre des
Finances dans le gouvernement Kostov, avait tout
d’abord été choisi pour se présenter contre le
maire sortant, le populaire Stefan Sofianski,
ancien membre de la SDS qui a créé sa propre
formation, l’Alliance des démocrates libres (SSD)
en décembre 2001. Le soutien de la direction du
parti lui a cependant été retiré après qu’il eut été
vu en présence d’un homme d’affaires lié à l’économie illicite, Vasil Bojkov, le 10 juillet. Finalement, c’est la présidente de la SDS, Nadejda
Mihaïlova, qui défendra les couleurs de son parti.
Pour la première fois depuis 1991, la victoire des
« bleus » dans la capitale n’est pas acquise. Face à
ces derniers, le BSP a choisi pour tête de liste
Stoïan Aleksandrov, ancien ministre des Finances
du gouvernement Berov (janvier 1993-septembre
1994) et directeur exécutif de la banque Tokuda.
Par ailleurs, cette formation, sous la houlette du
jeune Sergueï Stanichev, continue à tenter de se
doter d’une image de parti de gauche moderne,
comme est venu le rappeler son 45e congrès national, le 1er août 2003, entièrement consacré aux
questions de politique régionale. Traditionnellement bien implanté en milieu rural, le BSP espère
remporter une majorité de mairies et de conseils
municipaux le 26 octobre 2003. Toutefois, sa
« banalisation » rencontre encore deux obstacles. Le
premier concerne sa lecture du passé communiste
et de l’entre-deux-guerres (« fasciste » du point de
vue des responsables communistes), ainsi que la
présence dans son sérail de personnalités liées à
l’avant-1989. Le second concerne un positionnement sur la scène internationale en vue du rétablissement de liens étroits avec la Russie. Le
président Gueorgui Parvanov a mis toute son
influence politique au service de ce projet, alors
que se multipliaient les rencontres bilatérales de
haut niveau dans le sillage de la visite de Vladimir
Poutine en Bulgarie, les 1er et 3 mars 2003, la
première d’un chef d’Etat russe depuis dix ans.
Au final, il n’est pas évident que le BSP parvienne
à endiguer les sentiments de déception des électeurs par rapport à une vie politique où dominent
la corruption, les luttes de pouvoir et les intérêts
particuliers. Le taux de participation aux élections
locales d’octobre pourrait refléter de manière
dramatique ce désengagement des citoyens.
2002
10 janvier
Le ministre de l’Energie, Milko Kovatchev,
annonce que la Bulgarie s’emploiera à reporter
la fermeture des réacteurs 3 et 4 de la centrale
nucléaire de Kozlodui au-delà de 2006 (en 2008
et 2010, respectivement), mais tiendra les engagements pris envers l’UE en novembre 1999 pour
ce qui concerne la fermeture d’ici la fin de 2002
des réacteurs 1 et 2.
16 janvier
La Bulgarie est le premier pays d’Europe centrale
et orientale à envoyer une mission diplomatique
à Kaboul. Plusieurs compagnies bulgares
(Technoexport, Elektroimpex, Agrokomplex,
Bulgartabak, etc.) ont exprimé leur désir de
participer à la reconstruction de l’Afghanistan.
22 janvier
Gueorgui Parvanov est investi président de la
République.
29-30 janvier
Visite du ministre de la Défense de Macédoine,
Vlado Popovski, pour négocier des ventes de
munitions et une coopération en matière de
formation des militaires.
30-31 janvier
Visite officielle du Premier ministre turc, Bulent
Ecevit. Les chefs de gouvernement bulgare et turc
décident une lutte renforcée contre l’immigration
illégale. La Turquie réaffirme son soutien à la
candidature bulgare à l’Otan.
31 janvier-1er février
Visite du ministre des Affaires étrangères,
Solomon Passi, en Russie, la première à ce niveau
depuis dix ans.
Février
Le Japon accorde un prêt de 109,2 millions de
dollars, remboursable sur 30 ans à un taux de
2,2% pour l’extension du métro de Sofia.
13 février
Premier vote de défiance contre le gouvernement
de Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha ; 45 députés
votent « pour », 150 « contre » et 45 s’abstiennent.
14 février
Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha se sépare de son
chef de cabinet, Stoïan Ganev, et limoge trois
vice-ministres (Finances, Economie et Culture),
ainsi que le directeur des douanes, Emil Dimitrov.
