Le Courrier des pays de l'Est
La Doc. française

I.S.B.N.sans
256 pages

p. 30 à 45
doi: en cours

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n° 1036-1037 2003/6-7

2003 Le Courrier des Pays de l’Est

Bulgarie 2002-2003

L’Europe se rapproche, alors que la prospérité s’éloigne

Nadège Ragaru Chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et rédactrice en chef de La revue internationale et stratégique.
Un grand espoir était né en Bulgarie avec la victoire aux élections législa- tives de 2001 du parti créé par l’ancien roi, Siméon de Saxe- Cobourg-Gotha, nommé dans la foulée Premier ministre. Celui-ci se faisait fort de redresser le pays en l’espace de 800 jours. Cette échéance arrivée, force est de constater que le pari a été perdu. Certes, des succès ont été remportés sur la voie de l’intégration euro-atlantique, puisque la Bulgarie a été invitée en novembre 2002 à rejoindre l’Otan et qu’elle fera partie de la deuxième vague de l’élar- gissement à l’Est de l’Union euro- péenne (2007). Mais, parallèlement, la majorité parlementaire s’effritait, la popularité du Premier ministre s’effondrait et la population perdait ses illusions de voir les sacrifices consentis pour se conformer aux critères d’adhésion (le déficit budgé- taire, en particulier, a été ramené à 0,7 % et le taux d’inflation à 5,8 %) déboucher sur une amélioration de son sort. Une croissance de plus de 4 % maintenue pour la cinquième année consécutive en dépit d’une conjoncture morose ne s’est pas non plus répercutée sur le niveau de vie. C’est ainsi que le revenu moyen stagne à 31 % de la moyenne euro- péenne et que le taux de chômage demeure élevé (16 %, soit 3 % de plus que la moyenne des pays candidats à l’UE). Le pays demeure peu attractif pour les investisseurs étrangers, découragés par la lenteur des réformes structurelles, en particulier dans les secteurs des télécommunication, du tabac et de l’énergie. En outre, les ambitions affichées pour lutter contre la corruption ont été progressivement abandonnées et la vague d’assassinats d’hommes d’affaires liés à l’économie clandestine, même si elle ne touche pas le citoyen ordinaire, n’a fait qu’approfondir le climat d’incerti- tude. Hopes rose with the victory of the party created by the previous king, Simeon Saxe- Coburg-Gotha, who later became Prime minister, after the Bulgarian 2001 legislative elections. He undertook enor- mous efforts to restore the country in 800 days. As this deadline passed, it had to be admitted that this challenge had not been met. The road to Euro- Atlantic integration proceeded with success, as in November 2002 Bulgaria was invited to join NATO and will be part of the second wave of enlargement from the East of the European Union (2007). Coincidentally, however, the parliamentary majority crumbled, the Prime minister’s popularity collapsed and the population lost its illu- sions that the sacrifices accepted to meet membership criteria (the budget deficit, in particular, was brought down to 0.7 % and the rate of inflation to 5.8 %) would improve their situation. Growth, at over 4 % maintained for the fifth conse- cutive year despite a morose economic situation, has also had no repercussions on the standard of living. Thus, the average income stagnated to 31 % of the European average and the unemployment rate remained high (16 %, or 3 % higher than the average of the EU candidate countries). The country still holds little attrac- tion for foreign investors, discouraged by the slow pace of structural reforms, in parti- cular in the telecommunica- tions, tobacco and energy sectors. Moreover, stated ambi- tions to fight corruption were gradually abandoned and the wave of assassinations of businessmen linked to the underground economy which, while they did not touch the ordinary citizen, increased the climate of uncertainty.
L’heure fixée a sonné : en juin 2001, le futur Premier ministre, Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha, avait demandé aux électeurs bulgares de lui accorder leur confiance, parce qu’il s’engageait, lui qui venait de rentrer en Bulgarie après plusieurs décennies d’exil, à faire valoir une « nouvelle morale politique » et à améliorer la qualité de vie des citoyens en quelque «800 jours ». Le slogan avait de quoi séduire ; et, dans un élan d’enthousiasme que la vie politique bulgare n’avait guère connu depuis les débuts de la transition vers la démocratie, 42,73 % des votants l’avaient suivi. Huit cents jours plus tard, la Bulgarie a certes enregistré quelques succès sur la voie de l’intégration euro-atlantique. Les 21 et 22 novembre 2002, à Prague, elle a ainsi été invitée, avec six autres Etats d’Europe centrale et orientale, à rejoindre l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (Otan) – perspective qui semblait bien éloignée il y a deux ans encore. Cependant, la hausse du pouvoir d’achat et l’assainissement de la vie politique tant attendus ne se sont pas matérialisés.
En lieu et place, les Bulgares ont observé, un peu las, la lente désagrégation d’une majorité dont les conflits internes et les pratiques erratiques ne sont pas sans rappeler les sombres années du gouvernement Berov (30 décembre 1992-2 septembre 1994). Entre juin 2001 et juillet 2003, une série de défections a ramené le groupe parlementaire du Mouvement national Siméon II (NDS II) de 120 à 108 députés sur un total de 240. Face à lui, le pouvoir exécutif paraît faible et ses performances décevantes. Affichée comme une priorité par les autorités (et la Commission européenne), la réforme du système judiciaire tarde, par exemple, à porter ses fruits. Pour l’heure, la manifestation la plus tangible en a été une guerre sans merci entre le Conseil suprême de la magistrature, le procureur général Nikola Filtchev, le ministère de la Justice et celui de l’Intérieur. Dans la société, le climat d’incertitude est accentué par la multiplication des réglements de compte violents entre milieux criminels. Depuis août 2002, une série de meurtres a touché non seulement des hommes d’affaires connus pour entretenir des relations étroites avec les réseaux d’économie illicite, mais aussi quelques figures en vue de l’appareil judiciaire.
Parallèlement, la popularité du gouvernement Saxe-Cobourg-Gotha a décliné de manière régulière en 2002, pour atteindre 21,5 % d’avis positifs au mois de juillet 2003 [1]. Afin d’enrayer ce déclin, le Premier ministre a annoncé un double remaniement, à la direction du groupe parlementaire, le 6 juillet, et au gouvernement, le 16 juillet. Le principal bénéficiaire de ce changement est le Mouvement des droits et libertés (DPS, représentant la minorité turque), dont le soutien gagne en importance à mesure que le groupe parlementaire de l’ancien roi se délite. Pour le reste, les choix effectués font plus penser à un jeu de chaises musicales parmi les personnalités aux commandes de l’Etat (trois anciens vice-ministres ont été promus ministres et deux ministres ont vu leurs attributions changer) qu’à la promotion de figures nouvelles. C’est donc dans un contexte politique très dégradé que le pouvoir aborde les élections locales prévues pour le 26 octobre 2003. Le Parti socialiste bulgare (BSP, ex-communiste) semble le mieux placé pour récolter le fruit des échecs de la politique de Siméon II, d’autant qu’il a entrepris de mettre en avant des thématiques auxquelles les électeurs sont sensibles, comme la question sociale et l’emploi.
Alors que la part des citoyens se déclarant pessimistes quant à l’avenir est toujours extrêmement élevée (45,6 % en juillet 2003 contre 48,1 % en mai 2003) [2], le principal ciment politique en Bulgarie demeure un projet d’intégration euroatlantique qui fournit aux réformes cadre et calendrier. Présenter le visage d’un partenaire fiable constitue le plus petit commun dénominateur à une classe politique qui connaît de forts clivages. A court terme, la rhétorique européenne et atlantique paraît cependant impuissante à répondre aux attentes de mieux-être de la population. Certains partis d’opposition pourraient en conséquence être tentés de s’ériger en défenseurs des intérêts nationaux face aux exigences de la Commission européenne (comme ce fut le cas au sujet de la fermeture des réacteurs 3 et 4 de la centrale nucléaire de Kozlodui). Plus fondamentalement, rares sont les leaders politiques ayant jusqu’à présent entrepris de préparer l’opinion publique aux restructurations à venir, afin d’intégrer l’UE à l’horizon 2007. La dernière ligne droite des négociations − que le gouvernement bulgare espère achever fin 2004 − s’annonce dans ces conditions malaisée. Aujourd’hui plus que jamais, il apparaît urgent de comprendre que l’intégration ne saurait constituer un substitut à une réflexion sur la légitimité des démocraties en situation de crise sociale.
 