22 février
Règlement de la question de la dette russe envers
la Bulgarie, pendante depuis sept ans.
26-27 février
Première visite officielle du président Gueorgui
Parvanov en Macédoine, en compagnie de deux
ministres, Solomon Passi (Affaires étrangères),
et Gueorgui Petkanov (Intérieur).
27 février
La Bulgarie signe avec le FMI un accord standby de deux ans d’un montant de 299 millions de
dollars, qui succède à celui de 1998, arrivé à
échéance en septembre 2001.
11 mars
Le président Parvanov met son veto à l’adoption
d’une nouvelle loi sur la privatisation, qui prévoit
la mise en vente accélérée de 433 entreprises à
participation majoritaire de l’Etat et de 12 firmes
mixtes, ainsi que l’introduction d’un contrôle une
fois ces privatisations effectuées.
22 mars
Le gouvernement procède à une restructuration
de la dette bulgare (de Brady Bonds en
Eurobonds) afin de réduire le montant des
paiements au cours des dix années à venir.
25 mars
Le vice-Premier ministre, Nikolaï Vassilev,
présente le programme « Industrie 2002 » de
relance de l’économie.
27 mars
Signature d’un accord avec la compagnie russe
RSK Mig pour la modernisation des chasseurs
Mig-29 bulgares, qui devrait permettre d’allonger
leur durée de vie tout en les adaptant aux standards
de l’Otan.
6 avril
Le Mouvement national Siméon II est enregistré
comme parti. Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha en
assure la présidence.
16-18 avril
Signature d’un accord de coopération entre la
Bulgarie et la Turquie pour un meilleur contrôle
des frontières terrestres et maritimes.
25 avril
Ratification de l’accord entre la Berd et la
Bulgarie prévoyant l’octroi d’un prêt de
41,1 millions d’euros pour la modernisation du
système électrique « Energie 2 ». Le 6 mai, elle
accorde un prêt de 35 millions d’euros pour améliorer les transports urbains à Sofia.
17 mai
Le Parlement adopte une nouvelle loi sur la faillite
bancaire, une condition posée par le FMI à son
soutien aux réformes.
22-23 mai
Visite du pape Jean-Paul II au cours de laquelle
il procède à la béatification de trois prêtres
bulgares éliminés au terme d’un grand procès de
type stalinien en 1952. L’Eglise orthodoxe,
dirigée par le patriarche Maxime, ne s’est ralliée
que tardivement à cette initiative.
1er août
La Bulgarie augmente fortement les droits de
douane sur les importations de fruits et de
légumes, sous la pression des agriculteurs qui
protestent contre la hausse des importations en
provenance des Etats voisins et du Moyen-Orient.
28 août
La Grèce et la Bulgarie signent un accord de coopération et de développement sur cinq ans. Ce
programme s’inscrit dans le cadre de l’initiative
grecque de soutien à la reconstruction des Balkans
(539 millions de dollars) et porte sur l’octroi de
53,2 millions de dollars pour des projets d’infrastructure.
23 septembre
Les ministres de l’Intérieur bulgare et yougoslave
signent à Sofia un accord sur la prévention et la
lutte contre la criminalité organisée. L’accord
prévoit une meilleure coopération frontalière,
l’échange de renseignements et des actions
conjointes des forces de l’ordre.
2 octobre
Le Parlement adopte une résolution appelant la
Bulgarie à ne pas fermer les réacteurs 3 et 4 de la
centrale de Kozlodui avant que le pays n’intègre
l’Union européenne, soit au début de l’année
2007. Cette résolution contredit la position officiellement défendue par le gouvernement depuis
1999.
9 octobre
Adoption à Bruxelles du rapport sur l’état d’avancement des pays candidats à l’adhésion à l’Union
européenne. La Bulgarie se voit reconnaître le
statut d’« économie de marché viable ».
18 novembre
La Bulgarie et l’Union européenne signent un
accord qui permet la fermeture provisoire du
chapitre « Energie ». La Bulgarie confirme son
engagement à fermer les réacteurs 3 et 4 de la
centrale nucléaire de Kozlodui d’ici la fin de 2006.
En contrepartie, l’UE s’engage à conduire une
dernière évaluation des conditions de sécurité à
la centrale avant la fermeture des deux réacteurs.
21-22 novembre
Au sommet de Prague, les pays membres de
l’Otan décident un élargissement de l’Alliance à
sept pays de l’ancien bloc soviétique, dont la
Bulgarie.
29 novembre
Le gouvernement bulgare survit à deux votes de
défiance (BSP et SDS). L’opposition SDS
l’accusait d’avoir violé la Constitution en ignorant
un vote du Parlement contestant le principe de la
fermeture des réacteurs 3 et 4 de la centrale
nucléaire de Kozlodui avant la fin de 2006.
12-13 décembre
Conseil européen de Copenhague : l’entrée de la
Bulgarie dans l’UE est prévue pour 2007.
2003
4 février
Les Etats-Unis demandent à la Bulgarie de leur
octroyer un droit de transit aérien et terrestre, un
soutien logistique et d’envoyer une mission
humanitaire, ainsi que des experts en armes
chimiques, nucléaires et bactériologiques, en cas
d’intervention militaire en Irak.
5 février
La Bulgarie signe la « Lettre des Dix » du groupe
de Vilnius, qui soutient la position américaine sur
la crise en Irak.
7 février
Le Parlement approuve par 165 voix « pour » et
48 « abstentions » (BSP, plus 5 indépendants) la
décision, prise la veille par le gouvernement, de
répondre positivement à une demande américaine
d’assistance logistique en cas d’intervention en
Irak.
17 février
Dans une conférence de presse, le Président
français, Jacques Chirac, regrette en des termes
très vifs la position adoptée par les pays d’Europe
centrale et orientale sur la crise en Irak et sous-entend qu’elle pourrait avoir des conséquences
sur les perspectives d’adhésion des pays de la
« seconde vague ». L’indignation est très forte au
sein de la classe politique et dans les médias.
1er -3 mars
Première visite officielle, depuis dix ans, d’un
chef d’Etat russe. Les discussions avec Vladimir
Poutine portent sur la crise en Irak, les investissements russes dans le secteur énergétique
bulgare et les modalités de remboursement de la
dette russe.
7 mars
Ilia Pavlov, figure clé de réseaux d’économie
illicite, est assassiné à Sofia. Il était le président
du conglomérat MG Corporation (anciennement
Multigroup).
20 mars
Alors que débutent les opérations militaires en
Irak, le président Parvanov déclare devant le
Parlement : « Je n’accepte pas cette guerre »,
contestant notamment le principe d’une intervention sans nouvelle résolution des Nations unies
et l’imprécision de ses objectifs.
21 mars
Un accord sur la privatisation de la compagnie
bulgare des télécommunications (BTK) est signé
avec Viva Ventures, filiale du fonds d’investissement américain Advent. L’accord sera dénoncé
par le conseil de surveillance de l’Agence pour
la privatisation bulgare, qui engage des pourparlers avec un consortium turc Koc Holding-Turk
Telekom. Le 20 juin, la Cour suprême administrative déclare la décision de l’Agence nulle et
non avenue, position réaffirmée en appel, le
29 juillet. Entre-temps, le 18 juillet, une lettre
d’intention de vente a été signée entre l’Agence
et le consortium turc.
31 mars
Le gouvernement, s’alignant sur la décision prise
par la justice, annule l’accord de privatisation de
Bulgartabak. L’acquéreur potentiel, Tobacco
Capital Partners, soutenu par la Deutsche Bank,
n’aurait pas satisfait certaines demandes
« techniques » adressées par le gouvernement.
9 avril
Sixième sommet du Processus de coopération en
Europe du Sud-Est (SEECP) à Belgrade (Serbie-Monténégro). Les chefs d’Etat et de gouvernement d’Albanie, de Bosnie-Herzégovine, de
Bulgarie, de Croatie, de Grèce, de Macédoine,
de Roumanie, de Serbie-Monténégro et de
Turquie expriment la détermination des Balkans
à faire partie dans un avenir proche de l’Union
européenne et de l’Otan.
15 avril
La Banque mondiale octroie à la Bulgarie la
première tranche d’un prêt d’ajustement de
150 millions de dollars.
16 avril
Signature officielle du traité d’adhésion des
dix nouveaux Etats membres à l’Union européenne à Athènes. Le commissaire à l’Elargissement, Günter Verheugen, déclare que la
Commission souhaite conclure les négociations
d’adhésion avec la Bulgarie et la Roumanie en
2004, pour une éventuelle adhésion en 2007.