L’intégration euroatlantique au prix fort
 
 
Les 21 et 22 novembre 2002, la Bulgarie a été invitée à rejoindre l’Otan avec six autres pays candidats [3]. L’Alliance venait de faire le choix d’un élargissement ambitieux. Pour les autorités bulgares, il s’agit d’un grand succès diplomatique, un premier pas vers une intégration euroatlantique érigée, depuis quelques années, en principal critère d’évaluation des succès du post-commu-nisme. En tant que preuve de son ancrage à l’Ouest, l’adhésion à l’Alliance atlantique est vue comme étant de nature à rassurer les investisseurs étrangers et, donc, à avoir un effet d’entraînement sur l’économie. Au niveau géopolitique, elle reste perçue comme une garantie de sécurité irremplaçable dans un contexte marqué par la fragilité des Balkans de l’Ouest et par les risques de dérive autoritaire des Etats issus de l’URSS.
Les élites politiques bulgares ne s’étaient pourtant ralliées que tardivement au principe d’une adhésion à l’organisation de sécurité collective : la Bulgarie s’était portée candidate en février 1997 et le Parti socialiste bulgare (BSP, excommuniste), de tradition russophile, avait fini par se résigner à soutenir ce projet au terme de son congrès des 6 et 7 mai 2000. Depuis lors, cependant, de vigoureux efforts ont été accomplis en vue de « mériter » l’appartenance à l’Otan : premièrement, l’armée a été ramenée de 150 000 hommes à environ 60 000 (45 000 d’ici la fin de 2004) et a entamé un programme de professionnalisation qui devrait s’achever en 2010, tandis que le budget de la défense était porté à plus de 2 % du PIB (2,65 %, soit 398 millions de dollars en 2002) [4]. Dans le même temps, la Bulgarie a liquidé les arsenaux issus de la période soviétique. Le processus de destruction d’une centaine de missiles surface-surface SS-23, SCUD et Frog est ainsi arrivé opportunément à terme, le 19 octobre 2002, à quelques semaines du sommet de Prague. Deuxièmement, un contrôle plus strict a été établi sur les exportations d’armes, florissantes à l’époque communiste, en chute depuis le changement de régime. A plusieurs reprises, la Bulgarie avait été soupçonnée de vendre des armes à des Etats sous embargo des Nations unies, sans que cela puisse être formellement démontré. Le 20 octobre 2002, un chargement de pièces détachées pour blindés a été intercepté au poste frontière de Kapitan Andreevo, à la frontière avec la Turquie. Exporté par la compagnie d’armement, Terem, il aurait été destiné à une firme basée en Syrie, Al-Karnak. Immédiatement, le directeur et cinq autres employés de la firme ont été mis en examen, tandis que le conseil d’administration était renouvelé [5].
Mais ce sont surtout les bouleversements géostratégiques intervenus dans le sillage des attentats du 11 septembre 2001 à New York qui ont sensiblement accru les chances, pour la Bulgarie (et la Roumanie), d’intégrer l’Otan : dans la guerre contre le terrorisme érigée en objectif numéro un par l’administration Bush, tout allié se situant à proximité du Proche-Orient est le bienvenu. Consciente de la carte qu’elle avait à jouer en la matière, la Bulgarie n’a pas manqué une opportunité de signifier son soutien aux Etats-Unis. Au moment de l’intervention en Afghanistan, à l’automne 2001, elle avait déjà permis aux avions de combat américains de faire escale sur la base militaire de Sarafovo, près de Burgas, pour se réapprovisionner. En février 2002, une unité de 31 experts en armes nucléaires, biologiques et chimiques avait par ailleurs rejoint la mission de maintien de la paix déployée dans le pays [6]. Surtout, pendant la crise en Irak, en dépit d’une opinion publique majoritairement hostile à la guerre, le gouvernement Saxe-Cobourg-Gotha s’est aligné sur la position américaine, en particulier au Conseil de sécurité, où la Bulgarie occupait depuis janvier 2002 un siège de membre non permanent [7]. Le 5 février 2003, le ministre des Affaires étrangères bulgare, Solomon Passi, a, de concert avec les autres membres du groupe de Vilnius, signé la « Lettre des Dix » [8] onfirmant l’adhésion des Etats candidats à l’Otan au principe d’une intervention militaire pour désarmer l’Irak, y compris sans deuxième résolution de l’Onu. Deux jours plus tard, le 7 février, le Parlement bulgare adoptait par 165 voix (101 NDS II, 44 SDS, 19 DPS) une déclaration autorisant le gouvernement à mettre l’espace aérien et l’aéroport de Sarafovo à la disposition des forces de la coalition américanobritannique. Seuls les députés socialistes (43), qui marquaient ici leur réserve pour la première fois de façon explicite, et cinq indépendants se sont abstenus [9]. Enfin, le 3 avril, la Bulgarie a annoncé l’envoi d’une unité spécialisée dans les armes chimiques, biologiques et nucléaires au Koweït. Un bataillon de 485 hommes a par ailleurs été dépêché en Irak, en août 2003, pour participer à la force de sécurisation sous commandement polonais déployée dans le sud du pays (région de Kerbala).
Cet engagement très net en faveur des Etats-Unis n’a pas été sans susciter quelques tensions entre la Bulgarie, candidate à l’Union européenne, et certains Etats membres opposés à la guerre, singulièrement la France. Le 17 février 2003, le Président français, Jacques Chirac, s’est ainsi emporté contre des gouvernements d’Europe de l’Est qui « auraient mieux fait de se taire » plutôt que de cautionner la position américaine au moment où ils aspirent à rejoindre les structures européennes... Etaient tout particulièrement mis en cause les pays dits de la seconde vague (Bulgarie et Roumanie), en cours de négociation d’adhésion. La tonalité paternaliste du propos a été très mal ressentie dans la classe politique et les médias bulgares. Les désaccords autour de la crise en Irak auront en tout cas servi à mettre en évidence la différenciation croissante des deux pôles du monde occidental, l’Europe et les Etats-Unis. Pour des pays comme la Bulgarie, qui avaient jusqu’alors tendance à percevoir l’entrée dans l’UE et l’Otan comme constituant les deux facettes d’un même projet de « normalisation » occidentale et démocratique, cette évolution représente un défi supplémentaire, imposant des choix d’allégeance souvent malaisés [10].
Le problème de l’articulation entre priorités atlantique et européenne s’est posé avec une acuité particulière dans le cas de la Cour pénale internationale (CPI), établie à La Haye et compétente depuis le 1er juillet 2002 [11]. Les Etats-Unis souhaitaient soustraire leurs soldats engagés à l’étranger dans des opérations de maintien ou de rétablissement de la paix à d’éventuelles poursuites pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité ou génocide devant la CPI. Le 2 août 2002, le Congrès avait adopté l’American Service Members Protection Act (ASPA), qui autorisait le gouvernement à suspendre toute aide militaire aux Etats parties à la CPI un an après l’entrée en vigueur de celle-ci [12]. L’Union européenne avait pour sa part signifié qu’elle n’entendait pas se soumettre aux injonctions américaines et attendait des Etats candidats qu’ils en fassent autant. Soumise à des pressions contradictoires, la Bulgarie a finalement refusé de signer un accord bilatéral avec les Etats-Unis, ce qui lui a valu, le 1er juillet, de figurer parmi les 35 Etats soumis à un gel des crédits militaires et de perdre quelque 10 millions de dollars d’aide bilatérale [13].
Incontestablement, l’Europe reste une des priorités du gouvernement Saxe-Cobourg-Gotha. Son objectif est de parvenir à clore les discussions d’adhésion d’ici la fin de 2004. Dans ce domaine, quelques avancées ont pu être notées. En termes de reconnaissance, tout d’abord : à l’issue du Conseil européen de Thessalonique, les 19 et 20 juin 2003, pour la première fois, la date de 2004 a été officiellement mentionnée comme un objectif pour la conclusion des négociations et celle de 2007 pour une entrée dans l’UE, tandis que le caractère irréversible du processus d’élargissement était rappelé. Dans les discussions, ensuite : fin juillet 2003, la Bulgarie avait clos 22 des 31 chapitres que comprend l’acquis communautaire. Cependant, de l’avis de la Commission européenne, les capacités administratives et judiciaires du pays demeurent faibles. La Commission craint par ailleurs qu’une fonction publique recrutée selon des procédures souvent opaques, sous-payée et parfois insuffisamment qualifiée, gère de façon insatisfaisante les aides européennes. Enfin, plusieurs négociations délicates s’annoncent, qui concernent notamment l’agriculture, la concurrence et l’énergie.
Les polémiques ayant accompagné, à l’automne 2002, les discussions sur le chapitre « Energie » (provisoirement fermé en novembre 2002), sont venues rappeler combien ces questions, qui touchent à la souveraineté et à l’intérêt national, peuvent être politiquement sensibles. Le désaccord entre l’Union européenne et la Bulgarie portait sur l’avenir de la centrale nucléaire de Kozlodui, de conception soviétique et jugée peu sûre par les experts européens. Le 29 novembre 1999, la Bulgarie avait accepté de fermer de manière anticipée quatre des six réacteurs de la centrale en échange d’une aide de 200 millions d’euros pour le stockage des déchets nucléaires et la modernisation du secteur énergétique. Par ailleurs, 250 millions d’euros devaient être consacrés à l’amélioration des conditions de sécurité des réacteurs 5 et 6 (mis en service respectivement en 1988 et en 1993). Aux termes de l’accord, le gouvernement s’engageait à fermer les réacteurs 1 et 2 d’ici la fin de 2002, les réacteurs 3 et 4 en 2006 au plus tard, le réacteur 5 en 2008 et le réacteur 6 en 2010. Produisant environ 45 % de l’électricité bulgare, la centrale de Kozlodui représente toutefois un enjeu économique majeur pour le marché domestique, mais aussi à l’exportation. Depuis plus d’une décennie, en effet, la Bulgarie aspire à devenir un centre énergétique dans les Balkans − elle exporte d’ores et déjà chaque année de l’électricité, en direction principalement de la Grèce et de la Turquie. Du point de vue des experts bulgares, la fermeture anticipée des réacteurs risque non seulement d’entraîner une hausse des prix de l’énergie en Bulgarie, mais aussi de représenter un manque à gagner d’environ 16 milliards de dollars [14]. A moyen terme, les autorités misent sur la construction d’une nouvelle centrale à Belene [15] dont les travaux devraient commencer en 2004. Mais son coût est estimé entre 2 et 3 milliards de dollars et, surtout, la centrale ne pourra pas entrer en service avant 2008. Dans ces conditions, la question de Kozlodui en est venue à occuper une place centrale dans le débat public, servant de catalyseur à l’expression des frustrations des élites et de l’opinion face aux exigences de la Commission européenne. Le désaveu de la politique gouvernementale est notamment venu du Parlement qui, le 2 octobre 2002, a adopté une résolution exigeant le report de la fermeture des réacteurs 3 et 4 jusqu’à l’entrée de la Bulgarie dans l’Union européenne, soit en 2007. La décision était soutenue par l’opposition de droite (SDS) et de gauche (BSP), ainsi que par la majorité des députés du Mouvement national Siméon II ; le président Parvanov s’est rallié à la position des députés. Cela n’a pas empêché le Premier ministre, Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha, de réaffirmer, le 18 novembre 2002, que la Bulgarie tiendrait ses engagements. En contrepartie, une mission d’experts européens devrait évaluer la sécurité des tranches 3 et 4 de la centrale avant d’en décider la fermeture définitive.
 