5 mai
Le ministre de la Défense, Nikolaï Svinarov,
annonce l’envoi d’un contingent de 485 hommes
en Irak. Ils seront déployés sous commandement
polonais dans la région de Kerbala le 1er septembre.
29 mai
Vote de défiance à l’Assemblée nationale à l’initiative de l’Union des forces démocratiques pour
protester contre les défaillances de la politique
gouvernementale dans la lutte contre le crime
organisé et la corruption, et dans le domaine des
privatisations. Le vote est repoussé par 129 voix
« contre » (104 « pour »).
31 mai
Tentative d’assassinat contre l’homme d’affaires
lié aux réseaux d’économie illicite, Konstantin
Dimitrov (connu sous le nom de Kosio
Samokovetsa). Cet incident fait suite à une tentative d’assassinat qui avait touché, le 18 avril, Ivan
Todorov (dit « le docteur »).
16 juin
L’homme d’affaires, Todor Tolev − éputé
entretenir des relations avec Michael Tchorny et
avec le Secrétaire général du ministère de l’Intérieur, le populaire Boïko Borissov − est assassiné à Sofia.
19-20 juin
Le Conseil européen de Thessalonique évoque,
pour la première fois officiellement, la date de
« fin 2004 » comme objectif pour une conclusion
des négociations d’adhésion à l’UE de la Bulgarie
et de la Roumanie, et celle de «2007 » pour une
future intégration de ces pays.
26 juin
Le ministère des Finances annonce que les Etats-Unis ont accepté de dédommager la Bulgarie à
hauteur de 130 millions de dollars − sous forme
de livraisons pétrolières − pour les pertes subies
par les compagnies bulgares en raison de la guerre
en Irak. Le Pentagone a également accepté de
prendre en charge une large partie des frais liés
au déploiement d’un contingent bulgare en Irak
(estimés entre 50 et 70 millions de dollars par an).
1er juillet
La Bulgarie fait partie des 35 Etats qui voient les
programmes d’assistance militaire des Etats-Unis
suspendus après que le gouvernement eut refusé
de signer, sous la pression de l’Union européenne,
un traité bilatéral qui aurait exempté les forces
américaines engagées dans des opérations de
maintien ou de rétablissement de la paix à
l’étranger d’éventuelles poursuites devant la
nouvelle Cour pénale internationale (CPI) de La
Haye.
6 juillet
Le Premier ministre décide un remaniement à la
tête du Mouvement national Siméon II, qui profite
notamment à Temps nouveau, une fraction dirigée
par Emil Kochloukov.
10 juillet
Le président Parvanov fait usage de son droit de
veto suspensif lors du vote du nouveau Code sur
l’assurance sociale obligatoire.
17 juillet
Le Parlement approuve le remaniement gouvernemental proposé, la veille, par le Premier
ministre. Trois vice-ministres sont promus. Le
Mouvement des droits et libertés (DPS, allié du
NDS II) obtient la création d’une Agence de
tourisme placée sous la responsabilité de l’un de
ses membres et le passage du secteur agroalimentaire sous le contrôle du ministère de
l’Agriculture et des Forêts, dont le portefeuille
est détenu par l’un de ses membres.
21 juillet
L’Union nationale agrarienne bulgare (BZNS),
le Parti démocratique (DP) et le Mouvement
« Gergjov Den » scellent une alliance en vue des
élections locales du 26 octobre 2003.
Principales formations
politiques
NDS II Mouvement national Siméon II
ODS Forces démocratiques unies
SDS Union des forces démocratiques
BSP Parti socialiste bulgare, ex-Parti communiste
DPS Mouvement des droits et libertés (représentant la minorité turque)
NS Union populaire
VMRO Organisation révolutionnaire intérieure
macédonienne
Gergjov Den Mouvement du jour de la Saint-George
EL Eurogauche
GPB Parti civique pour la Bulgarie
SSD Alliance des démocrates libres (créée le
9 décembre 2001 par Stefan Sofianski, ancien
membre du SDS et maire de Sofia)
BDS « R » Union démocratique bulgare « Radicaux »
(formée en 2001 par Evgueni Barkardjiev, ancien
membre du SDS et député indépendant au
Parlement, et enregistrée le 8 février 2002)
BBB Business bloc bulgare
BSDP Parti social-démocrate bulgare
FTsB Fédération pour la monarchie bulgare
BZNS-AS Union agrarienne populaire bulgare-Aleksandar Stambolijski (pro-PSB)
BZNS-NP Union agrarienne populaire bulgare-Nikola Petkov
Résultats des dernières
élections
● Election présidentielle des 11 et 18 novembre 2001
Taux de participation au premier tour : 41,76 % ;
au second tour : 55,09 %.