La poursuite des réformes : une croissance sans dividendes sociaux
 
 
En 2002, le gouvernement Saxe-Cobourg-Gotha s’en est tenu à une ligne d’austérité budgétaire et de respect des grands équilibres macroéconomiques. Bénéficiant de la stabilité monétaire assurée par le régime de caisse d’émission établi le 1er juillet 1997, la Bulgarie a enregistré pour la cinquième année consécutive une croissance de plus de 4 % (4,4 %) en dépit d’une conjoncture internationale morose, et un taux d’inflation de 5,8 %. En outre, le déficit budgétaire a été contenu à 0,7 % et la tendance au creusement du déficit du commerce extérieur s’est inversée (10 % du PIB en 2002, contre 12 % en 2001). Les résultats obtenus dans la sphère monétaire figurent incontestablement parmi les plus grandes réussites du gouvernement et ont valu au pays une amélioration de sa cote sur les crédits à long terme et les dépôts en devises par les agences de notation internationales (Standard & Poor’s, Moody’s). Côté Union européenne, le bilan des réformes économiques a été jugé suffisamment encourageant pour que la Commission accorde à la Bulgarie le statut d’« économie de marché viable » dans son rapport annuel du 9 octobre 2002. Plusieurs éléments incitent cependant à relativiser ce bilan.
Premièrement, les grandes privatisations attendues dans le secteur des télécommunications, du tabac et de l’énergie n’ont pu être menées à terme. Le conglomérat du tabac, Bulgartabak, qui devait être cédé au consortium Tobacco Capital Partners (bulgare)-Klar Inc. (une compagnie hollandaise détenue par une filiale londonienne de la Deutsche Bank), a vu sa vente annulée par la Cour suprême administrative bulgare en octobre 2002, cette décision ayant été confirmée en appel en novembre de la même année [16]. Une confusion plus grande encore a entouré la cession de 65 % des parts de l’opérateur des télécommunications bulgares (BTK) à un investisseur stratégique. Au terme d’un appel d’offres, la firme avait été initialement attribuée à Viva Ventures, une entreprise autrichienne filiale d’un fonds d’investissement américain. La promesse de vente devait cependant être annulée sur décision du conseil de surveillance de l’Agence pour la privatisation qui, pendant que Viva Ventures contestait la décision en justice, engageait des discussions avec un deuxième acquéreur potentiel, le consortium turc Koc Holding-Turk Telekom.


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Principaux indicateurs économiques de la Bulgarie en 1995-2002 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 PIB (variation en %) 2,9 - 9,4 - 5,6 4,0 2,3 5,4 4,0(1) 4,0(1) Production industrielle (variation en %) 4,5 3,8 - 10,0 - 7,9 - 9,3 10,3 - 2,4 3,5(1) Production agricole (variation en %) 16,0 - 10,9 13,7 - 0,6 2,7 - 9,1 - 0,3(1) nd Ventes au détail (variation en %) 2,6 0,5 - 34,9 2,3 12,3 12,7 4,3 2,2(2) Formation brute de capital fixe (variation en %) 16,1 - 21,2 - 23,9 16,3 25,3 15,4 19,9 7,4(3) Taux de chômage officiel (en % des actifs, en décembre) 11,1 12,5 13,7 12,2 16,0 17,9 17,9 16,3 Indice des prix à la consommation (moyenne annuelle, %) 62,0 121,7 1 058,3 18,7 2,6 10,2 7,3 5,8 Solde budgétaire (en % du PIB) - 6,0 - 16,4 - 1,6 + 1,0 - 0,9 - 1,0 - 0,9 - 0,7(1) Exportations de marchandises (en millions de dollars) 5 345 4 890 4 940 4 193 4 006 4 812 5 099(1) 5 350(1) Importations de marchandises (en millions de dollars) 5 224 4 703 4 559 4 574 5 087 5 988 6 665(1) 7 050(1) Balance commerciale (en millions de dollars) + 121 + 187 + 381 - 381 - 1 081 - 1 176 - 1 566(1) - 1 700(1) Balance des transactions courantes (en % du PIB) - 0,2 + 0,2 + 10,3 - 0,5 - 5,3 - 5,6 - 6,2 - 0,5(3) Dette extérieure brute (en % du PIB) 78 98 96 84 82 89 75 67(4) Investissements directs étrangers (en millions de dollars) 98 138 507 537 789 1 003 641(1) 800(1) (1) Estimation (2) Janvier-novembre (3) Janvier-septembre (4) Fin septembre. Source : Commission économique pour l’Europe (Onu), Economic Survey of Europe, 2003, n° 1 et années antérieures ; Berd, Transition Report 2002.
Commission économique pour l’Europe (Onu), Economic Survey of Europe, 2003, n° 1 et années antérieures ; Berd, Transition Report 2002.

Le 18 juillet 2003, une lettre d’intention de vente était signée, ouvrant la voie à la discussion des aspects techniques du contrat. Un nouveau rebondissement juridique est cependant venu interrompre la procédure, après que la Cour administrative suprême eut donné raison à Viva Ventures, en deuxième, puis en troisième instance (respectivement le 20 juin et le 29 juillet). Dans le cas de Bulgartabak comme de BTK, les difficultés soulevées par la cession sont à mettre en relation avec les enjeux politiques que représentent des opérations concernant des richesses nationales de grande valeur. Les conditions de la privatisation de Bulgartabak sont d’une importance toute particulière pour le Mouvement des droits et libertés (DPS) dont l’électorat dans les Rhodopes, majoritairement turc, dépend de la culture du tabac. Le parti d’Ahmed Dogan s’est également fortement impliqué dans les discussions portant sur la cession de BTK, et a pris fait et cause pour l’offre du consortium turc. Quoi qu’il en soit, les retards accumulés en matière de privatisation ont une incidence doublement négative. Dans l’opinion publique, la conviction a été renforcée que, sous le gouvernement Saxe-Cobourg-Gotha comme sous ses prédécesseurs, le transfert de la propriété publique au secteur privé reflète plus des rapports de forces politiques qu’une réflexion sur l’avenir de la Bulgarie. A l’extérieur, la confusion entourant les privatisations ne peut qu’alimenter le scepticisme des investisseurs étrangers dont le pays a pourtant grandement besoin.
Echanges France-Bulgarie
Après six années consécutives de croissance, les échanges commerciaux entre la France et la Bulgarie ont fléchi de 3 % en 2002, atteignant 797,7 millions d’euros. En dépit d’une contraction des exportations françaises de 5 % (- 1 % pour les importations), le solde des échanges bilatéraux est resté positif (48,28 millions d’euros). La part de marché de la France (soit 5,6 %), demeure supérieure à celle observée dans les autres pays d’Europe centrale et orientale. En 2002, la France s’est placée au 5e rang des fournisseurs de la Bulgarie (derrière la Russie, l’Allemagne, l’Italie et la Grèce) avec des ventes concentrées dans les secteurs de la sous-traitance textile, de produits chimiques, pharmaceutiques et de parfumerie, de biens d’équipements industriels et d’automobiles (principalement le groupe PSA). Côté bulgare, l’habillement et le cuir représentent plus de la moitié des exportations (52 %) en raison du développement du travail à façon pour des donneurs d’ordres français. Viennent ensuite les produits chimiques, l’agroalimentaire et les matières premières (combustibles et minéraux). En dépit d’un intérêt plus soutenu des entreprises pour le marché bulgare, la présence française se caractérise toujours par un faible montant d’investissements étrangers, concentrés dans un nombre réduit de secteurs (banque, énergie, électronique, cimenterie, bricolage et agroalimentaire) : avec un montant total d’investissements de 129 millions de dollars en mars 2003, la France ne se situe qu’au 13e rang des investisseurs, loin derrière l’Allemagne (637 millions), la Grèce (634), l’Italie (569), la Belgique (484) et l’Autriche (451).


IMGIMGLes échanges France – Bulgarie, 
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Les échanges France – Bulgarie, 2000-2002 (millions d’euros) 2000 2001 2002 Exportations (fob) 322,9 443,8 423,0 Importations (cif) 305,1 379,7 374,7 Solde + 17,8 + 64,1 + 48,3 Source : Douanes françaises.
Douanes françaises.

Depuis les débuts de la transition, la Bulgarie figure en effet parmi les Etats d’Europe centrale et orientale qui ont le moins attiré d’investissements directs étrangers (IDE) et elle peine à satisfaire ses besoins de financement [17]. Le niveau élevé de la dette contraint la puissance publique à épargner, avec des effets d’éviction sur l’épargne privée des ménages (7 % du PIB). La faiblesse de l’intermédiation financière limite par ailleurs l’accès au crédit des petites et moyennes entreprises et, donc, le développement de l’investissement productif. L’économie bulgare se heurte également à d’autres difficultés structurelles : les gains de productivité récents ont été obtenus plus de manière défensive, par des réductions d’effectifs, que par une modernisation des lignes de production et une amélioration de la qualité des produits. La croissance apparaît dès lors tirée par une insertion dans la division internationale du travail qui est vouée à alimenter une dégradation du climat social. Car la compétitivité repose encore très largement sur le faible coût de la main-d’oeuvre et, donc, sur la persistance d’un décalage entre les avancées réalisées par la croissance et celles du niveau de vie.
En contrepoint, le revenu moyen par habitant en Bulgarie stagne autour de 31% de la moyenne européenne (chiffres de 2002). Si en termes nominaux, les salaires ont connu un certain rattrapage en 2002, en pratique l’essentiel des majorations ont été absorbées par l’augmentation des prix de l’électricité et l’introduction de la TVA sur les médicaments. Le taux de chômage demeure élevé, se chiffrant à 16 % en mai 2003 (3 points de plus que la moyenne des pays candidats à l’UE), en dépit de la mise en œuvre d’une politique plus active de l’emploi (programmes de retour à l’emploi, de formation, encouragement à l’embauche par des allègements fiscaux aux entreprises, etc.) [18]. Sont particulièrement touchés les femmes, les jeunes et les personnels peu qualifiés. Surtout, la part des chômeurs de longue durée (plus d’un an) est préoccupante (62,3 %, soit 311 400 personnes, en mai 2003). Sur moyenne période, on observe de fait une chute du niveau de l’emploi dont il est difficile de déterminer quand elle s’interrompra : sur une base 100 en 1990, il était de 68 en 2001 (67 en 2000) [19]. Le choc social consécutif aux restructurations économiques est rendu d’autant plus sensible que le régime de protection sociale traverse une crise. La réforme des systèmes de santé, d’assurance et de retraite, entreprise dès 2000, a eu pour effet de créer un système dual dans lequel une minorité bénéficie de services privés, plus performants, progressivement mis en place, tandis qu’une majorité voit sa couverture sociale se réduire. Des cotisations élevées et la grande complexité des dispositifs créés contribuent à cet état de fait. On ne saurait alors s’étonner que « la pauvreté et la misère » figurent au premier rang des « peurs » pour 24,8 % de la population, devant « la criminalité et la corruption » (22,6 %), le chômage (19,1 %), les maladies (10,7 %) et « le futur (pour ma famille, mes enfants)» (9,6 %) [20].
L’absence de retombées de la croissance sur le pouvoir d’achat et le marché du travail est vouée à fragiliser tout gouvernement prenant le parti d’une poursuite des restructurations. A court terme, cependant, la crise sociale ne constitue pas le seul facteur expliquant la perte de légitimité de l’équipe de Saxe-Cobourg-Gotha. Les divisions entre les dirigeants, les ratés de la réforme du système judiciaire, une lutte peu énergique contre la corruption et le retour à un climat d’insécurité, dominé par des règlements de compte entre criminels, ont une part aussi significative dans le désaveu essuyé par l’ancien roi.
 