Candidats Premier tour Second tour
(% des voix) (% des voix)
Gueorgui Parvanov
(Coalition
«Pour la Bulgarie»)(1) 36,39 54,13
Petar Stoïanov
(indépendant) 34,95 45,87
Bogomil Bonev
(Parti civique
pour la Bulgarie) 19,27 -
Renata Indjova
(Alliance démocratique) 4,92 -
Georges Gantchev
(Georges Gantchev Bloc) 3,36 -
Petar Beron (Union
Bulgarie) 1,11 -
(1) Comprend le Parti socialiste bulgare, le Bloc uni du travail,
l’Union agrarienne bulgare-Aleksandar Stambolijski et d’autres
micro-formations.
Prochaine échéance présidentielle : 2006
● Elections législatives du 17 juin 2001
Taux de participation 67 %.
Partis et coalitions % des voix Nombre de sièges
Mouvement national
Siméon II 42,73 120
Forces démocratiques
unies(1) 18,17 51
Coalition
«Pour la Bulgarie» 17,14 48
Mouvement
des droits et libertés 7,45 21
(1) Coalition qui comprend l’Union des forces démocratiques et
l’Union populaire (elle-même composée de l’Union agrarienne
populaire bulgare, tendance Mozer, et du Parti démocrate).
Prochaines échéances législatives : 2005
Composition
du gouvernement
[*]
(fin juillet 2003)
- Premier ministre : Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha
- Vice-Premier ministre en charge de la coordination intergouvernementale : Plamen Panaïotov
- Vice-Premier ministre et ministre de l’Economie :
Lidia Chouleva
- Vice-Premier ministre et ministre des Transports
et des Communications : Nikolaï Vassilev
- Défense : Nikolaï Svinarov
- Intérieur : Gueorgui Petkanov
- Finances : Milen Veltchev
- Affaires étrangères : Solomon Passi
- Affaires européennes : Meglena Kouneva
- Justice : Anton Stankov
- Agriculture et Forêts : Mehmed Dikme
- Travail et Politique sociale : Christina Christova
- Santé : Slavtcho Bogoev
- Education et Science : Igor Damianov
- Culture : Bojidar Abrachev
- Environnement et Eaux : Dolores Arsenova
- Energie et Ressources énergétiques : Milko
Kovatchev
- Jeunesse et Sports : Vasil Ivanov
- Développement régional et Aménagement :
Valentin Tserovski
- Fonction publique : Dimitar Kaltchev
- Ministre sans portefeuille : Filiz Hiousmenova
·
Ouvrages
·
Nadège Ragaru, « Uslugi : The Role of
Political Favors and Connections in Post-Communist Bulgaria », in Dimitris Keridis,
Ellen Elias-Bursac et Nicholas Yatromanolakis.
New Approaches to South-East European
Studies, Herndon, Brassey’s, IFPA-Kokkalis Series on Southeast European
Policy, 2003.
·
Emil Giatzidis, An Introduction to Post-Communist Bulgaria : Political, Economic
and Social Transformations, Manchester
University Press, 2002.
·
Maria Pancheva (ed.), The Gray Economy
in Bulgaria. Reasons, Consequences,
Policy, Centre for Social Practices Sofia,
Center for International Private Enterprise,
Washington, 2002,171 p.
·
Carsten Riis, Religion, Politics, and
Historiography in Bulgaria, Boulder,
Colorado, 2002.
·
Revues
·
Konstantin Pachev, « Competitivness of the
Bulgarian Econom », Bulgarian National
Bank, Discussion Papers, n° 34,2003,67 p.
·
« La Cour constitutionnelle de Bulgarie »,
Les Cahiers du Conseil constitutionnel, 14,
2003, pp. 57-73.
·
Lora Borissova, « The Adoption of the
Schengen and the Justice and Home affairs
Acquis : The Case of Bulgaria and
Romania », European Foreign Affairs
Review, 2003,8(1), pp. 105-124.
·
Nadège Ragaru, « La Bulgarie et la
Roumanie aux portes de l’Union européenne : un si long espoir », Pouvoirs, 2003,
n° 106, pp. 99-113.