Epuisement de la majorité à la veille des élections locales
 
 
Au moment de sa formation, en juillet 2001, le gouvernement de Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha avait bénéficié d’un soutien indirect du Parti socialiste − dont deux proches l’avaient rejoint − et passé alliance avec le Mouvement des droits et libertés (DPS, représentant la minorité turque). Progressivement, cependant, cet équilibre a été remis en question. Une formation hétéroclite constituée dans la précipitation à la veille des élections législatives de juin 2001, le NDS II, a échoué à préserver sa cohésion. Départs de députés et créations de courants se sont succédé. Parallèlement, le Parti socialiste bulgare (BSP) a pris ses distances par rapport au NDS II dès l’élection, en novembre 2001, d’un socialiste à la tête de l’Etat, en la personne de l’historien Gueorgui Parvanov, un positionnement durci dans la perspective des élections locales d’octobre 2003. Au cours de 2002, le pouvoir s’est ainsi retrouvé en butte à une double opposition, à droite, avec l’Union des forces démocratiques (SDS) et, à gauche, avec le Parti socialiste. C’est ainsi qu’il lui a fallu affronter pas moins de quatre votes de défiance en moins de deux ans. Le dernier en date, le 29 mai 2003, mené conjointement par le BSP et la SDS, a obtenu le soutien de 104 députés (129 « contre »). Quatorze vice-ministres ont par ailleurs quitté l’exécutif, certains en raison d’un conflit avec leur ministre, d’autres dans le cadre « d’affaires » [21].
Il en est résulté une situation de dépendance accrue de la majorité NDS II à l’égard du Mouvement des droits et libertés, qui occupe maintenant, avec ses 21 élus, une place charnière au Parlement (108 sièges pour le NDS II). Le remaniement gouvernemental décidé le 16 juillet 2003 et approuvé par le Parlement le lendemain n’a fait que confirmer cette nouvelle distribution des influences. Le Mouvement avait posé deux demandes : qu’un ministère du Tourisme soit créé, qui serait confié à l’un de ses membres, et que le secteur agroalimentaire, jusqu’alors du ressort du ministère de l’Economie, passe sous la responsabilité de celui de l’Agriculture, dirigé par Mehmed Dikme. Il a partiellement obtenu satisfaction : à défaut d’obtenir un ministère, le DPS nommera un de ses membres à la tête de la nouvelle Agence du tourisme ; par ailleurs, l’agroalimentaire sera bien transféré au ministère de l’Agriculture, mais sans le monopole du tabac, Bulgartabak, qui reste sous la tutelle du ministère de l’Économie.
Les efforts du pouvoir pour offrir aux électeurs un visage « recomposé » à l’approche du scrutin du 26 octobre 2003 ne semblent toutefois pas en mesure de convaincre. Le 8 juillet, l’influent et controversé juriste, Plamen Panaïotov, avait été remplacé à la direction du groupe parlementaire NDS II par Stanimir Iltchev, jusqu’alors président de la commission des Affaires étrangères, donnant à espérer une redistribution des cartes au profit d’autres courants du parti, comme Temps nouveau (Novo Vreme), la fraction d’Emil Kochloukov et de Miroslav Sevlievski (devenu l’un des trois vice-présidents du groupe parlementaire). A la surprise des observateurs, le même P. Panaïotov a été nommé dix jours plus tard vice-Premier ministre en charge de la coordination des activités des ministères des Affaires étrangères, de l’Intégration européenne, de la Défense, de la Justice et de l’Administration publique. Ce choix est tout aussi peu clair que les autres changements introduits. L’ancienne ministre du Travail et des Affaires sociales, la dynamique Lidia Chouleva, a été transférée à l’Economie, tandis que son prédécesseur, le jeune Nikolaï Vassilev, prenait en charge les Transports. Trois vice-ministres ont été promus à la tête de leur ministère et les rares sortants ont trouvé à se « reconvertir » en conseillers ou en membres des cabinets ministériels.
Plus fondamentalement, les ambitions affichées dans la lutte contre la corruption avec l’adoption d’une stratégie nationale le 1er octobre 2001 ont été progressivement abandonnées. Tout au plus ont-elles débouché, le 22 avril 2003, sur la remise au Parlement d’un rapport du ministère de l’Intérieur sur le crime organisé décrivant les collusions entre responsables politiques, hommes d’affaires, magistrats et milieux criminels. Le pouvoir de conviction d’un gouvernement qui se voulait partisan du renouveau a également été amoindri par plusieurs décisions controversées. En février 2003, l’exécutif avait ainsi proposé de nommer le général de réserve, Brigo Asparoukhov, à la tête du Service de renseignement national. Or, ce dernier avait travaillé pour les services de renseignement (au premier département - espionnage économique) durant la période communiste, avant de diriger les services de renseignements entre 1991 et 1997 dans une Bulgarie alors faiblement réformée. Sous la pression des Etats-Unis, le gouvernement nommé depuis était cependant revenu sur sa décision [22]. En mai 2003, la Cour de Sofia a par ailleurs annulé l’ordonnance du ministère de l’Intérieur de mai 2000, qui interdisait de territoire, pour une période de dix ans, l’homme d’affaires russo-israélien, Michael Tchorny (ancien propriétaire de Mobiltel, et détenteur du club de football, Levski), en raison de ses liens supposés avec les milieux du crime organisé. Si l’actuel ministre de l’Intérieur, Gueorgui Petkanov, a fait appel de la décision devant la Cour suprême administrative, le cas illustre assez bien l’atmosphère actuelle : en raison d’un exécutif faible et de la restructuration laborieuse du pouvoir judiciaire, les temps semblent propices au « retour » sur le devant de la scène de figures controversées et à un nouveau partage des sphères d’influence au sein des réseaux de l’économie illicite, sans hésiter parfois à recourir au crime...
La vague d’assassinats a commencé en août 2002, avec le meurtre de cinq personnes appartenant aux milieux de l’économie grise. Elle a été suivie par l’élimination, le 28 décembre de la même année, du procureur, Nikolaï Kolev, ancien bras droit du procureur général, Nikola Filtchev − avec qui il était en conflit depuis deux ans − et réputé proche d’un conglomérat aux activités pour certaines illicites, TIM, basé à Varna. Dans la presse, des rumeurs ont alors circulé selon lesquelles le procureur général aurait eu partie liée avec le crime et bien que non confirmées, elles ont contribué à la dégradation du climat politique. Le 7 mars 2003, c’est Ilia Pavlov, le patron du très puissant conglomérat, MG Corporation (ex-Multigroup), qui a été abattu à Sofia. Il faisait partie de ces personnages troubles de la transition post-communiste qui avaient su utiliser leurs liens avec l’ancienne sécurité d’Etat pour bâtir un empire financier. Après avoir exercé une certaine influence dans les coulisses de la vie politique bulgare entre 1994 et 1998, il semblait avoir choisi de faire profil bas, sous la pression, notamment, de l’offensive conduite par le gouvernement Kostov contre lui en 1998-1999. Peu après, le 25 mars, un attentat à la bombe visait les locaux du Parquet régional de Sofia. Le 16 juin, Todor Tolev, homme d’affaires et ancien agent des services de renseignement, passant pour une relation de Michael Tchorny, était éliminé à son tour dans la capitale. Le cas le plus récent est celui du marchand d’armes, Filip Pavlov Naïdenov-Fatik, tué en plein quartier résidentiel de Sofia, le 19 août : impliqué dans des affaires de trafics d’armes et de voitures volées, il avait semble-t-il hérité des « affaires » de son père, Ismet Shaban Fatik, Bulgare d’origine syrienne, déjà « actif » dans des « commerces » mis en place par le régime communiste. Bien que cette succession de violences n’ait, jusqu’à présent, guère affecté la vie des citoyens ordinaires, elle entretient le sentiment, au sein de la société, que ni le pouvoir, ni le système judiciaire ne sont en mesure de lutter énergiquement contre les milieux criminels et d’assurer la sécurité du pays [23].
Le grand bénéficiaire de ce climat d’incertitude et de frustrations est le Parti socialiste, qui n’a pas d’adversaire réel. Deux ans après sa défaite aux élections de juin 2001, l’Union des forces démocratiques (SDS) n’est pas parvenue à se reconsolider. Elle reste travaillée par des divisions internes que l’autoritarisme d’Ivan Kostov, son leader entre 1997 et 2001, était un temps parvenu à faire taire. Peu habituée à jouer un rôle d’opposition constructive, la SDS peine également à redéfinir un profil programmatique qui était, à l’origine, marqué par une « inimitié constitutive » envers l’ancien pouvoir communiste, ce qui la plaçait automatiquement dans le camp de la réforme. Mais au fur et à mesure que les perspectives d’intégration à l’Union européenne et à l’Otan se sont précisées, les objectifs au cœur de son projet sont devenus ceux de l’ensemble de la classe politique, l’obligeant à expliciter plus à fond sa plate-forme. La situation est d’autant plus délicate que les préoccupations actuelles des citoyens ordinaires − les questions sociales, la pauvreté, le chômage − sont plus aisément véhiculées par une force politique de gauche que de droite. Depuis l’arrivée, le 12 mars 2002, de l’ancien ministre des Affaires étrangères, Nadejda Mihaïlova, à sa tête, la SDS hésite entre mettre en lumière les insuffisances du pouvoir NDS II dans la réalisation d’un programme, sur le fond, assez proche du sien, ou déployer une offensive démagogique. C’est pour l’essentiel cette seconde approche qui a été retenue jusqu’à présent, au prix de contradictions évidentes. La SDS s’est ainsi opposée, en février 2002, à l’introduction de la TVA sur les médicaments. De manière plus révélatrice encore, elle a soutenu les députés hostiles à l’arrêt des réacteurs 3 et 4 de la centrale nucléaire de Kozlodui, alors que c’était le gouvernement Kostov qui avait paraphé l’accord de 1999 engageant la Bulgarie à les fermer avant 2006...
A l’été 2003, la sélection d’un candidat SDS à la mairie de Sofia a relancé une guerre des chefs qui témoigne de la profondeur de la crise du parti. Plamen Orecharski, ancien vice-ministre des Finances dans le gouvernement Kostov, avait tout d’abord été choisi pour se présenter contre le maire sortant, le populaire Stefan Sofianski, ancien membre de la SDS qui a créé sa propre formation, l’Alliance des démocrates libres (SSD) en décembre 2001. Le soutien de la direction du parti lui a cependant été retiré après qu’il eut été vu en présence d’un homme d’affaires lié à l’économie illicite, Vasil Bojkov, le 10 juillet. Finalement, c’est la présidente de la SDS, Nadejda Mihaïlova, qui défendra les couleurs de son parti. Pour la première fois depuis 1991, la victoire des « bleus » dans la capitale n’est pas acquise. Face à ces derniers, le BSP a choisi pour tête de liste Stoïan Aleksandrov, ancien ministre des Finances du gouvernement Berov (janvier 1993-septembre 1994) et directeur exécutif de la banque Tokuda. Par ailleurs, cette formation, sous la houlette du jeune Sergueï Stanichev, continue à tenter de se doter d’une image de parti de gauche moderne, comme est venu le rappeler son 45e congrès national, le 1er août 2003, entièrement consacré aux questions de politique régionale. Traditionnellement bien implanté en milieu rural, le BSP espère remporter une majorité de mairies et de conseils municipaux le 26 octobre 2003. Toutefois, sa « banalisation » rencontre encore deux obstacles. Le premier concerne sa lecture du passé communiste et de l’entre-deux-guerres (« fasciste » du point de vue des responsables communistes), ainsi que la présence dans son sérail de personnalités liées à l’avant-1989. Le second concerne un positionnement sur la scène internationale en vue du rétablissement de liens étroits avec la Russie. Le président Gueorgui Parvanov a mis toute son influence politique au service de ce projet, alors que se multipliaient les rencontres bilatérales de haut niveau dans le sillage de la visite de Vladimir Poutine en Bulgarie, les 1er et 3 mars 2003, la première d’un chef d’Etat russe depuis dix ans. Au final, il n’est pas évident que le BSP parvienne à endiguer les sentiments de déception des électeurs par rapport à une vie politique où dominent la corruption, les luttes de pouvoir et les intérêts particuliers. Le taux de participation aux élections locales d’octobre pourrait refléter de manière dramatique ce désengagement des citoyens.
 
Annexe Chronologie
 
 
2002
10 janvier Le ministre de l’Energie, Milko Kovatchev, annonce que la Bulgarie s’emploiera à reporter la fermeture des réacteurs 3 et 4 de la centrale nucléaire de Kozlodui au-delà de 2006 (en 2008 et 2010, respectivement), mais tiendra les engagements pris envers l’UE en novembre 1999 pour ce qui concerne la fermeture d’ici la fin de 2002 des réacteurs 1 et 2.
16 janvier La Bulgarie est le premier pays d’Europe centrale et orientale à envoyer une mission diplomatique à Kaboul. Plusieurs compagnies bulgares (Technoexport, Elektroimpex, Agrokomplex, Bulgartabak, etc.) ont exprimé leur désir de participer à la reconstruction de l’Afghanistan.
22 janvier Gueorgui Parvanov est investi président de la République.
29-30 janvier Visite du ministre de la Défense de Macédoine, Vlado Popovski, pour négocier des ventes de munitions et une coopération en matière de formation des militaires.
30-31 janvier Visite officielle du Premier ministre turc, Bulent Ecevit. Les chefs de gouvernement bulgare et turc décident une lutte renforcée contre l’immigration illégale. La Turquie réaffirme son soutien à la candidature bulgare à l’Otan.
31 janvier-1er février Visite du ministre des Affaires étrangères, Solomon Passi, en Russie, la première à ce niveau depuis dix ans.
Février Le Japon accorde un prêt de 109,2 millions de dollars, remboursable sur 30 ans à un taux de 2,2% pour l’extension du métro de Sofia.
13 février Premier vote de défiance contre le gouvernement de Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha ; 45 députés votent « pour », 150 « contre » et 45 s’abstiennent.
14 février Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha se sépare de son chef de cabinet, Stoïan Ganev, et limoge trois vice-ministres (Finances, Economie et Culture), ainsi que le directeur des douanes, Emil Dimitrov.
22 février Règlement de la question de la dette russe envers la Bulgarie, pendante depuis sept ans.
26-27 février Première visite officielle du président Gueorgui Parvanov en Macédoine, en compagnie de deux ministres, Solomon Passi (Affaires étrangères), et Gueorgui Petkanov (Intérieur).
27 février La Bulgarie signe avec le FMI un accord standby de deux ans d’un montant de 299 millions de dollars, qui succède à celui de 1998, arrivé à échéance en septembre 2001.
11 mars Le président Parvanov met son veto à l’adoption d’une nouvelle loi sur la privatisation, qui prévoit la mise en vente accélérée de 433 entreprises à participation majoritaire de l’Etat et de 12 firmes mixtes, ainsi que l’introduction d’un contrôle une fois ces privatisations effectuées.
22 mars Le gouvernement procède à une restructuration de la dette bulgare (de Brady Bonds en Eurobonds) afin de réduire le montant des paiements au cours des dix années à venir.
25 mars Le vice-Premier ministre, Nikolaï Vassilev, présente le programme « Industrie 2002 » de relance de l’économie.
27 mars Signature d’un accord avec la compagnie russe RSK Mig pour la modernisation des chasseurs Mig-29 bulgares, qui devrait permettre d’allonger leur durée de vie tout en les adaptant aux standards de l’Otan.
6 avril Le Mouvement national Siméon II est enregistré comme parti. Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha en assure la présidence.
16-18 avril Signature d’un accord de coopération entre la Bulgarie et la Turquie pour un meilleur contrôle des frontières terrestres et maritimes.
25 avril Ratification de l’accord entre la Berd et la Bulgarie prévoyant l’octroi d’un prêt de 41,1 millions d’euros pour la modernisation du système électrique « Energie 2 ». Le 6 mai, elle accorde un prêt de 35 millions d’euros pour améliorer les transports urbains à Sofia.
17 mai Le Parlement adopte une nouvelle loi sur la faillite bancaire, une condition posée par le FMI à son soutien aux réformes.
22-23 mai Visite du pape Jean-Paul II au cours de laquelle il procède à la béatification de trois prêtres bulgares éliminés au terme d’un grand procès de type stalinien en 1952. L’Eglise orthodoxe, dirigée par le patriarche Maxime, ne s’est ralliée que tardivement à cette initiative.
1er août La Bulgarie augmente fortement les droits de douane sur les importations de fruits et de légumes, sous la pression des agriculteurs qui protestent contre la hausse des importations en provenance des Etats voisins et du Moyen-Orient.
28 août La Grèce et la Bulgarie signent un accord de coopération et de développement sur cinq ans. Ce programme s’inscrit dans le cadre de l’initiative grecque de soutien à la reconstruction des Balkans (539 millions de dollars) et porte sur l’octroi de 53,2 millions de dollars pour des projets d’infrastructure.
23 septembre Les ministres de l’Intérieur bulgare et yougoslave signent à Sofia un accord sur la prévention et la lutte contre la criminalité organisée. L’accord prévoit une meilleure coopération frontalière, l’échange de renseignements et des actions conjointes des forces de l’ordre.
2 octobre Le Parlement adopte une résolution appelant la Bulgarie à ne pas fermer les réacteurs 3 et 4 de la centrale de Kozlodui avant que le pays n’intègre l’Union européenne, soit au début de l’année 2007. Cette résolution contredit la position officiellement défendue par le gouvernement depuis 1999.
9 octobre Adoption à Bruxelles du rapport sur l’état d’avancement des pays candidats à l’adhésion à l’Union européenne. La Bulgarie se voit reconnaître le statut d’« économie de marché viable ».
18 novembre La Bulgarie et l’Union européenne signent un accord qui permet la fermeture provisoire du chapitre « Energie ». La Bulgarie confirme son engagement à fermer les réacteurs 3 et 4 de la centrale nucléaire de Kozlodui d’ici la fin de 2006. En contrepartie, l’UE s’engage à conduire une dernière évaluation des conditions de sécurité à la centrale avant la fermeture des deux réacteurs.
21-22 novembre Au sommet de Prague, les pays membres de l’Otan décident un élargissement de l’Alliance à sept pays de l’ancien bloc soviétique, dont la Bulgarie.
29 novembre Le gouvernement bulgare survit à deux votes de défiance (BSP et SDS). L’opposition SDS l’accusait d’avoir violé la Constitution en ignorant un vote du Parlement contestant le principe de la fermeture des réacteurs 3 et 4 de la centrale nucléaire de Kozlodui avant la fin de 2006.
12-13 décembre Conseil européen de Copenhague : l’entrée de la Bulgarie dans l’UE est prévue pour 2007.
2003
4 février Les Etats-Unis demandent à la Bulgarie de leur octroyer un droit de transit aérien et terrestre, un soutien logistique et d’envoyer une mission humanitaire, ainsi que des experts en armes chimiques, nucléaires et bactériologiques, en cas d’intervention militaire en Irak.
5 février La Bulgarie signe la « Lettre des Dix » du groupe de Vilnius, qui soutient la position américaine sur la crise en Irak.
7 février Le Parlement approuve par 165 voix « pour » et 48 « abstentions » (BSP, plus 5 indépendants) la décision, prise la veille par le gouvernement, de répondre positivement à une demande américaine d’assistance logistique en cas d’intervention en Irak.
17 février Dans une conférence de presse, le Président français, Jacques Chirac, regrette en des termes très vifs la position adoptée par les pays d’Europe centrale et orientale sur la crise en Irak et sous-entend qu’elle pourrait avoir des conséquences sur les perspectives d’adhésion des pays de la « seconde vague ». L’indignation est très forte au sein de la classe politique et dans les médias.
1er -3 mars Première visite officielle, depuis dix ans, d’un chef d’Etat russe. Les discussions avec Vladimir Poutine portent sur la crise en Irak, les investissements russes dans le secteur énergétique bulgare et les modalités de remboursement de la dette russe.
7 mars Ilia Pavlov, figure clé de réseaux d’économie illicite, est assassiné à Sofia. Il était le président du conglomérat MG Corporation (anciennement Multigroup).
20 mars Alors que débutent les opérations militaires en Irak, le président Parvanov déclare devant le Parlement : « Je n’accepte pas cette guerre », contestant notamment le principe d’une intervention sans nouvelle résolution des Nations unies et l’imprécision de ses objectifs.
21 mars Un accord sur la privatisation de la compagnie bulgare des télécommunications (BTK) est signé avec Viva Ventures, filiale du fonds d’investissement américain Advent. L’accord sera dénoncé par le conseil de surveillance de l’Agence pour la privatisation bulgare, qui engage des pourparlers avec un consortium turc Koc Holding-Turk Telekom. Le 20 juin, la Cour suprême administrative déclare la décision de l’Agence nulle et non avenue, position réaffirmée en appel, le 29 juillet. Entre-temps, le 18 juillet, une lettre d’intention de vente a été signée entre l’Agence et le consortium turc.
31 mars Le gouvernement, s’alignant sur la décision prise par la justice, annule l’accord de privatisation de Bulgartabak. L’acquéreur potentiel, Tobacco Capital Partners, soutenu par la Deutsche Bank, n’aurait pas satisfait certaines demandes « techniques » adressées par le gouvernement.
9 avril Sixième sommet du Processus de coopération en Europe du Sud-Est (SEECP) à Belgrade (Serbie-Monténégro). Les chefs d’Etat et de gouvernement d’Albanie, de Bosnie-Herzégovine, de Bulgarie, de Croatie, de Grèce, de Macédoine, de Roumanie, de Serbie-Monténégro et de Turquie expriment la détermination des Balkans à faire partie dans un avenir proche de l’Union européenne et de l’Otan.
15 avril La Banque mondiale octroie à la Bulgarie la première tranche d’un prêt d’ajustement de 150 millions de dollars.
16 avril Signature officielle du traité d’adhésion des dix nouveaux Etats membres à l’Union européenne à Athènes. Le commissaire à l’Elargissement, Günter Verheugen, déclare que la Commission souhaite conclure les négociations d’adhésion avec la Bulgarie et la Roumanie en 2004, pour une éventuelle adhésion en 2007.
5 mai Le ministre de la Défense, Nikolaï Svinarov, annonce l’envoi d’un contingent de 485 hommes en Irak. Ils seront déployés sous commandement polonais dans la région de Kerbala le 1er septembre.
29 mai Vote de défiance à l’Assemblée nationale à l’initiative de l’Union des forces démocratiques pour protester contre les défaillances de la politique gouvernementale dans la lutte contre le crime organisé et la corruption, et dans le domaine des privatisations. Le vote est repoussé par 129 voix « contre » (104 « pour »).
31 mai Tentative d’assassinat contre l’homme d’affaires lié aux réseaux d’économie illicite, Konstantin Dimitrov (connu sous le nom de Kosio Samokovetsa). Cet incident fait suite à une tentative d’assassinat qui avait touché, le 18 avril, Ivan Todorov (dit « le docteur »).
16 juin L’homme d’affaires, Todor Tolev − éputé entretenir des relations avec Michael Tchorny et avec le Secrétaire général du ministère de l’Intérieur, le populaire Boïko Borissov − est assassiné à Sofia.
19-20 juin Le Conseil européen de Thessalonique évoque, pour la première fois officiellement, la date de « fin 2004 » comme objectif pour une conclusion des négociations d’adhésion à l’UE de la Bulgarie et de la Roumanie, et celle de «2007 » pour une future intégration de ces pays.
26 juin Le ministère des Finances annonce que les Etats-Unis ont accepté de dédommager la Bulgarie à hauteur de 130 millions de dollars − sous forme de livraisons pétrolières − pour les pertes subies par les compagnies bulgares en raison de la guerre en Irak. Le Pentagone a également accepté de prendre en charge une large partie des frais liés au déploiement d’un contingent bulgare en Irak (estimés entre 50 et 70 millions de dollars par an).
1er juillet La Bulgarie fait partie des 35 Etats qui voient les programmes d’assistance militaire des Etats-Unis suspendus après que le gouvernement eut refusé de signer, sous la pression de l’Union européenne, un traité bilatéral qui aurait exempté les forces américaines engagées dans des opérations de maintien ou de rétablissement de la paix à l’étranger d’éventuelles poursuites devant la nouvelle Cour pénale internationale (CPI) de La Haye.
6 juillet Le Premier ministre décide un remaniement à la tête du Mouvement national Siméon II, qui profite notamment à Temps nouveau, une fraction dirigée par Emil Kochloukov.
10 juillet Le président Parvanov fait usage de son droit de veto suspensif lors du vote du nouveau Code sur l’assurance sociale obligatoire.
17 juillet Le Parlement approuve le remaniement gouvernemental proposé, la veille, par le Premier ministre. Trois vice-ministres sont promus. Le Mouvement des droits et libertés (DPS, allié du NDS II) obtient la création d’une Agence de tourisme placée sous la responsabilité de l’un de ses membres et le passage du secteur agroalimentaire sous le contrôle du ministère de l’Agriculture et des Forêts, dont le portefeuille est détenu par l’un de ses membres.
21 juillet L’Union nationale agrarienne bulgare (BZNS), le Parti démocratique (DP) et le Mouvement « Gergjov Den » scellent une alliance en vue des élections locales du 26 octobre 2003.
 