·
Jan Rutkovski, « Why is Unemployment so
High in Bulgaria ?», World Bank Policy
Research Working Paper, n° 3017, avril
2003.
·
Georgi Parvanov, « Bulgaria in a Changing
World », Mediterranean Quarterly, automne
2002,13(4), pp. 1-10.
·
Nadège Ragaru, « Bulgarie. La perte des
illusions » in « Europe centrale et orientale
2001-2002. Une croissance pérenne, un jeu
politique rodé, des sociétés désenchantées »,
Le courrier des pays de l’Est, n° 1026, juinjuillet 2002, pp. 34-51.
·
MOCI, « Bulgarie : les dossiers de la transition », 22 août/4 septembre 2002, n° 1560-1561, pp. 12-25.
·
Gergana Dimitrova, « The Limits of
Europeanization : Hegemony and its Misuse
in the Political Field of Bulgaria », Journal
of Southeast European and Black Sea
Studies, 2(2), mai 2002, pp. 69-92.
·
Dessie Zagorcheva, « The Evolution of
Democratic Civil-Military Relations in
Bulgaria », Journal of Slavic Military
Studies, mars 2002,15(1), pp. 29-56.
·
Martin Wlodarczyk, « Une étrange cohabitation en Bulgarie », Le courrier des pays
de l’Est, n° 1021, janvier 2002, pp. 70-74.
·
« La Bulgarie et l’intégration européenne »,
Transitions, 42(1), 2001, pp. 1-232, numéro
spécial sous la direction de Petia
Gueorguieva.
·
Economist Intelligence Unit, Country
Report trimestriel), Country Profile
(annuel), « Bulgaria ».
[(1)]
Chiffres cités dans l’enquête réalisée par le Centre national d’étude de l’opinion publique (Ntsiom) près le
Parlement bulgare entre le 27 juin et le 3 juillet auprès de 1 243 personnes. Disponible sur Internet : http ://
w
www. parliament. bg/ nciom/ . (consultation du 10 août 2003).
[(2)]
Voir l’enquête citée plus haut sur
http :// www. parliament. bg/ nciom/ .
[(3)]
Sur un plan opérationnel, la Bulgarie envisage de fournir à l’Otan des équipes spécialisées en armes nucléaires,
chimiques et biologiques. La Bulgarie pourrait par ailleurs, comme la Roumanie, accueillir des bases de l’Otan
dans le cadre d’un redéploiement depuis l’Allemagne notamment.
[(4)]
Chiffres cités dans Dina Kyriakidou, « NATO Means More Than War Games for Balkan Countries »,
Reuters,
12 novembre 2002.
[(5)]
Voir « Bulgarian Government Provides Details of Alleged Illegal Arms Deal »,
RFE/RL Newsline, 6(213), part
II, 13 novembre 2002.
[(6)]
A l’été 2003, un nouveau contingent de 20 soldats a été déployé à Kaboul, pour assurer la formation des forces
afghanes à l’entretien des armes de type soviétique ; en août 2003,50 soldats ont par ailleurs rejoint l’ISAF
(
International Stabilization and Assistance Force). Ils opèrent sous contrôle allemand, au sein d’une brigade de
1 500 hommes. Pour plus de détails, voir « Mechanized Unit to Serve in Afghanistan », 22 août 2003, sur Internet à
l’adresse : h
http :// www. westernpolicy. org/ Countries. asp ? Country= BU[consultation du 2 septembre 2003].
[(7)]
La Bulgarie a notamment soutenu le vote des résolutions suivantes : la résolution 1441 du 8 novembre 2002, les
résolutions 1447 et 1454 du 4 décembre et du 30 décembre 2002, ainsi que le projet de résolution fixant au 17 mars
2003 la date limite pour que les autorités irakiennes démontrent leur coopération avec les inspecteurs de l’Onu.
Cette résolution, proposée par l’Espagne, le Royaume-Uni et les Etats-Unis, le 7 mars, n’a finalement pas été
adoptée en raison de la menace française de veto.
[(8)]
Les Etats membres du groupe de Vilnius sont la Bulgarie, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie, la
Slovaquie, la Slovénie, auxquels viennent s’ajouter trois pays des Balkans de l’Ouest, l’Albanie, la Croatie et la
Macédoine.
[(9)]
Les élus du Parti socialiste bulgare avaient posé pour condition l’adoption, par les Nations unies, d’une deuxième
résolution (outre la 1441) avant l’engagement des combats en Irak.