Principales formations politiques
 
 
NDS II Mouvement national Siméon II
ODS Forces démocratiques unies
SDS Union des forces démocratiques
BSP Parti socialiste bulgare, ex-Parti communiste
DPS Mouvement des droits et libertés (représentant la minorité turque)
NS Union populaire
VMRO Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne
Gergjov Den Mouvement du jour de la Saint-George
EL Eurogauche
GPB Parti civique pour la Bulgarie
SSD Alliance des démocrates libres (créée le 9 décembre 2001 par Stefan Sofianski, ancien membre du SDS et maire de Sofia)
BDS « R » Union démocratique bulgare « Radicaux » (formée en 2001 par Evgueni Barkardjiev, ancien membre du SDS et député indépendant au Parlement, et enregistrée le 8 février 2002)
BBB Business bloc bulgare
BSDP Parti social-démocrate bulgare
FTsB Fédération pour la monarchie bulgare
BZNS-AS Union agrarienne populaire bulgare-Aleksandar Stambolijski (pro-PSB)
BZNS-NP Union agrarienne populaire bulgare-Nikola Petkov
 
Résultats des dernières élections
 
 
Election présidentielle des 11 et 18 novembre 2001
Taux de participation au premier tour : 41,76 % ; au second tour : 55,09 %.


IMGIMGCandidats Premier tour Second tour 
...IMGIMF
Candidats Premier tour Second tour (% des voix) (% des voix) Gueorgui Parvanov (Coalition «Pour la Bulgarie»)(1) 36,39 54,13 Petar Stoïanov (indépendant) 34,95 45,87 Bogomil Bonev (Parti civique pour la Bulgarie) 19,27 - Renata Indjova (Alliance démocratique) 4,92 - Georges Gantchev (Georges Gantchev Bloc) 3,36 - Petar Beron (Union Bulgarie) 1,11 - (1) Comprend le Parti socialiste bulgare, le Bloc uni du travail, l’Union agrarienne bulgare-Aleksandar Stambolijski et d’autres micro-formations.

Prochaine échéance présidentielle : 2006
Elections législatives du 17 juin 2001
Taux de participation 67 %.


IMGIMGPartis et coalitions % des voix Nomb...IMGIMF
Partis et coalitions % des voix Nombre de sièges Mouvement national Siméon II 42,73 120 Forces démocratiques unies(1) 18,17 51 Coalition «Pour la Bulgarie» 17,14 48 Mouvement des droits et libertés 7,45 21 (1) Coalition qui comprend l’Union des forces démocratiques et l’Union populaire (elle-même composée de l’Union agrarienne populaire bulgare, tendance Mozer, et du Parti démocrate). Prochaines échéances législatives : 2005

 
Composition du gouvernement [*] (fin juillet 2003)
 
 
  • Premier ministre : Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha
  • Vice-Premier ministre en charge de la coordination intergouvernementale : Plamen Panaïotov
  • Vice-Premier ministre et ministre de l’Economie : Lidia Chouleva
  • Vice-Premier ministre et ministre des Transports et des Communications : Nikolaï Vassilev
  • Défense : Nikolaï Svinarov
  • Intérieur : Gueorgui Petkanov
  • Finances : Milen Veltchev
  • Affaires étrangères : Solomon Passi
  • Affaires européennes : Meglena Kouneva
  • Justice : Anton Stankov
  • Agriculture et Forêts : Mehmed Dikme
  • Travail et Politique sociale : Christina Christova
  • Santé : Slavtcho Bogoev
  • Education et Science : Igor Damianov
  • Culture : Bojidar Abrachev
  • Environnement et Eaux : Dolores Arsenova
  • Energie et Ressources énergétiques : Milko Kovatchev
  • Jeunesse et Sports : Vasil Ivanov
  • Développement régional et Aménagement : Valentin Tserovski
  • Fonction publique : Dimitar Kaltchev
  • Ministre sans portefeuille : Filiz Hiousmenova
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  Ouvrages
·  Nadège Ragaru, « Uslugi : The Role of Political Favors and Connections in Post-Communist Bulgaria », in Dimitris Keridis, Ellen Elias-Bursac et Nicholas Yatromanolakis. New Approaches to South-East European Studies, Herndon, Brassey’s, IFPA-Kokkalis Series on Southeast European Policy, 2003.
·  Emil Giatzidis, An Introduction to Post-Communist Bulgaria : Political, Economic and Social Transformations, Manchester University Press, 2002.
·  Maria Pancheva (ed.), The Gray Economy in Bulgaria. Reasons, Consequences, Policy, Centre for Social Practices Sofia, Center for International Private Enterprise, Washington, 2002,171 p.
·  Carsten Riis, Religion, Politics, and Historiography in Bulgaria, Boulder, Colorado, 2002.
·  Revues
·  Konstantin Pachev, « Competitivness of the Bulgarian Econom », Bulgarian National Bank, Discussion Papers, n° 34,2003,67 p.
·  « La Cour constitutionnelle de Bulgarie », Les Cahiers du Conseil constitutionnel, 14, 2003, pp. 57-73.
·  Lora Borissova, « The Adoption of the Schengen and the Justice and Home affairs Acquis : The Case of Bulgaria and Romania », European Foreign Affairs Review, 2003,8(1), pp. 105-124.
·  Nadège Ragaru, « La Bulgarie et la Roumanie aux portes de l’Union européenne : un si long espoir », Pouvoirs, 2003, n° 106, pp. 99-113.
·  Jan Rutkovski, « Why is Unemployment so High in Bulgaria ?», World Bank Policy Research Working Paper, n° 3017, avril 2003.
·  Georgi Parvanov, « Bulgaria in a Changing World », Mediterranean Quarterly, automne 2002,13(4), pp. 1-10.
·  Nadège Ragaru, « Bulgarie. La perte des illusions » in « Europe centrale et orientale 2001-2002. Une croissance pérenne, un jeu politique rodé, des sociétés désenchantées », Le courrier des pays de l’Est, n° 1026, juinjuillet 2002, pp. 34-51.
·  MOCI, « Bulgarie : les dossiers de la transition », 22 août/4 septembre 2002, n° 1560-1561, pp. 12-25.
·  Gergana Dimitrova, « The Limits of Europeanization : Hegemony and its Misuse in the Political Field of Bulgaria », Journal of Southeast European and Black Sea Studies, 2(2), mai 2002, pp. 69-92.
·  Dessie Zagorcheva, « The Evolution of Democratic Civil-Military Relations in Bulgaria », Journal of Slavic Military Studies, mars 2002,15(1), pp. 29-56.
·  Martin Wlodarczyk, « Une étrange cohabitation en Bulgarie », Le courrier des pays de l’Est, n° 1021, janvier 2002, pp. 70-74.
·  « La Bulgarie et l’intégration européenne », Transitions, 42(1), 2001, pp. 1-232, numéro spécial sous la direction de Petia Gueorguieva.
·  Economist Intelligence Unit, Country Report trimestriel), Country Profile (annuel), « Bulgaria ».
 