[(10)]
Sur ces questions, voir, entre autres, Nadège Ragaru, « La Bulgarie et la Roumanie aux portes de l’Union
européenne : un si long espoir »,
Pouvoirs, 106,2003, pp. 99-113.
[(11)]
Le statut de la Cour pénale internationale (CPI), adopté en juillet 1998, est entré en vigueur le 1er juillet 2002.
Le 30 août 2002,78 Etats avaient ratifié ce texte et 139 autres l’avaient signé. La CPI a vocation à mener des
enquêtes sur les personnes accusées de génocide, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre, et d’engager
des poursuites à leur encontre lorsque les tribunaux nationaux ne peuvent ou ne veulent pas le faire. Elle est opérationnelle depuis le premier semestre de 2003.
[(12)]
Etaient exclus de cette mesure les membres de l’Otan, ainsi que certains alliés jugés stratégiques.
[(13)]
Une mesure similaire a été décidée à l’encontre de l’Estonie, de la Lettonie, de la Lituanie, de la Slovénie et de
la Slovaquie. Pour plus de détails, voir « US Suspends Military Aid to Bulgaria »,
RFE/RL Newsline, 7(124), part II,
2 juillet 2003.
[(14)]
Chiffres fournis par le groupe de travail intergouvernemental chargé d’évaluer les coûts de la fermeture des
réacteurs et cités dans « Experts Say Bulgaria Should not Comply with Agreement to Shut Down Nuclear Plant »,
RFERL Newsline, part II, 16 juillet 2003.
[(15)]
Dans les années 1980, déjà, des travaux de construction avaient été engagés sur le site de Belene. En 1990, ils
avaient été interrompus sous la pression des mouvements écologistes et faute de financements.
[(16)]
La Cour a motivé sa décision en arguant de l’amélioration de la situation économique de Bulgartabak et de la
nécessité pour l’Agence de privatisation de reconsidérer le prix de vente à la lumière de cette évolution. Elle avait
été saisie de cette affaire par les trois firmes sorties perdantes de l’appel d’offres. Voir « Bulgaria Tobacco Firm
Privatization Cancelled »,
AFP, 17 décembre 2002.
[(17)]
Entre 1985 et 1999, la Bulgarie a seulement reçu 3 % des flux d’investissements directs étrangers dirigés vers
l’Europe centrale et orientale. Cité dans Heather Grabbe,
Profiting from EU Enlargement, Londres : CER, juin
2001, p. 25.
[(18)]
Pour une analyse fouillée des causes du chômage en Bulgarie (restructurations entrepreneuriales en cours,
environnement du monde des affaires, politiques sur le marché du travail, etc.), se reporter à Jan Rutkovski, « Why
is Unemployment so High in Bulgaria ?»,
World Bank Policy Research Working Paper, 3017, avril 2003, sur
Internet : h
http :// www. econ. worldbank. org/ files/ 25493_wps3107. pdf. (consultation du 6 septembre 2003).
[(19)]
Chiffres fournis par la Commission économique pour l’Europe des Nations unies et cités dans
Revue
Élargissement, spécial social, bimensuel du réseau élargissement de la MINEFI-DREE, dossier 28, décembre 2002,
p. 1.
[(20)]
Ces chiffres proviennent d’une enquête réalisée, fin juin-début juillet 2003, par le Centre national d’étude de
l’opinion publique (Ntsiom) auprès de 1 243 personnes. Sur Internet à l’adresse : h
http :// www. parliament. bg/ nciom/
[consultation 10 août 2003]
[(21)]
Tel a notamment été le cas des deux vice-ministres de la Défense « limogés » dans le cadre de l’affaire Terem,
et du vice-ministre des Finances, Gati al-Djebouri, stigmatisé pour sa gestion de la question des patentes et soupçonné
de corruption.
[(22)]
Pour plus de détails, voir « US Lobbyist Attacks Bulgaria’s Prosecutor-General »,
RFE/RL Newsline, 8 février 2003.
[(23)]
Ce climat a en revanche contribué au prestige du très médiatique Secrétaire général du ministère de l’Intérieur,
Boïko Borissov, ancien garde du corps de Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha et responsable d’une société privée de
sécurité.
[*]
Tous les membres du gouvenement appartiennent au
Mouvement national Siméon II, sauf Mehmed Dikme (DPS)
et Dimitar Kaltchev (indépendant)