NOTES
 
[(1)]Chiffres cités dans l’enquête réalisée par le Centre national d’étude de l’opinion publique (Ntsiom) près le Parlement bulgare entre le 27 juin et le 3 juillet auprès de 1 243 personnes. Disponible sur Internet : http :// wwww. parliament. bg/ nciom/ . (consultation du 10 août 2003).
[(2)]Voir l’enquête citée plus haut sur http :// www. parliament. bg/ nciom/ .
[(3)]Sur un plan opérationnel, la Bulgarie envisage de fournir à l’Otan des équipes spécialisées en armes nucléaires, chimiques et biologiques. La Bulgarie pourrait par ailleurs, comme la Roumanie, accueillir des bases de l’Otan dans le cadre d’un redéploiement depuis l’Allemagne notamment.
[(4)]Chiffres cités dans Dina Kyriakidou, « NATO Means More Than War Games for Balkan Countries », Reuters, 12 novembre 2002.
[(5)]Voir « Bulgarian Government Provides Details of Alleged Illegal Arms Deal », RFE/RL Newsline, 6(213), part II, 13 novembre 2002.
[(6)]A l’été 2003, un nouveau contingent de 20 soldats a été déployé à Kaboul, pour assurer la formation des forces afghanes à l’entretien des armes de type soviétique ; en août 2003,50 soldats ont par ailleurs rejoint l’ISAF (International Stabilization and Assistance Force). Ils opèrent sous contrôle allemand, au sein d’une brigade de 1 500 hommes. Pour plus de détails, voir « Mechanized Unit to Serve in Afghanistan », 22 août 2003, sur Internet à l’adresse : hhttp :// www. westernpolicy. org/ Countries. asp ? Country= BU[consultation du 2 septembre 2003].
[(7)]La Bulgarie a notamment soutenu le vote des résolutions suivantes : la résolution 1441 du 8 novembre 2002, les résolutions 1447 et 1454 du 4 décembre et du 30 décembre 2002, ainsi que le projet de résolution fixant au 17 mars 2003 la date limite pour que les autorités irakiennes démontrent leur coopération avec les inspecteurs de l’Onu. Cette résolution, proposée par l’Espagne, le Royaume-Uni et les Etats-Unis, le 7 mars, n’a finalement pas été adoptée en raison de la menace française de veto.
[(8)]Les Etats membres du groupe de Vilnius sont la Bulgarie, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie, la Slovaquie, la Slovénie, auxquels viennent s’ajouter trois pays des Balkans de l’Ouest, l’Albanie, la Croatie et la Macédoine.
[(9)]Les élus du Parti socialiste bulgare avaient posé pour condition l’adoption, par les Nations unies, d’une deuxième résolution (outre la 1441) avant l’engagement des combats en Irak.
[(10)]Sur ces questions, voir, entre autres, Nadège Ragaru, « La Bulgarie et la Roumanie aux portes de l’Union européenne : un si long espoir », Pouvoirs, 106,2003, pp. 99-113.
[(11)]Le statut de la Cour pénale internationale (CPI), adopté en juillet 1998, est entré en vigueur le 1er juillet 2002. Le 30 août 2002,78 Etats avaient ratifié ce texte et 139 autres l’avaient signé. La CPI a vocation à mener des enquêtes sur les personnes accusées de génocide, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre, et d’engager des poursuites à leur encontre lorsque les tribunaux nationaux ne peuvent ou ne veulent pas le faire. Elle est opérationnelle depuis le premier semestre de 2003.
[(12)]Etaient exclus de cette mesure les membres de l’Otan, ainsi que certains alliés jugés stratégiques.
[(13)]Une mesure similaire a été décidée à l’encontre de l’Estonie, de la Lettonie, de la Lituanie, de la Slovénie et de la Slovaquie. Pour plus de détails, voir « US Suspends Military Aid to Bulgaria », RFE/RL Newsline, 7(124), part II, 2 juillet 2003.
[(14)]Chiffres fournis par le groupe de travail intergouvernemental chargé d’évaluer les coûts de la fermeture des réacteurs et cités dans « Experts Say Bulgaria Should not Comply with Agreement to Shut Down Nuclear Plant », RFERL Newsline, part II, 16 juillet 2003.
[(15)]Dans les années 1980, déjà, des travaux de construction avaient été engagés sur le site de Belene. En 1990, ils avaient été interrompus sous la pression des mouvements écologistes et faute de financements.
[(16)]La Cour a motivé sa décision en arguant de l’amélioration de la situation économique de Bulgartabak et de la nécessité pour l’Agence de privatisation de reconsidérer le prix de vente à la lumière de cette évolution. Elle avait été saisie de cette affaire par les trois firmes sorties perdantes de l’appel d’offres. Voir « Bulgaria Tobacco Firm Privatization Cancelled », AFP, 17 décembre 2002.
[(17)]Entre 1985 et 1999, la Bulgarie a seulement reçu 3 % des flux d’investissements directs étrangers dirigés vers l’Europe centrale et orientale. Cité dans Heather Grabbe, Profiting from EU Enlargement, Londres : CER, juin 2001, p. 25.
[(18)]Pour une analyse fouillée des causes du chômage en Bulgarie (restructurations entrepreneuriales en cours, environnement du monde des affaires, politiques sur le marché du travail, etc.), se reporter à Jan Rutkovski, « Why is Unemployment so High in Bulgaria ?», World Bank Policy Research Working Paper, 3017, avril 2003, sur Internet : hhttp :// www. econ. worldbank. org/ files/ 25493_wps3107. pdf. (consultation du 6 septembre 2003).
[(19)]Chiffres fournis par la Commission économique pour l’Europe des Nations unies et cités dans Revue Élargissement, spécial social, bimensuel du réseau élargissement de la MINEFI-DREE, dossier 28, décembre 2002, p. 1.
[(20)]Ces chiffres proviennent d’une enquête réalisée, fin juin-début juillet 2003, par le Centre national d’étude de l’opinion publique (Ntsiom) auprès de 1 243 personnes. Sur Internet à l’adresse : hhttp :// www. parliament. bg/ nciom/ [consultation 10 août 2003]
[(21)]Tel a notamment été le cas des deux vice-ministres de la Défense « limogés » dans le cadre de l’affaire Terem, et du vice-ministre des Finances, Gati al-Djebouri, stigmatisé pour sa gestion de la question des patentes et soupçonné de corruption.
[(22)]Pour plus de détails, voir « US Lobbyist Attacks Bulgaria’s Prosecutor-General », RFE/RL Newsline, 8 février 2003.
[(23)]Ce climat a en revanche contribué au prestige du très médiatique Secrétaire général du ministère de l’Intérieur, Boïko Borissov, ancien garde du corps de Siméon de Saxe-Cobourg-Gotha et responsable d’une société privée de sécurité.
[*]Tous les membres du gouvenement appartiennent au Mouvement national Siméon II, sauf Mehmed Dikme (DPS) et Dimitar Kaltchev (indépendant)
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[(3)]
Sur un plan opérationnel, la Bulgarie envisage de fournir à...
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[(4)]
Chiffres cités dans Dina Kyriakidou, « NATO Means More Than...
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[(5)]
Voir « Bulgarian Government Provides Details of Alleged Ill...
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[(6)]
A l’été 2003, un nouveau contingent de 20 soldats a été dép...
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La Bulgarie a notamment soutenu le vote des résolutions sui...
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Sur ces questions, voir, entre autres, Nadège Ragaru, « La ...
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